‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 100 sur 131 · MARDI PE LA II* SEMAINE · texte numérisé non relu

MARDI PE LA II* SEMAINE

temps usurpée? Jugez vous-inéme ai cette compensntion n*est pas

équitable.

Ce n'est pas tout éucore ; car enfin , pourquoi craindriez-vods dans les voies du salut ce que vous n'avez pas craint autrefois dans celles du crime ? Vous ne comptiez pour rien les discours des bommes , lorsque vous vous livriez à des excès honteux; quoi I vos passions ii*ont pas craint la censure publique , et votre pénitence seroit plus timide ? Vous ne vous êtes pas ménagé pour le plaisir , vous vous •ménageriez pour le salut ? Vous disiez tant autrefois , au milieu de vos joies insensées, pour vous calmer sur les discours publics , qu'il faut laisser parler le monde, et cela dans le temps que vous Taimiez le plus, et que vous en suiviez avec plus de goût les maximes; ses jngemens seroient-ils devenus d*un plus grand poids pour vous , depuis que TOUS avez résolu de l'abandonner; et ne commenceriez- TOUS à le craindre que depuis que vous commencez à le mépriser ?

Ah ! c'est donc pour le Seigneur tout seul qu'on est timide, M. F. : le crime va la tête levée; la vertu rougit et se cache : le crime , cet enfant de ténèbres , ne craint pas la lumière ; la vertu , ce fruit de la lumière, cherche les ténèbres et n'ose se montrer. Hérode,à la face de la Palestine , déshonore son nom et son rang par la honte d'une passion incestueuse ; Jésabel , cette princesse si chargée de crimes , choisit un jour solennel pour se montrer avec plus d'indécence et d'ostentation aux fenêtres de son palais de Samarie : mais lorsque Sédécias, roi de Juda, touché de repentir, veut enfin se rendre aux avis du Ciel et aux remontrances publiques de Jérémie , il envoie chercher en secret ce Prophète, prend des mesures pour

, n'être pas découvert , et craint les yeux mêmes de ses courtisans :

. mais lorsque cette reine d'Israël , femme de Jéroboam , vent recourir, dans son affliction, à un Prophète du Seigneur, et qu'elle semble reconnoitre par celte démarche la puissance du Dieu de Judi , et la vanité des idoles que son époux avoit élevées, et qui ne pouvoient

. rendre la santé k son fils , elle se cache sous des 'fafbits empruntés ;

' et ménageant eucore.les veaux d*or, et l'erreur publique de ses sujets qui les adorent , elle ne veut point de témoin de cette première démarche dereligion et de retour au Dieu de ses pères.

Grand Dieu ! est -il dotic houteux de vous servir , vous qui donnez la vie , le mouvement et l'être à toutes les créatures; vous à qui seul appartient l'empire, la gloire, la louange, l'action de grâces? Y a-t il de la honte à confesser votre saint nom , à reconnoitre que TOUS êtes seul grand , seul adorable, seul immortel ; et tout ména« gement n*est-il pas ici un outrage que la créature fait à votre gloire « et à l'honneur que vous lui faites vous*même de souffrir qu'elle vous adore ?

Mais si tant de raisons, mon cher Auditeur, ne vous faisoient pas encore assez sentir le ridicule de cette foiblesse, venons à U chose même. Que pourra-t-on dire de vous dans le monde qui doiv^ tant vous alarmer ? Que vous êtes changeant , et qua vous aimez a

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