‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 43 sur 131 · BIVISÏTÉ DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

BIVISÏTÉ DE JÉSUS-CHRIST

beaiiebiip; et ramimr qu'on a pour Ini, ftit toute la justîee du Juste, et toute la réconciliation du pécheur. Quel est cet homme qui vient tisnrper la place de Dien même dans nos cœurs ? La créature méritet-elle d'étré aimée pour elle-même? et tout ce qu'elle a de grand et d*aimable, ne aont^ce pas les dons de celui qui seul mérite d'être aimé?

Quel Prophète jusqu'à J. C. étoit Tenu dire aux hommes: Vous m'aimerez ; tout ée que vous ferez , tous le ferez pour ma gloire ?yous aiiperez le Seigneur votre Dieu « avoit dit Moïse aux enfans d'Israël. Rien n'est aimable pour soi-même que ce qui peut nous rendre heureux. Or, nulle créature ne peut être notre bonheur et notre perfection; nullecréaturenemérîtedoncquenous l'aimions pour elle-même : ce seroit une idolâtrie. Tout homme qui vient se proposer aux hommes comme l'objet de leur amour, est un impie et un imposteur, qpi vient usurper le droit le plus essentiel de TEtre-Suprême ; c'est uil monstre d'orgueil et d'extravagance, qui veut s'élever des autels jusques dans les cœurs , le seul sanctuaire que la Divinité n'avoit jamais cédé aux idoles profanes. La doctrine de J. C. , cette doctrine si divine , et si admirée même des Païens , ne jieroit donc plus qu'un mélange monstrueux d'impiété^ d'orgueil et de folie , si , n'étant pas lui-même le Dieu béni dans tous les siècles , il eût fait à ses disciples, de l'amour qu'il exigeoit d'eux, le précepte le plus essentiel de sa morale; et ce seroit à lui une ostentation insensée, de venir so proposer aux hommes comme un modèle d'humilité et demo^stie, tasdie qu'il pousseroit l'orgueil et la vaine complaisance plus loin que tous ces orgueilleux Philosophes , qui n'avoiei^ jamais aspiré qu'à l'estime et aux applaudissemens des hommes.

Mais ce n'est pas encore assez : non-seulement J. C. veut qu'on Taime , mais il exige des hommes les marques de l'amour le plus généreux et le plus héroïque. Il veut qu'on l'aime plus que ses proches, que ses amis, qtie ses biens, que sa fortune, que sa vie, que le monde entier , que soi-même ; qu'on souffre tout pour lui , qu'on renonce à tout pour lui, qu'on répande jusqu'à la dernière goutt* de son sang pour lui : qui ne lui rend pas ces grands hommages , n'est pas digne de lui ; qui le met en parallèle avec quelque créature, ou avec soi-même, l'outrage } le déshonore , et ne doit rien prétendre à ses promesses.

Quoi , M. F. , il ne se contente pas qu'on lui offre des sacrifices de boucs et de taureaux 1 comme les idoles ; et le Dieu même véritable avoit paru s'en contenter I II pousse encore plus loin ses prétentions : il veut que l'homme se sacrifie lui-même \ qu'il coure sur les gibets ; qu'il s'offre à la mort et au martyre pour la gloire de son nom. Mais s'il n'est pas le maitre de notre vie , quel droit a-t-il de l'exiger de nous ? Si notre ame n'est pas sortie de ses mains , est-ce à lai que nous devons la rendre ?,est-ee la regagner que de la perdre pour l'amour de lui? S'il n'est pas l'auteur de notre être» ne devenonarnotts pas des sacrilège» et des homicides,. en nons immolant

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