MÉLANGE DES BONS ET DÈS MÉCHANS
la connoitre dé se la représenter sons Tidée d*iin zèle amer et iin« prudent, qui condamne sans indulgence , et qui corrige sans discernement. La charité n*est ni téméraire ni inhnmaine : elle sait choisir ses iDomens et ménager ses conseils"*; elle sait se rendre utile sans se' rendre odieuse ; et quand on aime sincèrement , la douceur et les précautions sont naturelles. Si ces caractères manquent, ce n*est plus la charité qui reprend et qui édifie , c*est Thnmeur qui censure et qui scandalise : la charité est douce et prudente, et Thumeur est toujours piquante et téméraire. Nathan ne vient pas reprocher aigrement à Da- Ttd le scandale de sa conduite: il s*insinue avant que de reprendre; il fait aimer la vérité avant de la dire ; il fait haïr le crime avant cle blâmer le coupable; et, par les ménagemens innocens d'une parabole ingénieuse, il trouve le secret de corriger le vice sans offenser le pécheur , et de faire prononcer David contre hii-méme.
Un ami saint et vertueux , et qui joint à la vertu cette doucenr tendre et cette discrétion que la charité inspire, ne trouve presque point de cœur, quelque livré qu*il soit aux passions, insensible à ses sages remontrances. Car ce n'est pas ici un anachorète austère, qui , par les suites de sa profession , ne pouvant vous tenir que des discours saints, vous trouve moins disposé à Técouter : c>st un Juste de votre état , de votre âge, de votre rang, le complice peut-^étre autrefois de vos plaisirs et de vos débauches , qui vous fait sentir le Tide des amnsemens dont il a été ]ui*méme Tadorateur insensé ; qui TOUS inspire rhorreur d'un monde dont il a été lui-même autrefois follement eilchanté; qui vous exhorte à un genre de vie sage et chré^ tien , qu'il a lui-même autrefois décrié; qui vous promet dans la pratique de la vertu , des douceurs, et une paix du cœur qu'il a luimême cru autrefois puérile et chimérique: tout ce qu'il dit tire une nouvelle force de cette ressemblance; il vous ébranle, il vous enlève presque malgré vous à vous-même ; et la simplicité de ses discours est mille fois plus poissante pour persuader, que toute l'éloquence des chaires chrétiennes.
J*en appelle ici à vous-même, combien defois , dans le temps que vous suiviez avec plus de fureur les égaremens du monde et des pas*
' sions, un ami chrétien a rappelé l'ivresse de votre cœur aux lumières
' d'une raison plus tranquille, vous a fait convenir de l'injustice de vos voies, des amertumes secrètes de votre état , de Tabus du monde et de la vanité de ses espérances, et a laissé au fond de votre ame un trait de lumière et de vérité , qui depuis ne s'est jamais effacé , et vous a toujours rappelé en secret à la vertu et à l'innocence? Augustin sentit ses irrésolutions s'affermir dans les entretiens d'Arabroise'; Alipe, sa foiblesse se ranimer dans la sainte familiarité d'Augustii^. Non , la vérité semble avoir un nouveau dréit sur nos cœurs, quand
' elle est aidée des persuasions douces et'siiâcères d'une tendres'ïe
• chi*étienne.
£t ici je ne puis m'empêcher de le dire à vous , M. F. , que la grâce aretitél de» êgaréflitiots An^mond^i 9oitVem,"comens, ce semble.