‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 56 sur 131 · SUR LE JEUNE · texte numérisé non relu

SUR LE JEUNE

TÎTez p\u% saintement <fii'eax, et vous jeûnerez plus utilement; et après être convenu de l'vnAyfflsaoce desexcuses dont on se sert pour se dépenser de cette loi, écoulez les abus où Ton tombe en l'observant,

SECONDE PARTIE

Il n'est ^ère^e' priécepfé sur ieqnei on s'abuse plus universelle» ment que sur le précité du jeûne. Comme l>sprit de pénitence est presqu*éteint parmi* les Fidèles y et qtre TEgiise s'accommodaut à notre foiblesse , a cru devoir* miêler quelques -adoucissenèens à la ri* gueur die cette loi, on se persuade que tout'ce qu*il 7 a encore d*amer et de |iénible, n*est plus à la portée de ees derniers lenips* On ren'voie-auK siècles de son innocence, toute la sév-érité de sa discipline» et on ne lui laisse pour le relàchemeiit de Aôs mœurs, que riudul*genoeec4a bénignité en partagie. -

Il importe donc, M. F. , d*exaniiner ici quelles bornes TEgli se prétend* mettre encore au joûrd'kui à sa oondescendauce, et de démêler les ^rclàcbemensr^fttHjn usai^'corrempu'a iolsodasts, des adoucissemens ou qu*élle aiKtorîise^ ou qu'elle tolérai

Or,, il me sembje que poiir discerner. les abtis qui peuvent se glisser dans l'observance de ce précepte, il n'y a qu'à établir d*abord quelle est la fin de son iiistîtution ; car tout cf qui s'élôigYiera de ce but, ou encore plus qui s'y trouvera opposé, détruira sans doute là loi qui ii*étbit qu'un moyen pour' y parvenir.

Qu'est- ce donc que se propose l'Eglise en imposant cette pénitence aux Fidèles ? Elle se projposei 1** en affoiblissant la chair, d'affoiblir lios paèsions, d'expier nos fragilités passées , et de nous mettre plus en état d'eu éviter de nouvelles ; a^ en mortifianj le corps , de purifier Vame, de la détacher des sens, de réveiller sa foi, eLde l'élever au goût des biens éternels. Ce principe supposé comme incontestable, que de transgres^eurs ,' M^ F.^ de cette loi sainte !

. . 1^ première fij^ d^ .&€# institution est de mortifier la çhaîr, e^ par-là^. dit $. Ch^r^Qstpo^e , de servir et de préservatif à Tinnocence et d'expiation aux crime% Or, le jeûpe, tel qu'ua <^i|S public Ta établi aujourd'hui dans le monde, ne. sauroit plus être u^e voi« j)our arriver à cette.fin.

Car je tous demande, s'il 'mortifioit encore le corps et les passions d,e la chair, ce devroit être ou par la longueur ,de<raj)stinence, ou par la simplicité des viandes dont on use, ou .par la frugalité qu'on observe dans les repas I Pardonuez-moi ce dét,ail.^ il est ici iodi^pd" ^able , et. je n'en ^bu^^i;^! p4s>

. lËatHce la longueur *de l'absiiuenoe ? Mais s'il faut , pour reoueillir . iÈ £rait «t le mérite dû- joigne, que le corps sèche et îaoguisse^dans l'attente de ià nounilnre-, afin ^e l'ame en expiant ses voluptés profanes, apprenne danspé 'désir naturel, quelle doit être sa faim «t'Sa isaif de la jusiioc.ëtectiôlle^ e^ de cet jétat Jbeur^jyix , où rassasié^

so8 LE MERCREDI DES CENDRES.

de la vérltéf nous serons délivrés de tontes ces nécessités hamilîantet; qae de jeûnes inutiles et infructaeuz dans TEglise 1

Hélas! les premiers Fidèles qui ne le rompotent qu'après le soleil couché; eux que mille exercices sains el latxirieux avoienr préparés à rheure du repas ; eux qui» la nuit même qui précédoit leur jeûne avoient souvent veillé dans nos temples , et chanté des hymnes et des cantiques sur les tombeaux des martyrs ; ces pieux Fidèles auroient pu rapporter à la seule longueur de l'abstinence tout le mérite de leur jeûne, et seule alors elle pouvoit affoiblir la chair et les passions criminelles. Mais pour nous, M. F., ce n>st plus là qu*il faut chercher le mérite de nos jeûnes. Car outre que TEglise, en.coiisentant que Pheure du repas fût avancée, a épargné cette rigueur aux Fidèles , que d*indignes adoucissemens n*ajoute-t-oo pas à son indulgence ? Il semble que toute notre attention se borne à faire enaorte qu'on puisse arriver à l'heure du repas sans s'être aperçu de la longueur et de la rigueur du jeûne.

£tdelà (puisque vous nous obligez de le' dire ici, et de mettre ces détails indécent à la place des grandes vérités de la religion), delà on prolonge les heures du sommeil pour abréger celles de l'abstinence: on craint de sentir un seul moment la rigueur du précepte; on étouffe dans la mollesse du repos, raiguillon de la faim dont le jeûne même de J. C. ne fut pas exempt; on nourrit dans l'oisiveté d'un lit , une chair que l'Eglise avoit prétendu exténuer et affliger par la pénitence ; et loin de prendre la nourriture comme un soa« lagement nécessaire accordé enfin à la longueur de l'abstinence, ou y porte un corps encore tout plein des fumées de la nuit , et on n'y trouve pas même le goût que le seul plaisir auroit souhaité pour se satisfaire.

Ah ! c'est en ce temps saint , où il faudroit , avec un Roi pénitent . prévenir le le^r de l'aurore pour unir nos prières à celles de l'Eglise, pour prolonger le mérite de notre abstinence , pour offrir au Seigneur les prémices d'une journée que la pénitence doit sanctifier, pour mettre à profit tons les momens précieuxfte ce temps dé grâce et de bénédiction, et enfin pour retrancher an corps une paresse si funeste jusques ici à notre innocence. •

Delà encore l'usage dé tant de boissons que la coutume autorise presque contre Tesprit de la loi. Vous nous demandez sans cesse si c'est être infidèle au précepte que d'en user ( c{ir c'est sur l'ob* servation de cette loi , que les doutes et les questions ne finissent pas ). Je pourrois vous répondre d'abord, que l'intention de l'Eglise dans l'établissement de la loi du jeûne, étant de mortifier les sens, et principalement celui du goût , tout ce que vous vous permettes hors des heures prescrites, qui tend à le flatter, donne une manière d'atteinte à la loi : je pourrois vous répondre encore, que tout ee qiii adoucit la longueur de l'abstinence , en Uesse Itobligation*. Mai* quand ces vérités seroient douteuses , et qu'il n'y auroit que du péril aériez- vous sages .diB:Toua y exposar? Ce qu'il y a de constant

SUR LE JEUNE. i<^

c'est que ces adoucissemèns sont noayeaiix ; c'est que l^asâgè, t[ii«l^ que universel qu*il pnisse être, ne justifie jamais un abns> et ne sauroit prescrire contre la loi.

Mais enOn, je reux qne ces soulagemens, et tant d'autres aûtorî-^ ses dans le monde, soient innocens, né fàudroit-il pas honot^r la pénitence du Carême ense les retranchant ? ne seroit-il pas juste* que ce que vous donnez dans les autres temps au seul plaisir , vous vous en absteniez en celui-ci par un esprit de religiouet desnfuf^ france? et comment réparerez -vous vos plaisirs illicites, qu'en vau» abstenant, durant cette sainte carrier* surfont, de ceux que vo6ft vous croyez encore<fpermis ? Ahl nos jeÛBes^ M. F«, sont déjà si fort adoucis par la tolérance de l'Eglise, que pour peu que ^btrs '. alliez au^dejà y, vous ne^ sauriez manquer d^étre prévaricateurs. • Il seai})le qu'ellf) «.poussera condescendance jusqu'à ces dernières bor- <i€;s.qui nejiq>arsnt>q]ift d'un point la transgression d^ l'observance , et qu'on ne sauroitJeftiranchir tant sMttpeu^ sans être- ceupAbl« d'infraction.'! ; ♦•?•,• f r. • *•

Mais si le' métilé dé ibs.jéùnei'ne petit plus se f apporter à la'longueur déTabstiiiencè, ilsei^oit in'ûïilede lé vouloir chéi'cher daiis la simplicité des viandes dont on nàe. Ëh ce temps dé soûfFrarice, dtsoit autrefois %i ljèàh}'6h fa vie deVroit être simple et comUitinè, où il faudroit nourrÎT les ^mémbrres de *Jl tiPâe ce qu'on se retranche à soi-même, .et qt(e> notre diminution,' pour parler avec l'Apôtre devînt t'aboRdaneé«t la. richesse de liosifrères , non^seùlemenC^ il n^ a pas plus de aîmplicité dans les repas, mi^sily entre plur* de^soinfret d'artifice,;. on ^.supplée'par mill« raffinemens à la simpli« cité des. mets ^dopl'U. faut user: levgoutyesfpius flatté', la- sensua-*lité plus réveillée 9 Jâ.oiière:plus exquise, les dépenses rlos excès* sives : et nofi-seiiikiQent oene sont ^as-des •vepas' sanctifiés par la pénitence, maisilsdievienifeiitcélèbreft.et'rCiKnkimés pour la volupté.*

Je tie dis ricn dé la' friigalité dont On use- dans le seul repas que. l'Eglise permer/Ç'èsteh^ce temps sur-tout où l'on ne s*y prescrit point' d'auiréi'bofrnies que cplles d'une .avide sensualité^ et ou l 'on ste'dispose à l'^ltstinence''^u soir en violant le matin la vertu même de 'tempérance? i 'dofntiâ'loî de Ûîeu nous fait un précepte perpétuel î 'de sortfe'qti^l'es colîjttîôns deviennent plutôt un régime dé santé* qu'un Tefirlenrent de diS(?ipline.

Ainsi, l'abstinence, du soir fait aujourd'hui tout le mérite de nos jeunes; c'ést-à-dire <|dè*céqiiî ri'étoit d'âKdrcl qu'un relâçîfieinent de discipline, eii 'est deVenu là seïile austérité; c'est-à-dire,, que ce que nos'jières aUroient regardé coiiimè'une infraction du précepte, noùa^ le régkrd'ôns ^omme le pltls' liaut [ioint de son observance. '

C^r vous Ie,§ayez.,:]M[. F.., ce soulagement ne. fut.acrâniécque

bien tard au i^ùne deS'Eidèles.. On s'en «est passé pendant plus tte

milieans. UnsevVrRps^.pmslesoitavjeaastiîMtde.graces., teraiinoit

le jfçùne de tout^J^.Âpi^i^n^^^ Et «ncose ^uel repas l. Lisez llb^stoir^

Massillon. toms i« . ^4

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