‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 57 sur 131 · LE MËRCRE&I DES CENDRES · texte numérisé non relu

LE MËRCRE&I DES CENDRES

des premières moni» âes Fidèles : des herbes et des lëgntses ; MT repas de larmes et de pénitesce^ tout y respiroit la mortification de J. C. Les entretiens de piété , les lectures des livres saints , le» exhortations au^martjre en faisoient le principal assaisonnement : et Ton Y mangeoit ^plutôt pour prolonger ses souffrances et satisfaire à la nécessité , que pour flatter la cupidité.

Le seul refroidissement de la éharité obligea depuis l*£glise de se relâcher en. ce point de la rigueur de sa discipline. Dans la décadence des mœura> du Cbrislianisme, elle en usa^ pour ainsi dire 9 comme gn en «se dans ht déroute des familles : elle composa avec notre foi« blesse : elle reUnt.dii débris ce qu'elle pot, et nous quitta à regret de t#ut le reste.

Bfais an lieu que^^e sont là de ces grâces honteuses, dont il ne faudroit user qu'en gémissant : soupirer «près lea prémices de ^'es<prit et rage florissant de TEglise, et nous confoiidre qu'avec bied moins d'insoeeaoe que nos pères, nous ayéus besoin de plus d*indulgence qu'eux ; jusqu'où n'a-t»on pas poussé cet adou<»ssemenf obtenu deVEglise» et qui d'abord n'étoit presque patsensible? Tout y est sen^i* Si l'on use de quelque distinction diuu le choix des viandes, on se dédommage sur la quantité; et nos colIations^ sont an-^ jonrd'hui plus abondantes et chargées de plus de mets » ^ue n'étoil autrefois le sei^l repas que l'Eglise permettait aux Fidèles.

Donc , BL F. f encore aujourd'hui ee que TEglise vous permet le #otr , est una grâce accordée à la pure nécessité. Les précautions n'y Muroient être trop rigoureuses. C'est cette eau du Joiîrdain , dont il ne faut goùler qu'en passant et sans a'arréter : c'est ce miel de lonatlms» auquel, en nefeisant même que louclie^, on court risque d'être prérarieulettr et digne deraoït. Mais qui s'en tient à ees bornes sacréei t HéUa 1 il n'est plus que quelques SMet retirées , des SoIitaiteapénitenSy dea Tierces pures etférVentes^ accoutumées, 6 mou Dieu, k porter votre joug depuis l'enfance « qui n'ajoutent rien aux adoiuâsiemens de TEglise, qui usent de sou indulgence sans en abuser I II semble que ce reste de sévérité ne soit plus que pour elles; tandis que des âmes criminelles et mondaines, après imevie enlière d''excès et déplaisirs , adoucissent , retranchent tout ce qpi se trouve éncote de pénible à xotre loi, entrent en contestation avec nous, et iSous obligent à diégrader votre parole sainte , à des détails nympans si pen convenables à la dignité de notre ministère.

Vôilànos jéànes,M.F. , voilà ce quelarévolutioy de toutelSunnée ilffire à IKeu de j^us pénible dans nos moeurs. Toilà les restes micon* noissables de cette tradition vénérable de pénitence que nous tenons . éé nos pères. Toilà ces jeûnes si fismeux autrefois parmi les Chrétiens, et consacrés par les exemples mémorables d'un Mpise^ d'un £lio, et de J. €• m^oe. Yeilà à qneii ae réduisent ces saintes austérités, ai excetsivea dors qu'dkfffinstflèÉt passct lés CSirétiens pour des insensés dans l'esprit des infidèles , et qn'èlléa étoient jtournées «tndériaita sur lenrs théàtteainpnrs, et dans leurs $atires profanes.

StJll LE JEUNE. ftxt

VoîUi tBfin ce que ees anciemet rigueurs, si ebères à l^Sglite, 8i utiles « ses en&iis, si redoutables aux tfrans, sont derennes eotre uoa tti*iii|« *

Encore comment se dispose-'t^m à ces restes déCectaetrii die t>é0l« tence ? par des excès et des réjouissances pfoCiiies : et Teffet lephm marqué que produit l'approche de la loi qui doit nous ptirifier f' c*est un redoublement de débauche, de soutlUpitet d'ignMiime.

SouTenez-voùli dqnc, M. F. ( pour acherer de tous instruire sur tt>nt ce que je m'ëtdis proposé ) , que Tintention de l'Eglise est que la pénitence de ce saint temps soit comme une expiation des plaisirs et des crimes de tôt te Pantiée. Ce n^est pas que toute la yie nedùtétre une pénitence cofitiiraelle pokir le pécheur; mais l'Eglisequi Toit en gémissant que tes Yéritid>ies pénitens sont rares, a institué ces joiira de salut pour empèehér du moins que Tesprit de pénitence ne s*é« teigne tont-â-fait parmi les Fidèle^. Regaitles donc ce temps comme une légère compensation qu'elle exige de tous. Pu moins , que ce que TOUS y ^ouffreas , puisse remplacer devant Dieu ee que vous man« quet de souffrir pendant le CouM de Tàiinée : que ces quarante joura purifient tous les autres. Votre Tie dans un autre temps est toute plongée dans leat sens « dans l'oisiveté et dans hi mollesse : ircrtis nf seidiEret Heu. Ce n'est pas ainsi qu'on se aa«iTe, quand on est pécheur ( ^«a le savea : voici de quoi réparer Votre négligence. Sbu- B)ctte!K*vmMdoflo avec joie à une loi si douce. Né murmures pas soua la pesanteur d'un joug si léger : n'eu exagérés pts les incommodités : n achevés pas d'affliger l'^liae , en vous plaignant de son relâche^ neuf et de soà isMlulgeuce même comme d*nlie rigueur. Confbndesvoua plut6t , qa*aprés des excès et des plaisirs qu'une vfe entière de aouffraneea «e Suffirait pas pour expier, on vous demandé ai peu ^ et que U ferveur et la gaieté, pour aimd dfi^e , de ce tocrtfioo de pénitence ^ éuTtmi^am» riosuf&sance âttt yeux de Dîeti;

Sôiivenes-vous encore, que puisque vous ailes satisfaireè iajtts« tlce durant cette sa\hte carrière poui: vos inâdélités passées, voue ne deves pas eh ajouter de nouvelles; détruire d'une. main ee <fue v6us édifieriez de Tautre ; apaiser votre juge ,. et l'irriter eu même* temps.lTous vous alisûendriez des viandes que Dieu a toutes eréées^ qui sont bonnes çn ellés-mémfes , et dont l'usage fit penâia dans un autre lem|J5 ; ^t vpus ne vous abstiendriez pas du crime, /qiûdaDi toute ^or^e de teirips est défendu per Xa loi de Dieu? £h 1 qpe. servi* roîent vos jeÀnel et vps abstineocesL,. sL voua ne les açoompegpiieai pas de la pureté de conscience, qui seule en fait le mérite Rêvant ce* lui qui pe regarde que le cœur ? Vous souffririez , et Dieu détc^teroit vbl BùMtàiHiei rvbds- jeûneriez, dit lel^phète, et il rêjétteroic vos jeàhes. El ^fbjrëir-^vous qné jeûner, soit simplement a'abstenîc des Vfftudeè déftiiiddeà? cèaeroik le jéàne^ dos Juib, qui ne s'arré* tdiefit qu*à là lettré qui tue, qu'a la chair qui ne sert de rien. Le jfûnedes Chrétiens, c'est sur-tout l'élbignement du vice, é^ la vici» t^ire des passiena* Si vous n'êtes ni plus chastes , ni plus charitables j

ilia LE MElE^ÇREpi DES CENDRES.

ni pljj;i8^f)d*iens , ni plus humbles , vous ne jeûaes |>»s , ou d» moins vou^ jçûûez ^en yain. La lot de Tabstinence est :un moyea de CQnverslon : si vou^ne \ous convertissez pas , vous ne l'accomplissez paa^^ c'est-à-rdir^, TOUS raccoroplissez sans fruit. . .»

«;]$keii1reiiê2^V0BS en troisième lien, que puisqae vous allez satisfaire à la jiiAtif Q de Dieu, non-seulement les «rimes Vous sont interdits , ' inai«iWQOfe, les plaisirs qui dans nn autre temps séroient p^ut-étre innocens» Vous devez. yous regarder comme des pénilcns publics rftit vont desarmer là colère du Seigneur , et entrer dans les exercices, làbô'rîèuip d'une discipline sainte. Les larmes, le silence, la retraite, la 'prière , voilà quelles doivent être vos occupa tipns.d(ii?i^^ le cour^ «Te la péniVehcè que TEglise vous impose. Les jeux , les. spectacles , les assemblées dé plaisir, tout vous e>t interdit par la suite de cet eiîgàgein'eW. Vous renoncez à votre qualité de pénitent, si .vous y, allez participer ; vous âbancioonez l'entreprise ;. vous interrompes v*6tré carWère. Tout ce qiii ne ^convient pas à la pénitence , ^le vous, coh^fiént' plus , et vous . violqz là loi du Carême , pour ainsi dire, toutes tés foi&' que vous mêlez 1^ plaisirs du monde à la sainte tri^- , tèsse de Jfôil' abstinence. ' V . . > :

âô^xepez-voiia enijn que l'Eglise, durant cesfOHFS de pénitence, préjlend vous prépareir à.la graice de la résurrection, à'Ila participatioir. de,^'^guea,u > à la Pâq^e des. CJi rétiens. Commencez donc de bonne lieùce 9t déraciner vos vicieiis^ inclinations^ à rompre vos habitudes. Commencez à vous abstenir des crimes «ïùe ii^oos viendrez^ pleurer aux pieds des ministres .sur la fin Recette 'feaînfe carrière» K^àtten^? Jpas que nous. /touchions aux jours- «bléanels»^ pour tousdisp9ser.,à^ecevoir 1^ sapi:eine«gt iidorable. Ne p^ptee pas ^ux mys* t^re» aaiuts.de la résurrection ^ ides cripes itouk aouveaux, et des

Ï'{a&$iQQ$ , pour ainsi dire ,;pncpr^e toutes nriveai N'obligez ;pas alors iés juges ,^e votre consçie^ce^»; ou à vous accoordenade^ ^aces dangereuses, ou à vous éloigner de l'autel, tandis que tous, vos ^frères y ffâi*ticrpêi^ont. Preiiez-Voùi-y de bonne "heure. Essayez, en cessant tOS désordres, si vous serez en i^tat de tenir la paiplè que vous don- ^aereséalo^sàu Prêtre: si vous pourrez vous* vaincre^ siir ce dommerce^ sur cette bisiihe, sur cette pasdonqùl dbtniùe'dfns vos mœurs. T^e Toxisetposez pias au sàçtilégé 'et au parjure.* lilèttez-vouV en état de {>ô«ïvoi'r 'ilous allégnêi* le pàrés.é, poùf jtistifier 'vols' promesses sur l'àT^Âit.' Ce' n'est pas trc^'de,quarante jours dé Préparation et de;

p^itèiti^^ar se

lui ^b¥ur aussi «•a petit^ëtte fait

/. ï:taufoud, que vous i;est;^- trd, ditesrmpi; 9;. RAious^Pios excès pas* ses, 'qu'une 'secrète çqTïin^ion}Quern.^rgoJfiiftifm Jjtabuisiis tune in lUlis \ m quitus nunç ^^rubesçitvf^ { f^ôrn.' 6 ; .a.i •) ? J^es j,pi,çs 4e ces jours Insensés i^uî viennent 'd,é. fini^ ,*^ se soi^t évifi^(^ies^s;qv'«a*vez-VQus i^Çpoi-t'é , cjû'iine lassitude .dçjpIaisir,jdes^T^^ 4e»

iygirinj^ jjeut-êtr.e de. j.aîqiisie^ de perte, d^ jréf^rence j qu« s^iisr

; . SUR LE JEtfNE. ii3

je , peut-être encore tin corps miné et incapable de pénitence, pour r^lE^ trop été de dissolution et d'excès ? Ah ! les plaisirs se ressemblent tous. Cenx que vous goûterez à Tayenir , ne vous tendront pas plus heureux. Ils suspendront, pour un. moment votre, ennui et la tristesse secrète ()e votre cœur; mais ils,4ie la guériront pas. Ils ir^riteront vos désirs , ils ne les fixeront pas. Mesurez sur le passé la félicité que vous pouvez vous promettre dans le crime. Vous avez essayé jusqu'ici 'd*étrb heureux en oubliant Dieu; y avez- vous' réussi ? Vous avez poussé les excès et les passions aussi loin que vous avee pn ; votre bonheur a-t-il été aussi loin que vos crimes? et en faisant tous les jours de nouveaux progrès dans les v«ies de la perdition , en avez-vous fait dans la vie heureuse et tranquille ? N'avez-vous pas senti vos inquiétudes croître i^ree vos plaisirs , vos jours devenir plus tristes à mesure qu'ils sont devenus plus criminels ? et qu'avez^ vous fait , en vous livrant tous le» jours à de^ passions nouvelles , que vous former tous les jours de nouvelles chaînes , et vp^s préparer de nouveaux ennuis ? Que rexpérience du passé du moins vous détrompe; et revenez enfin au Seigneur par le vide et le dégoût de l'iniquité , si vous ne pouvez encore revenir à lui par le goût de la justice* • .'.;.:

Grand Dieu! jen^ai jamais goûté un plaisir véritable loin de vous. Je le confesse aujourd'hui en votre pré^sence , et je rends cette gloire à votre grâce. ISe rejetez pas ces foibles commencemens de mon repentir. Je ne reviens à vous , il est -vrai , que parce que le monde ne peut me satisfaire. L'ennui du crime me rappelle à votre loi sainte, plutôt que le désir de la vertu ; et si lés plaisirs injustes pouvoient loujours avoir pour moi de nouveaux chârines , ah ! sans doute , Seigneur 9 je ne pensetots jamais à vous offrir un cœur qu'ils occuperoient tout entier. Mais n'est-ce pas votre grâce elle^-méme , qui ré« pand SUT les joies du monde les amertumes que j'y trouve? combien est-il de pécheurs 'qui ne s'en dégoûtent jaAiais ; en qui l'ivresse dure toujours; et qui, ensevelis jusqu'à la fin dans une paix profonde , n'ouvrent enfin les yeux que lorsqu'il n'est plus temps , et que frappés de mort , et déjà jugés , ils sont sur le point 8*aller pa- Toitre devant votre tribunal redoutable?

Conduisez donc , 6 mon Dieu , ces premièi^s agitations que vons opérez dans mon cœur, jusqu'à ce trouble heureux qui opère une véritable pénitence; et ajoutez au dégoût des plaisirs , que vous me laissez , le goût de la justice et de la vertu , qui achève de triompher d'un cœnf corrompu, et de faire d'un vase de colère et d'ignommie , un vase d'honneur et de miséricorde. Ainsi soit-S.

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