DE LA SAINTE VIEROE. SS
ici où Marie apprend aux âmes touchées de leur salut, a ne pas meure: de bornes dangereuses à la grâce, qui les a retirées des égarement du monde et des passions. Jamais aucune créature ne mena sur la terreune vie plus détachée, plus pure, plus parfaite, que cette sainte Fille de Juda. Nul reste d*attachement étranger ne partagea , ou n'afibiblit jamais dans son cœur l'amour qu'elle eut pour J. C; elle l'aima plu^ que sa propre réputation, puisque les soupçons de Joseph ne purent tirer ^de sa bouché, un aveu dont son humilité eût été blessée; plus que sa patrie , puisque sans balancer, elle le suit en Egypte; plus qu'une gloire humaine, puisque , comme ses autres proches, elle ne le presse pas de se manifester au monde; plus que son repos, puisqu'elle ne l'abandonne janTais dans ses courses; enfin plus qu'ellemême, puisqu'elle Timmole sur le Calvaire, et que la tendresse naturelle y cède à la grandeur de sa foi. La grâce l'appeloit aux séparations les plus rigoureuses, aux vertus les plus parfaites, aux démarches les plus héroïques : elle ne la borne point à un genre de vertu plus adoucie et plus commune.
Or, rien de plus rare parmi les personnes revenues de leurs égaremens , que cette sorte de correspondance à la grâce. Je sais que chacun a son propre don; que la mesure de la grâce n'est pas la même pour toutes les ames^ et qu'on exigera moins du serviteur à qui oa aura moins donné : mais je dis que vous en particulier, que Dieu a touché, vous êtes infidèle à la grâce, en vous abstenant de vos anciens crimes , il est vrai, mais en vous bornant d'ailleurs à des mœurs tièdea» sensuelles et communes.
Et voici sur quoi je fonde cette vérité : sur les lumières dont Dieu vous favorise, et qui ont suivi votre pénitence. En ouvrant les yeux sur l'énormité de vos fautes passées , vous les avez ouverts en même temps sur l'étendue de vos devoirs; vous connoissez les règles de la foi, vous voyez jusqu'où l'Evangile pousse le détachement, la haine du monde, le mépris de soi-même, l'amour de la croix, la violence des sens et de l'esprit; vous voyez, sur la plupart des usages lesphis établis dans le monde, mille choses que les mondains ne voient pas; à chaque action vous discernez le meilleur, selon l'expression de l'Ap6tr<e, c'est-à-dire, ce qu'il faudroit faire pour entrer dans l'esprit de la foi. Or, je dis, que vous serez jugé sur ce que vous aurez connu, et que devant Dieu, vos lumières seront la mesure de vosdevoirs«
Je fonde encore cette vérité sur les sentimens que Dieu vous donne. Car, rappelez ici ces premiers momens de pénitence, où tous comr meiçâtes à détester les égaremens de votre vie passée : vous sentîtes un nouveau goût pour la prière, pour la retraite, pour les saintes ans-* térités. Vous gémissiez au fond du cœur des. engagemens qui vous lioient encore au monde, des plaisirs qu'il falloit encore s'y perniettre, deausages qu'une certainebienséatice vous obligeoit de suivre : vous vous disiez^à vous-même qu'une ame chrétienne devoit bannir CCS restes de mondanité, mais qu'une ame pécheresse > condamnée comme vous aux larmes delà pénitence, devoit regarder ce» mœuies
66 LA CONCEPTION
fidonoiês eomme des crimes. N'est- il pas vrai qae, malgré la faiblesse qui TOUS a fait perséyérer jusqu'ici dans cet état, ces sentimens de foi ne se sont pas encore effacés de voire cœur; que vous vous reprochez encore tous les jours votre lâcheté , et votre infidélité aux grâces reçues; que vous sentez qu'il manque encore quelque chose à ce que Dieu demande devons ; que , malgré l'erreur publique, qui loue votre piété, TOUS sentes encore devant Dieu que vous êtes bien loin de l'état où la grâce vous appelle,, et que les louanges des hommes, qui supposent en vous des ver tus que vous n'avez pas , ne feront que rendre votre condamnation plus sévère ? N'est-il pas vrai que toute votre vie» qnoiqu*innoeente aux yeux des hommes, n'est qu'une suite de re«* mords; que tous ne goûtes pas cette paix de l'innocence qui est le plus doux fruit de la grâce, et qiie vous abstenant du crime, vous êtes cependant privé de toutes les cousolations de la vertu ?
Or, IjL vocation du Ciel est écrite, pour ainsi dire, dans les inquié-' tudes de votre ame. Si cette vie toute naturelle, encore à demi-mon-' daine, que vous menez, étoit la situation où Dieu vous vent; si la grâce ne vous appeloit pas à une séparation du monde plus entière « à une vigilance plus sévère sur vos sens : vous seriez tranquille dans votre état , vous n'y éprouveriez que ces désirs.d'un état encore plus parfait, inséparable de la justice chrétienne ; vous n'y seu tiriez :point ces efforts d'un cœur inquiet, agité , mécontent, décours^gé, qui sans c^sse voudroit prendre son essor pour s'élever au-dessus de lui-même, et qui à l'instant est rentrainé par sa propre foiblesse; vous goûteriez combien il e$t doux d'être 9 Dieu 9 et de le servir. Votre vertu n'est triste et inquiètç, que parce qu'elle est tiède et infidèle. Un autre, pdiit-étre appelé k i^n moindre degré de grâce et de justice, se préservera de toute chute grossière dans cet état d'imperfection; ses peuchans moins vifs, son caractère moins extrême, son cœur moins aisé à émouvoir ne trouvera. pas dans les mêmes périls, au milieu desquels vous yivez, les mêmes écueils. Mais pour vous, dont les inclinations plus frsigiles, l'ame plus susceptible d'impressions, ne peut être en sûreté que loi^ des périls, et défendue par toutes les précautions de la foi , TOUS sentirez insensiblement votre vertu s'affoiblir , votre horreur pour le vice diminuer ; chaque jour ajoutera un nouveau degré à votre foiblesse; chaque objet affoiblira votre cœur par de nouvelles impressions ; chaque victoire même que vous remporterez , diminuera vos forces; et vous tomberez d'autant plus dangereusement , que mille chutes invisibles avoient déjà précédé dans votre cœur, avant qu'un abandon sensible de Dieu vous eût fait apercevoir à vous-même que TOUS étiez tombé. On n'est pas long-temps fidèle, quand on n'est pas dans l'état où Dieu nous demande.
Enfin, j'établis cette vérité sur vos mœurs passées. Voulez-vous •avoir quelles doivent être les bornes de votre vertu? rappelez quelle avoit été la mesure de vos vices. La règle est sè^ : faites dans la piété ^e même progrès que vous aviez fait dans le crime; rendez à Dieu au- ^Dt que yous aviez donné au monde. Cette vivacité, cet eiiivrement^