BÏBLANGE DES BONS ET DES MÉCHANS
Chrétiens au monde ? Ex quo Chistianos à Deo orbis acœpit. C'est depuis que l'Evangile a montré à la terre des hommes justes, qui offrent au Seigneur des prières ferventes pour les princes et pour les rois, que les Césars sont plus heureux , l'Empire plus florissant: les jpeuples plus tranquilles : c'est nous seuls , qui levant des mains pures au Ciel , le fléchissons par nos clameurs ; et cependant , lorsque nous en avons obtenu des grâces pour la terre, Jupiter en a tout l'honneur dans votre esprit : Et cùm misericordiam cxtorscrimus y Jupiter honoratur. Quel don, M. F., la miséricorde de Dieu fait à la terre, lorsqu'elle s'y forme un Elu! Quel trésor pour ua peuple, pour un Empire, pour le monde entier ! Quelle ressource pour les hommes d'avoir encore au milieu d'eux des serviteurs de J. C. !
' Vous regardez quelquefois, M. F. , la vertu comme une foiblesse; et la piété des Justes ne trouve souvent auprès de vous que des dérisions et des censures. Mais quand les gens de bien ne seroient pas si utiles à la terre; quand ce ne seroit pas eux qui maintiennent encore parmi nous les restes de la sûreté publique , la bonne foi dans le commerce, le secret dans les conseils , la fidélité dans les affaires , la religion dans les promesses, l'intégrité dans les Soins publics, l'amour des peuples dans l'autorité ; qu'y a-r-il de plus grand et de plus respectable dans le monde , que la vertu ?
Mais elle est rare, dites- vous: je le veux, et c'est en cela même qu'elle est plus digne de vos hommages. Mais enfin . laissons là les discours puérils du libertinage; il est encore, sur la terre des âmes pures et fidèles; vous en connoissez dans votre rang et dans votre état, auxquelles vous ne pouvez refuser le titre respectable de la vertu : or , c'est par-là , en dernier lieu , que les bons servent à la ccmdamnation des méchans ; ils ôtent à l'iniquité toutes ses excuses. Car que pourrez-vous répondre devant le tribunal de J. C«, que leur exemple , ou n'affoiblisse, ou ne confonde? direz-vous que vous n'avez fait que suivre des usages établis , et qu'il eût fallu se retirer dans les déserts pour s'en dispenser? mais les Justes qui sont parmi vous s'y conforment-ils? vous excnserez-vous sur les suites inséparables d'une naissance illustre ? vous en connoissez qui , avec un nom encore plus distingué que le vôtre, en sanctifient l'éclat , et trouvent ^e secret de le faire servir au salut. Quoi ? la vivacité de l'âge ? la délicatesse du sexe? on vous en montre tous les jours qui, dans une jeunesse florissante, et avec tous les talens propres au monde, regardent tous ces vains avantages comme de la boue ^ et n'ont de pensée que pour le Ciel. Quoi ? la dissipation des emplois? vous en voyez chaînés 46S mêmes soins que vous , et qui cependant font du salut la principale affaire. Votre goût pour le plaisir ? l'amour du plaisir est le. premier pencb&nt de tous les hommes ; et il est des Justes en qui il est encore plus violent , et qui sont nés avec des dispositions moins favorables à la vertu que vous. Vos afflictions ? il y a des gens de bien , malheureux. Votre prospérité ? il s'en trouve qui se sancfient dans l'abondance. Votre santé? ou vous en montrera qui,
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dans un corps infirme , portent une ame remplie d'ane force divine* Tournez-vous de tous les c6tés: autant de Justes, autant de téx&oins qui déposent contre vous. Placez-vous eu tdle situation qa*il vous plaira; encore aujourd'hui les femmes mond^nes ont des £stker pour modèle ; les fiUes chrétiennes des Aébecca; les hommes de lierre, des Josué; les courtisant, des Nékémias; ceux qui sont assis sur le trône, des Josias et des David; les affligés, des Job; les infirmes, des Thimothée ; ceux qui sentent Taiguillon de la chair, des Paul : chaque situation a ses Saints ; chaque âge a ses exemples; chaque état fournit ses modèles. C'est ainsi, ô mon Dieu ! que s'accomplissent sur les hommes vos desseins dejusiticeet de miséricorde; et que, si vous vous servez d^s Justes po»r corriger tm pour confondre les pécheurs , vous vous servez aussi de^ pécheurs pour affermir la foi , ou pour éprouver la vertu des Jcistes.
SECONDE PARTIE
Lk corps ^.Justes, dit saint Augttstin, répandu par tout le monde « trouve son accroissement et son utilité dans les chutes et dans les erreurs mêmes de ceux qui s'éggrent : Ommbuf erramibus utitur ad profectus suos; et les livres saints ne semblant attribuer au Seigneur tous les maux et tous les désordres de la Cité j que parce que sa providence les permet pt)ur les faire servir au salut de ceux qui lui appartienneni^.
Car remarquez, je vous prie, M. F. , que la négligence, le dégoût , l'oubli des grâces , sont les écueils les plus ordinaires de la vertu des Justes , et que le mélange des méchans sert eu premier lieu à leur instruction , en les préservant de ces écueils , et leur fournis* s^nt des leçons continuelles de vigilance , de fidélité et de reconacHs-' sance.
De vigilance. £a effet , les commencemens de la conversion et de la piété des Justes sont toujours timides et défians : le cœur, instruit alors par le souvenir encore tout nouveau de ses chutes passées,
, veille sur sa propre foiblesse , frémit à la seule présence des objets qui lui en retracent les funestes images : tout l'alarme, tout l'avertit , tout le rappelle à lui-même ; à peine à demi-essuyé du naufrage , il ne marche sur les eaux qu'en tremblant comme Pierre, et le moindre
- mouvement lui montre le sein de l'abime prêt à l'engloutir. Mais ces pieuses frayeurs, si nécessaires à la vertu, ne se calment que trop dans les suites: à mesure que le souvenir de nos chutes s'éloigne, le sentiment de notre fragilité s'affoiblit ; les jours déjà passés dans la- piété, semblent nous répondre de ceux qui suivent; les frayeurs cessent, les précautions se négligent, et, comme le roi Eaéchias, de* puis qu'on a triomphé de Sennachérib , et délivré Jérusalem dei ennemis qui a voient juré sa perte , on en introduit d'autres dans la Cité sainte , et onnc craint plus même d*exposeravec complafisance à leurs ^rettx , des trésors qui ne sont en sikreté , c|[ue lors^^u'iU sont xaèonntts.
MÉLANGE tm BOm £T HES MÉCHAKS. Bifl
Or, contre un affoiblissement si dangereux , rien n*e»t plas utilii •us Jufttts ^ae leméiange des niéchaiys : iU lisent sans cesse dans tes ohates de leurs frères , le» raisons de leur vigilance; ils Toient dan» une fonrce commane le»iAénies foiblesses à craindre^ et que Tusage tout seiftl d'une loi toujours atteint ive fait ici lediscerne taent ; ils apprennent dans rhistoire des malheurs d'autrui, quels sont les degrés qui oon* duiseni insensîMement au crime; que les cammencemens en sont toujours légers ; q«e, pour peu qu'on accorda à Tenncmi, ks avanttiges <)u*il en tire sont funestes à Tame;' et qa*il est plus à craindre lorsqu'il inspire des adoucissemens, que lors même qu'il propose des crimes; ils voient que parmi ceux qui tombent à leurs jeux v il en est« plusieurs qui ont été autrefois plus fervens qu'eux dans les voies de Dieu , et qui s'attendoient encore moins qu'eux à décheoir par des cbutes^ honteuses de cet état de ferveur et de justice. Ainsi iU apprennent tons les jours dans les éga rémérés de leurs frères, qu'îi n'y a de sàreté pour la vertu que dans la vigilance, et qu'il n'y a jamais loin entre l'affoib^isseaient et la chute.
. Le mélange des pécheurs soutient donc la vigilance des Justes contre la tentation du relâchement; mais il affermit encore leur fidélité contre celle du dégoût. £t certes, si , cachés au siècle, ils vivoient tous séparés des pécheurs , peut-être que dans ces moAiens où le cœur aride retombe sous son propre poids, où l'on sciasse de soi-même, où nul goût sensible ne soutient plus la vertu ; peut-être qu^afors ils pourroient se promettre dans le monde des plaisirs plus doux que ceux de la piété, et une destinée pins heureuse. Mais la seule pnSsence des pécheurs dissipe cette illusion : le Juste n'a pas besoin de sa foi pour se détromper sur leur fausse félicité; il n'a qu'à ouvrir les yeux , il cherche des heureux dans le monde , et il n'en trouve point $ il voitpar-tout desagitatinns qu'on appelle plaisirs > et il ne voit nulle part debonheur; il consulte les mondains eux-mêmes, et ils dé|M>sen( tous contre le monde et sa prétendue félicité; il trouve parmi les pé- "f^heurs mille fois plus d'ennui, plus de dégoût pour la vie mondaine , qu'il n'en a jamais éprouvé pour la vertu ; il voit que leurs passions font tous leurs malheurs et tous leurs chagrins, et que le cœur de l'homme de bien qui en est exempt , ne sauroit jamais avoir d'autre peine, que de ne pas sentir assez vivement son bouheur. Ainsi le mélange des pécheurs affermit la fidélité des Juste» contre la tentation du dégxiùt; mais de plus, il réveille leur reconnoissance 9 et l€;s défend contre la tentation de l'oubli des grâces.
Troisième manière dont le mélange des méc^ans contribue à rioatruction des Justes. Ils voient que le Seigneur laisse périr dans le monde une infinité de pécheurs moins coupables quVux; nés avec un fonds de droiture, d'équité , de bonté, de pudeur même; incapables de rien de noir, d'inique, d'inhumain; qui aiment la vertu, qui révèrent les Justes , et qui ne trouvent que dans les molles fol-r ' blesses d'un cœur fragile , p'us digne de la miséricorde qup de la co-f lèire divine , Técueil de leur innocence^ tandis qu'eux-mêmes , après
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des excès monstrueux , et qui ne pouvoient partir que d'un coeur profondément mauvais et corrompu , ont été choisis , arrachés au. crime, et appelés à la connoissance de la vérité: ces objets toujours présçns font sentir chaque instant au Juste le prix inestimable du bienfait qui a changé son caur. Ce n'est pas assea; : il connoit même des pécheurs qui gémissent sous le poids de leurs chaînes , qui désirent leur délivrapce, qui flottent toute leur vie entre les désirs de )a vertu et la tyrannie des passions, et qui cependant n'arrivent jamais au salut, soit parce qu'ils le désirent trop foibiement, soit parce que le Seigneur est maître de ses dons, et qu'il a pitié de qui bon lui semble. Il les connoit, et il se souvient que le Seigneur vint au-devant de lui pour le retirer du désordre , lorsque, loin de l'attendre et de l'appeler , il fuyoit encore sa présence ; et il se souvient que lorsqu'il avoit encore les armes à la main contre sa gloire , et sans avoir apporté à la pénitence d'autre préparation que ses crimes , une lumière céleste le frappa soudain ; une main iqlyisibleTOinpit tout d'un coup ses chaînes i le Maitre des cœurs l^i en donna un, nouveau.
Mais le fruit de sa reconnoissance est un fonds de douceur , de tolérance, de charité pour ses frères qui s'égarent. Car souvent les gens de bien n'ont pour les pécheurs qu'un œil de mépris et de dureté: loin d'être touchés de leur malheur, et de demander à Dieu qu'il les convertisse, ils font souvent consister toute leur vertu, ou à les fuir comme des objets contagieux; ou aies plaindre, comme si leur malheur étoit sans ressource; ou à les censurer, comme si la charité, toujours inexorable envers le vice , n'étoit jamais indulgente pour le pécheur.
Mais qui étes-vous pour prescrire ainsi des bornes à la miséricorde divine , et désespérer du salut de votre frère? Si la grâce a pu triompher de toute la corruption de votre cœur , il n'est pins rien que vous ne deviez attendre d'elle pour les autres : le prodige de votre conversicHi doit vous préparer à voir sans surprise les changemens les moins attendus. Que sav^z-vous si ceux qui vous paroisscnt aujourd'hui les ennemis de la vertu; qui s'opposent au zèle et aux bonnes intentions des gens de bien ; qui font de leur autorité un asile aux désordres publics , ne seront ]>as un jour a la téte'de toutes les œuvres saintes , les protecteurs de la piété , les ressources de la miséricorde, les appuis du zèle et de la vérité? Qui se seroit jamais défié que Manassès , qui àvoit introduit l'abomination dans le lieu saint , et effacé jusqu'aux traces du culte du Seigneur dans Jérusalem, dût devenir un jour le restaurateur du Temple et des sacrifices, et le protecteur du ministère des enfans d'Aaron ? Je .vais plus loin: que savez- vous si ce pécheur que vous regardez avec tant d'horreur, ne sera pas appelé ,et si vous ne serez pas rejeté ? s'il ne se relèvera pas , et si vous qui êtes debout ne tomberez pas pour ne plus vous relever? On n'eût pas cru, sans doute, que la pécheresse de la Cité dût devenir l'amante la plus illustre de J. C; et que Judas, qui étoit son disciple et le vicaire de son amour, dût mourir traître et désespéré. Le Sei-
MÉLAN&EiDES BOISAS ET BBS MÉCQiLNS. £;/,&
gneui^ ne tieiit-jl p£)s entre ses mains les cœurs de tous les hommes ? Adorez ses conseils éternels sur leurs destinées , et respectez tou-»* jours dans lés pécheurs , ou Içs droits que la grâce se résenre'sur leur voionté pour les sanctifier ^ ou Tusage qu*elle en peut faire, non-sea-> lement pour Tinstruction, Aiais encore pour l'épreuve et pour le mérite des Justes.
En effet premièrement) quand les pécheurs ne feroîent que donner un nouveau prix à la fidélité du Juste par la séduction -de leurs exemples , ce seroit toujours une gloire immortelle pour la Vertu de pouvoir y résister. Car outre qn*on a besoin de force pour se défendre des exemples qu*on a sans cesse devant les yeux, lors surtout qu'ils favorisent les inclinations corrompues de la natux'e ; ce sont des exemples que l'amitié, le sang, l'intérêt, la complaisance , le respect, rendent encore plus puissans, et plus propres à séduira le Juste ; ce sont ses maîtres , ses amis, ses proches , ses protecteurs^ dont il a à se défendre: il faut qu'il puisse les aimer, les respecter, les cultiver, leurplaire, et qu'il ai^Ie courage de né pas les imiter : il faut que leurs volontés soient pour lui des lois, et que leurs actions ne soient pas des modèles. Enfin, des exemples autorisés pai^ la multitude : ce son( les mœurs communes, qu'il faut éviter; les DSt^ges établis, qu'il ne faut pas suivre : il faut avoir la force d'être singulier, et de soutenir avec dignité le ridicule que le monde at^ tiiche à la singularité : il faut oser condamner tout seul par sa conduite ce qu'il y a de plus autorisé parmi les. hommes, passeï^ pour un esprit foible et frappé, et ne compter pour rien leurs jugemens comme leurs exemples. C'est ici que la fidélité du Juste honore la grandeur du Maître qu'il sert , et qu'il devient au milied du monde , nù spectacle digne des Anges et de Dieu même.
Mais non-seulement les exemples des pécheurs donnent un noa-> veau prix à la fidélité du Juste , leur malignité ménage encore à sa vertu mille épreuves glorieuses. Car » M. F. , si la vertu n'étoit contredite , opprimée , persécutée , les Justes pourroient avoir le mérite de l'innocence , mais ils n'auroient pas cehii de la fidélité: si leur piété ne trouvpit ici-bas que des applaudissemens et des hom*^ mages , la voie seroit trop agréable^pour être sûre : si tout applau** dissoitàla vertu, la vertu se détruiroit bientôt elle-même; ce calme dangereux l'endormiroit ; ces faveurs humaines Tamolliroient; ces suffrages publics, ou en corromproient le principe, ou deviendroient bientôt le dédommagement secret de ses peines. Son l'ègne n'est pas de ce monde : les contradictions la soutiennent ;' les terii* pêtes l'affermissent; les persécutions l'éprouvent ; les tribulations la purifient.
Or, voilà l'utilité, dit S. Augustin, que la sagesse de Dieu sait tirer de la malice des pécheurs. U les souffre j qùè dis-je? il les favorise même à un point que ^es serviteiirs sont quelquefois scandalisés avec le Prophète de la prospérité des Impies. Aussi )|i puissance ^ l'empire , l'autorité semblant être presque toujours ici-bas MassUlon* tomi i. 35
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leur partage : il semble qu*ane main intîsible ne les élère, ne ïei protège , ne les fait croître, qu*afin qu'ils deviennent plus propre» à Aecornplir les desseins éternels de la ProTidence »ar les Justes : ce sont des instrumens de justice destinés à exercer leur foi : inatiles à eux-mêmes, ils servent du moins par les ménagemens adorables de celui qui sait tirer le bien du mal , au salut de leurs frères. C'est ainsi que tout et les impies mêmes coopèrent an bien des £lns : en les opprimant, ils font éclater leur pfitience; en les chargeant de dérisions et d'opprobre , ils ménagent de nouveaux triompkes à leur charité ; en les traitant de séducteurs et.d'hypocrites , ils épai^ent à leur piété la tentation des applaudisseroens et des louanges ; en les dcppuillant de leurs biens , ils puri6ent leur détachement ; en sns~ citant des obstacles et des contradictions à leur vertu, ils couronnent leur persévérance ; et la fureur des tyrans a fait autrefois plus de Saints , que le sèle même des Apôtres/
Et c'est ici , M. F. , vous qui servez le Seigneur et qui marchez dans la voie de ses commandemens , c'est ici où vous ne faites pas toujours usage devotre foi. Tous voudriez que la piété fut toujours protégée , favorisée , préférée même ici-bas dans la distribution des grâces et des honneurs , au vice : vous ne regardez pas assez les pécheurs qui méprisent ou qui oppriment la vertu, vous ne les regardez pas assez dans la main de Dieu , et dans l'ordre de sa providence. Vous souhaiteriez que l'orgueil des impies fût humilié , et que le Seigneur soufflât sur ce colosse de grandeur et de. puissance qui les élève, et dont ils se servent pour affliger les siens : vous voyez avec douleur les premières places occupées souvent par les protecteurs du vice, et les contempteurs de la vertu : vous désireriez, ce semble, que la piété reçût ici-bas sa récompense, et qu'au lieu dés croix et des tribulations qui doivent être sou partage » elle jouit des honneurs , de la puissance , des distinctions , qui ne lui eut pas été promises sur la terre. Mais* vous n'apercevez pas que vos désirs injustes ôtent à la sagesse de Dieu le principal moyen de salut qu'elle A préparé dans tous les siècles à ses serviteurs , et que » pour ménager un vain triomphe à la venu , tous lui 6tez Toccàsion et le mérite de ses véritables victoires.
En e£fet y outre que la malice des pécheurs éprouve et purifie U foi des Justes , leurs scandales et leurs dérèglemens les affligent, et arrachent à leur piété des gémissemens de zèle et de compassion » qui leur font un nouveau mérite devant le Seigneur : dernier avanrtage que le mélange des méchans ménage aux gens de bien. Témoins de la corruption générale, et de ce déluge de crimes dont le monde semble étre.inondé, ils sèchent de douleur comme le Prophète : ils se sentent déchirés par les phis vives impressions de l*esprit de Dieu, comme f aul à la vue des désordres et des impiétés d'Athènes : I/icitabatuf spiritus ejus in ipso iJct, 17; 16 J : ils veulent se laisser mourir 'de tristesse coinme Elle au pied delà montagne, spectateur de$ prévaricttionV d'tsraël. Ils demandent, comme Jéréinie, une
MÉLâlîGÉ DES feiàNé Et DEà kfefeHANS. %if fértttflâe <)e larmes poùfc* pleurer sur les txcè% et ^tir Jes inic|mtë$ de leuf pêupli^ ! ils souhaiteht, comme Moïse , d'étfé éffâcës dû livré ties vitans potli* n'être plus téiiioihi de rihcirëdûTîté ^e leurà frères : ils désirent , bôrnm^ Daniel , lafih dé là captivité, là délivrôneér dtl peupk dé Dieu , rayèiifeiilènt du l'èg'ne étermel.
Voilà lé fruit qui reviefat à la piél« des Justes , des dérèglemens çt fleà scanddlé^ dont ils sont témoins. Et certes, M. F.', quand oh a de la fol , et qu'on est toiiché de la gloire du Dlen^ù'btt ^'eti et qu'on àline , pfetzl-ort Voir ce qtiî se passe dans le inonde d''Un œil 5ce , trati^tiillé , indifférent ; les ihaximës de J. C aHëâhties , ses rtiystères déàhbrtorésv^es àerviietirs méprisés, àes proknesse^ oubliées ; la terrettr méiné de iei menacés affoiblie par les bfasphèinëà dé Tincrédulité; lès hàihes éternelles, les Vengeances honorables, lë^ infidélités danè le înariage devenues lé sujet, non pas de Thoi-rëiir , mais de la risée publique, et dès chansons satiriques et proîàtiei^ les vices atilorisés , lés théâtres IHipnrs devenus les plaisirs pniblici des Chrétieti^j et Tàrt d'inspirei' les passions les plus honteuses, placé parmi les artsqiii Sbnt Utiles auipetipleS, glorléui aux Kbyaùmes, et qlii foiit dresser des statties à leurs inventeurs ?
Eh ! vous vous persuadez quelquefois , vous , M^ F. , qui vive* dans la piété en ménageant encore le mQtide, que le commerce di^ monde et de ses plaisirs, pourvu qu'on s'en tienne à certaines bor-^ nés, n'est pas interdit à la vertu^ et que les gens d^ bien doivent plus se distinguer des mondains par les dispositions du cœur, quç par les mœurs extérieures et la fuite trop rigoiireuse ,d,e leurs assem^blées et de leurs plaisirs ! Mais si les intérêts de J. C* vous tou^ chent, pouvez-vous être capables de quelque joie. a^ •milieu du monde ? Eh ! qu'y verrez-vous qui ne doive vous pereejp le pœur de la plus vive^ douleur ? Pourrez-vous sourire à une impjic.té^ ouvrir les oreilles aux médisances les plus atroc.çs; applaudir au langage profane des passions; louer les projets jrivoles et insensés de la vanité; devenir l'approbateur des. préjugés et des u^age^ /.Pourrezvous voir crucifier sous vos yeux le Seigneur Jésus , et. prendre part à la joie de ses ennemis, si vous n'en, prenez point à. let|r crime? Pourrez-vous enfin voir tous les an^ateura du moude courir eu dan^ sant comme des iusensés,, un bi]|ndeau sur les yeux r an. pjrécipifîe ; et vous faire d'un spectacle si affligeant , un objet capable d'amuaer voire loisir, pu d'égayer vos ennuis?
Je dis bien plus ; pourrez-vous y reténî"^ -^oi làtîfie^s ? Quelle é6ri- Iraitite ! quelle situation pénible que le commerce dëi mondains , pour dneame qui aime son Dieu, lors ménfie que l'ordre^t le devoir l'y eiigâgé ! Vous cherchez le teonde pour vous délasser? mais vous devriez l'éviter pour vous épargner les momens les plus amers d'une sainte tristesse t c'est au sortir dû monde que vous devriez avqîr besoitl dé délassèmeat; qufe votre esprit fatigtié de tant d'images aifûigé^mei^ deYroit a:ller se coûsd^ aut pieds dé J. C. Ah ! ii