‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 11 sur 131 · I" DIMANCHE DE L'AVENT · texte numérisé non relu

I" DIMANCHE DE L'AVENT

qui ODt opécë enT>lusîçars fidèles U pénitence et le salut.» et qui^o^t toujours tombéej^ en vain dans votre cœur ; tant d.*a£flictions et de eontre-temps , que le Seigneur vous avoit ménagés pour vous rappeler à lui , et dont vous avez toujours fait* un si indigne usage ; tant de dons même naturels , qui ctoient en vous comme des espérances de yertu j et dont vous avez fait des. ressources de vice. Ah! si le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures, pour .avoir seulement cacbé son talent, de quelle. indulgence pourrez -vous vous flatter, vous qui en avez tant reçus, et qui les avez tous employés tronfre la gloire du maître qui vous les avoit confiés ?

C'est ici où le compte sera terrible. J. C.'vo^s redemandera le prix de son sang. Vous vous plaignez quelquefois que. Dieu ne fait "pa^ assez pour vous ; qu'il vous a fait naître foible , et d'un tempéra* ment dont vous n'êtes pas le maître , et qu'il ne vous donne pas les grâces dont vous auriez besoin pour résister aux occasions qui vou$ entraînent : ah ! vous verrez alors que toute votre vie a été un abus continuel de ses grâces ; vous verrez que, parmi tant de nations infidèles qui ne le connoissoient pas, vous ayez été privilégié , éclairé , appelé à la foi, nourri de la doctrine de la vérité , et de la vertu des Sacremens ; soutenu sans cesse de ses inspirations et de ses grâces : Vous serez effrayé de voir tout ce que Dieu a fai( pour vous , et le peu que vous avez fait pour lui ; et vos plaintes' se cfiangeront en ^inc confusion profonde, qui ne trouvera plus de ressource ique.da'ns Votre désespoir,

. Jnsques ici le juste Juge Ae vous a. eaumiaé que sur les crimes qui vous sont propres > mais ques^a-ce lorsqu'il entrera en compte avea TOUS sur les péchés étrangers ^ dont vous avez été ou l'occasion ou la pause dans les autres, et qui par conséqvuent vous seront, imputés ? Quel nouvel abîme I On .vous présentera toutes l^iss. «mes à qui vous aye% été un sujet . de chute et de scandale ^ toutes les ^mes que vos di^CO^r;» 9 vos conseils , vos exemples , v.o$ solUcitationS', vos immo^ desties , ont précipitées a^ec vous dans une perte •éternelle;^ toiutes

Image , ou affermi l'inipiété par vos per^i^asiqn^ ou par l'exemple de votre vie. J. C. , à qui elles appartenoient,.et quHos avoit; acquises par son sang, vous les redemandera comme un héritage chéri, comme iine conquête précieuse que vous lui avez injustement çayie ;.et si Iq Seigneur marqua Càïn d'un signé de réprobation, eri lui demand.anl; compte du sang de son frère^ jugez de quel s|igne Vous sere^ mac-; que quand on vous demandera compte de son ame*

. Mais ce n'est pas toi|(.;$i vous étiez homm^. public « et élevé en autorité, que d'abus autorisés! que d'injustices dissimulée»! que de devoirs sacrifiés ou à V09 intérêts , ou aux pa&$ian& et aux intérêts d'autrui ! que d'acceptions de personne^ contre l'équité et 1» conscience ! que d'.entrepri§es injustef^,cons^iUj^^j que de guerres ^eut-éire , que dé. désordres , que de maux publics. doi^t voua a\e%

été où l'ântetir , oa Tindigne ministre I Vous verrek que Totre am* bitîon ôh vos conseils ont été comme la source fatale d'une infinité de malheurs, des calamités de votre siècle , de ces maux qui seper* pétaent et qui passent des pères aux enfans ; et vous serez surpris de voir que vos iniquités vous ont survécu, et que long-temps même après votre mort , vous étiez encore coupable devant Dieu d'une in^ finité de crimes et de désordres qui se passoient sur la terre ! £t c'esC ici, M. F.) où l'on connoitra le danger des charges publiques ,^ le» précipices qui environnent le trène même , les écueils de l'autorité f et combien l'Evangile avoit raison d'appeler heureux ceux qui vivent dans l'obscurité d'une condition privée ; combien la religion étoit sage de nous inspirer tant d'horreur de l'ambition, tant d'indifférence pour les grandeurs de la terre , tant de mépris pour tout ce qui n'est élevé qu'aux yeux des hommes , et de nous reconunander si souvent de n'aimer que ce qu'on doit aimer toujours*

Mais peut-être, exempt de tous ces vices que nous venons* de parcourir, et attaché depuis long-temps aux devoirs de la vie chrétienne,* vous présumez que cet examen terrible ne vous regardera pas , ou que du moins vous y paroitrez avec plus de confiance que l'ame criminelle. Sans doute, mon cher Auditeur, ce sera là le jour du triomphe et de la gloire des J.ustes ; le jour (pii justifiera ces prétendus excès de retraite , de mortification , de modestie , de délicatesse de conscience , qui avoient fourni au monde tant de censures et de dérisions profanes : sans doute, le Juste paroitra devant ce tribunal redoutable avec plus de confiance que le pécheur ; mais il y paroitra , et ses justices mêmes seront jugées : vos vertus , vos œuvres saintes seront exposées à cette discussion rigoureuse. Le monde , qui refuse souvent les éloges dus à la vertu la plus réelle , les accorde aussi • quelquefois légèrement aux apparences de la seule vertu. Il est tant . de Justes qui s'abusent eux-mêmes , et qui ne doivent ce nom et cette réputation qu'à l'erreur publique I Ainsi, ce n^est pas seulement Tyr et Sidon que je visiterai dans le jour de ma colère, dit le Seigneur^ c'est-à-dire, ces pécheurs dont les crimes sembloient les confondre avec les infidèles eties habitans de Tyr et de Sidon; je porterai la lumière de mes jugemens jusques dans Jérusalem : c'està-dire, j'examinerai, je rechercherai, je sonderai les motifs de ces ceuvres saintes , qui sembloient vous égaler aux âmes les plus fidèles de la sainte Jérusalem : Scrutahor Jérusalem in lucernis {^Sopkon. i; la).

Je remonterai jusqu'au premier motif de cette conversion qui fit tant de bruit dans le monde; et l'on verra si je n'en trouverai pas la source dans quelque dépit secret , dans la décadence de i'âge ou de la fortune; dans des vues secrètes de faveur et d'élévation , plutôt que dans la haine du péché ,' et dans l'amour de la justice : Scrutahor Jérusalem in lucernis.

J'opposerai ces libéralités répandues dans le sein des pauvres, ces visites de miséricorde) ce zèle pour les entreprises de piété, cette •

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protection accotdée à mes serviteurs 9 avec les compLaiisaxtces « les désirs d'estime/rostentation, les vues humaines qui les onf infectées : et peut-être qu*à mes yeux elles paroîtront plutôt les fruits de l'orgueil, que les suites de la grâce, et TouTrage de mon Esprit : Scrutabor Jerusnlem in luçernis, •

, Je rappellerai cette suite de Sacremens , de prières , de pratiques Saintes, dont vous aviez fait une sorte d*habitude qui ne réveiiloit plus en vchis.aucun sentiment de foi et de componction; et vous saurez si la tiédeur , la négligence , le pen de fruit qui les accompagnoit , le peu de disposition qui les précédoit, n'en ont pas fait devant moi autant d'infidélités pour lesquelles vous serez jugé sans miséricorde : Scrutabor Jerusalerfi in luçernis»

J'examinerai cet éloignement du monde et des plaisirs , cette singularité de conduite, cette affectation de modestie et de régularité ; ei peut-être j'y trouverai plus d'humeur, de tempérament et de paresse,«que de foi^ et que dan$ une vi^ plus réguUère et plus retirée aux yeux des hommes, vous aurez encore conservé tout Taraour de vous-même , tout l'attachement à votre corps , toutes les délicatesses de sensualité , et en un mot , tous les penchans des tunes les plus mondaines : Scrutabor Jérusalem in iucemis.

J'approfondirai ce zèle prétendu de ma gloire, qui vous faisoit si fdrt gémir sur les scandales dont vous étiez ,tcmoin ; qui vous portoit à les condamner avec tant de hauteur et de confiance, et à éclater &i viven^nt contre les dérèglemens et les foiblesses de vos frères : et peut-être ce zèle ne sera plus devant moi qu'une dureté de tempérament, une malignité de naturel, un penchant de censurer et de médire, une ardeur indiscrète, un zèle d'ostentation et de vanité; et loin de vous trouver zélé pour ma gloire et pour le salut de vos frères, vous ne serez devant moi, qu'injuste, dur, malin et téméraire : Scrutabor Jérusalem in luçernis.

Je vous demanderai compte de ces talens éclatans que vous n'employiez, ce semble, que pour ma gloire, et pour l'instruction des Fidèles, et qui vous avoient attiré les bénédictions des Justes , et les acclamations même des Mondains^ et peut-être que la coraplaisanèe , la recherche éternelle de vous-même , le désir de l'emporter sur les autres,' la sensibilité aux applaudissemens humains , ne laisseront plus voir dans vos œuvres que les œuvres de l'hpmme et les fruits de l'orgueil , et que je maudirai ces travaux dont la source avoit toi^joftrs été si souillée : Scrutabor Jérusalem, in luçernis, ^

Grand Dieu I et alors que d'œuvres sur lesquelles j'avois oomp^é, se trouveront mortes à vos yeux l que ce discernement sera terrible ! et de tout ce que nous avons fait même pour le ciel , qu'il se trouvera peu d'actions que vous vouliez avouer pour vôtres , et qui soient jugées dignes de récompense !

Et ne concluez pas de là , M, F. , qu'il est donc inutile de travailler au salut , puisque le juste Juge ne cherchera qu'à perdre les hpmmes :

qu'à les perdre , M. F. I il n'est vetiu que pour les sanver , et ses miséricordes surpasseront encore ses justices. Mais voici plutôt la coti^ clusion que vous devez tirer. Ces âmes justes que vous accusez si «ouTeiTt d*excès, de scrupule, dans ]a pratique des devoirs de la vie chrétienne, comme si elles poûssoient les choses trop loin ; ces âmes exposées à la lumière de Dieu, paroitront ttèdes, sensuelles, imparfaites, et peut-être criminelles: et vous qui vivez dans les périls et les plaisirs du monde; vous qui«ne donnez à la religion et au salut , que les mpraens les plus inutiles de votre vie; vous qui à peine mêlez une œuvre de piété à une année entière de dissipation et d'inu^ tilité, où en serez-vous alors, mon cher Auditeur ? Si ceux qui n'au-* font qu.e des œuvres louables à présenter, seront en danger d'être rejetés , vous qui n'aurez qu'une vie toute mondaine à offrir, quelle pourra être votre destinée ? Si le bois vert est traité avec tant de rigueur, comment en i;|sera-t-oa avec le sec ? et si le Juste est à peina sauvé : je ne dis pas le pécheur , car il est déjà jugé , mais Ta me mon-» daine qui vit sans vice ni vertu , comment osera-t-elle paroltre ?

Vous nous dites si souvent, mon cher Auditeur, que votre conscience ne vous reproche pas de grands crimes , que vous n*étes ni bon ni mauvais,. et que votre seul péché c*est Tindolence et la pa« resse. Ah 1 vous vous connoitrez alors devant le tribunal de J. C. Vous verrez si le témoignage de votre conscience qui ne vous repro* choit point dé crime , qui ne vous offroit presque rien à dire aux pieds d'un Confesseur, n*étoit pas un aveuglement terrible, auquel la justice de Dieu vous avoit toujours livré. Vous verrez , par la frayeur où seront les Justes , ce que vous devez craindre pour vousmême, et si la confiance où vous avez toujours vécu, étoit la paix de la bonne conscience , ou la fausse sécurité de la mondaine.

O mon Dieu! s'écrie S. Augustin, si je pouvois voir maintenant lëtat de mon ame , comme vous me le découvrirez alors ! O sijatn nuncfàciem peccatricis animœ liceret ocuUs corporis intueriî si je pouvois me dépouiller de ces préjugés qui m'aveuglent ; me défier de ces exemples qui me rassurent, de ces usages qui me calment, de ces louanges qui me séduisent, de cette élévation et de ces titres qui m*abnsent , de ces talens qui m'éblouissent , de ces complaisances d'un guide sacré , qui font toute ma sûreté ; de cet amour de moixnêrae, qui est la source de toutes mes erreurs ; et que je pusse m'envisager tout seul a vos pieds dans votre lumière : ô mon Dieu ! quelle horreur n'aurois-je pas de moi-même ? O sijam nuncfàciem peccçtricis animœ liceret ocuUs corporis intueri ! et quelles mesures ne prendroîs-je pas en me confondant en votre présence, pour prévenir la confasion publique de ce jour redoutable , où les conseils des cœurs et les secrets des pensées seront manifestés? Car, M. F., non-seulement le pécheur sera montré à lui-même', il sera encore montré à toutes les créatures*

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