‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 44 sur 131 · LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LA CIRCONCISION

pour sa glpire, et en transportimt « la créaturef ^ jt im simple fii« Yoyé 4e Dieu 9 le grand sacrifice de notre être, seul destiné à recoanoitre la sôuTerûneté et lia- p^^a^œ de rOwyriçv étemel qui nous a tir^ du néant ? Que J. A jRMs^r& à la Itonne lierre lu^mjlBie pour rendre glçirç à Dieu ; qu'il xiQHa e;diQrte 4c suivre son. exemple: tant de Prophètes étoient morts avant lui pour la cause du Seigneur, et avpient exl^rté leurs 4^sdples à njiarcher sur leurs traices. Mais que J. Ç. , s'il n'est pas Dieu lui-iùéqiè ^ nous ordonne de mourir pour lui; exige des hQmmes, cette dériiicrç marque 4'amour^ qu'il nous commande d'offrir pour lui une vie que nous ne tenons pas de lui : se peut-il faire qu'il y ait eu sut la terre des hommes assez grossiers et assez stiipidés , pour se laissé^ tromper à rex.travagance 4e cette doctrine ? est-il possible que.des li^a^^iiues aussi bizarres et anssi impies aient pu triompher de tout l'Univers « confondre toutes les sectes ^ ramener tous les esprits , et prévaloir sur tout c.e qui avoît paru jusques-Là de science > de doctrine et de sagesse sur la terre ^ Et si nous regardons comme des barbares ces peuples sauvages qui s'immolçnt sur les tombeaux et sur les cendres de leurs procbes et dei leurs amis ,. pourquoi ferions-nous plus, d'honneur aux disciples dé J. Ç., qui se sont immolés pour lui? et sa religion ne serait-elle pas une religion desang et de barbarie ?

Ont 9 M. F, , les Agnès , les Luce , les Agathe , ^es premières nartyrea de la^foi et de la pudeur, se seroient donc sacrifiées à nn lioflime xnott^? et en 'aimant mien-x répandre leur sang, qne fiéebir le genott devant de vaines idoles, elles n'anroient évité tme idolâtrie , que poitr retomber dans une- antre pins condamnable, en mourant pour J. C. ; Ignace lui- même v ce fameux martyr qUe TOrlent fournie à Rpxne « en voilant devenir le froment de J. C. , auroit. donc perdu tout le fruit de ses souffrances , et mérité dès-lors d'éîre déchiré par les lions furieux , puisqu'il se secoit offert en sacrifice à un homme sembî^b^ç à lui ? IjCs confesseurs généreux de la foi n'auraient donq été q^e diOSk^ désespérés et des fanatiques , qui au^oient couru à la ;piort comme des insensés? l>a tradition des martyrs ne seroit donc plus qu^uno scène impie et sangji^^t»e ; les tyrans- en le^ pçrsécuteur^ âuroient donc été les défenseurs 4e la j[ustice et de la gloire de la Divinité? le Çh^i^tiani^me lui-même une ^ecte sa^ril^ge et profane ? Le genre humain seseroit donc abusé? et le sang des^ fnartyrs , loia d*avoir été la semence des Fidèles, auroit inondé tout TUnivers de ^Superstition et 4'idolâtrîe. G Dieu! Toreille de Tbomme peut-elle entendre ces blasphèmes sans horreur ? et que f^ut^fl pou^ confondre rinéréduiité, que la montrera elle-niêmer

Tels sont , M* F., nos premiers devoirs ^vers J. C. Lui sacrifier nos inclinations , nos am^s , nos proches , notir^ fortune , noire vie même 9 et j «a un mot 9 tout ce qui devientun obstacle à notre siflut, c'eait fooi^fe^ser sa Divinité ; casp. reçonnoître qua lui seul p<iut nous tenir iievk dc^ tout ce que nous abandon^oi^ pour ^u^ , et nous rendre fucove plus que nous ne quittons} eu se donnant lui-<raême à npus^

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Il n*«it ^pM celui q^i méprise le monde et tous ses plaisirs , dit l'«-* X>ôtre S» Jean 9 qui coidesse que !•< C« ^st le Fils de Dieu, parce qu'il pronpuee par-là que J. C.est plus grand que le monde , plus puissant pour nôusrendre heureux 9 et par conséquent plus digned'étre aimé.

Mais ce n'est pas assez d^avoit considéré Tesprît dn ministère de J. C. dans sa doctrine; il faut le considérer, en second lieu, dans les grâces et les bienfaits que IIJniYers a reçus de lui. Il est Tenu délivrer tons les hommes Ile la mort éternelle : d'ennemis de Dieu qu41$ étoient , il les a rendus ses enfans ; il leur a ouvert le ciel ; il leur a 'assuré la possession du royaume de Dieu, et des biens im-> muables;^il leur a porté la science du salut et la doctrine de fa vérité. Ces dons si magnifiques n*ont pas même fini avec lui : assis à la droite de son Père , il les répdnd encore dans nos cœurs. Tons nos maux trouvent encore en lui leur remède ; il nous nourrit de son liorps, il nous lave de nos souilfures , en nous appliquant sans cesse le prix de son sang. Il forme dés pasteurs pour nôtis conduire ; il inspiré des Fjr<^phètea pour nous enseigner ; il sanctifie dea Justes pour nous animer par leur exemple ; il est sans cesse présent dans nos cœura pour en Sj9uîager toutes les misères. L'homme n'a point de passion que sa graee ne guérisse, point d'affliction qu'elle ne rende aimable , poin^ de vertu qui ne soit son ouvrage ; en un mot , il nous assure luimême qu'il est notre voie, notre vérité, notre vie, notre iustice, notre rédemption^,, notre lumière. Quelle est cette nouvelle doctrine ? Un liompa^ aeuil peut-U être la source de tant de grâces aux au très hommest Le Dieu souverains si jaloux de aagloire y peut-il nous attacher à une créature pac des devers et desliens s i int imes et si sacrés ^ que nou^ dépendÎQii^.presque plus d'elle que de lui ? Ne seroit-il point à crain,dre qu'un homme deyenu si utile et si nécessaire aux autres hommes, n'en devint enfin Tidole ? qu'un homme , auteur et distributeur de tant de grâces, et qui fait.,- a notre égard, l'office et toutes les fonctions d'nn Dieu,.. n'en occupât aussi bientôt la place dans nos cœurs?

Car, remarquez , M. F» , que c'est la reconnoissance toute seule qui^ autrefois 9 a fait les faux Dieux. Lïss hommes , oubliant l'Auteur de leur être et de l'Univers, adorèrent d'abord l'air, qui les faisoit vivre; la terre, qui les nourrissoit ; le soleil , qui les éclairoit ; la lune, qui présidoit à la nuit : ç'étoient là leur Cybèle , leur Apollon, leur Diane» Ils adorèrent les conquérans qui les avoient délivrés de leurs ennemis, les princes bienfais^ns. et équitables qui avoient rendu leurs sujets heureux , et la mémoire de leur règne immortelle : et Jupiter et Hercule furent placés au rang des Dieux, Tun, parle nombre de ses victoires , l'autre , par le bonheur et la tranquillité de son règne : les hommes , dans ces siècles de superstition et Se crédulité , ne connoissoient point d'autres Dieux que ceux qui leur faisoient' du bien. £t tel est le caractère de l'homme , son culte n'^st que son amour et aa reconnoissance.

Or, M. F. , quel homme a jamaislait tant de bien aux hommes que J. C? Rappelez tout ce que les sièdes païens nous rapportent de rhis-

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toire de leurs Dieux , et Voyez «*ils <hiI cra leor devoir font «e qii« l'incrédulité elle-même avoue avec les Livres saintSy que le monde doit à J. €• Aux uns , ils croyoient être redevables de la sérénité de Pair, et d'une heureuse navigation ; ans autres, delà fertilité des saisons; à leur Mars , du succès des batailles; à leur Janus» de la paix- et de la tranquillité des peuples; de la santé« à leur Esculape. Mais que sont ces'foibles bienfaits, si vous ks comparez à ceux dont J. C« a comblé le monde ? Il y a porté une paix éternelle , une sainteté du* rable, la justice et la vérité : il en a fait un monde nouveau et une terre nouvelle. Ce n*est pas un peuple seul qu'il a comblé de biens ^ ce sont tous les peuples » c'est l'Univers entier ; et de plus, il n*est devenu notre bienfaiteur qu'en devenant notre victime. TJue pou- Toit-il fiiire de plus grand pour la terre? Si la reconnoissance.a fait les Dieux )J. C. pouvoît-il manquer de trouver des adorateurs parmi les hommes? et étoit-il à propos que nous lui dussions tant, s'il pouvoit y avoir de l'excès dans Tamour et dans la gratitude ?

Encore , M. F., si J. C. , en mourant, eût averti ses disdples que c'étoit au Seigneur tout seul qu'ils étoient redevables de tant de bienfaits ; qu'il n'avoit été lui-même que l'instrument , et non pas l'auteur et la source de toutes ces grâces ; et qu'ainsi ils dévoient I'oqhlier, et rendre à Dieu seul la gloire qui lui étoit d«e ; mais il sVn faut bien que J. C. ne termine, par de semblables instructions, ses l^rodiges et son ministère. Non-seulement il ne veut pas que ses dis» eiples l'oublient, et cessent d'espérer en lui après sa mort ; mais, sur le point de les quitter , il les assure qu'il sera présent avec eux jusqu'à la consommation des siècles ; il leur promet encore plus qu'il ne leur a donné , et se les attache par des liens indissolubles et immortels.

£n effet , les promesses qu'il leur fait dans ce dernier moment ^ sont encore plus surprenantes que les grâces mêmes qu'il leuravoît accordées pendant sa vie. Premièrement » il leur promet l'Esprit consolateur , qu'il appelle l'Esprit de son Père : cet Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir; cet Esprit de force qui devoit former les martyrs ; cet Esprit d'intelligence qui avoit éclairé les prophètes ; cet Esprit de sagesse qi^i devoit conduire les pasteurs; cet Esprit de paix et de charité qui ne devoit faire qn^m cœur et qu'une ame de tous les Fidèles. Quel droit a J. C. sur l'Esprit de Dieu , pour en disposer à son gré , et le promettre aux hommes , si ce n'est pas son esprit pro]|re? Elie , montant au ciel , regarde comme une chose bien difficile de promettre à Elisée seul, son double esprit de zèle et de prophétie : combien étoit-il plus éloigné de lui promettre l'Esprit «éternel du P^re céleste, cet Esprit de liberté qui souffle où il veut ? Cependant les promesses de J. C. se sont accomplies : à peine èst-il monté au ciel, que l'Esprit de Dieu se répand sur tous ses disciples; les simples deviennent plus savans que les sages et Içs philosophes ; les foibles , plus forts que les tyrans ; les insensés selon le monde ,* plus prudens que toute la sagesse du siècle. De nouveaux hommes paroissent sur la terre , animés d'un esprit nouveau : ils attirent tout

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après eux : ilt changent la^ face de lUnivers, et jusqu'à la fin dM siècles , cet Esprit animera son Eglise , formera des Justes i confondra les incrédules, consolera ies disciples, les soutiendra au milieu des perséciutions et des opprobres , et rendra, témo}!gnage au fond de leur cœur, qu'ils sont.enfans de Dieu, et que ce titre auguste leur donne droit à des biens plus solides et plus vrais , que tous ceux dont le monde les dépouille.

Secondement, J. C. promet à ses disciples les defs du ciel et de l'enfer, et le pouvoir de remettre les péchés* Quoi, M. F. I les Juifs sont scandalisés sur ce qu'il entreprend de les remettre lui-m^me, et qu'il paroit s'attribuer une puissance réservée à Dieu seul : mais quel sera le scandale de tous les peuples de la terre, lorsqu'ils liront dans son Evangile , qu'il a voulu laisser même cette puissance à ses disciples ? et s'il n'est pas Dieu, la folie et la témérité ont* elles jamais rien imaginé de semblable ? Quel droit M-il en effet sur les cons^nces pour lés lier ou les délier à son gré, et pour transmettre A des hommes foibles , une puissance c^u*il ne sauroit exercer lui* même «ans blasjpbème ?

Troisièmement : mais ce n'est pa» assez ; il promet encore à ses disciples le don des miracles : qu'ils ressusciteront le& morts à son nom ; qu'ils rendront la vue aux aveugles , la santé aux malades, l'asage de la\parole aux muets; qu'ils seront maîtres de toute la na« ture. Moïse ne promet pas à ses disciples les dons miraculeux 4ont le Seigneur t'a favorisé : il sent bien que celte vertu lui est étrangère, et que le souverain Maître tout seul peut en favoriser qui bon lui semble» Aussi , lorsqu'aprés sa mort Josué arrête le soleil au milieu de sa course, pour achever la victoire sur les ennemis du peuple de Bieu, il ne commande pas à cet astre de s'arrêter au nom de Moïse; ce n'est pas de lui qu'il tenoit le pouvoir de faire obéir les astres mêmes ; ce n*est pas à lui qu'il s'adresse lorsqu'il veut en user : mais les disciples de 5. C. ne peuvent rien opérer qu'au nom de leur Maître , c'est à son nom qu'ils ressuscitent les morts , et qu'ils Redressent les boiteux ; et sans ce nom divin , ils sont foibles comme les antres hommes. Le ministère et la puissance de Moïse finissent avec sa vie; le ministère et la puissance de J. C. ne commencent, pour ainsi dire, qb'après samort , et ou nous assure que son règne doit être étemel.

Que dirai -je enfin ? Il promet à ses disciples la conversion de l'U-^ nivers , le triomphe de la Croix , la docilité de tous les peuples de la terre, des philosophas ,'des Césars , des tyrans; et que son Evangile sera reçu daimonde ehtiëV : mais tient>il le cœur de tous les hommes entre ses mains , pour répondre ainsi d'un changement, dont jusqueslàle monde n'avoit point eu d'exemple? Vous nous direz, sans doute, que Dieu révèle à son serviteur les choses futures. Mais vous vous trompez : s'il n'est pas Dieu ,'il n'est pas même prophète; ses prédictions sont' des songes et des chimères : c'est un esprit imposteur .^ai le séduit ^ et se mêle de Tinstruite sur l'avenir , et les suites ont

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