‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 126 sur 131 · S4B MARDI DE LA III* SEMAINE · texte numérisé non relu

S4B MARDI DE LA III* SEMAINE

"VOUS pouvez , je ne dis pas trouver encore quelque plaisir au mi* lieu du monde, mais le voir encore saus douleur y sans gémir 'en secret sur les jugeraens de colère que Dieu y exerce sur les bomtnes y peut-éire ne haïssez-vous pas des abus qui vous laissent si tranquilles; peut-être portez -vous encore dans le cœur les mêmes passions > qui dans les autres n*ont rien qui vous alarme.

Passez au milieu de Jérusalem , disoit autrefois le Seigneur à l* Ange exterminateur; marquez sur le front, et épargnez les bommes qui gémissent et qui sont affligés des iniquités qui se commettent au milieu d*elle : Transi per medmm Jérusalem , et notabis signum super f rentes virorum qui ingemunt et rnœrent ob iniquittiies quœ fiunt in meâio ejus ( Ezech, 9 > 4 )• C*est le caractère le plus esseniiel des Justes, c*e8t la marque. décisive à laquelle on les reconnoft. Tout It reste des babitans de Jérusalem est livré à la fureur du glaive et de la vengeance céleste : ce petit nombre tout seul de Justes qui gémissent , est épargné et marqué du sceau de salut : le Seigneur ne reconnoit pour siens que ces âmes touchées du zèle de sa gloire , qui répandent sans cesse devant lui Tamertume de leur cœur sur les iniquités de son peuple , et qui lui disent tous les jours avec un Prophète : Regardez ) Seigneur y du haut de la demeure de votre gloire, et voyez : Jttende , Doihine , de carlo ; et vide de hahitaculo sancto gloriœ tuœ ( Zf. 63 ; i5 ). Où est votre zèle ? où est la force de votre bras? ou du moins, que sont devenues les entrailles de vos miséricordes anciennes sur votre peuple ? Vbi est zelus tuus Pfortkudo tua ? multitudo viscerum tuorum ( Ihid ). Car , malgré nos iniquité», vous êtes encore notre Père; et Abraham , dont nous faisons gloire d'être les enfans, et tous les Saints protecteurs de cet Empire, en qui nous pourrions mettre notre confiance , semblent nous avoir abandonnés » si vous ne jetez sur nous quelqne regard propice : Tu enim Pater noster, et Abraham nescivit nos ( Ibid. 16 ). Pourquoi , Seigneur, avez- vous souffert que nous nous égarassipns de yo% voies saintes? Quare errare nos/ecisti , Domine , de viis tuis ( Ibid, 17). Pourquoi avez-vous laissé endurcir notre cœur , afin que nous ce vous craignissions plus? Quare indurasti cor nestrum^ ne timeremus te (^Ibidy, Ah ! revenez enfin à nous, Seigneur, à cause des serviteurs que vous vous réservez encore parmi les tribus de votre liéritage : si nos infidélités allument dans vos mains la foudre prête 'à tious frapper encore , que la foi et la piété de tant d*ames saintes <{Ue vous voyez encore au milieu de nous , vous désarment : Con- ¥ertere propter servos tuas, tribus hfereditatis tuœ ( Ibid). Oui , Seigneur, toute la gloire de Juda est éteinte : ce royaume autrefois si illustre par la foi de nos^ères, par la piété de ses souverains , par le sang de tant de martyrs , et par la sainteté et la science de vos ministres , imite toutes les mœurs àe% nations corrompues et perverses : rincrédulité s*y élève insensiblement sur les débris de votre culte : nous aurions encore besoin que votre miséricorde nous suseitàt de ces hommes apostoliques » qui les premiers vinrent annoncer

Ï)U VÉRITABLE CULTE. S4g

la foi è nos ancêtres -encore assis dans lès ténèbres delà mort et do l'idolâtrie; et nons sommes presqfué rèdcTenns tels que nous fStiona avant que tous fassiez notre Seigneur , et que yotre saint noni fût invoqué parmi nous : FacU sumus quasi in principio ^ ciim non do^ minareris nostri , neque invocaretur namen tuum super nos { Ibid. 19).

Tels sont les gémissemens delà foi, et Tusage que les gens de bien doivent faire du mélange des mécbans avec lesquels ils vivent. Et pour vous , M. F. , qui êtes encore l'ivraie de ce cbamp divin , re«gardez les Justes qui sont parmi vous comme les plus heureuses res* sources de votre salut : respectezi-les , si vous ne pouvez pas les imiter encore : liez-vous avec eux , si vous ne pouvez encore les suivre :^ désirez de leur ressembler, si vous ne pouvez encore obtenir de votre foiblesse que des désirs : favorisez leurs ceuvres saintes \ si vous, ne pouvez encore rien entreprendre pour vous-mêmes : et par votre respect pour la vertu, tâchez d*en mériter le don précieux de celui auprès de qui nul sentiment de fbi et de piété ne demeure sans té" compense. Mnsi seit^iL

BSI

SERMON

POim LE MERCREDI

DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME

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