‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 2 sur 131 · TOME I. a · texte numérisé non relu

TOME I. a

fi AVERTISSEMENT DE UEDlTEUIt

été fournis par un des neveux de l'Evêque de Clermoi M' J. B* Mas^illon^ Notaire k Hi^es^ lequel a mis zèle le plus obligeant à nous procurer tous les re seignemens que nous lui: afons demandés à ce suj Nous devons aussi quelques notes intéressantes Tfi. Bérangcr , auteur des Soirées Proi^ençales et de Morale en Action. Des Hommes de lettres^ des Ecc . siastiques distingués ont bien voiilu nous aider de leu lumières et de leurs soins : nous regrettons de ne pc voir les nommer ici.

WOTIGE

SUR LA VIE ET LES iéCRITS

8A;y-BArf|S7S iSASSii^hOff ^ naquit ». liijères m Pro^eoce, Van 1663; il entra fort jeun^ ap collège d^ rOrptajir^ 4i9 oeU9 ville. S^s manières douce» et poiifss , Iqs grap^s Oftiurelles d9 spq esprU, 991» ardent amour pQur Ife tr^y^îl, ^^ plq^enoor? pml>r êirelep^ncbai>t qu'il montra d'abord ppur TartUâ la Chaire ^ lui cQBcUiàr«n-t bientôt Teâtirne et TamiitÂé d^/sç^.mfatr^* Vn 4e ses aiQUsern^ns favoris étoi^4^aUer, a-tep qu^lqq^TiMis 4^ ses coD^isci pies, entendre la pj^rol^saiiit^.'Ie^^H&afiifini, illes {kisoitforitier en cercle, 4e plaçoitau ipilieu d'^ii^i f^ (?ur ré* pétoit.ce que sa mémoii^ lui rappeloi^ du .di^pur# d^ TOrafteur, lisant soJQ d^animer i^on réoît de Téloquenc^ d^s g^s^e^ et de la voi^, U avpii 4 pejina achevé ^a.trQiHèfEne, que spQ père le retira du collège, jaloux de ^transrpem'e Y^^^t de notaire, quUl e^erçpit ^Hières, à un i^ls dopi i\, ponippi^T «oit les heureuses di^positipos. Ce ne fut p^^ fgn/f peine q^q le Supérieur de l'Oratoire cp^Aeqtjlt à per4r/s up j>une.h^m,ii9e destiné 91 devenir rprne^ienl de la Congrégation, ^vs^i^t de I9 quitter^ .]l|((aMilton lui promit de venir ^ d^ft $fi^, fnqfp^p 4f loisirs, continuer à l'Oratoire des études quHl ^^i^tH he^r reus(ei¥WP<^ <H>miuepcée$ ; il tin^t parole^ eîgriape.9iM,^&Àl/ee^iitUC leçons. 4e jm^itrei^ h^Mlies, iji conn^ en peu 4^ '(emp^ le^ Ppètea et jç^ Orateur^ 4e l'wciennjs ^m^^» l^ Sq'péfii^Rwr eiic bieç^t^t Qi^aiHpn de le préseiuter au Violeur 4e la Ççngrégar ^ofi, .^iiii;, ajwit remarqué darOS Massillon 4^^ .tj^len>s,extraordin^irea, r4$al|»t4eiV^etierà ^Soqiété;, il ep parla an^ père àii, jçHW.feon^^Wi tev^l ?raincu p^iX U^ spUic^tl^tipijgj fx^sr 3ai^(^ 4^>'0ral;Qire , finit par C;éder spn fiU. ]\fAS(|iillpi^ ji^tii peu de }p\uf^ après pour AÎpj^ni^oreacvi, PH.il fit ^91 j(V.4p!lqgi^* . . S^ ^MPléri^ms le placèrent ep^^ite. Pr^ffit 4e pen^u^t à (a

IV r. .r ^ NOTICE

tnaisoTi de Sainte-Julie, La vivacité de Tâge entraîna Massillon dans quelques fautes qui le. brouillèrent avec ses Supérieurs; il fut éloigné de l'Oraloir^. Il s'en retoiirnoit tristement chez son père, lorsque passant par Vienne, l'idée lui vint de se présenter au Supérieur du collège de cette ville, son ancien directqgf^^igd^iiyio^ ;^ }l tui'J^t ^n aveu sîn'cèi^e d^ ses fautes , et le conjura, les larmes aux yeux, de le faire rentrer dans la Congrégation. L'occasion le servit ici beaucoil|l'|4us que ses pleurs et ses pînéfrès.^Le Supériedr de la maison de Vienne avoit besoin à'un professeur de rhétorique : il promit à Mastillon de lui obtenir son pardon, s'il vouloit se charger de

Ïrofesser cette classe. MTâssilIôfïii'eut garde de refuser; et au out de quelques mois, ses torts étoient si bien oubliés, que sur le rapport qu'on rendit de sa conduite , la Congrégation le rtAx si la tête d'un des principaux collèges de rArtois. Là , dei nouvelles fautes appelèreiit de- nouveau sut lui la sévé* rJté dé rOi^atoirè; et c'est à Vienne qu'il vint eneore acheter son pàrdôn, L'Archevêque decette Ville verioit de mourir; personne ne s'étôit présenté pour prononcer son éloge. Le Supériétlf', dont Massillon avoit été i^édnit à implorer eneore une fois^ là' protection , la lui promit s'il se chargeoit de composer tiûe pron^Oncer l'oraison funèbre du Prélat : animé par l'espérance d'ôbiéttir sa grâce, Massillon accepta ce dcïnier moyen de réconciliation que lui foUrftissoit la bienveillance 'de son èncien maître; il se mit à l'otivrage, et trois joufs après il vint réciier son discours ait Supérieur de l'Oratoire. ' *Ce fut à Vienne^ que Massillon débuta par l'drâiisdn fonèbre ' 45ê Henri deVillars, Archevêque de cette tillé, prélat dont le iiom seul 'est un éli^. SàH^'doirfe parmi les atidheuts du jeune Oratorien , il s'en trouva qui avoi^nt eu le bonheur d'entendre OBossuèt ; ''èetix^lâ restèretit c^dn vaincus que Bôssueft n^avoit )yoint encore trouvé de rival dans l'oraison funèbre. Ge n'est "pas que le discour)» de Massillon ne méritât dé plaire 'aux con« ^MiîsiSetors, aussi eût-il.bçaûcOùp desûccès : onyadmirbtt une noble simplicité, une pureté de style exti^ordinaire, toutes Ifes bièiiséaOces' oratoires observées, et sup-toutl'art si diffî-* iôile de louer avec décence; niais nulle part ces mouTémenâ i lapides j ces grandes images, ressorts àccoutun^és de l'oraison 'funèbre, eette ponipe de style, cet édat de figure ,' ces traits sublimés, dont le génie de Bossuét est si prodigue. Peut-être 'accusa-t-on d'abord le sujet qu'àvbit choisi FOrate^r,''plutôt •que l'Ofàt^rhii-mêmerMaâàiltonldâant les Vertus siihples q1 ^fnodestesde Henri deVillars/devoit^i} s^élevérà Ja hauteui

SUR MASSîïîlON, V

de Bosfu^^c^ëbrant la rieinecl0xla>GvafHle^fire^fieP Plus Urd ^- on^fultofflOfidVvoQei; que ]K|M^Upn:nca^^^ toutes Xès ^efa^kuroeft 1I9. :Cf»gè»re d!À:nt. Sw .Qr^isop funèl>rd du héros de Sc^iqk«rque etde:N^r>nrind^, m. susceptible d'iotërét et d<e niouvemeat , est f rojde fiL sans qouleiir j^ et à peinet niérite-^*elle d'être pk^js^iç il qâté-d^ ce q^e Fl^qivîer a de plus

. LecQup dVs3ai d^ M^spillon f^t cependant regardé eoninia un CQup.de;m»ître« JEftrayéidp ce premier trioniphid:, Je jeune Orateury.ausai jalqux de f^ixila gloire que :d-au(res Je sont de la ch^cher.) se dérobe ^tixapplaudi^seiyiens, et va Ven^^velir daus Tabbaye de Sept<-F;9t|d9;.lii,)tandis q^fij goûte euipai^ le ptaisur. d'^élre oubliëi .q^'iliC^pÂ^ par leîjeàin^.et la itiorti** ficajLMMi le» Ufiis.deson gé^i^^^pn génie le trabit (i), et la force deT<eparpître lur ui| (béât^'e^ti; sa mod^^tie va courir de nouveaux :aatigers. . > !( ,<•

Appeléà Paris par ordre du Cai:dinaldeNQailles, MassilloT» s'y read^t, et s'appliqua à suiyrç.lt^s prédicateurs du jour lei pli|s distingués. Il ne paroU pa^Qlffî son opipion )em* ait été la* Torable.:« Jeleur trouve^dit^l ud journuPère de la Tour, beau- «coup d'^prîtet de talent, mais je ne prêcherai pas co mine » eux »• Réflexion profonde, quenous tâcberons de développera

ATantBourdaloue^ « la chaire, pourenfiprunter les exprès- » sions. mêmes de Massiilpn,.sembloit disputer ou de bouf*^ » fonnerie avec le théâtre^, ou de sécheresse ;iyea l'école ; et » le prédicateur croyoit avoir rempli te miuistère le plUs se-* » rieux de la religion qua^d i[ avoic déshonoré, la majeiyta » de la par/ole sftinte^.ep 7 mêlant, ou des termes .'barbares

(1) Le cardinal de Noaille» adressa à TAbhc de Sept-Fonds, dont il respeetoit lavertu , uu mai;id«(iient qu'il venoit de publier. L'AJbbé , plus relig^iept^ qu'éloquent, iH^ais. conservant encore au moins pouc la Coinniiinauté quelque reste d'amo.ur-proprç, vouloit faire act Prélat une réponse digne du mandement .qu'il ayoit reça; il en chargea le novice ex - Oratoi^lèn ,' et' MassîHon le servit avec antanr de succès qiie de proiiiptilude.' Le Cardinal étonné dé recevoir d« cette Thébaïde un ouvrage si bien 'écrit , ne cral^nitpas de blessl/r*la vanité du pieux Abbé, en lai 'demandant quien'étoit raaceiir:' L'Abbé* nomma Msssillon; et te Prélat lui véj^ndtt qa'il né fallotrpas qif uii'isi grand taknt, attirant répression de rEcriture, de--> mearât^açbél^off^ ^ boisseau* Il ^jâg^i| q^•an.6t. qijiHftr It'habît au jeune novice; il lui fit reprendre celui de l'Oratoire, et le plaça dauji )» Sémiù^ire de Saint^MagUire , •B4'-exborlaRtà«iiltt¥errélef|[QeDee' de la chaire. \Mloge de Mamlion , par d^Alembert\

* dÛdrflieA^ta; (t) » Bourdâ'Ieu^-pAi'at^ éf le {>^tiiièi^,'iipàrl» le langage de' Iftiftmé^; Pô\xt ^àm^tvéte rh^MifAe^ jl fi*è^e pas i«e(tottrsâ i^éà jèUx deiHétspU^i'il)», à jcéii fl^fâW antithèses , à ce fnfëlange Hdieule'de sdcl4 éldéprofiièé^ do»t ^s prédë« «es&eUi^s^ôffroientpai'-K'tit lé itiodè)è':ii^«ydientobët *«à siècle ; Bourdaloue força son siècle à le suivre, et son triomphe-ârvomé parla ^ritë/te fût auiâ^i parle gt^ûe. Dleins les Science», comme dans l(»k ai^tsi d^îmaginatioh ^ la«fou4e s'attache aulc.pas de rhoiviirte xfckt à tracié uiie revoté ^riH^ttvetle; tiiais faute A% foû^ Toir l'attein^dï-è', elle le suit de loitii Ainsi, vit-on les cjotniemporainS'dé Bouhlaloue , gloiieûx et eomme enivra de ses suo^ cès^ s'etforcer de lutter at^èidl^r é«[ cdpiMC ^il genve- et s» manière 2 ilis cfoyôient imiter^ ils t}e fatsoieiit qi&e tf advnre. ■ Le génie n'imite pas, il crée; ail l-iéu de Se tl*a^M^ Servit?* ment sur des voies déjà tracées, il en essaie de n^MrVelles 2 c'est ce f]uV>sa Massillon. ïàédiS qM le reste des'{)r^fcirieurs trui^aill^nt à ^re pires qu^ib nepeu^nc^ cômiiiefS'éîipriin<5 Montaigne, il a la noble ambitioti de s^tv'vc 'ètmdéme^ il descend dans son cœur, Tétudie; et^ quand il err a ^pprcyloïK^i tous les rtiystères^ il parle et l'on s'écrie î|qu'il d dê?îi*ié

- Si la gloire d'avoir trouvé Sort art est toute èiîtièi^^fidurdaloue^ ^ui téfiisera à Massillon l'bontieur d^tt voir agrandi le domaine de Téloquence cht*étiç?nrt« P On a lieu de s'ëiDtiner que Bourdaloue se Soit privé d'un des plus p^is^nS ivieyens de la parole 4 en s'inlerdisaht'les Ressources si i*ichès 4 «i variées de Vimagination ; scHt qu^il craignit^ eti leS ertiptoyant^ de réveiller les passions , soit que son génie austère lui en défendit riaturellechent Tusage; Cet art heureuk d'émonvôir par le pathétique; de toucher, de fèttiuer le te^ur, pàrdespein* tures vivra, et animées; dé corriger les J^Asàiôtis en éraphoyant

pendant vingt

enthousiasme il e.st vrai auquel çontribuoit puissamment !t^ caractère de son siècle :. jiècie imniortei, oi\ le Prince et le sujets le guerrier el rbesmilte d-Elat^ le «ravani et l'ignorant entouToient d'homaiageq laiiieKgwKi^ o<à Louis XlV.venoit

bumifUéi' devant les amelstiiti frcmt chargé ée latitter^ ; où

'>' ■ ■ il II i^i»! ni ^ n iiiwiiniiilyn i un , ftiniiiiinfifl l<i n'4 riti nninMi»"'

(1) Dtscoyrs d« réception à VAcadcmlf .

SUR MA&SI£LON. Tit

TurenQe àgeiioux»aprè3 avoir dompté Torgueil de nos ennemis, coofesaoit,ses fautes à un ministre du Seigneur; où Liixembourg, étendu sur le lit de mort , demandoit i échanger s^a victoires pour i|P ve^ve d'eau donné au^ pauvres; où Corneille traduisoit Tlmltation ; où JLacine çxpÛquoit TÉv^LOgile ^ lea en fan s!

Une autre cause qui , indépendamment de Téloquence toute^ puissante de Sfassillon^ du génie même de son siècle, dut concourir au triomphe de la parole divine, ce fut eette sainte liberté , ce zèle sévère que MassUloii porta dans la chairo chrétienne, et dont il s'arma contre les vices des Grands et des riches.. En général, le peuple n'aime pas qu'on àatte ses maîtres : le spectacle de. l^urs défauts. çemUe le consoler des torts vrais ou faux qu'il reproché à la nature, et i^s'ima* gine compenser p^r les qualités du cœur ce qui lui manqua du ci&té de la i^ssaace ou de la fortune : aussi, sut-il gré 4 rOrateur décente franchise évangélique avec laquelle il parU des Grands et des Princes; et non moins par admjra^on qu^ par reconnoissance , il vint en foute entendre MassilIoUp

C^est sans doute par suite d^ Vidée que ce Prédicateur s'étoit faite de son art , que bien différent die ceux qui Tavoient préfcëdé^ il ne s'att^uma presque jamais à prouver les vérités sur lesquelles repose la croyanc^desCbrétiénj^ : il peqsa sagement, queThomuie crpjoit sans peine ce qu'on iMifaispitaim^r;; il s'étudia donc à lu^ rendre léger le jpug du Seigneur, et Ip pratique (les vertus, douceet attrayante; et pour arriver plus faoi* lement à ce but, c'est au cœur qu'il s'adressa.

On a souvent comparé Massillon à Bacine : il eflt fierpuin

que l'Orateur chrétien , ne le cède en rien au poète profane

dans l'art d'exprimer lesentiment. Qui mieux que4ui,aconBu

le secret de toucher et 4'puèndrir? yoyct?>*vous cette mèc^

qui essaie de ramener daps le sentier ^e la vertu , un fils objet

de ses amours, que l'oragç d^s passion^ en a écarté : avec

quelle adresse elle tache id'arfacbef* un^^ecfet qu'elle lit déj^

sur le frpnt du coupable ! comme eWjB^ craint de le çbs^griner {

comme elle a soiu de t^empérer par la dPMceur de ses vegqrds,

le charme de fi^ voi^, ce qujB ses N^proçhes ont de trop sévère l

vous diriez qu»ic 4étuan4^ grâce, 3Qn$L5 écoute eu. sil^ce^»

il rougit, baissctia vue; bientôt ses^eun^çiouillent de. pleurs ,

iltoi^be d^ns (^,hras>d/ç.sa mère, q( s^fautee^t oubliée. Voilà

Alassillou : ç^^ iuén^gçrnens ingéniwi^^ ^fitte tendresse, ces

heureux asûfoesi} U les connoît» ilj^.«f»ploie ff^v oouvej^tir

k péchour^il Dfi.ebtfpfee pas à T4pottvautec^ U ^»e s'occupa?

Tiff NOTICE -

3\\é dé Itti rendre fae ile les Toies 4e Dieu. Cédantà r<ascend ar e ses paroles, le pécheur qui récotitoit s'e^ surpris plu Ahurie fois versant des pleurs.

Mais si ce pêcheur refuse d'écouter la voix de POrateur sMI k^ôbstine à marcher dans les ténèbres'; si son oreille su perbe se ferme aux conseils de, la sagesse;. oh ! alors, Massillo s'enflamme, il s'indigne, il tonne, il menace, il appelle i mort;' et la mort vient saisir sa proie. ^ Vous voyez le péchen qui se tourmente ^ s* agite;., m U sort de ses y eux mourons , y ne saès quoi dé sombre et de farouche ;... il pousse des gém /j semens entrecoupes de sanglots;,., il Jette sur un Dieu cruc^ fié dés regards affreux;,,: il eritre dans des saisissemens o Von ignbfe si c'est le corps qui se dissout^ ou Famé qui se/ rapproche de sonjuge,,,. Enfin.,, ses yeux se fixent; ses traik changent; son visage 'se défigure; sa bouche livide s'en tr^ ouvre; tout son esprit frém it ;... son àme ùifortûnée s'arrach comme à regret de ce corps de bàue , tombe entre lès mair de.DieU , et sq trouve au pied du tribunal redoutable. »

A cette description si effrayante du péeheur mourant, bf posez la peinture du Juste s'endormant dans le Seigneur, qui tàntsans efFortoccttfcvattéede larmes pour aller se mêler parn les anges , et vous >errez à quel point Massillon a connu ceti gradation , ce contraste de lumières, le plus beau charmed'u tableau comme d^un livj^. Ah ! qu'il étoitdiilicile de résiste à un honlme qui appeloit Ha «econrs de' la vérité tous les en chantemens de la parole, et les saints artifices de son augu&i ministère!

On a loué si souvent le style de Massillon ; on a vanté tar de foisi ^a pureté exquise , sa mélodie , son élégance , $( grâces , que je viens bien tard pour en faire l'éloge. Tour-s lôur noble et simple, touchant et énergique, persuasif < imposant, sublitiie même, le style de Massillon change ave une facilité et une mobilité extrêmes. On trouve dans les ot v'rages de cet Orateur , la douceur d'Isocrate , l'abondance <; Cicéron et souvent la véhémence de Démosthène. Ce qu'o n'y rencontre jamais , c'est le travail ; jamais la gêiie ni la coi trainte. (^es$ un métier que défaire un livre, a dit Labruyèn On né le croiroit pas en lisant Massillon : il ressemble à c vieillard qu'Homère a peiril, laissant couler les paroles de j bouche. C'est l'idée qu'on se formera de l^ëtoquenee de ci Kcrivain, quand on saiira que ses plus beaux discours , nu^n les ebefs'^d'œiivre oratoires prononcés deVanft Louis XIV , h ont à peine ooût< ^aelqu.e9 semaines de «néditàtion !

SUR MASSÏILON. IX

Le bruit des triofiiiphes de Màssillon fit souhaiter à ce Monarque de Téntei^dre: il voulut jiiger* lui •même si VO^ rateur n*étoît pas au-dessous de sa l'enommée. Massilloa parut donc à la Cour. Ce que la Capitale renfermoitde guer* riers , de magistrats , d^hommes et de femmes célèbres , s étoit réuni en ce jour dans la chapelle de Versailles, moins pour entendre que pti>ur juger Massilloii. A peine est^îl monté en chaire que tous les regards se fixent sur lui : son air grave et religieux, sa figure noble et austère, ses yeux baissés, tout Imprime le-respect : oii Tadmire avantméme qu^il âfii parlé. Le plus profond silence règne dans l'assemblée; ce silence fait place à Tétonnement quand dn enMnd ces mots, que l'Ora<* tear prononce d'un ton de voix comme altéré par la douleur : Beau qui lugent^ heureux ceux qui pleurent: mais Téton-^ nement cesse quand on le vott'tirér de ce passage dei-E* Tangile^nUe leçon aussi ingénieuse que délicate pour lé

l^rince qui l'avoit inspirée L-assemblée toute enmrefut

alors isur le point de téinoigner son admiratio'n par des applau-^ dissemeps; Louis XIV seul se retira Mécontent , mais mécan^ tem de- lui-même.

11 l'eût été bien autrement tjuélques anpées plus tard^ si, sortantdu tombeau, il eût pu se mêler parmi lesflo^ts de péu^ pie rassemblés dans le Temple saint pour entendre ^oraison funèbre dé leur Roi ! ^uand il éûtVtt sies'tropbées d'un deirn^ siècle de gloire , remplacés par ttti' eerdueil ; un Hncetil ^-seul reste de ses conquête^; et les'iiilages de la mort substilnées aux magnifiques décorations que .fadmiration ou la flatterie lui avoient érigées : il se fut écrié sàiis^ doute avec l'Orateur, Dieu seul est grand. '■ *

On ne conçoit pas qu'un Souverain-^ aux yeiix de qui là gtotre des lettres égaloit presque lag'loire des armes, ait pu laisser cet Orateur sans récompense. Le Régent s'acquitta danU la suite dé la dette de Louis XIV, en nommant Massillon à i'évéché de Clermonc : le nouvel Evéqne n'eut pas de quoi payer se$J)ulles, le Prince s'en chargea ; et l'année^si^ivanttr^ il l'appela pour prêcher le Carême devant Louis XV ,. alors âgé de neuf ans^ - >

C'est à cette époque queMassiflon composa ces disooui^ , ai connus depuis sous le nom de Pet^t Carême , et que le dix«hui« tième siècle oppose avec oi^è^îl aux pi«nsparfaitea productions de l'âge' précédent: cfaçef-d'ca«ivre^de génie et^de goût, qui vivra aussi lofig-tém^s que k méiooire du royal SnCaiytri riiMtructioo de qui Alassillonle consacra, aussi -jlong-^temjxs

; Qn aura sàii^ dout^ jçemarqiié cetieexpres^ipti dé génie: J louanges descendent ^vec -eux dans le Ipinbeau : Mas^iilon < plein .de ces sortesdebeatitésf Ua,€jO»i:j?il!f aînsiqueW^ran écrivains du siècle de Louis XIV, Fart. d'ëtopuiér) de fix ratteotion par d^heureuses alliances de inpts. V^u^îl. p^irid ces hommes qui, s'pcçupent d'^ùxrmêmeii., en s'occiiput d ^utreS;? II Dpiifl^ Ips représente 5^«ibais$ant.jusqM*aHX;ii^nistèr jes plus vils de la çh^|:ité , , m^is, s'aba^jss^n^ avec/fk^te^. i^'aya desy^uxque ppur.les m£séi:e^i2^^ç/â^|.)»t.fi)ettant/Mea«$e7/ï<.'i le public dans la çpnfidence deleu^rsls^r^^s^es : so^v^tainsi |re|ève par.u^e^ ifnage.|. par une e^pf^sfion figi^reç^des ri flexions qt^iji^'ppt de i^dérite que 19» yér(t^. : ■ < /

. Quelquefois il a ^féllergiq^e. précision de SalUisite ou -i Tacite» «..Qaiço^f|ue .flatjte;$es .maîtres les trahi t*.^. J^a pe 9 fidie qui. )^s;|roippQ e^taussiciipinelle .que celle ;qiiii les d » trône.... Il.n'y apas Ijoin de ^ipruimva^e foi dt^ flattear a cet » du rebelle,. )», De . pareilles Vjéri|es , n'étpient p^s , faites^ po^ plaire auxcpurtisf^ns, ejt spuventelLçsTeyiennent.dan^les di cours de l'Orateur.

< Les Rpis. mêmes qi^elque élev^s^ q^^ils soi^at au-dessus di autres hoo^mes, i^e le sont poifît assez pour imposer à XOt\ Ifur : il ose tracer aux Potentats leurs droits et leurs devoir*] et alors il ju&tiiEl^.la religion d|i reproche qu'pn lui a fait (l'a^f iir l'hoKmii^>et ^ je, rendre esclave : cpi^me si unie religia

3ui a éjtabli, Qx^tdogipe régalité.mpraliç,^ ppuvoit favoriser | espotisme ou, Wpouyoir arbitraire ! Epputons M^ssUlon. . « Ça >pi)tl^s peuples; qui, piir JÎ'qrdf e de pieu, les ont fa i tout,çe,^'iis;SOf)t {les B,ois);,|çfes|,! à eux à a'être ce qu'i » sont que .;QPMr i?s peuples.,..:Çoiiifne la, première source d », |eqrau^>rité;îieni,denous, j^s,]tloi* ïi>n dpjvenl faire usag » que pour nous.... Ce sont les lois qiii doiv^Qf^irégner su

f.,le5peMple^*>M. •::,:'•;:. "... . ':

. , :Tp)if e, la scién<pe des Gpuvernemeins^est dans ce peu de mots

î^illeurys^ I^^^sillpipi a renfermé dan^ /quelques lignes,, toute 1

« n n'y a de bonheur pour le^^ pfjfiplj^s que daîisl ordre « 1) 44193: la. flipiiimissipn. Pour pe^i qu'i|S;S'écartentdu^pçiotfix ».4^4>béîsftaace , ^jGpuverni^m;Ç9|; iiJ^p^HS.de xk^^hà[^^^\ m veut être à lui-même sa loi : la confusion , le^ troubles, k ?,i4i*seritipm:, les . attentats ; l.Ufflpiwlfti l^a^sseRL.,d;eJ'ûïdc

.i4u;ao9éemême.ojii,]M(assilloi? ipst^.u^sa,U>i éloqiJiepîXPent l. ÇlWce%,^, lès peuples., l'Acad^WÇ? l'appela à venii- preudr pl^cë parmi le petit nombre d'hommes célèbres qui i^euls ra^

SUR M'AâSItLON. xitt

peloîent alors la gloire du siècle de LouMë-Grand. Son distours de réception , ainsi- que Ta JudicieUéêniefit remarqué un cri lÂc]^^ distingué^ fit épô(|u&;l'Oràtehr traita spécialement des progrès de la lan^éfrançarse^-pë^nlt à grands traits :{ et avec autant de jusiessi^ (^e'd^éloqtieUcé;'le^ùrg6ût de% prédîcareurs quiavoiènl pVéôiédè Bourdàlbliét^ * ^ ''

Mitssitiqii étoit trop oôn vaincu des devoirs de PEpiséôpat, ][)our ne pas leur sacrifier les devoirs déPAtiadéMicièn : aussi ; seiiàta-t-il de quitter la Capitale pour aller yèiner au soin du troupesru cpie la Providence lui avoitconfié. Mais cettevoix éloqaente qui avoit ton ne si souvent contre les vices et \es scandales des Grands , consolé le pauvre et Tatlligé; réveillé 'le pécheui' de son sOmnieil de mort, ne fut pas percjiï^ pour l'Evangile. Bossuet ,, après avoir égalé par Iîrs merveilles de sbh' génie les merveilles du règne de Louis XIV, sur ses vieux jour)» faisoif le catéchisme aux enfans de sc^n église f ainsi Massillon consacra les restes d'une vie pleines de' gloire à prêôheb à ses curés la pratique des vertus évangéliques^ que ses exemples prôuvoient encore mieux que ses discours. Les conférences qu'it composa à ce sujet sont mises au nombre des chefs-d'œuvre oratoires : « Ce que le Petit Carême est pour lès Rois , dit Labar pe , les conférences le sont pour lés ministres de l'Eglise. MassUloa n'a déployé nulle part davantage ce: sévère aniour de ta vérité et du devoir qui a tant honoré eti lui son ministère. Il paroit sentir que l'honneur du clergé intéresse le sien : il n'en est que zélateur plus ardent des maxinfès qùMl est chargé de lui prêcher , et censeur plus inflexible des abus, des désordres , des viciss qui le contredisent. » -

Les paraphrases sur les psttumes (pe Masisillon composa pendant les* intervalle de Vepds que lui laissoît l'administration de %on diocèse ^ M font pas moins d'honneur à sa piété qu'à son éloquence. On y trouve à chaque page le génie dé l'Ecrivain sacré. Massillon sen tbit vivement les beautés du psalmiste^ et il a su les faire passer dans notre langue avec, beaucoup de bonheur; Souvient même il s'élève à toute la hauteur desdn- modèle , «t lutte avec lui de.grandeur et de sublimité ; ainsi qu'on peut le voir dans le passage'qai suit : "

« Lesiiommes sontisi oôrrompus, que le désir d'amasser peu- > pleroit la terre de tyrans y si une chute soudaine , si Técrou- « lemenft fiatal et imprévu dé tdû€e leur fortnHe, si tm coup » frappa par cme main invisible, ne jetoit l'épouvante et là » coasterkiatioo pa^mMëtt^s imitateurs, et h'apprenoit aut

» hptp]n^sq;a^i|,7.s|:auTd^|svff dp qoi)f, up Etr0 Suprême q ^^ pré$j4ç aH;^ ç{iq^^4« la tfBfn^, I^q oiondis fie ^erçit bieni

» commettroient poinv, ç(9secoieo^cçp<qu^il^sol«rquveroie «.^aps r^nipuî^^n^'^Q pOjWmçUre. W«U lorsque sorta i.4e f^empi ^ t^nips.dp fflf) «iscreu, le geigi^eiir frappe c f gr^l^di» ÇO^pa q^i^f PPf?fH>f l'poivçn ; ^t qu>to|t9Q^ ces têt f ^Itièi-e^ qui i^^éUfVQi^x 4^n$ les nues, conime ppur Tall 7 outriig?r dftp^ s^ ^mwra feinte « U 9gU ^n iwUr^ ^t < 9^gu¥erainf Eilofs Jexaé^hfiplisfffayé) ^ifnp déppuille la v » lonté deinal ffiiri? , en si^pfnd 4u qi^iips^^s efïe(9 : il çrai^ » que U fQydr^ q^j.gr^Q4ç «i9C9l*^ OQ viaf^pelQ frapper à ac

. .S'il e^t: yrîii qVwn écrivain ^pçJgoe 49»^ »çs ouvrages , itous^era fapilp di^ npu^ ffiire çne idée das yeriMs de Hassillo Cette dxniQaar^ c^t# indulgence , ceue borné qn^ ve$p\re\ dans ses écrits , for/noient le fond de son oaraçtàre* U ainii] ï^paixayec déUc^» ^ykSH nesemélM-îlsérieuseinenjt qu'ui £oâ3 de ç^s qperejlesid^olpgiqiief qui dq spn temps divisèrei i%giisp : ce fut pour rapprocher le cardinal de i^^oailles i ceux qui aUaquvi^ut la doctrine. de cet Evéqu^, îfn de s plaisirs ^ordin^iire^ étofi d^ rasf ^M^nbler dans sa maison .de c^n pagne des Jésuites et d^^ OraU^riens; et de les f^irejouer ei $etoble au3ç écbe^^i il dli^ pl^9 4'Mnairéçonçili;»i^w àc^e strat génie ingénieuKr

On a voulu jeter quelques d^lf^ sur ToTthodoiMe de Ma sîILon. Quand ses <)isQçmi*$, îmnaprtels niQnunienado la foi plus pure, ne répondroieiit|>9s vic^oriea$einentàçe|taacçus lipn que la hain^ pn.renvie ont pu seules dicter ;.o^. écrit connu qu'il rédigea en ^^To^vmi quelque^^ujps des principal Prélats de frunôp. ^ p# les propositions du livre de QMesn çont condamnéç^.dan^ los t^r^tna» vaimfi$ de 1^ buiMe de CT mentXIî la lett;resnîyantje;,qn'iladrêsAoit^jtUfi 4?^ pi^sfervej disciples de Véyèquif 4^Y pr^si « sn£&roit pour détruire cet chimérique inQuipatioiY.

Soanen^ f%i]4à\ii ÇbaisenPi^n«.«e^glorifioit sans cesse c souffrir pour J^ pftusie 4u Seigneur* : .

« Quç je vQu^ plains , Ifo^seignenr , lîiî étcrivoit Mussilloi ;» ei^ajaiipe^ Js^ dfîVAnt Diep, si sî'aH poui? fa mme que voi 4 J90uf£c^j l>m9«rg^Ç«^pr#»i>«pM^ dfi.|i«fÛ|Jirf))9nt^ <

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^ omfirehir de sese^reurs-, «:'j ^'^'^'^^'^ pouf rrien!? Ecde >r bonne foi, pouv^sz^voiu penser que Vous- état^dans la véti»' •• table Eglise? (i) »

Jamais £^«é^ue ne poma plas>loin le déâioléreiâeniénlef:Ia bîeofatsanee ; «es revenus apporteiipient anx pauvre» ; aeitl a |Ned^ U parcouroii souirentoes casipagnes qa!ajTeiBe rAUieiv; il aimoita pénétrer sousiechaiMRefidaifes leS'oabaneS'deapajiMaDs; il s'&sséyoit à cÀté d*eux , les interrogeoitavee douceur, roôloit ses larmes aux leurs; et ne les quittoît jamais, sans leur laisser •des itiapques de sa tendre sollikjitude : sa présence «ëide étoit pour euix un bienfait: ils ne pou¥oie»t l'apercevoir sans le sa^» iuer du doux nom de père; et ce titredonoé par la reconnbisr sance, flattoit bien plus agréablement le cœur de Massillon, que leâapplaiidisaeniens que radmiratîon lui avoit prodigués^

On cite mille traits qui, mieux que nos éloges, peignentl'amp de cet homme auquelfénélonsembloit avoir légué ses-vertus. Nous en eboisirons deuxr

Une Comipittna«ité de religieuses étoit fans pain depuia plusieurs jours; la faim alloit les conduire au tombeau, car elles éteieirt résolues de mourir, plutâc que dWouer leur 'élat af* freux, tant elles aToieok peurqu^onitesupprimâtleur maison» Masaillon qui connut en méttietemps l^ur indigence egotréme et le motif de leur silence, ae hâta de leurewpjer anMomme considérable : etdecratnted^alarnierles'scrupttlesdecessaia^» tesfitles , il eut sein de se eadber. En appranantla mort de leur Evéque, ces religieuses apprirent le nom de leur feienfaitear.

Un marciiMd de Clermcint, père de deux eofans en bas •àg^^ alloit être iratnéen prison par deak»*ëanciers inhumains auxquels il ne pouvoit payer deux nnUe francs. En vain , il a'étoh adressé à ses amis; «es prières , ses larmea a voient été inutiles. Masailloii instruit de la détresssede cet faoïmdte négociant^ lui faitf>ûrterè l'in9Îantttnebouttfe'devingt«oinqilduis par aoB jandinier , auqudil reconmandede tavre-le no^i dç la peiv sonne qui envoie le secours* lie mareband^ ivre de joie, se jette »Bx genoux dtt jardinier, etJecon|jorede kii nommer son

• • • • ■" ' * • *m» f I. I» Ml I i|i II I II I ii»>Mi ijlij II |i||||»i'ini«v i\ n \ i I I

(ï) Voyez Mémoù^piUirseri^^àJ'Jlfffpire.de la f!ej^sfieuXêooJfçiU9^ çaiscy recueillis par tes ordres de Pie VÎ, et'dédies à'SIS/, par M. TAbbé d'Hesmiyy d'Auribeau, archidiacre, officiai et vicairegéoéral de Digne. Borne, êy^S^ gr, in- 8**; tom. 2Vpag. 687.-- Voyez ansti Retrait de quelques Ecrits du même Auteur, Pise, 1 8 1 4 , in-8*^, tom. a, pag.353.

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