DE NOTRE-SEIGNEUR. 1S
Bfièine : flovs osôiis peat-étre eq général plaindre les hommes de tant s'agiter poar des choses que le hasard distribue, et que la mort Ta nous ravir demain; mais nous n*osons blâmer l'insensé, qui sacrifie à cette fumée son repos , sa vie et sa conscience. Devant un vindicatif, nous justifions son ressentiment et sa colère ; nous adoucissona son crime dans son esprit , en autorisant la justice de ses plaintes; noas ménageons sa passion , en exagérant le tort de son ennemi : nous osons peut*étre dire qu*il faut pardonner ; mais nous n*osons pas ajouter , que le premier degré du pardon , c'est de ne plus parler de l'injure qu'on a reçue.
Devant un courtisan mécontent de sa fortune et jaloux de celle des autres , nous lui montrons ses concurrens par les endroits les moins favorables : nou^ jetons habilement un nuage sur leur mérite et sur leur gloire, de peur qu'elle ne blesse les yeux jaloux de celui qui Boas écoute : nous diminuons , nous obscurcissons l'éclat de leurs talens et de leurs services ; et , par nos ménagemens injustes, nous aignssons la passion, nous l'aidons à s'aveugler , et à regarder comme des honneurs qu'on lui ravit , tous ceux qu'on ré(ynd sur ses frères. Qae dirai-je ? devant un prodigue, ses profusions ne sont plus dans notre bouche qu'un air de générosité et de magnificence : devant um avare, sa dureté et sa sordidité, n'est plus qu'une sage modération , et une bonne conduite domestique : devant un Grand, ses préjugés et ses erreurs trouvent toujours eu nous des apologies toutes prêtes ; on respecte ses passions, comme son autorité, et ses préjugés deviennent toujours les nôtres. Enfin , nous empruntons les erreurs de tous ceux avec qui nous vivons; nous nous transformons en d'autres enx-mémes ; notre grande étude est de connoitre leurs foiblesses, pour nous les approprier; nous n'avons point de langage à nous , nous parlons toujours le langage des autres ; nos discours ne sont qu'une repétition de leurs préjugés ; et cet indigne avilissement de la vérité , nous l'appelons la science du monde , la prudence qui sait prendre son parti, le grand art de réussir et de plaire : O enfans des hommes ! jusques h quand aimerez-pous la vanité et le mensonge
Oui, M. F., par-là nous perpétuons l'erreur parmi les hommes;, nous autorisons tous les abus; nous justifions toutes les fausses maximes ; nous donnons un air d'innocence à tous les vices; nous maintenons le règne du monde et de sa doctrine contre celle de J. C. ; nous corrompons la société dont la vérité devroit être le premier lien; nous faisons , des devoirs et des bienséances de la vie ct« vile, établies pour nous animer à la Vertu , des pièges et des occa* sions inévitables de chute; nous changeons l'amitié, dont nous de-> vrtons faire la ressource de nos erreurs et de nos égaremens, en un commerce de déguisement et de séduction ; par-là ^ en un mot , en rendant la yéritérare parmi les hommes , nous la rendons odieuse ou ridicule; ^ «l^and je dis nous,. j'entends principalement les âmes qui sont à Dieu , et qi|i sont chargées des intérêts de la.vérité sur la .Urr^, Oui) Mj F<. j je ^Quclrpis/^uo les âmes ddéles eussent un langage
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'à phrtaii miUen du monde ; qu'on trouvât en eUes d'ammnaiHiiiet , •d'autres sentimens que d«i»s le reste des liomniet; et que lundis que t4>ut parle le langage des passîen«| elles seules i)ai:4«tfseot le langage -de la Térité. Jevouârois que tandis que ie monde a ses Balaams , qni ^autorisent par leurs discours et par leun conseils le dérèglement d la liceoce, la piété eût ses Phinées qui osas$ent preadre 4out haot les intérêts de la loi de Dieu , et de la sainteté de ses maxinMs : que tandis que le monde a ses impies et ses faux ssges^t se Ibnt une gloire de publier tout haut , qu'il faut jouir du présent et que la fin de rhomrae n'est pas différente de celle de la bête , la piété eju sesSsâomons^ qui, détrompés par leur propre expérience , osaasent publier sur les toits , que tout est vanité , hors craindre la Seigneur, at observer ses commandemens : que tandis que le monde a ses enebanteurs , qui séduisent les peuples et les rois par leurs adulations et par leurs ]^restiges , la piété eût ses Moïses et ses A.arons, qui eussent ié courage de confondre , par la force de la vérité , leurs art^ees et leurs impostures : en un mot , que tandis que le monde a ses Prétnes et aea Docteurs, qui affoiblissent la vérité, comme ceux de notre Evsfigife, fa pieté eût ses Mages , qni ne craignissent pas de raanoooer devant ceux mêmes à qui elle ne peut que déplaire.
Cen*est pas que je condamne les tempérameqs d'une ^aga prudence^ qui ne paroit accorder quelque chose aux préjugés des hommes que pour les ramener plus sûrement a la règle et au devoir. Je sais que la vérité n'aime pas des défenseurs indiscret^ et téméraires ; que les passions des hommes demandent des ménagemens et des égards; que ce sont des malades à qui U faut souveut déguiser et adoucir les remèdes, et les guérir presque toujours à leur insça. Je sais quêtons Jes ménagemens , qui ne tendent qu'à établir la vérité, n'en sont pas les affoiblissemens , mais les ressources ; et que la grande règle di| ^èle de la vérité , c'est la prudence et la charité. Mais ce n'est pas ce jqu'on se propose .en l'affoiblissant par des complaisances basses et flatteuses : on cherche à plaire, on ne cherche pas à édifier ; on se met soi-même à la place de la vérité, et on veut s'attirer les suffrages qui n'étoient dus qu'à elle. Et qu'on ne dise p^s qu'il j a d'ordinaire plus d'aigreur et d'ostentation, que de charité, dans les Justes qui se fon^ fine gloire de ne pa^ savoir trahir la vérité. Le monde , qui est toujours dans le faux, dont les commerces et les liaisonsné roulent que sur la dissimulation et sur l'artifice , qui s*en fait même une science et un honneur, et qui ne connoit pas cette i^oble droiture, ne sauroit ia supposer dans le$ autres^ c'est sa profonde torruptioui» qui lui rend suspecte la sincérité et le courage des gens de bien ; c'est un procédé qui lui paroit bizarre» parce qu*il 9St nouveau pour lui; et comme il y trouve de la singularité, il, aime mieux croire qu*U y a de l'orgueil ou de l'extravagance y que de la v^rtu.
Et delà vient qne non-seulement on déguise la vérité, mais qu'on la trahit ouvertement. Dernière dissimulation des Prêtres de nôtre Svangilet f^ne dissimulation de mensonge. Us ne se contaolent j^as
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â-allé^«er les prophéties en termes obscurs et adoucis : ne rcjatm pas revenir les Matgeê à Jémisalem, comme ils se Tétoient promis, ils ajouc^ot , sans doute pour calmer Hérode, que , konteni de ft*a« voir pas troa«^ ce nonveaii voi qv'iis Tenoient chercher, ils n'ont osé reparoitre; que ce sont des étrangers peu versés dans la science de ia Lot et des Proi^ètes^ et que cette lumière du ciel , qu'ils pré-* tendotelit suiVre , n'étoit qu^une illusion Tulgaire v et vm préjugé su* perstitieux d*ane nalton grossière et crédule. £t il laiioit bien qu'ils eussent tenu ce langage à- Hérode , puisqu'eux-mémes agissent coih • scquemmettt , et ne courent pas à Bethléem cherciber le roi noureau* Dé, comme pour acherer de persuader à Hérode, qu^ily avoît plus de crédu lité que de vérité dans la recherche superstitieuse de ces Mages.
£t yoilà où nous ell Tëiiâin enfin: à force déménager les passions des hommes, et cle vouloir leur plaire aux dépens de la véritt^, nous labandonAons enfin ouvertement ; nous la socriâons lâchement et sans détour, à nos intérêts, à notre fortuneyà notre gloire; nous trakiftseto» notre> oonscieiiee; notise devoir et Ifeos lumières: et delà*, * dès que l» vérité nous' incommode, nous expbse, nous nuit, nous rend désagréables^, noo^la désavouons, nous la* mécomioissons , ' nous la livrons ir rofppcesaÂo» et àTin justice; nous nions, comme Pierre, qn'on nous ait jamais vus de ses disciples. Ainsi , nous noua faisons uni cœur lÀche et rampant, à qui le mensonge utile ne coûte < plus rien; un cœur artificieux et pliant, qui prend toutes les for- ^ mes , et qui n*en a jamais aucune de fixe ; un cœur foible et flatteur, . qui n^osé refuser ses suffrages qu*à la vertu inutile et malheureuse; un cœur corrompu et intéressé, qui fait servir à se^fins la religion , . la vérité, là justice, et tout ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes ;. eh un mot , un cceur capable de toiU , excepté d^étre vrai , généreux et sincère. Et né croyez pas que les pécheurs de ce caractère soiefit fo^t rares dans le monde. Nous ne fuyons de ces défauts qtie rèclat et la honte : lès lâchetés sûres et secrètes trouvent peu de cœur^ scrupuleux ; et nous n*aimons souvent de la vérité, que la réputation' et la gloire.
Il fftut prendrie garde .seulement qu*en prétendant défendre ,1a .viel'ité) nous ne défendions Us illusion^ de notre propreesprî^. L'oi^^ily . l'ignorance, l'entéLement donne tous les jours à Terreur, des défenseuvs' aussi intrépides; e^^ aussi obstinés qqe ceux dont I^'foi se glorifie. ï<a seule v'éritjé dfgp^ de notre amour , de notre zèle et de notre courage , est celle ,qMe J* Eglise nous montre; cVst pour elle seule que nous devons tout toulFrir: hprs delà nous ne sommes plus S[ue les martyrs de notre obstination et de notre vanité»
G'iBon-Bienl versez^dono dans moniame cet amour humble et gé- AéreuK de la Térité, . dont vos» Elus sont rassasiés dans le ciel» et qai seul fiait le oaraotèrcides Justes sur la teFref. FfiH^a que je ne vhre que pour rendrcf gloire à Vos vérités^ éterncUes , pour 1^ hofnoret par la sdinteté de mes «œws ; pour les défendra par le zèle seul de» ^08 intérêts; pour ii^ oppose^ sao» cesse à rejpceur et à la vanité.
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AnéaDtissez dans mon corar ces craintes humaines , cette prudence de la chair, qui ménage les erreurs et les vices arec les personnes.. Ne*^ permettez pas que je sois un foible roseau qui tourne à tout vent ^ ni que je rougisse jamais de porter la vérité sur le front , comme le titre le plus édataut dont puisse se glorifier votre créature, et commela marque la plus. glorieuse de vos miséricordes sur mon ame: Et ne.auferas de ore meo verbum veritatis ùsquequaque ( Ps, 1 18 ^ 4^ )• li^n effet ^ ce n*est pas assez dVn être le témoin et le dépositaire , il faut encore^en être le défenseur : caractèrie opposé à celui d'Hérode f qui en est aujourd'hui Teonemi et le persécuteur. Dernière instrac^ lion que nous fournit uotre Evangile : la vérité persécutée.