‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 41 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Diitu oe pei^t se manilef ter aui^ l^ommiçs , que poB? leur appreodr^ ce qu'il est, et ce que les bommes lui doivent; et la religion n'est pro})rement qu^une lumière divine qui découvre Dieu k l'homnie , et qui règle les devoirs de rhonin^ envers Dieu* Soit que le Très>^ Haut se montre lui-même à la terre , soit qu*il remplisse de son esprit des kommes extraordinaires , la fin de toutes ses démarches ne peut être q^e la coonoissance et la sanctification de son^nom dai)$ l'Univers, e^ Tétaldissemeo^t d'un cuite, où Ton rende à lui seul ce qui n'est dû qu'à lui seul.

Or, ai le Seigneur Jésus , venu dans la plénitude des temps, n'étoit qu'un liQmme juste et innocent « choisi seulement pour être l'envoyé dç pieu $4^ la terre ^ la fin princip^^e de son ministère auirottété de rendra (e n^cjuide i4elàtre , et de ravir à la Divinité la gloire qui lui est due ^ po|ir se l'attribuer à lui^même^

En efiet , M. P* « soit que nous considérions l'éclat de son niinistère dans cet appareil pompeux d'oracles et de figure's qui l'ont précédé, dans les circ9P9tance m^veiUeuses qui l'ont accompagné, et enfin dans les cenvres qu'il « lui-même opérées , l'éclat en est tel , qne êi J# C. n'étoit qu'un homme semblable à nous , Die^i , qui Ta ei^irofé sur 1^ terre, jrevêtu de tant de gloire et de puissance , nous auroit l^i^-même tirompés 9 et secoit coupable de l'idolâtrie de ceux qui fadocvent.

lie premier c^actère éclatant du ministère de J. C*» c'est devoir été prédit et promis aux hommes depuis la naiss^iuce du monde. A. peine AA^m estril tombé , qu'on lui montre de loin le Kq>aratenr qne sa chmtei^ rendu nécessaire à l? terre, pans les siècles suivans , Dieu AS parolt 9 pe semble, occupé qu'à préparer, les hommes à son arrivée : s'il se manifeste aux Patriarches, c^est pour les confirmer dans la foi de cette attente; s'il inspire des Prophètes, c'est pour l'annoncer; s'il se choisit un peuple, e'est pour le re|>dre dépositaire de cette grande prooMife} s'il prescrit aux hommes des sacrifices et des cérémonies religieuses, c'est pour y tracer, oomme de loin , l'histoire de celui qui dpit venir. Tpi|s les évéoemens qui se passent sur la terre, semblent conduire à ce grand événement ; les Empires et les Royaumes ne tombent ou ne s'élèveiit que pour y préparer les voies; les cieux ne s'ouvpent que pour le promettre i et toute la nature , comme dit S. Paul , semble êtr^ dans l'ifnpatience d'enfanter le Juste qu'elle porte dans son sein j et qui doit venir \sl délivrer de la malédiction où elle est tombée: Ouinis çpe4^^r4k ingemiseit, eiparUiHi ( Mom. 8; aa )•

Or 9 M. F., faire giteiidre un homme à la terre, et l'annonoer du haut du ddi, depuis la naissance des sièdes, c'est déjà préparer les hommes à le recevoir avec un irespect d^ religion et de culte ; et quand i . C n'auroit que cet éclat particulier quî.l#rdi«tingne de tous lesautr e«

jSî LA CIRCONCISION- .

hammes i la superstition des peuples à son ëgnrdeût été à craindre, s'il n'ayoil^été qu'une simple créature. lifais ee n*est rieo même pour J. C. d'avoir élé prédit: toutes les circonstances dans lesquelles il Ta été, sont encore plusmerveiilleuses et pltts étonnantes que les prédictions mêmes. En effet, M. F., si Cyruset Jean-Baplisteontété prédits long-tempsavantleurnaissance dans les prophéties d'Isaïe et de Mâlachie, ce n'ont été là que des prédictions uniques, sans suite, sans appareil , et qu'on trouve dans un seul Prophète ; des prédictions qui n'annoncent que des événemens particuliers-, et- où la religion des peuples ne pouvoit être surprise: Cyrus pour être le restaurateur des mnrs de Jérusalem, Jean-Baptiste, pour préparer les voies à celui qui doit'vcnir; l'un et l'autre, pour confirmer, par l'accomplissement de ces prophéties particulières , la vérité et la divinité de toutes les prophéties qui annonçoient J. C. ' •'

Mais iéi j M»F. , c'est un Envoyé du ciel prédit par tout un peuple, annoncé, pendant quatre mille ans, par une longue suite de 'Prophètes; désité de toutes lesnaliotas, figuré par toutes les cérémo- • nies, attendu de tous les tlnstes, montré de loin dan'S tous les âgés. J-.es Patriarches meurent en souhaitant dé le voir; les Justes vivent dans tette attente; les pères apprennent à leurs •cnfa-ns à le désirer; et ce désir est comme une religion domestique qui se perpétue de siècle en siècle. Les Prophètes eux*iftêmes des Gentils Voient briller de loin l'étoile de Jacob; et jusques dans les oracles des Idoles, et grand événement est annoncé. Ici, "ce n'est paspdur un^vénemeht particulier, c'est pour être la ressource du monda condantfné , le Lé* gislâteur des peuples , la lumière dès nations , lesahit d'Israël ; c'est pour effacer l'iniquité de la terre, pour amener une jnstice étemelle, pour remplir l'Univers de l'EspHfdé Dîeii , *et ^porter à tous' les bommes une paix immortelle. Quel appareil! quel piège pour la religion de tous les siècles , si delT préparatifs si Ynagnifi^iiéi n'aAnoncent qu'une simple créature, et' dans des temps sûr- tout où là ùifé'" duKté'des peuples mettoit si facilement au rang des dieoxles hommes extraordinaires! ... ; -, "

D'ailleurs', M. F. , lorsque Jean -Baptiste paroît sur les bords du Jourdain, de pcur^ ce semble, que le seul oracle qui.Pavôk prédit ne devint une occasion d'idolâtrie au peuple que le bruit desa sainteté, aitiroit autour de lui, il ne fait point dé miracles, il ne cesse pointdedire: Je ne suis* pas celui quevous attendez ^il n'est attentif, ce semble , qu'à prévenir des honheiirs superstitléà^-. J. Cl ; tfn cott-»traire, que quatre mille ans d'attenté, dfe figùitesv dé prophéties i dé çromesses», avoient annoneé avec lantdèrtagfiîfl'éérice'à'Iiàtefre; J. C., loin de prév-enir la superstition des peuples ià'doh'^àrd; vient éa grande vertu et puilsance; il faft des œuvre* et dés* merveilles que personne avant lui n'a^oit^itës, et non-seulemefit ils^lève aunJessbs de Jeon-Baptiste, mais il serdittégalà Di^u'niéMé. Oà seroitson ^êlépour la gloire de celui qui l'envoie, et son'ainourpôur les hommes^ svUmk^prise eût été à craindre, et si c'ett >^té^tme Molètrie de ïicA rcttdr« des honneurs divins? ' « '

DIVINITÉ DE JÉSUS-€HRIST. ï53

Déplus, M. F.^ tout ce que les siècles précédens avoîent eu d'hommes ex traordinaires, tous les J^stes de la Loi et de l*âge des ^triarcbes n'avoient été que les types imparfaits du Christ; et encore chacun d'eus nereprésentoitque quelque trait singulier de sa vie et de son ministère : Melcfaisédech , son sacerdoce; Abraham, sa qualité de Chef er de Père des Croyans; Isaac, son sactdfice; Job, ses persécutions ; Moïse , son office, de médiateur ; Josué , son entrée triomphante dans la* Terre des Vivans avec un peuple choisi. Tous ces. hommes si vénérables et si mirûcnieux n'étoient pourtant. que les ébauches du Messie à venir ^ et il falloix bien. que ce Messie dût être grand luimême, puisque ses figures a voient été si illustres et si éclatantes. Mais ôtez à J. C. sa divinité et son étemelle origine, la vérité n'a plus rien au^dessaus delà figure. Je sais , comme nous le dirons dans la suite, qiiiC l'éclat de ses, merveilles, iquand on y regarde de près, est marqué àdearcacactères divins qu'on ne trouve pas dans la ^ie de ceÀ gi'aHds hommes ; mais ^ à n'en juger que par les yeux des SQns, le parallèle ne secoitpas favorablea J. C« ËstriLplus grand qu'Abraham ^.ke( homme «['grand, que le Seigneur lui-même, parmi ses noms les plus pumpeux , avoitpris celui de Dien.d'Abraham) comjnçte pomc faire connoitrje à*la terre que les hommages d'un homme si juste et si extraoxdtnaire étolent plus glorieux. à. sa souverainetés que le titre* de Dieu des Empires et des Nations; si. grande que les J.uifs ne se croyoient au-dessus des autres peuples du. monde , que parce qa'ils étoient la postérité de ce Chef fameux et chéri du ciel ; et que les pères, en comptant à leurs fils les merveilles de leur nation et rhistoire dç leurs ancêtres,, ne les animoient à la vertu qu'en' les faisant souvenir qu'ils. étoient les enfaus d'Al)raham et les. portions d'une race sainte? £st~il pli;s merveilleux q.ue Moïse, cet homme paissant en œuvres .et en paroles , médiateur d^une alliance sainte y qui délivra son peuple, et brisa le joug de l'Egypte; cet homme» qui fut établi le j)ieii|le Pharaon , qui parut le maitrë de la nature , qui couvrit la terre de, plaies, qui sépara les mers, qui fit pleuvoir du ciel une nourriture nouvelle ; cet homme qui vit le Seigneur face à face SUT la mo ti ta gntr sainte , et qui puriit devant Israël tout resplendissant de lumiéidê ? Qu'y a-t-il dans la vte de J. C. de plus surprenant et de plus nîagnrfique ? Cependant ce- n'étoient là que les ébauches grossières de sa glbare et de sa puissance; il eu devoit être la petféction et le dernier traît. Or, si J. C. h'étoit pas l'image de la siïbstan#e de son Père tft la splendeur éternelle- de sa gloire, on devroit tout au plus l'égaler *à ces premiers hommes; et l'incrédulité dés Juifs' pourrbit lui demander, sàÂs blasphème: Êtes- vous plus grand que notre j>értf Abrahaih, et que les Prophètes enx-méme* qui sont morts ? Numquid rtu major es paire Mostro ASraham {^/oah, 8 ; 5^ ) ? i'^x donc .eu draison de dire que, si vous .considérez en premier lieu son minisiècé-, par cet appareil pQmpeu:^ d'oracles et de figures qui l'ont'annoncéi l'éclat çn est tols qfiQrsi J* Cv n'e;st qu'un homme semblable à noiks , Ja ^sagesse eUj8*vi4flDt^ dsrDieu seroit cou* pable de Ileireu'p d^ ce^x qui l'adoret^t-.

i54 LA CIRCONCISION.

Mais , M. F. , k Christ a été prédit avec ses Membitts : npiis soinmes renfermés^aits les propi&éties qai Toat annoncé à la terre; nous ATons été promis comme nne race sainte , an peuple spirituel , qui devott porter la loi gravée dans le cœur, qui ne devoit sonpirer que pour les biens éternds ^ et qui deyoît adorer en esprit el en irérité ; lions STons fait , comme J. C , Tattcnte des Justes de l'ancien temps «t le dé^r. d«s nations ; nous sommes cette nouvelle Jérusalem pure et sans tache ^ si souvent annoncée dans les Prophètes, où Dieu seul dcYOtt être connu^et adoré, où la foi devoit être la seule lumière qui nous éclaire ; la charité , le seul lien qui nous -unit ; Tespéranoe de la patrie, l^ seul désir qui nous anime» Or, remplistOASonons une attente si iHustre et si sainte ? sommes-nous dignes d'avoir fait le désir de tous ces siècles reculés qui nous précédèreni.? méritons -noutf d*aToir été attend^^is comme des hommes célestes, qui dévoient rem«plir la terre de sainteté et de justice f Les siècles tié se sont«-ils pas trompés en attendant le peuple chrétien ? Si les Justes de œs temps reculés revenoient sur la terre, pourrions-nous nous montrer à eux, ot leur dire: Voici ces hommes célestes « spirituels , chastes , fidèles , cbairi tables que vous attendiez? Hélas ! M* F. , les Justes de ranmea temps ont été Chrétiens avant la naissance de la foi , et nous aommes encore Juifs sous rËvangile; nous ne vivons que pour la terre; nous ne connoissons de biens véritables , que les biens présens ; tonte notre religioq est dans les sens , nous avons reçu plus de secours , mais nous ne sommes pas plus fidèles.

A Téclat des prophéties qui ont annoncé J. C. , il faut ajouter celoi de ses œuvres et de ses prodiges ; second caractère éclatant de son ministère. Oui, M. F., quand môme le ciel ne Tauroitpas prorois à la terre avec tant de magnificence; quand il nVuroit pas fait durant tous ces premiers âges comme la seule occupation et la seule attente de TUnivers, comment se montrç-t-Jl à la tçrre? Parut-il jamais un homme plus merveilleux , plus divin dans ses œuvres et dans toutes les circonstances de sa vie ?

Je dis premièrement dans ses œuvres et dans ses prodiges. Je sais , et nous venons de le dire, que dans les siècles qui Tavoient précédé , il avoit paru sur la terre des hommes extraordinaires, que le Seigneur sembloit rendre dépositaires de sa vertu et ie sa toute-puissance: Moïse parât en £gypl^ et dans le déserç le maître du ciel et de ia terre; Elie» dans les siècles suivans, vint donny le même spectacle aux hommes. Mais , quand on y regarde de près , dans l^ur puissance même , tous, ces lipmmes miraculeux porioient toujours des caractères de dépendance et de foibles^e.

Moïse n*opéroit ses prodiges qu^avec la verge mystérieuse ; sans elle, il n*étoit plus qu'un homme foible et im|^4ssant ; et il semble que le Seigneur avoit attAohé la vertu des miratles à ce bois i aride comm« pour faire sentir aux Israélites, que Moïse lui-même n'é toit entre ses mains qu^un instrument foible et fragile, dont il lui piaisoit de se servir pour opérer de grandes choses. J^ C» opère lés plus

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. xSS

gtaxiàû predigts, sans parler même: «t U fteql attouchement de sa robe guérit des infinmiés désespérées. Moise ne communique point à ses di9eipiea le poinroir d^i^pérer des prodiges, parce que c^étoit uoL don étranger qu'il aToit reçu dn ciel , et dont il ne pouvoit pas dis*T poser : J. £. en laisac aux siens un encore plus grand que celui qni a paru en liii-nérae. Moïse agit toujours an nom du Seigneur ; J. C» opère font à son propre nom , et les oeuvres de son Père sont les siennes* Cependant ce Moïse , qui n'avoit pas été prédit comme J. C.^ qui ne remettott pf s les péofaéa comme lui , qui ne ac disoit pas égal à Dieu 9 mais senlenumt le strritcurfidèle ; ce Moïse , craignant; qu'auprès sa mort art prodiges ne le fissent passer pour un Diisu» prend des mesarea , de peur que dans la suite des siècles la crédulité de son peuple ne lui rende des honneurs divins ; il vent que sna Ibm-^ beau soit inconnu à la terrt ; il va mourir k l'écart sur la montagne loin des yeux de ses frères, de peur qu'dn ne vienne lui offrir des victimes sqr son tombeau ; et dérobé pour jamais son corps à la superslition des Tnbos : il ne se montre pas m^ine 9 ses disciples après sa mort i il se contente de Uur laisser la Ipi de Dieu , et fait tous ses efforts afin qu'ils l-oublient lul-nyéme. £t J. Ç. sprès tous les prodiges qa*il opéra dans la Judée, après toutes les prédictions quil'avoien^ annoncé , après avoir paru comme un Dieu sur la terre, son tombeau e»t connu de tout TUnivers , exposé à la vénération de tous les peuples et de tous les siècles ; après sa mort même , il se montre à ses Diables* La superstition étoit-elle donc ici moins à craindre? ou J. C. est-il moins aélé que Moïse ponr la gloire de r£tre Souverain et pour le salut des hommes.

£Ue ressuscite des morts , il est vrai ; ifiais il est obligé de se coucher plusieurs £ûis sur leoorps de TenAint qu'il ressuscite; il souffle, il serétrécit , il s'agite ; on voit bien qu*il invoqua une puissance étrangère; qu'il rappelle do Tempire de la mort , une ame qui n'est pas sou* mise à sa vpix , et qu'il n^est pas lui-même le maître de la mort et de la vie: J* C. ressuscite les morts, comme il fait les actions les plus coiBfliunes ; il x>*rie en maitre à ceux qui dorment d'un sommeil ciernei, et Ton sent bien qu'il est le Dieu des morts comme des vi> vaos, jamais plus tranquille que lorsqu^il opère les plus grandes choses.

Enfin , les poètes nous représentoient lenrs Sibylles et leurs Prétresses comme des furieuses , lorsqu'elles prédisoîent l'avenir ; il semble qu'elles ne pouvoient porter Ûl présence de l'esprit imposteur qui résidoit en elles. Nos Prophètes eux-içémes, annonçant les choses futures , sans perdre l'usage de la raison ni sortir de la gravité et àe la décence de leur ministère y entroient dans un enUiousiasme di-* vin; il falloit souvent que le son d'une lyre réveillât en eux Tesprit prophétique : on seafeoit bien qu'une impulsion étrangère les animoit et qift ce n'étoit pas de learv4>ropre fi>nds qu'ils tiroient la science de l'avenir ^ et les mystères caches qu'ils annonçoîent aux hommes. J. €. prophétise oqnune il parle ; la science de l'avenir n'a rien qui le frappe, qui le trouble, qui le surprenne , parce qu'il renferme tous

i56 LA CIRCONCISION, les temps dans son esprit : les mystères futurs qu'il annonce ne sont point dans son arae des lumières soudaines et infuses qui l'éblouis- «ent ; ce sont des objets familiers qu'il ne perd jamais de vue, et dont il trouye les images au.dedans de lui , et tous les siècles à venir sont jious l'immensité de ses regards ^ comme le jour .présent qui nous éclairç. Ainsi, ni la jésurrection des morts , ni la prédiction. de l'avenir ne le tire de sa tranquillité ordinaire : il se joue, pour ainsi dire, en opérant des prodiges dans l'Univer», et s'il paroit quelquefois frémir et se troubler, ce n'est qu'à la vue du péché et de l'endurcissement de soii-peuple ; parce que. plus on est grand en sauÈteté , plus )e péché offre d'Iborreurs nouv€lks>$ret qae la .seule chose qu'im Homme- IXieu puisse ^^i^oir avec frémisa<at&eat » c'est le spectacle d'une comciençe souillée de crimes.

TéHè ^$t la toute -puissance de J, C. 5 ses miracles ne portent auèûn caractère ié clépehdance : et peu conteiit de nous montrer par-là qu'il est égal' à Dieu, il' nous avertît encore que tout ce que sôii 'ïère opère de 'mervèilieux sur la terre,* liii- même l'opère aussi; et que les œuvres d^ son Père sont les .siennes. Trouvez -nous \in I^rophète qui jusqu'à J. C'ait tenu ce langage , et qui loin de rendre gloire à Dieu, comme à l'Auteur de tout don excellent, se soit attribué à lui-même les grandes choses que le Seigneur *av.oît bien voulu opérer par son ministère. ^ * '^.

Mais^ M. F. , si nous avons été prédits avec J; Ç., noussosnmes de plus participant de sa souveraineté sur toutes les créatures. Le Chrétien est par la foi maître de la nature ; tout lui est soumis , parce qu'il n'est lui-même soumis qu'à Dieu seul: toutes ses œuvres doi* vent être en un sens miraculeuses , parce que toutes ses œuvres doivent partir d'un, principe sublime et divin.,, et être au-dessus^des forces de la foiblesse humaine : nous devons être , pour ainsi dire , dies hommes miraculeux, maîtres du monde, en le méprisant ;'éle* yés au-dessus des lois de la nature , en les surmontant 4 arbitres des événemens , en nous y soumettant ; plus forts que la mort même , en la souhaitant. Telle est la sublimité du Chrétien ; et il faut bien que J. C. soit graAd, pour avoir élevé à ce poiut de puissance, et de grandeur la jfoiblesse humaine .

Enfin, le dernier' caractère éclatant de son ministère, sont les circonstances merveilleuses et jusques-Ià inouies , qui composent tout le cours de sa vie mortelle. Je sais qu'il est venu dans le dépouillement et dans la bassesse ; mais à travers ces dehors obscurs et méprisables, quel éclat les ennemis même de sa divinité ne sontils pas forcés d'y reconnoitre ? ^ *

. l^remièremcnt , quoiqu'ils le regardent .comme un homme .semblable à nous , ils le croient cependa^it. formé par l'opération invisible du Trçs-Haut dans le seii^ d'une Vierge de Juda , contre la loi * ordinaire des enfans d'Adam. Quelle gloire déjà pour une simple créature !

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. iSy

Seeondement , à peine est-il né^ que des légions célestes font retentfr dans les airs des cantiques d'allégresse, et nous apprennent que cette naissance rend gloire au Très-Hant , et apporte une paix étemelle sur la terre. Quelle est donc cette créature, qui peut rendre gloire au Très-Haut , lequel ne trouve sa gloire qu'en luimême ? Peu après, un astre nouveau appelle des Sages du fond de rOrient , et guidés par cette lumière miraculeuse, ces hommes justes viennent des extrémités de la terre, adorer le nouveau Bjoi des Juifs.

Suivez toutes les circonstances de sa vie. Si Marie le présente au Temple , un Juste et une sainte Femme annoncent sa grandeur future ; et transportés d'une joie sainte, ils meurent avec plaisir, après avoir va celui qu'ils appellent le salut du monde , la himière des na-' tions et la gloire d'Israël. Les Docteurs assembjés dans le Temple , voient avec frayeur son enfance plus sage et jilus éclairée que toute la sagesse des vieillards. A mesure qu'il avance, sa gloire se développe: Jean- Baptiste , cet homme le phis grand des enfans des hommes ^ s'abaisse devant lui, et se dit indigne de lui rendre même les plus, vils ministères. Le ciel s'ouvre plusieurs fois sur sa tête, et déclare que c'est-là le Fils bien-aimé. Les démons effrayés fuient devant lui, ne peuvent soutenir la présence seule de sa sainteté, et confessent;, qu'il est le Saint de Dieu. Rassemblez des témoignages si différens et si nouveaux , des circonstances si extraordinaires et si inouies : quel est cet homme qui paroit sur la terre avec tant d'éclat ? et les peuples qui l'ont adoré ne sont-ils pas du moins excusables ?

Mais ce ne sont encore ici que de foibles préludes de sa gloire. S'il ^ se retire à l'écart sur le Thabor , accompagné de trois Disciples, sa gloire , impatiente, si je l'ose dire, d'avoir été jusques-Ià comme re-« tenue captive sous le voile de l'humanité, éclate au-dehors: il paroit tout resplendissant de lumière : le Père céleste, qui alors, de peur que la gloire de J. C. ne devint une occasion d'erreur et d'idolâtrie . aux Disciples étonnés et témoins du spectacle, auroit dû, ce semble les avertir, que ce Jésus qu'ils voyoient si glorieux] n'étoit pourtant que son serviteur et son envoyé , leur déclare au contraire que c'est son Fils bien-âimé en qui il a mis toute sa complaisance , et ne met point de bornes aux hommages qu'il veut qu'on lui rende. Lorsque Moïse parut environné de gloire, et comme transfiguré sur la montagne deSinaî, de peur que les Israélites, toujours superstitieux, ne le prissent pour un Dieu descendu sur la terre, le Seigneur déclaroit en même temps du haut du ciel, au milieu des éclairs et des ton> nerres : Je suis celui qui suis , et vous n* adorerez que moi seul {Exod. 3 ; 14 • Deuu 6 ; i3)* Moïse lui-même ne paroit devant le peuple, que portant les tables de la LoLentre les mains , comme pour leur faire entendre que malgré la gloire dont il paroissoit revêtu, il n'étoit* pourtant qne-le minfstre et non pas l'auteur de la Loi sainte ; qm'il ne pouvoit la présenter que gravée sur la pierre , et qu'il n'appartenoit qu'à Dieu seul de la graver dans leurs cœurs. Mais J. C. paroit sur le Thabor comme le Législateur lui-même : le Père ne lui

j5B LA CIRCOWCïStOTr.

donne pati^ la loi nouTeile pour la porter aux hommes ; il lenr ordoime seulement de Técouter, et le prôpôic Ijainnéane oomme leur L^is* lateur, ou plutôt coHune leur loi virante et étemelle*

Que dirai-je eitcore , M. P. ? $i du Ttiàbor noni passons sur le Calvaire; ce lieu où dévoient se eonsotoiaiier tous les opprobres du Fils de THomme, ne laisse pas d*étre encore le théâtre de sa gloire et dé sa divinité. Toute la natufe e& désordre Vy reconnoit comme son Auteur : les asrrés qui se cachent; les morts qui ressuscitent ; les pitres des tombeaux qui s'ouvrent et se brisent; le voile du Temple qui se déchire ; Tincrédulité elle-même qui le confesse par la bouche du Centenier : on 'sent bien que ce B*est pas un hmamis ooBàmun qui meurt , et qu'il se passe sur cette montag^ue qudqae chose de nouveau et d^extçâordinaire.

Tant de Justes avaVit lui étotent morts pour la vérité par les main» des impies : le palais d'Hérode venoit de voir la tète du Précurseur devenue le prix de la volupté : Isa|^avoit rendu gloire à Dieu par une mort douloureuse ; et malgré le sang des Rois dont il étoit sorti, sa naissance auguste n'avoit pu le mettre à couvert des persécutions, qui sont toujours la récompense de la vérité et du zèle : tant d^autrea étoient morts pour la justice. Mais la nature tout entière ne paroissoit pas s'intéresser à leurs souffrances ; les morts ne sortoient pas des tombeaux , comme pour venir reprocher aux vivans leur sacHlége : rien de semblable n'avoit encore paru sur la terre.

Parcourez le reste de ses mystères, par-tout vous trouverez de» traits nouveaux qui le distinguent de tous les hommes. $*il ressuscite d'entre les morts* outre que c'est par sa propre vertu (ce qu'on n'avoit pas encore vu )^ ce n'est pas pour mourir encofC) Comme tant d'autres qui avoient été ressuscites par le ministère des Prophètes r il ressuscite pour ne plus mourir, et ce qui n'avoit jamais été ac-, cordé à aucune créature, il reçoit ici-bas môme une vie immortelle.

S'il monte dans le ciel , ce n*est pas un char de feu qui l'élève en nn clin d'œil ; il s'élève lui-même avec majesté; il laisse à ses chers Disciples tout le loisir de l'adorer, et d'accompagner de leurs yeux et de leurs hommages leur divin Maître. Les Anges viennent au devant de ce Koi de gloire, comme pour le recevoir dans son Empire, et consolent l'affliction des Disciples , en le promettant encore une fois à la terre , environné de gloire et d'immortalité. Tout annonce ici le Dieu du ciel , qui s'en retourne dans le lieu d*où il étoit sorti , et qui va reprendre possession de sa gloire j tout porte'du moins les hommes à se le persuader.

£t certes , M. F. , lorsqu'£lie est enlevé dans Un char de feu , un disciple tout seul est spectateur de cette ascension miraculense : elle s^ passe en un lieu écarté et éloigné des yeux Aes autres enfans des Prophètes , lesquels peut-étte plus crédules et moins instruits qu'Elisée, eussent rendu dans ce moment des honnenrs divins a cet homme miraculeux. Mais J. C. monte dans le ciel, environné de gloire^ à la

DIVINITÉ DE JÉ5US-CHRIST. iSg

Tae de cinq cents disciples* Les plus foibles > et ceux eH qui la loi de sa résurrection étoit moias «Ifennie , sont les premiers appelés à la montagne sainte : on ne craint riea de leur crédnlilé; on souffre aa contraire leurs adorations , comme leurs regrets et leurs larmes; et une rie si pleine de prodiges si inouis jusques-là sur la terre ^ est enfin terminée par une circonstance encore plus dienreilleuse, et propre toute seule â le faire regarder comme un Dieu, et à immortaliser l'erreur et l'idolâtrie parmi les hommes.

£n effet , M. F. , si les siècles païens j pour justifier les hommages insensés et impies qu'ils rendoient à leuts Législateurs , aux Fondateurs des Empires , et à d'autres hommes célèbres , fiiisoient dire à Iciirs Historiens et à lents Poètes, que ces Héros n'étoient pas morts ^ qu'ils avoient seulement disparu de la terre ; et qu'étant de la nature des Bienx, ils étoient montés dans le Firmament, pour y prendre leur place a^ec les autre» astres , qui , selon eux , étoient autant de Divinités qui nous éelaitent, et pour y jouir de l'immortalité qn'ils deroient à leur tiaissance divine s si une fiction aussi grossière , toute seule aYOtt pn rendre les Iiommes si long<*temps idolâtres , quelle impression la vérité de celte fable ne devoit^'clle pas faire sur les peuples ! et si l*tJnivers avoit adoré des imposteurs qu'on publioit faussement être montés dans les Cieux , n'âuroit-il pas été excusable d'adorer un homme miraculeux , que les hommes eux-mêmes ayoient TQ , environné de gloire, s'élever au-dessus des astres ?

Mais prenez garde , M. F. , que l'occasion de l'erreur ne finit pas même aveé J. C. On nous annonce qu'il parottra encore à la fin des siècles, au milieu des airsf environné de puissance et de majesté, accompagné de tous le» esprits célestes : toutes les nations assemblées et tremblantes , attendront à ses pieds la décision de leur destinée éternelle; il prononcera en Souverain leur arrêt décisif. Les Abraham , lea Moïse , les David, les Elie^ les Jean-Baptiste , tout ce que les siècles ont en de plus grand et de plus merveilleux , sera soumis à son jugement et à son empire; il sera seul élevé an-dessus de toute puissance , de toute domination , et de tout ce qu'on appelle grand dans le ciel et sur la terre; il élèvera son Trône au-dessus des nuées à côté du Très-Haut ; il ne paroitra pas seulement le maître de la vie et de la mort , mais le Roi immortel des siècles , le Prince de l'éternité^ le chef d'un peuple saint , l'arbitre de toute créature. Quel est 4onc cet homme à qui le Seigneur a communiqué une telle puis-. sance ? et les morts eux-mêmes, qui paroitront en jugement devant lui, pourront-ils être condamnés pour Tavoir adoré, lorsqu'ils le verront revêtu de tant de gloire, de majesté et de puissance ?

£t une réflexion que je vous prie de faire en finissant cette partiede mon discours ; c'tst que , si l'on ne troavoit ici qu'un trait extraordinaire et divin dans la suite d'une longue vie , on pourroit croire que le Seigneur se plaît quelquefois à faire éclater sa gloire et sa puissance dans ses serviteurs. Ainsi Hénoch fut enlevé , Moïse parut transfiguré sur la montagne sainte , £Ue monta dans le ciel

i6o LA CîkCONClSION.

sur un ctar de fea, Jean-Baptiste fut prédit. Mais , outre que c'étoientlà des circonstances uniques , et que le langage de ces hommes miraculeux et de leurs disciples sur la divinité et sur eux-mêmes , ne laissoit point de lieu à la superstition et à la méprise, ici c'est un assemblage de merveilles, qui , toutes séparément même , aui'oient pu tromper la crédulité des hommes : ici tous ces traits répandus sur ces hommes extraordinaires , qui avoient presque été regardés comme des Dieux sur la terre, se trouvent rassemblés eh J. C. , mais d'une manière mille fois plus glorieuse et plus divine. Il est prédit , mais plus pompeusement , et avec des caractères plus éclatans que Jean-Baptiste ; il paroit transfiguré sur la montagne sainte , mais environné de plus de gloire que Moïse ; il monte dans le ciel , mais avec plus de traits de puissance et de majesté qu'Ëlie; il lit dans l'avenir , mais plus clairement que tous les prophètes ; il n«it, nonseulement d'un sein stérile comme Samuel , mais encore d'une Vierge pure et innocente : que dirai-je? et non-seulement il ne désabuse pas les hommes par des expressions nettes et précises sur son ori« gine purement humaine; mais son langage seul sv^ son égalité avec le Très-Haut , mais la doctrine seule de ses Disciples , qui nous disent qu'il étoit dans le sein de Dieu de toute éternité , et que tout a été fait par lui , qui l'appellent leur Seigneur et leur Dieu, qui nous apprennent qu'il est tout en toutes choses^ justifieroit l'erreur de ceux qui l'adorent , quand sa vie eût été d'ailleurs ordinaire , et semblable à celle des autres hommes.

O vous ! qui lui refusez sa gloire et sa divinité , et qui le regardez pourtant comme l'Envoyé de Dieu pour instruire les hommes, ache* vez le blasphème; et confondez-le donc avec ces imposteurs qui s«nt venus séduire le monde, puisque loin d'y rétablir la gloire de Dieu et la connoissance de son nom , l'éclat de son ministère n'a servi qu'à l'érij^er lui-même en divinité, qu'aie faire placer tristement à côté du Très-Haut , et plonger tout l'Univers dans la plus dangereuse » la plus longue , la plus inévitable , et la plus universelle de toutes les idolâtries.

Pour nous , M. F. , qui croyons en lui , et à qui le mystère du Christ a été révélé , ne perdons jamais de vue ce modèle divin que le Père nous montre du haut de la montagne sainte. Entrons dans l'esprit des divers mystères qui composent toute sa vie mortelle: ce ne sont que les différens états de la vie du Chrétien sur la teirc j ^reconnoissons le nouvel empire que J. C. est -venu se former sur nos cœurs. Le monde que nous avons servi jusqu'ici , n'a pu nous délivrer de nos peines et de nos misères. Kous y cherchions la liberté , la paix , la douceur de la vie ; nous y avons trouvé le trouble, la servitude, l'amerrume, le malheur de nos jours. Voici un nouveau Libérateur, qui vient apporter la paix sur la terre ; mais ce n*est pas comme le monde la promet , qu'il nous la donne. Le monde avoit voulu nous conduire à la paix et à la félicité par les plaisirs des sens, par l'indolence, par une vaine philosophie; il n'y a pas réussi; en

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. i6i

favorisant nos passions , il a augmenté nos peines : J. C. vient non» proposer de nouvelles rôtîtes pour arriver à la paix et a» bonheur que nous chercbons ; le détachement , le mépris du monde , la mor^ tification des sens , rabnégatipn de nous-méme^ ; voilà les nouveaux biens qu*il yiçnt montrer aux hommes. Détrompons-nous , il n'y a point de bonheur à attendre poisr nous ,^ même en eette vie » ^u>n réprini,aat nos passions 9 qu'en nous interdisant tous les plaisirs violens qui troublent , qui corrompent le cœur : il n*est quo la philosophie de r£vaDgiIe qui fasse des sages et des heureux , parce^ qu'elle seule règle Tesprit, fixe le cœur , et rend Thomme k lai«méme, en le .rendant. à Dieu. Tous cexçL qui ont voulu suivre d'autres voies^ n'ont trouvé que vanité et affliction d'esprit ; et J. C, seul , en venant porter le glaive et la séparation ^ est venu porter la paix parmi les hommes» r

O mon Seigneur ! je ne sais que trop moi-même que le monde et les plaisirs ne Ibnt point d'heureux ! Venez donc vous-même repren^ dre un cœur qui a beau vous fuir, et que ses propres dégoûts ramè*nent à vous malgré lui-même : venez être son Libérateur, sa paix et sa lumière, et ayez plus d'égard à son infortune qu'à ses crimes.

Voilà comme l'éclat du ministère de J. C. seroit pour les hommes uoe occasion inévitable d'idolâtrie , s'il n'étoit qu'une simple créature. Voyons encore comment l'esprit de son ministère deyiendroit le piège de notre innocence.

SECONDE PARTIE

L'écX'AT du ministère de J. C. n'en est pas le côté le plus auguste et le plus magnifique. Quelque grand qu'il nous ait paru par les oracles qui l'ont annoncé 9 par les œuvres qu'il a opérées, et par les circonstances éclatantes de ses mystères , ce ne sont encore là , pour ainsi dire, que les dehors de sa gloire et de sa grandeur; et pour connoitre tout ce qu'il est, il faut entrer dans le fond et dans Tesprit de son ministère. Or, Tespritde son ministère renferme sa doetrine, ses bienfaits et ses promesses. Developpons-en toute l'étendue, et montrons , ou qu'il faut refuser à J* C. sa qualité d'homuMs juste « et d'Envoyé du Dieu tou t- puissant ^ que les. ennemis de sa divinité lui accordent, ou convenir qu'il est lui*même un Dieu manitesté en chair, et descendu sur* la terre pour sauver les hoaikies..

Oui, M. F., c'est une alternative inévitable : si J. C. e^t saînr, il est Dieu ; et si son ministère n'est pas un ministère d'erreur et d'imposture, c'est le ministère dé la Vérité éternelle elle-même, qui s'est manifestée pour nous instruire. Or, les ennemis dé sa naissance divine sont forcés d'avouer qu'il a été un honime juste , innocent^ ami de Dieu ; et si le monde a vu des esprits noirs et impfës , qui ont encore osé blasphémer contre son innocence , et le confondre avec les séducteurs, ce n'ont été que quelques monstres > dont le Massillon» tomk x. xz

i6a LA CIRCOIfCISIOW.

g«nre hûmaiii a ea horreur, et dont le nom même, trop odieux k toate la nature, est demeuré ensereli dan» les mêmes ténèbres d^ok rhorreur de leur impiété étoit sortie.

En effet, quel homme jusques-là aYoit paru -sur la terre» avec plus de caractères incontestables d*inn6cence et de sainteté , que Jéstrs Fils du Dieu vivant ? En quel philosophe avoit-on jamais remarqué, tant d'amour pouf la vertu, tant de mépris sincère pour 1« monde , tant de charité pour les hommes , tant d'indifférence pour la gloire •humaine , tant de zèle pour la gloire de l'Etre souverain, tant d'é* lévalion au-dessus de tout ce que les hommes admirent et recherchent ? Quel est son zèle pour le salut des hommes I c'est-là que s« rapportent tous ses discours , tous ses soins , tons ses désirs , toutes ses inquiétudes. Les philosophes critiquoient seulement les homiàes, et ne cherchoient qu'à faire sentir leur foible ou leur ridicule : J. C. ne parle de leurs vices, que pour leur en prescrire les remèdes» Les uns étoient les censeurs des foiblessès humaines; J. C. en est le médecin : les uns sefaisoient honneur de remarquer en autrui des vices, dont ils n'étoient pas exempts eux-mêmes ; celui-ci ne parle qu'avec une douleur amère des fautes dont son innocence le met à couvert , et répand même des larmes sur les dérèglemens d'une ville infidèle : on voit bien que les uns ne vouloient pas corriger les hommes, mais s'en faire estimer en les méprisant ; et que l'autre ne pense qu'à les sauver , et est peu touché de leurs applaudissemens et de leur estime»

Suivez le détail de ses mœurs et de sa conduite, et voyez s'il a jamais paru sur la terre un Juste plus universellement exempt de toutes les foiblessès les plus inséparables de l'humanité. Plus on l'observe , plus sa sainteté se développe. Ses disciples , qui le voient de plus près , sont le plus frappés de l'innocence de sa vie ; et la familiarité, si dangereuse à la vertu la plus héroïque, ne sert qu'à découvrir tous les jours de nouvelles merveilles dans la sienne. Il ne parle que le langage du Ciel : il ne répond que lorsque ses réponses peuvent être utiles au salut de ceux qui l'interrogent. On ne voit point en lui de ces intervalles où l'homme se retrouve ; par- tout H parott un envoyé du Très-Haut. Les actions les plus communes sont ^ului singulières, par la nouveauté et la sublimité des dispositions 4ont il les accompagne; et il ne paroit pas moins un homme divin , lorsqu'il mange chez un Pharisien, que lorsqu'il ressuscite Lazare. Certes, M. F. , la nature toute seule ne sauroit mener si loin la foiblesse humaine. Ce n*est pas kii un philosophe qui impose , c'est un îuste qui prend dans ses propres exemples , les règles et les préceptes de sa doctrine : et il faut bien qu'il soit saint , puisque le Disciple lui-même qui le trahit , intéressé à justifier sa perfidie en découfraiit ses défauts, rend pourtant un témoignage public à son innocence et à sa sainteté , et que toute la malice de ses ennemis défiée, n'a su le reprendre d'aucun pétJié.

Or, je dis , M. F. y que si J. C. est saint , il est Dieu; et que , soit 1|ue vous coniidéri^z la doctrine qu'il ngu9 a eii^eiguée par rapport

DIVINITÉ DE JÉStJS^CHRIST. 163

& son Père 9 on par rapport aux hommes , elle n*est plus qa*nn amas d^ëquîvoques malignes, ou de blasphèmes enveloppés, s'il n'esc qu'an homme ordinaire, entoyé seulement de Dieu pour instruire les hommes.

Je dis, soit que vous le considériez par rapport à son Père* En effet, si J. C. n'est qu'un simple envoyé du Très-Haut, il ne vient donc que potir manifester aiix nations idolâtres l'unité de l'essence divine. Mais outre que sa mission regarde principalement les Juifs « qui depuis long- temps n'étoient plus retombés dans l'idolâtrie, et n^avoiient pas besoin par conséquent que Dieu leur suscitât un pro* phète potir le& corriger d'une erreur dont ils étoient exempts , et un prophète qu'on leur faisoit espérer depuis la naissance du monde ^ comme la luroièr.e d'Israël, et le libérateur de son peuple; outre cela , comment J.C. s'y prend-il pour remplir son ministère, et quel ^ est son langage sur l'Ètre-Suprèrae ? Moïse et les prophètes chargés de la même mission ne cessoient de publier que le Seigneur étoit un; que c'étoit une impiété de le comparer à la ressemblance de la . créature; et qu'ils n'étoient eux-mêmes que ses serviteurs et ses envoyés , vils instrumens entre les mains d'un Dieu qui opcroit par eux de grandes choies. Nulle expression douteuse ne leur échappe sur un point si essentiel à leur mission : nulle comparaison d^enx à l'Être- Suprême, toujours dangereuse par le penchant que l'homme avoit , de prostituer ses hommages à l'homme , et de se faire des dieux palpables et visibles : nul terme équivoque , qui eût pu les con« fondre eux-mêmes avec le Seigneur, au nom duquel ils parloient, et donner lieu à une superstition et à une idolâtrie qu'ils venoient combattre.

Mais si J. C. n'est qu*un envoyé comme eux , il s*en.faat bien qu*il .

ne remplisse avec autant de fidélité qu'eux son ministère. Il ne cesse

de se dire égal à son Père : il vient nous apprendre qu'il est descenda

du ciel , et sorti du sein de Dieu; qu'il étoit avant Abraham ; qu'il

étoit avant tbutes choses ; que le Père et lui ne font qu'un ; que la.

vie éternelle consiste à connoitre le Fils , comme à connoitre le Père;

que tout ce que le Père fait, le F^ls le fait aussi. Trouvez-moi un

prophète , qui jusqu'à J. C. , eût tenu un langage si nouveau , si

inoui, si peu respectueux pour le Dieu suprême; et qui, loin de

rendre gloire à Dieu , comme à l'Auteur de tout don excellent , ait

attribué à ses propres forces , les grandes choses que le Seignenc

avoit daigné opérer par son ministère. Par- tout il se compare au Dieu

èouverain : il dit à la vérité une fois que le Père est plus grand que

lui; mais quel est ce langage s'il n'est pas lui-même un Dieu rnani^

festé en chair? et ne regarderions- nous pas comme un insensé, uxt

homme qui viendroit nous annoncer sérieusement que TËtre-Su-

prême est plus grand que lui ? N'est-ce jpas s'égaler à la Divinité,

que d'oser même se mesurer avec elle ? Y a-t-il quelque proportion,

et du pins ou du moins entre Dieu et l'homme, entre le Tout et le

néant ? Mais que dis-je ? J. C. ne se contente pas de se dire égal à

Dieu; il justifie même la nouveauté de ces expressions contre les

il*

xfi4 l'A. CIRCONCISION,

murmures des Juifs qui s* en scandalisent : loin de les détromper nettement 9 il les confirdie dans le'scandale : par-tout il affecte un Ijfngage qui devient ou'iiisensé, ou impie, si son égalité avec son Père ne l'éclaircit et ne le justifie. Que vient-il faire sur la terre, s*il n*est pas t)ieu? Il vient scandaliser les Juifs , eh leur donnant lieu de croire qu'il se compaté au Très-Haut : il vient séduire les na« tions , en se faisant adorer après sa mort à toute la terre : il vient répandre de nouvelles ténèbres dans FÛnivers^ et non pas y répan* dre, comme il s*en est vanté , la science, la lumière et la connois- «ance de Dieu. Quoi , M. F. , Paul et Barnabe déchirent leurs vêtemens , lorsqu'on les prend pour des Dieux ^ ils crient hautement devant les peuples qui veulent leur immoler des victimes : Adorez 2e Seigneur, dont nous ne sommes que les envoyés %t les ministres; l'Ange dans PApocalypse , lorsque S. Jean se prosterne pour l'adorer , rejette avec horreur cet hommage , et lui dit hautement : ui dorez Dieu seul{ Apocm 1^ ; 10 ) ! et J. C. souffre tranquillement iqù'on lui rende des honneurs divins : et J. C. loue la foi des disciples qui l'adorent et qui l'appellent avec Thomas , leur Seigneur et leur Dieu XJoan. 20; 28 ) ! et J. C. confond même ses ennemis, qui lui disputent sa divinité et son éternelle origine ! £st-il donc moins zélé que ses disciples pour la gloire de celui qui l'envoie ? ou lui importe-t-ii moins de détromper nettement les peuples, d'une méprise si injurieuse à rEire-Sdprême, et qui anéantit le fruit unique de son ministère.

Oui, M. F. , quel bien J. C. est- il venu apporter au monde, si cent qui l^dorent sont des idolâtres etdesprofknes ? Tous ceux qui ont cru en lui, l'ont adoré comme le Fils étemel du Père, l'image At sa su&stance , et Ta splendeur de sa gloire. Il ne se trouve qu'un très-petit nombre d*homràes ^ans le Christianisme, lesquels en le recevant comme l'Envoyé de Dieu, refusent de lui rendre des honneurs divins : cette secte même, bannie de toutes parus, exécrable dans les lieux mêmes où toutes les erreurs trouvent un asile, est réduite à quelques sectateurs obscurs et cachés; punie par-tout comme utiie impiété, dès qu'elle ose se nibntrer à découvert; et obligée de ^e cacher dans les ténèbres , et dans les extrémités des provinces et des royaumes les plus reculés. Est-ce doue là ce peuple nombreux, detoutè Langue, de toute Tribu, de toute Nation, que J. C. étoic venu former sur la terre ? est-ce là cette Jérusalem auparavant sté* rile, et devenue féconde, qui devoit renfermer dans son sein les Peuples et les Nations , et où les lies les plus éloignées , les Princes et les 'Rois dévoient venir adorer? sont-ce là les grands avantages ^tie le monde devoit retirer du ministère dé. J. C. ? est-ce donc là /èette abondance de grâces , cette plénitude de l'Esprit de Dieu répandu sur tous les hommes, ce renouvellement universel ^ ce règne spirituel et durable , que les Prophètes avoient prédit avec tant de majesté, et qui devoit accompagner la venue du Libérateur? Quoi, M. F,^ une attente si magnifique se réduit donc à voir le monde jpbngé dans une nouvelle idolâtrie? Cet avènement si heureutpour ^

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