‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 34 sur 131 · PREMIERE RÉFLEXION · texte numérisé non relu

PREMIERE RÉFLEXION

' L'euchakistie est une manne cacbée; elle est la viande des for un gage sensible et permanent de l'amour de J. C. , la continuât! et l'accomplisseknent de son sacrifice. Or, cette manne cachée, il fl savoir la discerner'des viandes communes , de peur de s'y méprend] Non dijudicans corpus Domini (/. Cor. 1 1 ; ap ) , première disf sition. C'est la viande des forts; on doit donc s'éprouver avant q d'oser s'en nonviiï^ i Protêt auiem seipsum homo [ibid. 28), secori disposition. Le gage de l'amèur de J. C. ; on ne peut donc le recevi qu'en*mcmoire deltii, c'est-à-dire, en sentant réveillera sa pi sence tout ce que le souvenir d'un objet cher a de plus délicieu^ déplus tendre : Hoc facile in meam comme morationem ( ibid, v. 2I troisième disposition. C'est l'accomplissement de son sacrifice ; il « donc juste d'annoncer sa mort toutes les fois qu'on y particii^e, d'y porter un esprit de croix et de martyre : QuoUescumque man^ cabitis panem hune, et caUcem bibetis : morte m Domini annunci

DISPOSITIONS A L^ C.O-JfMUNlON. iiî

hùîs jdonee veidat {^ibid^ ^) » quatrième disposition. IJne fbt r.esr pectueuse qui nous fasse ^isc^rner , une foi prudente qui nou0, fasse éprouver, u^ne foi ardente qui nous fasse aimer, une foi géné->. reuse qui jious fassfs immoler. : c'est le précis de la doctrine de l'Apôtre, en nous racoi^tant rinstitution der£ucharistie, et 4e celle do loos les Saints sur l'usage de ce Sacrement adorable»

Crémière disposition : une foi respectueuse qui nous fasse' dis**

cerner. Ne croyez pas, M. F. , que je veuille parler ici de cette foir

qui bous distingué des incrédules. Quel mérite de croire, lorsque*

les préjugés de Teiifiince y ont accoutumé la raison , et qne la sou-**

mission est comme née avec nous ? Il en coûteroit même pour se^

ooner ce joug; et 'il ne faut |)as un moindre effort pour passer de la'

fbi à l'erreur, que pour retenir de Terreur à 'la vérité. Je parle de

cette foi vive' qui perce lés nuages qui environnent le tr6nede TA-'

gneau, qui le voit , non pas en énigme et comme à travers ttn cristal^'

mais face à face, si j'ose le dire , et tel qu'il est en lui-même : de*

cette fei «Jui , malgré le voile dont le véritable Moïse se couvre sur

cette montagne sainte , né laisse pas de voir toute sa gloire éf den^îeft

pouvoir soutenir la présence : de cette foi qni , sans approfondir té-*'

méraircment sa majesté, est pourtant accablée dé son éclat; qiii voit

les Anges du ciel* se couvrir de leurs ailes , et les colonnes du firma-^

ment trembler devant ce Roi d'une majesté terrible : de cette foi, à

qui les sens n'ajduteroiéntTien^ et qni est beurèuse, non pas parce

qu'elle croit sans voir, mais parce qu'elle voit presque en croyant*

Je parle de cette foi respectueuse , qui est saisie d^une horreur de-

religion à la seule présence du sanctuaire, qui approche de l'autel

comme Moïse dtl^buisson sacré , comme les Israélites de la monta»

gne foudroyante; de cette foi , qui sent tout le poids de la présence'

d'un Dieu , et qui , effrayée, s'écrie comme I*ierre : Retirez-vous de*

moi , Seigneur , parce que je ne suis qu'un homme , et un hommeT

pécheur. Je patrie de cette foi dont le respect va jiisques à la frayeur ,

et qui a besoin même qu'on la rassure; qui du plus loin qu'elle* dé*

couvre J. C. sur l'autel , sent un éclat de majesté qui la frappé, Kfti-^

terdit , la trouble, lui- fait craindre qu'elle ne vienne s'y Jiréséittet-

sans son ordre. '^ ' . ' • • ./

Voilà quel est ce discernement de foi que TApâtre dem4nde de vous, M. F. Grand I)içu ! mais en resle-t-il de cette foi sur la terre ? £k ! vous avez beau paroitre encore au milieu du monde, il he vous oonnoit pas mieux qu'autrefois : vos Disciples, mêmes ne vpiis con* noissent souvent que selon la chair; et , pour être toujours avec vous»^ leurs yeux s'y accoutument et ne vous discèriient presque plus. Lors« que vous parottrez dans. les airs sur une nuée éclatante, les hommes lécheront de frayeur, les impies se cacheront dans les antres' pro-^ fonds et demanderont' aux- montagnes de s'écrouler sut leurs tètes i eh! n'êtes-votts pas dans le sanctuaire comme sur uûe nuée de gloire? les cieux ne s'ouvrçnt-ils pas sur vous ? les esprits célestes , toutes les fois que le Prêtre vient de prononcer les paroles redoutables , ne*

Massilloiu *Tok% i. 6

1x4 IV DIMAÎfCHE Dfe t^ÀVBWT.

desiceiideilt-iU pas du ciel pour être encore to» onimstref , et Toni environner de iears.bômnuiges'? Snr ce tribunal mystérieux, ne ja* gez-TOus pas les hommes ? ne jetez -vons pas des yeux de discerne* ment sur cette multitude d'adorateurs qui remplit yos temples ? n^ aéparez-Tous pas les- boucs des brebis ? n'y prononcez-^ons pas des arrêts de mort et de rie? n'y tenez -tous pas des foudres d'one main c^ des,.çourqnnes de l'autre? mç m'y démêlez ryoua pati et n'écrivezvous pa^i^ sur inon fropt avec une main invisible les. caractères de mon «iectiooy pu, de ma réprobatioQ étemelle ? Qé|af.I et tandis peut-être que vous m'y. condamnez , je présume d*en.iqpiprocher ; tandis que vous me rejetez de votre fuce , je m'y préfente ftvw: confiance ; tan<« dis que vous ouVrez l'abîme pour y marquer pept«être ma place , je viens la prendre a votre table avec témêi^itéî. taudis qne vous me rangez peut-être parmi les enfans de colère , je viens me mettre au nombre de$ enfans de votre amoqr : votre cbair vivifiante est une chair de péché pour moi ; l' Agneaii sans tache , qui rompt les sept sceaux du livre de moft , est le dernier sceau qui remplit et ferme celui de mes ifliquili^a^. et vous qui deviez être mon Si^uveur, rooi devenez mon <»ime«

. Ah I V. F. , on ne pouvoit autrefois voir Dien sa^s être frappé de àapM>rt SUT! rheure ; un penple entier de Bets^piitea , pour avoir seu<- Ipmçnt jeté surl'Archecl^yeuz trop eurieuxo fat exterminé ; l'Ange du Seigneiir couvrit de plaies Héliodore, parce qu'il «voit osé entrer danf le sanctuaire de Jérusalem. Il n'étoit pas permis aux Israé- Ùù^% dans le désert d'approcher wème de la montagne ou le Seigneur 49|i|ioit sa loi : les foudres et les éclairs en défendoient raoccs ; la tt^^fov et.l4 mort précédoient par-^tout la face du l^ieu d'Abraham. Quoi I pi^rce qu'il ne sort plus des tonrbiUQnjS>d6 feu d« fond de nos sanctuaires pour punir lea profanateurs et les îndisoreta^v le respect «t 1a (rityeiir oe noua y accompagnent pas 1 Foibles hommes, sur qui les seiiH ont tant de pouvoir, et qui ne sont religieux qoe lorsque le l^ea ^'iU adorent est terrible! Car « ditea^moi-, ai nous discernions )ê€prp# duSfignenr» silafoi de s» iwéaencsefaifoiUttjnQus les gr^tndes îfapressi^ma qu'elle feroit s^a doute « %\ nouit le voyions à décoa- Tert; ch f viendrions-nous tranquilles et presque insensiblea noua asseoir à sa table ? Quelques momens employés-souvent à réciter avec un cœut tiède et un espiil égaré de tégèrea formules , suffîrolent-iis pour nous préparer aune action si redoutable? Une communiot âeroit-elle l'affaire d'une matinée, dérobée peut-être, ou à l'inutilité d'un sommeil accoutumé, ou aux soins dé rajustement? Ah ! a souvenir nous occuperoit, nous agiteroit , nous frapperoit un moi:

Î>ar avance : il nous faudroît du temps pour nous rassurer, si j'osi è dire « contre notre propre respect^ et contre l'idée de sa majesté, les jours qui précéderoîent ce festin sacré ,^sei^ient iies jours de re traite , de silence , de prière , de mortification i chaque jour , en nou approchant de ce terme heureux, verroit croître nos soins ^ notr (rayeur , notre joie. Cette pensée seroît de toutes nos affaires , de nq éaU^tiços^de nos repas, de nos déiassemens, de nôtre sommeil méuàc

iièlrç tspftt: |4eîn .dé lot ne poanroît s'en désoceuper ; -nouant ver- Tàotis pinrqae. J..C«i;Jft4i9ttveiiA monde, loin de nob» énchatiter, nbtift at>f^lJC[iietaitÀ^em< ; nous amnonïï des yeut, ét'noii^ tf^ Terrions pas ^ cette knisge'seidè fiseJÉoîft timte notre attentioil» Yoilà ce ^ni «''appelle disoémer k ôottpé dn Seignear.

Je sais qu*uiiëyme mondaine sent des troubles secrets à Tapproclie d'une Solehmté , ou la bienséance et la loi peut-être veulent qu'elle se présent^ a rautel. Mais « 6 mon Dieu-, tous qui sondez, les coeurs d*ôù fiaissèpt ces troubles, sont-ce là de ces frayeurs de foi et de re-* tiglon qui dôiteiat conduire à votre tabîe une humble créature t Ah ! c^esC uiié tristesse qui opère la mort; ce sont des inquiétudes qui naissent dés embàriraé iTune conscience qu'il faut cclaircir. On est sombre et itlqûièt coinme le jeune homme de l'Evangile à qui vous a vies fUit une loi de vous suivre j; on craint ces jours heureux comme des jburs funestes .: on regarde les solennités des Chrétiens comme des mystères tristes et lugubres ; on se fait unefatigue des délices de votre banquet t pn li'y ent^e que cômrâe ces aveugles et ces boiteux de !'£«> vangile, c'ést-a dire^ qu'il faut que les lois de votre Église aillent arracher ces tnâdètés, comme par force, des places publiqnes, de*, plaisirs dii siède et dugirand chemin dé laperditionv, eties traînent malgré eux à la salle du festin; on remet, autant qn'onpeut, ce devoir de religion : cette seule pensée emppisoiîne tous les plaisirs. Vous voyez ces anies infidèles traîner le poids d*une conscience irfésolac;^ balancer long-téinps entre leurs devoirs et leurs passions j adoucir enfin , p^r le choix d\in Confesseur indulgent, l'amertume de cette démarche; aller pâroitré devant vous , 6 ï>ieu.qui devenez lenr nourriture dans ce mystère d'amour , avec autant dé répugnance, que s'ils alloient se présenter à un enneini : et ne se sentir peut-être pas d'antre peine dans fbute Une année , que la peiile d^ recevoir ua Dieu qui se donne à elles. Ah l.$eigi\eur,. Aussi rej«;te9i7TOUs invi« siblemént ces victimes coupables qui se font, traîner pac force k l'au*tel, vous qui ne voulez que des^acrjifîces vôlontaires^.aiisaine vou^ donnez-vouS que malgré vous à ces cœurs iiigrats qui ne.toos ree çoivent que malgré eux-mêmes : et si vous étiez encore capi^blè dtt cet saints frémissemens que vous laissâtes paroUre siir le ^ombeau du Lazare , ah ! on v^ous verroit frémir encore lorsque vous entres dans ces bouches pifbfanes, qui ne sont à vos yeux que des sépulcres ouverts , comme elles ont frémi lông-temps avant que de se résoudre à venir vous rendre cet hoùunage.

Avonons^-ledottc, M. T. C« F. , la foi qui nous fait discerner le eofpa de J* O.^ est une foi rare. On croit , mais d'une foi supéi^fiielle qui a^en tient VF^^^ ainsi dire^ à la surfisce de ce Sacrement , et n'en approfondit pas la vertn et les mystères; on croit , mais^d^nne foi oiseuse qûi^ berne tout son mérite à se soumettre et à he pàal contre* dire ; on croit , mailS d'une foi volage qtfi se dément dans les œuvres ; on croit , mais d'vne foi humaine qui est le don de nos pères selon b chair t plutôt mie le don dti Père des lumières ; on croit y mais

Yi6 i\^ DIMrANCHE^IME L*îATE»T^

d*iilie foi pO|»alaire qui nie nùUMÏmwe qm dei idévs ImMctcf pué* riles ; <m croit 9 mais .d'une fiwaQpeteiitîeuJleqm h'^lboatit qu'àdeft Loiiuiiage$ yains et exiéntonrymmjctàtt^ maû d*«il«>loi d'habîtade qai ne leot rUa; on croit , jniais d^une foi inniÂdt qtti ne discerne plus ; on croit , mais d'une fsn commode qm n'a fKiiiit de ànites ; oa croit , mais d'une foi peu éclairée qui manque, ou, au respect en se familiarisaiit , ou à l'amour en s'âoignant ; on croît , maî/f d'une foi qui ca jptiyeT esprit, et qui laisse .errer le cœur ^ on. croit enfin , mais d'une fol tratiquille et vulgaire qhi n'a rien de vif ^ rien de grand , de sublime, de 'digne du Dieu qu'elle nous découvre. Éh! discerner TOtre corps , Seigneur, par là foi „ c^est avoir plus de ^oût pour ce pain céleste qtke poi^r toutes les viandes de l'Egypte ; c'est en faire l'unique consolation de notre exil , le plus tendre adoucissement de nos peines, le remède sacré dé nos maux , le désir continuel de nos âmes;' c'esty trouver la sérénité dans ses obscurcissem'ens , la paix dans ses troubles, le calmé dans les agitations' de l'adversité, un aStle contre nos' disgrâces , un bouclier pour opposer aux traits enflammés' de Satan , un rafraicblssement contre lès aiguillons d'une chair rebelle , une ardeur nouvelle contre les tiédeurs inévitables à la piété. Discerner votre corps, Seigneur , c^êst apporter plus de soin, plus d'attention , plus dç circonspection a vous recevoir , qu*à tontes les autres actions de îa vie. ïpiscerner votre corps ^ Seigneur » c'est respecter lès temples où on vous adore , les Ministres qui vous servent, nos ébrps qui v6ùs reçoivent. Que chacun s'examine, qu^il écoute là-déssus le tëmoîghagé de sa conscience^ et c'est ic| la seconde disposition , une foi prudente qui nous fasse éprouver ; que l'homme %*épTOu:te : Probet autent seipsUm hpmo. '\ ,

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