PREMIERE PARTIE
Taoïs écueils sont à craindre pour les- âmes qui , touchées de leup salut , et vivement persuadées que tout ce qui n'est pas Dieu n'est qu'un songe, veulent commencer à lui être plus fidèles : première-* ment , leur propre fragilité, qui les entraine; secondement, le monde avec lequel elles veulent encore garder des ménagemens et des me-* sures; enfiii, l'oubli de la grâce, qui peu à peu les rend moins attentives à la grandeur et à la singularité du bienfait, lequel au milieu de leurs égarements changé leur cœur, et éclairé leurs t^èbres. <9r, à ces trois écueils si dangereux a une piété naissante, Marie pppose trois pTécautious , ^ui yont fliujpii^rd'boi o^us. senrir de ma-*
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4^e : prereièrement ^ à ift propre fragilité, une séparation entière da inonde ; à une Taine délicatesse sur les jugemens publics, une insen* sibiUté héroiqae aux discours et aux pensées friYoles des hommes; a Toubli delà grâce, une reçonnoissance continuelle, et proportion-' née à la grandeoi de ce bienfait. Souffrez que je vous demande da rattentîon*
Le premier écnèil de notre innocence , c'est nous-mêmes. Nos plus •aintes résolutions viennent presque toujours échouer contre nos propres penchans ; la même yivacité de cœur , qui fait les larmes et les regrets de notre pénitence, forme, un moment après, notre incbns* tance et nos dégoûts ; et sans que les objets extérieurs s'en mêlent et nons séduisent , la vertu toute seule s'àffoiblit dans le cœur même où elle s'étoit d'abord formée.
Cependant une des illusions les plus ordinaires dont le démon se sert y pour séduire les âmes qui commencent à servir Dieu, c'est de leur persuader qu'il n'est pas nécessaire de rompre ouvertement avec un certain monde, pour mener une vie chrétienne : qu'on peut se trouver au milieu de ses plaisirs, sans y prendre part ; que le cœur une fois changé, les occasions auparavant funestes à l'innocence deviennent des objets indifférens, et qu'alors les dangers mêmes, vus de près , ne sont plus que des instructions et des remèdes.
C'est pour confondre nne erreur si injurieuse à la piété , qUe l'Eglise nous propose aujourd'hui l'exemple de Marie. Prévenue' de tontes les bénédictions de la grâce , défendue par le privilège de saL Conception miraculeuse,- ayant la promesse de Dieu pour garant de son innocence, elle ne se voit en sûreté que loin du monde et de ses périls. La fuite des occasions devance même en elle l'âge où les périls sont à craindre : la retraite* deNaaareth, fut le premier asile, où de bonne heure elle* mît à couvert de la contagion, le tvésor de la grâce. Là, séparée du monde , unie à Dieu parles plussaiÉi^smou-? vemens d'une charité ^éjà consommée, héritière des désirs de tous les Patriarches ses ancêtres, chargée des vœux de toute la Synagogue , elle soupiroit ^ans cesse après la venue du Libérateur ; «lia gémissoit sur la désolation de Jérusalem , et sur les infidélités de son peuple ; elle conjuroit le Seigneur de visiter enfin Israël dauf 3a miséricorde ; et , en s'occupânt sans cesse de celui qui devoit être le lalut de Juda et la lumièrie des nations , elle le formoit déjà, dans son cœur par la foi , disent les Pères , avant que la vertu du Très- Haut l'eût formé dans san sein, par l'opération secrète àtsa puissance* Ni l'iptorité des exemples, ni la licence des mœurs de son temps , où le commerce des nations et la royauté d'un étranger avoient fort ahéré dans la Judée la simplicité des premières mœurs et l'observance delà loi de Dieu , ne lui firent rien rabattre de l'aus*térité de ses précautions et de sa conduite.' Fille de David , épouse de Joseph, mère du llessie , confiée ensuite au disciple bien-aimé; dans tons les dilférens état» de sa vie , elle' se cache , elle vit loin du monde sans les yeux de Djea scnl : la prière et la retraite lui pa-*
5^a LA coî^ËPTioir
:^ai&9Cftt le Mul moyeu de conserver la graee reçue. |irémière iiH-» truçiioa.
. C*e^ etn elfet noyé étrewt^ de croire (|ae 1« momde et ses périls sont bÛBi| nioiAsà eraindre, depuis qu^on lear offre un coenr changé, et i^ne an# qui s'en défie. Freinièf ement » irons exposez: la gmce reçue ^ et c*est une témérité presque toujours punie par la perte dio bién« fait que vous exposex. Secondement , n'^sl une ingralttude ^t une' marque du peu de cas que vous faites des miséricordes du Seigneur sur vous : or, Tingratitude^esc toujours suivie du refroidissement, f t souvent dç Tludignation du bieufaifteor. Je pourvois ajouter qae plus la grâce d'unce conversion sincère a purifié votre oo^ux, plus les occasions demeoncnt pour vous ddogeceoses. Autrefois , lorsque; vous suiviez des routes injustes , vivant ilaoe le èoriMiierce des sens et des passions,, votre ame en étoit moins touchée i la familiarité des' plaisirs eh émoussoît, pour ainsi dire , la vivacité ; vous voyez; xiriile fois le péril sans réflexion , et d*un œil tranquille ; le dégoût vous tenoît presque lieu dé sûreté : le crime, si î*^ose parler ainsi ^ vous servoit de rempart contre le crime. Mais aujourd'hui que connoissant le don de Dieu, vous vous abstenez de tout ce qui peut lui déplaire, les plaisirs ont pour vous un nouveau venin; plus vous >es fuyez, plus leur présence est à craindre; plus votre cœur craint de s'y livrer, plus il Is feront d'impression sur votre cœur. Un ennunii qui . noua pusbit redoutable^ nous sé^'à* demi "«shietts.dè» que^ novs le défions imprudemment : les plus légères occamoos , qui ^ p<9ne autiRef^i» arrétoient vos regards, vont anjourd'hiti bhpsser votre innocence. Tout oeqnfon s'intevdit 9 cemmenoo à devenir plus aûnable;lea plaisirs ^ auxquefls on a renoncé, s'offrent arvee dénouaveaux^ charmes ; le crime désaceoatnmétvonwtosjottrs le ecsur plus ^entoble: VOUS) comptez, sur votre vertu ;:'et la vertveUe*méme, qu'on fxposean miUeti des périls , est souvent la* plus dangereuse tsntii* tiou- de r.sme .fidèle.
Jéhu, primée impie, regarde sans être touché, rorgueilleuse Jésàbêl*, environnée de faste' et de volupré, et uniquement attentive à lui plaire; et David juste et fidèle voit péri^ son innocence dans Krfdiscrétion d'un seul regard*.' La vertu, est qiielquefois plus voisine de 1* chirtëque ïe vice înèmé, et vous" Ife permettiez ainsi, ô mon Dieu! afin que les âmes qui sont à vous, opèrent leut salut dans la fuite des périls, et dans la défi^ance d*èHes-métoék.
., 0'aillei|i:s , si vous ^s tonr;hés de Efteu^ q»ei ^dMrmepent encpre avoir pour vous un certain nionde 9|GtmUieu'dttqu-||^^ous vivez ? Qi^and même vous pourries y sépoudre de la- fragilité de votre ceenr, çt vous promettre que les occasions les plus'sédttiaapitts ne vons snrprendroient jamais dans ces rak>mens d'inattention ou deit>iyesse > qui voient quelquefois périr eu un clin d'œil le fîfuit do plusieurs années 4^ vertu; qu'y trouvez-vdus qui puiise énsosevous phvire'? A quoi vous y occupez^ vous , qu'à desînutilit^s dont vtotre foi gérait en secret ? Qu'y entende» -vous> quQ. des disoouia ^ ou qui oomi^
DE LA SAINTE VIERGE. 7g
bxkttmit iros^ nouveaux seutimens y ou qui les affoiblweût ? Q$ie tout pour TOUS M» plaUirft, que des complaisances qui -vous coûtem; ? set* liaisoiia les p}uA honorables, que des bieoséaaces qui vou» ^[énent? aes assemblées les. pJtiA agréables, que de» scènes qui vous embarrasseiU ? Qa*est le monde tout entier pour tous-, qu^use éternelle contcainte? G ame fidèle J s*éme S. Au^ustiu, que faite«-vous dono* au milteu d'un moade, fpii n*est plus fait p^ur voua ? Quid $ihi eum pompîs diaboU 9 iurnUptr ChrésUP Que voua saries malbeurisuae , si voQs aimiez encore le mondial mais que vous Tétas davantage, st ne yaimant plua^ vous vous obsliness eoeora do vivre ^u miUeu doses pérDa! Sortes donc de ce monde corrompu;, e'estàrdwe, faitesvous-y de nouvelles liaiBooa, de nouveaux pUisipt, des occupations, nouvelles ; unisses -vcnia-y: à ce petit nombre d'amea justes > qui vi« vent conune voua dans le monde., . maM.qiui ne vivent pas comme le mondci C'est danSi leur société « dit Su Auguatrin^, que voua trouvèrescette fidélitét cette v/érii» ». œtte eandear, oette jfHc puee et paâaible, cette sûreté que voDsn.'afy:ex jamais pu tvouveii diana les aoAiétéa mosb* daines. Séparez-vous donc généreusement de ce qu*il ne vous est plus permis d'aimer : ayez la force de fuir ce que la foi vous a déjà fait mépriser; et ne ménagez plus les vains jugemens d'un monde, qui ne connoit pas Dieu , et qui est déjà lui-même ji;gé. Seconde précaution, ' dont Marie va nous fournir le modèle.
J , mes Frères,, la erainte- des jugemens bnmnins est le second obtteelB' cpie le démou oppose à toutes le» saintes inspirations de la. grace& On sent qu'il faudiioitrfaive mille démarches,, pour répondre aux mouvemens de -salut-, qn^la bonté de Bien met dans notre ecrar; nais le snond» qui> en pei^m, qui les condamnera., qui: s'en moqnesa, nous arrête : on le méprise et on leorakit. . .
Or, Marie, persuadée qu'il est impossible d'allier ce que la grâce ' exige de nous avec | es, usages et les assujettissemens que le monde nous impose; et qu'on ne tarde pas d*élre infidèle à Dieu, quand' on veut tempérer par des égards humains les ^evpirs d'une vie nouvelle, n'examine point si' ses démarches vont parottre singulières ans konroes; mabai eliek sonit.desi moyens néeessaôres poor eonserver la graee reçue. Aibei^qnoique la virginité fâfct un opprobae dan» h Synagogue, et qu^'oKrgîgardAt comme des pcraannea dignes du. dernier mépi;i s» celles qui rcnoneoient à Tespéranee d'être les mères, dn Messie , Marie connfûssan&que c'^toi t la voie: par où Dieu; voulofit la conduice^ amboasse cet état Humiliant : •({, aansavoip'égard'à sa nasssenoe, à l'espoir de:sef psodies Crustrés pas eetie résolution, aux diseoors jàa^ monde mvi . de .trouver quelque dioiie d?eatraordînùos dans la» conduite des.geu» debiea, pour a voie dvoili de taser toute piété de bisarrerieiet delbiUesss > elle conseenoauee ibiisa vtcgînité < àDiea>^ui la demande ,. et seât la voin du C^iel , san» se msttre en peine des vaines pensées. de» hommes. Qui M. F« , on ne va pas loindana les voies de Diea, qnand on vent encore «éuagee les préjugés injustes du monde* .m
8o LA CONCEPTION
Et au fond, ition cher Auditeur, voiis, qui touché de la graeé, mais trop attentif aux jugemens humailis, garder encore des mesures avec un monde que vous n'aimek plus, que prétendez-vous, en relâchant ainsi en faveur de ses préjugés mile choses de la fidélité que vous devez à Dieu? Si vous prétendez par là éviter ses censures ^ et le rendre plus favorable à votre nouvelle vertu , vous tous trompez. Plus le monde tous trouvera observateur de ses maximes ^ plus il deviendra censeur de votre piété ; plus vous conservera de conformité avec lui , plus vous fournirez d^ traits à la malignité de seê censures ; les mêmes complaisances , que vous obtiendrez avec peine de votre cœur pour lui plaire , feront le sujet de ses dérision» : il ne blâme dans ceux qui se déclarent pour la piété, que ce qu'il y trouve encore du sien ; il se moque de ces âmes flottantes , qui sont de tout , du monde et de la vertu , et qu'on ne sauroit définir ; il rit de ceux qui après l'avoir abandonné veulent encore lui plaire; et , tout ennemi qu'il est de la vertu , ses censures tombent d'ordinaire , plutôt sur les défauts de la vettu , que sur la vertu même.
Voulez-vous donc que le monde lui-même approuve votre changement ? qu'il soit sincère et universel. Voulez-vous qu'il applaudisse à votre nouvelle pénitence ? qu'elle soit proportionnée à vos anciens égaremens : qu'il ne vous trouye pas uh pénitent sensuel » indolent, tiède, encore à demi-mondain, après vous avoir connu un pécheur vif, ardent, et déclaré sans ménagement pour le vice; qu'il ne puisse pas dire de vous , qu'une vertu commode a succédé à des passions extrêmes ; que vous avez mis la paresse à la place des plaisirs violens ; et qu'il n'y a de merveilleux dans votre nouvelle vie , qu'un éloignement plus marqué de tout ce qui vous gêne. Ne craignez le monde qu'autant que vous le ménagerez. Tandis que Samson vécut ennemi déclaré des Philistins , et loin de leurs viUes , il passa parmi eux pour un homme suscité de Dieu, et destiné à relever la gloire d'Israël : mais à peine se rapproche- t-il de ce peuple infidèle, à peine fait-il alHance avec lui, et imite- t-il ses mœurs, qu'il devient la fable de Gaza , et sert de jouet public à leurs assemblées. ,
Le monde ne pardonne rien à la vertu. Non- seulement il ne fait pas un mérite aux gens de bien de s'accommoder à ses usages; mais * îL exige d'eux plus de modestie, plus de retenue, plus de charité, plus de désintéressement , plus d'oubli d^eax- mêmes, plus de pri^ vatibn, s'il est possible, que l'Evangile même. Il est sévère jusqu'à, l'excès dans les règles qu'il impose aux Justes; il leur dispute les phis petits adoucissemens ; il leur fait un crime des fautes les plus légères; il se scandalise de leurs libertés les plus innocentes ; il. voudroit les condamner à une retraite étemelle , à une tristesse sans délassement , à une insensibilité entière sur leurs propres intérêts; il voudroit, ce semble , qu'ils ne fussent ptus -des hommes, pour les mettre au nombre des Justes ; et son injustice va plutôt â outrer >lenrs obligations; qu'à justifier leurs foiblesses. C'est ici que le monde est un docteur austère : les Pharisiens tarent d'intempérance les repas
DÉ LA SAINTE VtÈRGË* Si
inndcetis de J. C; Mîchol regarde avec desyeut censeurs lessaihtei saillies de la joie de David; les grands de Jérusalem trouvent dé Tambition dans les larmes et les prédictions de Jérémie. Le mondé grossit topt, envenime tout dans les actions des gens de bien : tou* jours indulgent pour lui-même, îl conserve toute sa sévérité pour eux , comme ai en poussant trop loin les devoirs de la piété, il ne cherchoit qu*à se persuader à lui-même qu^ils sont impraticables « et à se justifier les transgression qiii Véa éloignent.
Enfin, la dernière précaution dont Marie se sert pour conservée la grâce reçue , est une précaution de reconnoissance continuelle : et c'est ici le troisième écueii à craindre dans une vie nouvelle. On ne sent pas assez la grandeur du bienfait, qui nous a retirés du dé* sordre : or, ce défaut de reconnoissance prend sa source $ ptemiè-» rementy d'un orgueil secret ^ qui fait qu'on attribue en partie son changement , à un naturel heureux ^ à un fonds de droiture et dé probité 9 qui même au milieu de nos désordres nous fkisoit rougîx^ du vice , mettoit à nos passions certaines bornes que la plupart des autres pécheurs franchissent^ et nous rendoit le devoir respectable dans le temps même que nous le faisions céder au plaisir. Or « Marie née avec tant d'avantages $ et formée, ce semble, pour la vertu, né cherche point en elle-même les raisons des bienfaits de Di^ : // a opéré en moi de grandes choses , dit- elle , parce qu'ils s*est souvenu de sa miséricorde {Luc , i ;^49^ ^4 )« Tout retour sur elle-même lui paroitroit une noire ingratitude : et ne trouvant que sa bassesse qui ait pu attirer sur elle les regards de son Dieu, plus elle s'en-» visage, plus elle découvre la grandeur du bienfait, et ne troMre eu, eUe-même que de nouvelles raisons de i^econnoissancci
Dieu aime qu'on sente tout le pri)[ des grâces qu'il nous fait, tl est jaloux de ses dons, comme de sa gloire; et rien ne suspend ses miséricordes, comme de vouloir chercher en nous-mêmes les raisoné qui nous les ont attirées. En effet, outre qu'un nattirel heureux et sensible au lûen, est un don lui-même de la grâce, quelle injustice de diminuer par là la grandeur du bienfait , qui a changé notre cœuri et la reconnoissance que nous en devons à notre bienfaiteur [ D'oà vient que tant d'antres pécheurs ^ nés encore plus heureusement que nous; plus portés que nous par le caractère de leur coeur, à là pu** denr et à l'innocence; plus touchés de la vertu, et des vérités saintes qui l'inspirent : d'où vient cependant qn'ils n'ont pa^ le courage dé rompre leurs chaînes ; qu'ils continuent d'offenser un Dieu qu'ils connoissent; qu'ils foulent encore Aux pieds Ift vérité qu'ils respectent; qu'ils se prêtent encore comme malgré eux à la destinée de leurs penchans; et que malgré hnême la voix de la nature, qui semble les rappeler au devoir, ils sé laissent encore entraîner au monde, et au charme de ses plaisirs driminels ? Quedis-je ^ d'où vient que ces in* clinations heureuses qu'ils ont apportées en naissant , deviennent elles-mème^ le prétexte de leur impéniten<ie; quec'est là-dessus qu'ils se promettent toujouts une conversion à Tenir; que, se troiivant Jklassill0n. tqi&x i. (i
8a LA CONCEPTION
plus de sensibilité pour le bien que les antres pécheurs , ils meurent impénitens , parce qu'ils n'avoient pas vécu endurcis ?
Je n'en dis pas assez, M. F. : examinez ce qui se passe dans le ,^ monde , et yous verrez que ce sont d'ordinaire les caractères les plus • doux, les plus sensibles, les plus capables de vertu; les cœurs les • plus tendres, les plus sincères, les plus généreux, qui se laissent : corrompre par les plaisirs. Qu'avez-vous donc offert, en offrant à la grâce une ame bonne et facile, que plus de dispositions aux plaisirs , plus d'obstacles à la vertu ? Plus la nature sembloit vous avoir favorisé , plus vous étiez loin du royaume de Dieu; plus vous devez bénir la main miséricordieuse quia changé pour vous en moyens de sanctification les mêmes pencfaans qui, dans les autres, sont le piège de leur innocence ; qui a tourné votre vivacité pour le plaisir en une sainte ardeur pour la justice; votre tendresse pour les créatures , en une amoureuse componction pour lui , vos sensibilités profsines, en de saintes larmes : et s'il vous est permis de jeter quelques regards sur ce, naturel heureux que vous avez reçu en naissant, c'est pour vous confondre devant Dieu , de l'avoir fait servir si long-temps à l'injustice , et de n'avoir fait d'autre usage des talens naturels qui vous distinguent des autres hommes , que d'y avoir trouvé une distinction malheureuse dans la science du crime, et dans le succès des passions. Qui suis- je donc, 6 mon Dieu ! pour vouloir chercher dans mon cœur les raisons de vos jniséricordes ? un infortuné que vos dons ont rendu plus coupable; un pécheur , qui ai trouvé dans vos bienfaits mêmes , la source de mes misères; un monstre d'ingratitude j^ qui ai pris plaisir d'allier tout ce qu'un naturel heureux peut ^ donner de favorable pour la vertu , avec tout ce qu'une volonté cor* rompue peut inspirer de plus extrême pour le vice.
La seconde raison pourquoi ce sentiment de reoonnoissaoce qui doit être continuel dans les âmes que Dieu a touchées, se ralentit en nous , c'est que le souvenir de nos misères passées s'affoiblit et s'efface* Dans les premiers jours de notre pénitence, nous u'osion*» presque nous regarder nous-mêmes : les horreurs de4[iotre ame, encore toutes vives, pour ainsi dire, faisoient frémir notre foi ; nos désordres s'offroient encore à nous avec toute leur noirceur; il falloit même qu'un confesseur prudent et charitable , les déguisât presque à nos yeux pour rassurer nos frayeurs , et ménager notre foiblesse ; et notre seule tentatio^ alo^s étoit de trop sentir notre misère. Mais insensiblement nous nous sommes familiarisés avec nousmêmes : nos vertus prétend ues i^ous ont caché nos crimes passés ; et quelques jours consacrés à des ceuvres de pénitence » et des larmes d'un moment ont effacé de notre souvenir les horreurs d'une vie entière d'iniquité. C'est ainsi que la reconnoissance du bienfait qui nous purifia , s'est affoiblie avec le souvenir des souillures dont nous étions alors couverts.
Telle est la destinée de la plupart des convexatons, et de là vient qu'il en est si peu de durables^ Diau veut gu'oo sente, tous les mo-
DÉ tA SAtNTÈ VIÈtlGE. »3
mens de la ^U , U prix iiiestiibiible de la grâce qui tliangea notre cœur ; et il cesse d'être miséricordieiix^, dès qne veus cessée d*étre sensible à ses miséricordes. David , après les rigueuri de sa pénitence, et les larmes de, sçs cantiques , ne voyoit encoi^e en lai que le meov* trier d'Urie et le violateur de la sainteté du lit niiptial : ^on péché depuis long-temps expié, comme une ombre importune, reparoissoit sans cesse à ses yeux; et ni Téclat du trône ^ ni la, prospérité de son règne, ni le nombre de ses victoires^ ni sa fidélité .(^epuiç constante dans la loi de Dieu., ni son a^èle pour la majesté du culte,, ni les louanges mêmes des Prophètes, qui sernbloient avoir oui)li.c sa fante, pour ne se souvenir que de sa piété et de tant de saintes .actions qui l'avoient depuis réparé , n'en avoient pu effacer le soay^* nir de son esprit et de sou cœur : Etpeccatum meum contra me est semper {Ps, 5o; 5.).. ...
O Dieu ! disoît sans cesse ce roi pénitent , quand je rappelle en votre présence la( multitude de mes iniquités, les gracei^ dont vous m*avez toujours favorisé , lors même que je violois votre loi sainte avec plus d'ingratitude et de scandale, mon cœur se trouble, ma confiance m'abandonne , mes yeux ne voient plus avec plaisir tout cet éclat et toute cette grandeur qui m'environne : cor meum conturba" tum, est y dereliqukme yirtus me a, et lumen oculorummeorum {Psé 3? ^ 1 1). Oui , Seigneur, tous les plaisirs de la royauté ne sauroie^t plus égayer ce fonds de tristesse , que la douleur de vous avoir, offensé laisse dans mon amc : Afjlictus sum {Ihid. 9). Toute la gloire de, mpn régne ne sauroit remplacer l'humiliation secrète, que le scnjivenir.de mes foiblesses me fait sentir devani Y^ui.i.ffunuliatussifm^IèidAg). Que vous rendrai-je donc, ô Seigneur! pour toutes Icsiiiénédictions dont vous m'avez toujours prévenu ? Vous ne m'avez jamais abandonné dansm9& égaremens; vous oa'aves suscité des Prophéties, qui m'ont annoncé vqs volontés saintes; vous m^avez* donné un cœur docile à la vérité ; vous m'avez toujours favorisé contre mes ennemis; vous avez multiplié ma race, er affermi pour jamais le trône de Juda dans ma maison; vous m'avez rendu redoutable à mes voisins, et cher à mes peuples : que. vous rendrai- je. Seigneur, pour tant de bienfaits? et mes larmes pourront-elles jamais suffire pour expier mes crimes, ou pour reconnoitre vos grâces? Quid retribuam Ùomino, pro omnibus quas retribuit miH? ( f^s, ii S ; la ). C'est ainsi que David persévéra jusqu'à la fin, et fit du souvenir continuel de son péché, toute la sûreté de sa pénitence*
Enfin, la dernière Tai^ôn pourquoi nous laissons afFoiblir nôtre recoanoissance , après lès premières démarches d'une conversion', ceit que nous ne faisons pas assez d'attention , que Dieu, en chan* géant notre Cœur, nous a préférés à une itifinité d'âmes moins criminelles qne nous sans doute , et qu'il laisse cependant encore dans les voies delà perdition.' Or, cette préférence que Dieu fait de Marié, non en la retirant dd crime , mais en la préservant , devient le motif le plus puissant de sa reconiioissance. EUe se souvient que tandis qaeJeSeîgttenr xiéglige looies les autres fille» deluda^ il daigoejetec
«/, LA CONCEPTION
4«<' yeux sur la baMeise de sa Servante , la choisir, et la combler de dons et de grâces ( Luc i ; 4^» ^^ )• C'est cette préférence' de xbiscricorde et de dilection de Dieu envers elle, qui , faisant la plus douce occupation de ses pensées , nourrit sa foi , réveille son amour, aiiermit sa fidélité.
Rien en effet ne fait mieux sentir le prix de la grâce à une ame , 'en qui Dieu a opéré un saint dégoût du monde et une horreur de ses égaremens passés, que de voir une infinité de pécheurs de tout rang, de tout âge, de tout sexe, les complices même de ses anciens plai* airs, encore livrés à raveugîcment et à toute la corruption de leur cœur , tandis qu'elle seule est choisie , discernée par une bienveillance'singulière de Dieu, retirée de ses désordres, éclairée et appelée k la connoissance de la vérité. Ah I c*est alors que cette ame touchée de la grandeur de ce bienfait : Qu'avez^vous trouvé en moi, ô linon Di'Cu, dit -elle, qui ait pu m'attirer une distinction si singu- 4ière de grâce et de miséricorde ? Qu*avois-je par-dessus tant d'ame's que vous laissez périr à mes yeux dans le monde ^ que plus de roi- •ères à guérir , et plus d'opposition à votre grâce? Que vous ai-je tkit , pour être ainsi préférée ? J'ai gardé moins de ménagement dans mes passions; j*ai résisté plus long-temps à vos inspirations saintes ; •j'étois liée par des chaînes plus pesantes et plus honteuses; voilà , 6 mon Dieu , fout man mérite : une abondance d'iniquité a attiré sur moi une surabondance de grâce; vous avez choisi la plus foible et la plus criminelle àe vos créatures , pour faire éclater davantage en moi là puissance de votre bras , et les merveilles de votre miséricorde. O Dieu si propice au pécheur, donnez-moi donc un cœur ^capable de vous aimer autant que ma reconnoissance le demande , et que l'excès de votre bonté le mérite ! Voilà M. F.', en quoi consiste -cette fidélité de précaution, si nécessaire pour conserver la grâce reçue ; mais à la fidélité de précaution , Marie ajouta une fidélité de correspondance.
SECONDE PARTIE
^ Ca n>st pas assez d'avoir évité , par des précautions salutaires , les ëcueils à craindre dans un commencement de vie chrétienne, il faut encore suivre les voies où l'a grâce nous appelle, et avancer sans cesse \dans le chemin du salut ^ où nous sommes entrés.
Quelles sont en effet les sources les plus ordlaaires de nos rechutes ? C'est premièrement, de ne pas suivre toute la force et toute l'étendue de la grâce 9 qui nous a rappelés de l'égarement ; c'est en second lieu de sortir de la voie par où elle vouloit nous conduire ; c'est enfin.^ de se décourager en avançant, et s'affoiblir à chaque obstacle que le démon ou notre propfefoibl esse nous oppose. Or, Marie offre à la grâce une correspondance de perfection, une correspondance d'état, et une correspondance de persévérance, qui achèvent de nous instruire.
ïp^âi$, preinièiwmant^ une correspondance de perfection^ et c'est