‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 114 sur 131 · SUR LE PETIT NOMBRE DES ÉLUS · texte numérisé non relu

SUR LE PETIT NOMBRE DES ÉLUS

AtuUi leprost erant.in Icraèl sab Elûoro propheU; et nemo eonim mandâtiu M nisi Naaman âynu.

II y avait beaucoup dé lépreux en Israël du temps du prophète Elisée, et au* cun d'eu9 ne fut guéri tjue le seul Naaman te Syrien, Luc. 4; a^*

o n 8 nous demandez tons les jours , M. F. , s'il est trai qile le cfiemin du Cielsoit si difficile, et si le nombre de cent qui se saairent est aussi petit que nous le disons. A une question si souvent pi^oposée, et encore plus souvent éclaircie, J. C.vous répond aujourd'hui « qu'il y avoit beaucoup de veuves en Israël affligées, de la famine, et que la seule veuve de Sarepta mérita d'être secourue par le Prophète £lie ; que le noorbre des lépreux étoit grand en Israël du temps du prophète Elisée, et que cependant Naaman tout seul fut guéri par l'homme de Dieu.

Pour moi, M. F., si je venois ici vous alarmer plutôt que vous instruire, il me suffiroit de vous exposer simplement ce qu'on lit dé plus terrible dans les livres saints sur cette grande vérité; et parcourant de siècle en siècle l'histoire des Justes, vous montrer que dans tous les temps les Elus ont été fort rares. La famille de Noé, seule sur la terre sauvée de l'inondation générale; Abraham , seul discerné de tout le reste des hommes , et devenu le dépositaire de l'alliance; Josué et Caleb, seuls de six cent mille Hébreux, intro* duits dans la terre de promesse; un Jbb, seul juste dans la terre de Hus'j Lothy dans Sodome^ les trois enfans Juifs» dans Babylone.

A des figures si effrayantes auroîent succédé les expressions, des Prophètes; vous auriez vu dans Isaïe les Elus aussi rares que cesgrappes de raisin qu'on trouve encore après la vendange , et qui ont échappé à la diligence du vendangeur; «ussi rares que ces épis qui restent par hasard après la moisson i^ et que la faux du moissonnent a épargnés.

JktassiUon, tous i. 33

Siil LUNDI DE LA ftl* SÈSAÏ»1L

L*£vaDgile auroit encore ajoaté de itomreatiix traits à la terreor de ces images: je vous aurois parlé de deux voies, dont Tune est étroite, rude, et la voie d*un très-petit nombre; Tautre, large, spacieuse, semée de fleurs, et qui est comme la voie publique de tous les hommes ; eofiti , en vous faisant rémafquet que par-tout dans les livres saijHs la multitude est toujours le parti des réprouTés; et qne les Elus , comparés au reste des hommes, ne forment qu'un petit troui>eau qui échappe presqu^à la yue , |e vous aurois laissés , sur votre ^alut , dans des alarmes toujours cruelles à quiconque n'a pas encore renoncé à la foi, et à Tespérance de sa vocation.

Mais que ferois-je en bornant tout le frhit de cette instruction à vous proqver seulement que très-peu de personnes se sauvent ? hélas ! je découvrirois le dangor sans apprendre à l'éviter ; je vous mont^erois , aveb le Prophète , le glaive de la colère de Dieu levé sur vos tètes , et je ne vous aiderois pas à vous dérober au coup qui vous me-^ naee; je troublerois les consciences, et je n'instruirois pas les pécheurs.

Mon dessein donc aujourd'hui est de chercher dans nos mœurs les raisons de ce petit nombre. Comme chacun se flatte qu'il n^en sera pas exclu , il importe d'examiner si sa confiance est bien fondée. Je veux, en vous marquant les causes qui rendent le salut si rare, non pas vous faire conclure en général que peu seront sauvés , mais vous réduire à vous demander à vous-mêmes si , vivant comme vous vivez, vous pouvez espérer de l'être : qui suia-je? que fais-je pour le Ciel ? et quelles peuvent être mes espérances éternelles ?

Je ne me propose point d'autre ordre dans une matière aussi importante. Quelles sont les causes qui rendent le salut si rare? je vais eu marquer trots principales, et voilà le seul plan de ce Discours: l'art et les rfcc^ecches seroient ici mal placés* Appliquez-vous, qui que vous soyez : le sujet ne sauroit être plus digne de votre attention, puisqu'il s'agit d'apprendre quelles peuvent être les espérances de votre destinée étemelle. Implorons , etc. Ave , Maria j etc.

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