‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 65 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

CoMMBirçoif s par convenir d*abord , M. F. , que c'est la foi , et non pas la raison, qui fait l«s Chrétiens; et que la première démarche qu'on exi^e d*un disciple de J. C. , est de captinfer son esprit, et de croire ce qu'il ne peut comprendre. Cependant je dis cjae c'est la raison elle-même, qui nous conduit à cette soumission; que plus même nos lumières sont supérieures y plus elles nous ^nt sentir la nécessité de nous soumettre; et que le parti de l'inerédultlé, loin d'être le parti de la force d'esprit et de la raison , est celui de l'égarement et de Iji foiblesse. La raison a donc ses usages dans la foi, comme elle a ses bornes : et comme la loi bonne et sainte en ellemême , ne servoit pourtant qu'à conduire les hommes à J«C., et s'arrêtoit là comme à son terme ; de même , la raison bonne et juste en elle-même , puisau'elle est un don de Dieu , et une participation de la raison souveraine, ne doit servir et ne nous est donnée que poor nous frayer le chemin à la foi. Elle est téméraire et sort des bornes de sa première institution, si elle veut aller au^idelà de ces bornes sacrées. •

Cela supposé , voyons lequel des deux fait un nsage pins wnsé de sa raison , ou le Fidèle qui ertiit , oui 'incrédule qui retoe de croire. La soumission à des faits qn'on^ no^s propose de croire , peat être sonpçonuéje de crédulité : on àxk côté de l'autorité qfui nons^ persuade ; si elle est légère , c'est fuiblesse d'y ajouter foi : on dn eôté des choses qu'on vteut nous persuader ; si cites sont opposées aux prin^ cipesde l'équité , de l'honnêteté, de la société, de la oonscience:, c'est ignorance de Us recevoir comme véritables : on enfin du c6té des motifs dont on se sert pour nous persuader; s'ils sont vains, frî*voles , incapables de déterminer un esprit sage , c'est inipeodenoé de s'y laisser surprendre. Or, il est aisé de montrer ffue/Fantûritéqni exige la soumission du Fidèle , est la plus grande , la plus respectable, la^ mieux établie qui soit sur la terre; que les vérités qn'on veut lui persuader , sont les seules conformes aux principes de l'é-. quité , de rhonnèleté, de la so^été, de la conscience; et enfin que les motifs dont on se sert pour le persuader , sont les plus dccisifii , les plus triomphais, les plus propres à soumettre les esprits les moins crédules.

. VÉRITÉ DE LA RELIGION. «3i

QaaBdjeparlederautorite.de la religion chrétienne, je ne prétends pas restreindre retendue de ce terme à la seule autorité de cea assemblées saintes , où TEglise par la bouche de ses pasteurs forme des décisions , et propose à tous les Fidèles les règles infaillibles du culte et dCila doctrine. Comme ce n'est pas Thérésie , mais Tincrédalité (fueice discours regarde, je ne considère pas tant ici la religion comme opposée aux sectes que Tesprit d'erreur a séparées de l'unité, c'est-à-dire, comme renfermée dans la seule Eglise catholique, que comme formant depnis la naissance du monde uneaociété à part , seule dépositaire de la connoissance d'un Dieu et de la promess^e d'un médiateur ; toujours opposée à toutes les religions qui se sont depuis élevées dans lllnivers ; toujours contredite et toujours la même : et je dis que son autorité porte avec elle des carac-* téres si éclatans de vérité , qu'on ne peut sans extravagance refuser de s'y soumettre.

En premier lieu , l'ancienneté en matière de religion , est un caractère que la raison respecte ; et l'on peut dire qu'une croyance consacrée par la religion des premiers hommes, et par la simplicité, des premiers temps, forme déjà un préjugé en sa faveur. Ce n'est pas qu,e le mensonge ne se glorifie souvent des mêmes titres , et qu'il n*y ait parmi les hommes de vieilles erreurs qui semblent disputer avec la vérité de l'ancienneté de leur origine. Mais, à qui veut en suivre l'histoire , il n'est pas mal-aisé de remonter jusqu'à leur nais^ sance. La nonveauté se trouve toujours le caractère le plus constant et le plus inséparable de Terreur ; et l'on peut leur faire à toutes le •. reproche du Prophète : Novi recentesque venerunt ^ quos non colue* runt patres eorum (^Deut. 32; 17).

En effet , s'il y a une véritable religion sur la terre, elle doit être " ""' \ la plus ancienne de toutes ; car s'il y a une véritable reKgion sur la terre , elle doit être le premier et le plus essentiel devoir de Thomm» envers le Dieu qui veut en être honoré. Il faut donc que ce devoir soit aussi ancien que Thomme ^ et comme il est attaché à sa nature,, il doit, pour ainsi dire, être né avec lui. Et voilà, M. F. , le pre-^ mier caractère qui distingue d*abord la religion des Chrétiens , dest superslitîons et des sectes. C'est la plus ancienne religicm qui soit au. monde. Les premiers hommes , avant qu'un culte impie se fàt taillé . .<r des dîvnaîtés de bois et de pierre, adorèrent* le même Dic« que noua adorons , lui dressèrent des autels , lui offrirent des sacrifijces, attendirent de sa libéralité la récompense de leur vertu, et de sa justice, le châtiment de leur désobéissance. L'histoire de la naissance de cette religion, est l'histoire de la naissance du Monde même. Les livres divins qui l'ont conservée jusqu'à nous , renferment las premiers monamens de l'origine des choses. Us sont eux-mêmes plua anciens que toutes ces productions fabuleuses de fesprit humain qni^ amusèrent si tristement depuis , la crédulité des siècles suivans : et comme l'erreur nait toujours de la vérité, et n'en est qu'une viciensoi imitation -^ ç^eat dans Va», pcincijaa^ tcaita de cette l^istoire divi.»^^

que les fables du paganisme trouvèrent leur fondement : de sorte que Ton peut dire qu'il n'est pas jusqu'à Terreur, qui ne rende parla hommage à Tancienneté et à l'autorité de nos saintes £critare«.

Or, M. F. , ce caractère tout seul n*a-t-il pas déjà quelque chose de respeciable ? Les autres- religions qui se sont vantées d'une origine plus ancienne, ne nous ont donné pour garans de leur antiquité que des récils fnbuleu3(, et qui tomboient d'eux-mêmes. Ils ont défiguré l'histoire du Monde par un chaos de siècles innombrables et imaginaires, dont il n'est resté aucun événement à la postérité, et que l'histoire du Monde n'a jamais connus. Les auteurs de ces |;ros« sières fictions n'ont écrit que plusieurs siècles après, les faits qu'ils nous racontent : et c'est tout dire , d'ajouter que cette théologie fat }e fruit de la poésie ; et les inventions de cet art , les plus solides fondemens de leur religion.

Ici c'est une suite de faits raisonnable, naturelle, d'accord avec ^lle-méme. C'est l'histoire d'une famille, continuée depuis son premier chef jusqu'à celui qui l'écrit , et justifiée dans toutes ses circonstances. C'est une généalogie qû chaque chef est marqué par ses propres, caractères , par des é^énemensqui subsistoient encore alors par des traits qu'on reconnoissoit encore dans les lieui^ qu'ils avoient habités. C'est ui^e tradition vivante, la plus sûre qu'il y eût alors sur la terre , puisque Moïse n'a écrit que ce qu'il avoit ouï dire aux enfans des Patriarches , et que les enfans des Patriarches ne rapportoient qpe ce que leurs pères avoient eux-môines vu. Tout s'y son« tient, tout s'y suit , tout s'y éclaircît de soi-même. Les traits n'en sont pas imités, ni les aventures puisées ailleurs, et accommodées au sujet. Avant Moïse , le peuplé de Dieu n'avoit rien d'écrit. II n'a laissé à la postérité qucA^e qu'il avoit recnieilli de vive voix de ses ancêtres, c'est-à-dire, toute la tradition du genre humain; et> le pre* mier , il a rédigé en un volume l'histoire des merveilles de Dieu et de ses manifestations aux hommes , dont le souvenir avoit £iit jusqueslà toute la religion, toute la science et toute la consolation de la famille d'Abraham. La bonne foi de cet auteur paroit dans la naïveté de son histoire. Il nt> prend point de précaution pour être cru , parce qu'il suppose que ceux pour qui il écrit, n'en ont pas besoin pour croire, et qu'il ne raconte que des faits publics parmi eux, plutôt pour en conserver la mémoire à leurs descendans , que pour les en instruire eux-mêmes.

Voilà, M. F. , par où la religion chrétienne commence à s'acquérir du crédit sur l'esprit des hommes. Tournez- vous de tous les côtés; lisez THistoire des Peuples et des Nations, vous ne trouverez rien do xnieusf établi sur la terre ; que dis7Je? rien même qui mérite les attentions d*un esprit sensé. Si les hommes sont nés pouf une religion , ils ne sont nés que pour celle-ci. S'il y a un Etre souverain qui ait montré la vérité aux hommes, il n'y a que celle-cî qui soit digne des hommes et de Itii. Par-toni aillenrs l'origine est fabuleuse: ici elle est liussi'^ùre que tout le reste ; et lés derniers âges-, qu'on ne peut con*-

VÉRITÉ DE LA RELIGION. a3î

tester 9 n€ sont pourtant que les preuves de la certitude du premier. "Donc 8*il y a une autorité dans le inonde à laquelle la raison doive véder, o*est à celle-là religion chrétienne.

Au caractère de son ancienneté , il faut ajouter celui de sa perpétuité. Représcntez-vousici cette variété infinie de religions et de sectes, qui ont régné lour-à-tour sur la terre. Suivez [^histoire des superstitions de cltaque peuple et de chaque pays : elles ont duré un certain nombre d^années, et tombé ensuite avec la puissance de leurs sectateurs. Où sont les dieux d'Emath, d'Arphad et de Sép^arvaîm ? Rappelez Thistoirf* de ces premiers conquérans ; ils vainquoient leé dieux des peuples en vainquant les peuples eux-mêmes , et abolissoient leur culte en renversant leur domination. Qu'il est beau , M.F. , de voir la religion de nos pères toute seule se maintenir dès le commencement, survivre à toutes les sectes; et malgré les diverses fortunes de ceux qui en ont fait profession , passer toujours des pères aux enfans , et ne pouvoir jamais être effacée du cœur des hommes ! Ce n'est pas un bras de chair qui Ta conservée. Ah ! le peuple fidèle a presque toujours été foible, opprimé , persécuté. Non ; ce n'est pas parle glaive , comme dit }e] Prophète, que nos pères possédèrent la terre: Nec enim in gladia suo possederunt terrant (^Ps^ 4^; 4)* Tantôt esclaves, tantôt fugitifs, tantôt tributaires des nations, ils virent mille fois la Chaldée, l'Assyrie, Babylone, les puissances les plus formidables de la terre ^ tout l'Univers conjurer leur ruiné et l'extinction entière de leur culte; mais ce peuple sifoibre, opprimé en Egypte, errant dans un désert, transporté depuis captif dans des provinces étrangères, n'a jamais pu être exterminé > tandis que tant d'autres plus puissans ont suivi la destinée des choses humaines ; et son culte a toujours subsisté avec lui ^ malgré tous les efforts que chaque siècle presque a faits pour le détruire.

Or, d'où vient, M. F., qu'un culte si contredit| si pénible par ces observances , si rigoureux par les châtimeus dont il punissoit les transgresseurs , si aisé même à s'affoiblir et à tomber par l'inconstance et la grossièreté toute seule du peuple qui en fut d'abord dépositaire; d'où vient qu'il s'est seul perpétué dans le monde au milieu de tant de révolutions, tandis que les superstitions, soutenues de la puissance des empires et des royaumes , sont retombées dans le néant d'où elles étoient sorties? £h I n'est-ce pas Dieu, et non l'homme, qui a fait toutes ces choses ? n'est-ce pas le bras du Tout-Puissant qui a conservé son ouvrage ? et puisque tout ce que l'esprit humain avoit inventé, a ]>éri , ne faut- il pas conclure que ce qui a toujours demeuré « étoit seul l'ouvrage de la sagesse divine ? I(onne Deus fecit hœc orn^. nia y «< non homo ?*

Enfin , si à son ancienneté et à sa perpétuité , vous ajoutez son uni-^ formité, il ne restera plus de prétexte à la raison pour se défendre. Car, M. F., tout change sut la terre, parce que tout suit la mutabilité de son origine* Les Occasions, le$ différences des siècles, les 4iv^rse9 humeurs des climau , l£i nécessité des temps ont introduit

mille changemens à toutes les lois humaines. La foi seule n'a jamais changé. Telle que nos pères la reçurent, telle TaTona-nous aujourd'hui, telle nos.descendans la recevront un jour. Elle s*est développée par U suite des siècles , et par la nécessité de la garantir des erreurs qu*on j Touloit mêler , je l'avoue ; mais ce qui une fois a paru lui appartenir a touJQursparu tel. Il est aisé de durer quand on s'accommode aux temps et aux conjonctures 9 et qu'on peut ajouter ou diminuer selon le jgoùt des siècles et de ceux qui gouvernent : mais ne jamais rien relâcher malgré le changement des mœurs et des temps ; voir tout changer autour de soi , et être toujours la même , c'est le grand privilège de la religion chrétienne. Et par ces trois caractères d'ancienneté» de perpétuité et d'uniformité , qui lui sont propres , son autorité se trouve la seule , sur la terre , capable de déterminer un esprit sage.

Mais si la soumission du Fidèle est raisonnable du c6té de l'auto^ rite qui l'exige, elle ne l'est pas moins du côté des choses qu'on lui propose de croire. Et ici , M. F. , entrons dans le fond du culte des Chrétiens. Il ne craint pas d'être vu de près , comme ces mystères abominables de l'idolÂtrie, dont les ténèbres cachoient la honte et l'horreur. Une religion , dit Tertullien , qui n'aimeroit pas d'être approfondie, et qui craindroit l'examen, seroit suspecte: Cœteràm suspecta est lex quœ probari non vuit. Plus vous approfondissez le cul te des Chrétiens , plus vous y trouvez de bcaotés et de merveilles cachées. L'idolâtrie inspiroit à l'homme des sentimens insensés de la Divinité*; la philosophie, des sentimens peu raisonnables de lui* même : la cupidité , des sentimens injustes envers les antres hommes. Or , admirez la sagesse de la religion qui remédie à ces trois plaies que la raison de tous les siècles n'avoit jamais pu ni guérir ai même connoitre.

Et premièrement , quel autre législateur , a parlé de la Divinité eomme celui des Chrétiens ? Trouvez ailleurs, si vous le pourez, des idées plus sublimes de sa puissance , de son immensité , de sa sagesse de sa bonté, de sa justiee , que celles que nous en donnent nos Ecritures. S'ii y a au-dessus de nous un £tre*Suprême et éternel, en qui tontes choses virent , il faut qu'il soit tel que la religion chrétienne le représente. Nous seuls ne le comparons pas à la ressemblance de l'homme. Nous seuls l'adorons assis sur les Chérubins, remplissant tout par sa présence, réglant tout par sa sagesse, créant la lanière et les ténèbres , auteur du bien , Tengcut du ytce. Nens seuls l'honorons comme il veut être honoré; c'est-à-dire, nous ne faisons pas consister le culte qui lui est dû, en la multitude des yictimes, ni dans Tappareil extérieur de nos hommages ^ mais dans l'adoration, dans l'amour, dans la louange, dans l'action de grâces. Nous lui rapportons le bien qui est en nous, comme à son principe; et nous nous attribuons toujours le vice qui n'a sa source que dans notre cor* ruption. Nous espérons de trouver en lui La récompense d'une fidélité qui est le don de sa grâce, et la peine des tri^asgressions qui font toiiyourf li| suitç da op^HV^is usage qu^ ^qus faisons de notre

VÉRITÉ DE LA RELIGION. a3S

liberté. Or, quoi de plus digne de TEtre souverain que toutes ces idées !

En second lien , une vaine philosophie , ou avoît dégradé Tbomma jusqu'au rang des bétes, en lui faisant chercher sa félicité dans les sens ; ou l'aycit follement élevé jusqu'à la ressemblance de Dieu , en lui persuadant qu'il pouvoit trouver son bonheur dans sa propre sagesse. Or, la morale des Chrétiens évite ces deux excès : elle retire l'homme des plaisirs charnels 9 en lui découvrant Texcellence de sa nature e^ la sainteté de sa destination ; elle corrige son orgueil , en, lui faisant sentir sa misère et sa bassesse.

Enfin , la cupidité rendoit l'homme injuste envers les ; autres hommes. Or, quelle autre doctrine que celte des Chrétiens, a jamais mieux réglé nos devoirs à cet égard ? Elle nous apprend à obéir aux puissances , comme établies de Dieu , non-seulement par la crainte de l'autorité, maïs par une obligation de conscience ; à respecter nos maîtres, souffrir nos égaux, être affables envers nos inférieurs, aimer tons les hommes comme nous-mêmes. Elle seule sait former de bons citoyens, des sujets fidèles, des serviteurs patiens,. des raaitres humbles, des magistrats incorruptibles, des princes cfémens, des amis véritables. Elle seule rend inviolable la bonne foi des mariages , assure la paix des familles, maintient la tranquillité des Etats. Itonseulement elle arrête les usurpations, mais elle interdit jusqu'au désir d'un bien étranger : non* seulement elle ae veut pas qu'on regarde d'un cetl d'envie la prospérité de son f^èi#, mais elle ordonne qu'on partage avec lui son propre bien , lorsqu'il en a besoin ; non-senlement elle nous défend d'attenter à sa vie , mats elle vent que nous fassions du bien à ceiix*niénies qui nqus font du mal , que nous bénissions ceux qui nous maudissent , et que nous n'ayons tous qu'un corar et qu'une ame. Donneznnoi, discdt autrefois S. Augustin aux Païens de son temps, un royaume tout composé de gens de cette sorte : bon Dieu ! quelle paix \ quelle félicité ! quelle image du ciel sur la terre 1 Tontes les idées de la |^ik»sophie ont-elles jamais ap« proche du plan de cette république céleste? Et n'est-il pas vrai que si un Dieu a parlé aux hommes pourknr montrer les voies du salut, il n'a pu leur tenir un autre langage?

Il est vrai qu'à toutes ces maximes si dignes de la raison , la Religion ajoute des mystères qui nous passent. Mais outre que le bon sens vondroit qu'on se soumit là-dessus à une religion si vénérable dans son antiquité, si divine dans sa morale, si supérieure à tout ce qui est sur la terre dans son autorité , et la seule digne d'être crue 9 les motifs dont elle se sert pour nous persuader , achèvent de forcer Tincrédulité.

Premièrement. Ces mystères ont été (urédits plusieurs siècles avant leur acc<>mplissesienty et prédits avec toutes les circonstances des temps , des lieux et des moindres événemens : et ce ne sont pas ici de ces prophéties vagues, renvoyées à la crédulité du simple vulgaire, q«'«n débits dans on coin de la terte, qui sQnt toujopjcs du

ft36 LE JEUDI APRÈS LES CENDKÈS.

même âge que les éYénemens , et qu'on ignore dans le reste de l*Univers. Ce soi^t des prophéties qui ont fait , depuis la naissance du monde, toute la religion d'un peuple entier; que les pères transr mettoient à leurs enfans, comme leur plus pri^cieùx héritage; qui étoient conservées dans le temple saint, comme le gage le plus sacré des promesses divines , et enfin dont la nation la plus ennemie de J. C. , qui en a été la première dépositaire , atteste encore aujourd'hui la vérité à la face de l'Univers : des prophéties qu'on ne cachoit point mystérieusement au peuple , de peur qu'il n'en découvrit la fausseté, comme ces vains oracles des Sibylles resserrés avec soin dans le Capitole , fabriqués pour soutenir l'orgueil des Romains, exposés auK yeux des seuls pontifes, et produits de temps en temps par morceaux pour autoriser dans l'esprit du peuple, ou une entreprise périlleuse , ou une guerre injuste. Ici nos livres prophétiques étoient la lecture journalière de tout un peuple. Les jeunes et les vieillards, les femmes et les enfans , les prêtres et les hommes du commun , les rois et les sujets dévoient les avoir sans cesse entre (es mains ; chacun avoit droit d*y étudier ses devoirs, et d'y découvrir ses es|>éraa* ces* Loin de flatter leur orgueil , ils ne leur parlolent que de l'ingratitude de leurs pères ; ils leur annonçoientà chaque page , des malheurs , comme le juste châtiment de leurs crimes ; ils reprochoient aux roi$ leurs dissolutions , aux pontifes leurs injustices , aux grands leur profusion 9 au peuple son inconstance et son incrédulité : et cepen* dant ces livres saints lui Aoient chers ; et par les oracles qu'ils y voyoient s'accomplir tous les jours, ils attendoient avec confiance l'accomplissement de ceux dont tout l'Univers estaujpurd'hui témoin. Or« la connoi^sance de l'avenir est le caractère le moins suspect de la Divinité.

Secondement, Ces mystères sont fondés sur des faits miraculeux si éclatans , si publics dans la Judée , si convenus alors même par ceux qui avoient intérêt de les nier , si marqués par des éyénemens qui intéressoient toute la nation, si répétés dans les villes, dans les campagnes, dans le temple, dans les places publiques, qu'il faut fermer les yeux à la lumière pour les révoquer en doute. Les Apôtres les ont prêchés|, les ont écrits dans la Judée même , peu de temps aprè^ leur accomplissement, ç'est-a-dire, dans un temps où les pontifes qui avoient condamné J. C. , encore vivans , auroient pu les confondre e^ crier à l'imposture, s'ils en avoient imposé aq genre humain, J. C. , en ressuscitant selon sa promesse , confirma son Evangile : et l'on ne peut supposer ni qi:^e les Apôtres se soient trompés sur ce fait si décisif, si essentiel pour eux ; sur ce fait tant de fois prédit, attendu comme le point principal où tout le reste se rapportoit; ce fait tant de fois confirmé et devant des témoins si nombreux : ni qu'ils aient voulu nous tromper eux-mêmes, et aller prêoheraux hommes un mensonge aux dépens de leur repos, de leur honneur et de leur vie, le seul prix qu'ils attendoient de leur imposture. Ces hommes quinenous ont laissé que des enseignemens si sages et si pieux*, auroient donc donnée la terre lii^ exemj^le d'extravagance, inconnu jusc^u'à eux à tous l«s peuples'^

VÉRITÉ DE LA RELIGION. aZf

et se seroient, de sang froid , sans Tue» sans intérêt, sans motifs dévoués aux tourmens les plus affreux , et à une mort soufferte avec une piété héroïque, seulement pour aller soutenir la vérité d'un fait dont ils connoissoient eux-mêmes la fausseté ? Ces hommes seroient tous morts tranquillement pour un autre homme qui les auroit trompés; et qui u*ayant pas ressuscité , /:omme il Tavoit promis, se seroit joué pendant sa vie de leur crédulité et de leur foiblesse? Que Timpie ne nous reproche plus, comme une crédulité, les mystères incomprél^ensibles de la foi. Il faut qu'il soit bien crédule lu\-même, pour pouvoir se persuader des suppositions si incroyables.

Enfin , la foi de ces mystères a trouvé tout l'Univers docile : les Césars , qu'elle dégradoit du rang des dieux; les philosophes , -qu'elle convainquoit d'ignorance et de vanité; les voluptueux, à qui elle ne prêchoit que des croix et des souffrances ; les riches, qu'elle obligeoit à la pauvreté et au dépouillement ; les pauvres, à. qui elle ordonnoit d'aimer leur abjection et Leur indigence; tous les hommes , dont elle combattoit toutes les passions. Cette foi , prêchée par douze pauvres sans science, sans talent, sans appui, a soumis lesempt-^ renrs, les savans, lesignorans, les villes, les empires. Des mystères si insensés en apparence ont renversé toutes les sectes et tous les monumens d'une orgueilleuse raison ; et la folie de la croix a été plus sage que toute la.sagesse du siècle. Que dis>je? tout l'Univers a ooaspiré contre elle, et les efforts de ses ennemis l'ont affermie, ^tre fidèle et être destiné à la mort , étoient deux choses insépa<^ râbles ; et cependant le danger étoit un. nouvel attrait : plus les per- «écntions étoient violentes, plus la foi faisoit de progrès ; et le sang des martyrs étoit la semence des Fidèles. O Dieu ! qui ne sentiroit ici votre doigt ? qui ne reconnoitroit à ces traits le caractère de votre Qiiyrage? Où est la raison qui ne sente tomber ici la vanité de sea^ doutes, et qui rougisse encore de se soumettre à une doctrine qui a soumis tout l'Uaivers ? Mais non-^seulement cette soumission est -raisonnable; elle est encore glorieuse à l'homme.

SECONDE PARTIE

L'oAGUEiz. est la source secrète de l'incrédolité* Il 7 a dans cette ostentation déraison, qui fait mépriser à l'incrédule la croyance commune, une déplorable singularité qui le flatte,* et fait qu'il suppose en lui plus de force et plus de lumière que dans le reste des hommes ; parce qu'il a osé secouer un joug qui les assujettit tous , et contredire témérairement ce que les autres jusqu'à lui s'étoient contentés d'adorer.

Or, pour ôter à l'incrédule une si affreuse consolation , il n'y a qu'à démontrer d'abord , qu'il n'est rien de plus glorieux à la raison que la foi : glorieux du côté des promesses qu'elle renferme pour ^'avenir; glorieux par la si.tuati^a.où elle met le fidèle pour le pré*

aiS LE JEUDI APRÈS LES CENDRES.

•ent; glorieux enfin du côté des grands modèles qu'elle lui propose à imiter.

Glorieux du côté des promesses qu'elle renferme. Quelles sont les promesses de la foi , M. F. ? l'adoption de Dieu , une société immortelle avec lui , la rédemption parfaite de nos corps, Téternelle félicité de nos âmes , la délivrance des passions , nos cœurs fixés par la possession du bien véritable , nos esprits pénétrés de la lumière ineffable de la Hison souveraine, et heureux par la vue claire «t toujours durable de la vérité. Telles sont les promesses de la foi : elle nous apprend que notre origine est' divine, et nos espérances éternelles.

Or , je vous demande , «st-^il honteux à la raison , de croire des vérités qui font tant d*honneur à Timmortaltté de sa nature ? £h quoi , M. F. ! seroit-ii donc plus glorieux à l'homme de se croire de la même nature que les bétes , et d'attendre la même fin ? Quoi , l'in* crédule croiroit se faire plus d'honneur en se persuadant qu'il n'est qu'une vile boue ^ que le hasard a assemblée , et que le hasard dis* SQudra, sans fin, sans destination, sans espérance, sans aucun autre usage de sa raison et de son corps, que celui de se plonger brataie«ment comme les animaux dans les .voluptés charnelles ! Quoi , it auroit meilleure opinion de lui-même , en se regardant comoM un, infortuné que le hasard a placé sur la terre , qui a'attetid rie» audelà de la vie, dont la plus douce espérance est de retomber bientôt dans le néant , qui ne tient à aucun être hors de lui, qui est rédùk à trouver en lui-même. sa félicité, quoiqu'il n'y trouve que des inquiétudes et des terreurs secrètes ! Est-ce donc là cette affreuse dia^ tinctîon qui flatte tant l'orgueil de l'incrédule ? Grand Dieu ! «qu'il est glorieux à votre vérité , de n'avoir pour ennemis que des faonraies de ce caractère ! Pour moi , disoit auicefots S. Ambroise aux Incré^ dules de son temps , je me fais honneur deoroire des vérités si ho'norables àrhomme ; Juputàac credere{Amhr^. Orai. de refurrectimmè)^ d'attendre des promisses si consolantes ;. perdre délectai. C'-est se punir bien tristement soi-même , que de refuser de les croire : Non credidisse pœna est. Ah ! si je me trompe en aimant mieux attendre l'éternelle société des Jbst^ dans le serai de Dieu , que me croire de la même nature que les bêtes ; c'est une erreur que j'aime^ qui m'est ciuère., et dont je ne veux jamais être détrompé : QùM si in hùc erro , quàd me Angclispost me/item sociare mato qwkm beétHs , Ubenfëir in hoc erro , née uwquam ab hdc tapinione^ dum vipo , ftûUdari pa^ iiar ( Ambr, Orat, de resurreetione )•

Mais , si la foi est glorieuse clu côté despromesses qu'elle renferma pour Tâvenir , elle ne l'est pas moins du côté de la ^ituaition où elle met le Fidèle pour le présent. Et ici , M. F., représentez- vous un véritable Juste qui vit de ta foi , et vous avouerez qu'il li'est rien de si grand sur là terre. Matti^ de ses désirsétdetbifs les montemens de son cœur; exerçant un enlpiregkirieitx torlni-^méme; possédait son ame dan» la patience et dans régalité, et régissant toutes

VÉRITÉ DE LA RELIGION. %ig

tes passions par le frein de la tempérance; humble dans la prospérité, ooijstaat dans la disgrâce; joyeux dans les trilmlations ; paisible aTec ceax qui baissent la paix; insensible aux injures , sensible aux afflictions de cenx qui l'outragent; Adèle dans ses promesses; religieax dans ses amitiés; inébranlable dans ses devoirs; peu touché des richesses qu*il méprise ; embarrasé des honneurs qu*il craint; plus grand que le monde entier qu'il regarde comme un monceau de poussière : quelle éléyation I

La philosophie ne délmisoit les yices que par le vice. Elle n'apprenoit arec faste à mépriser le monde , que pour s'attirer les applaudissehiens du monde : elle cherchoitplus la gloire de la sagesse, que la sagesse elle-même. En détruisant les antres passions, elle en élevoit toujours une plus dangereuse sur leurs ruines; je veux dire, l'orgueil : semblable à ce prince de Babylonè , qui n^avoit renversé les autels des dieux des nations , que pour élever ^ut letirs débris sa statue impie et ce . colosse monstrueux d'orgueil qu'il voulut faire adorer à toute la terre.

Mais la foi élève le Just« au-dessiis desayertn même ; elle le rend encore plus grand dans le secret du cœur , et aux yeux de Dieu , que devant les hommes. Il pardonne sans orgaeti; il est désintéressésans faste; il souffre sans Touloir qu'on s'en aperçoive ; il modère ses pas* siens sans s'en apercevoir lui-même ; Itii seul ignore la gloire et le mérite de ses actions. Loin de jeter des regai^ de complaisance sur lai-même , il a honte de ses vertus , plus que le pécheur n'en a de ses vices ; foin de chercher d'être applaudi , il <cache ses œuvres de lumièi*e, comme si e'étoienl des œuvres de ténèbres; il n'entre dans sa vertu que l'amour du derôir; il n'agit que sous les yeux de IMck seul , et comme s^ilti'y avoir pins d'hommes sur la terre : quelle élé^ vation ! . Trourez , si vous le pouvez , quelque chose de pliia ^rand dans rUnivers. Repasseis Sur tous les divers geni«» de gloire dont le monde honore là vanfité dés hOmdies ; et voy'ea^ si tous ensemble ils peuTent atteindre à ce degré de grandeur, où là foi élève l'homme de bien.

Or, mon cher Auditeur, quoi de plus honorable à l'homme que cette situation? je vousledcfihande. Le trouvez-Tous plus glorieux^ plus respectable, |(lus grand , lorsqu'il suit les impressions d'an instinct brutal; qu^il est esdaviedfsla haine, de la vengeance ^ delà vo* lupté , de l'ambition , de l'ëiivie et de tous ces monstres qui régnait toar«à*tonr dan^ son cœur?

Car, vous qui vous faites honneur de ne pas croire , savez-vous bien ce que c'est qu'un incrédule ? C'est un homme sans mœurs , sans probité, sans foi, sans caractère; qui n'a plus d'autre règle que ses passions , d'autre loi q«e ûs injustes penséésv d'autre maitreque ses désirs j d'autrefrei» que la crainte de ^autorité , d'autre Dieuque lui-même; enfant dénaturé, puisqu'il croit quj^ le hasard tout seul lai a donné des pères; ami infidèle, puisqu'il ne rëgardeles hommes <iae comme les tristes fruits d'un assemblage bizarre et fortuit, aux-

a4o LE ÏETJDI APRÈS LES CENDRES.

quellilné tient que pat* des liens passagers ; maître cruel, pnîsqa'îl est persuadé que c'est le plus fort et le plus hetireux qui a toujours raison. Car , qui pourroit désormais se fier à tous ? Vous oe crai^ gnez plus de Dieu^ tous ne respectes plus les hommes; vous il'attendeb; plus rien après cette rie : la vertu et le vice vous paroissent des préjugés de Tenfance, et les suites de la crédulité des peuples. Les adultères, les vengeances, les blasphèmes, les perfidies noires, les abominations qu'on n'oseroit nommer, ne sont plus pour vous .que des défenses humaines, et des polices établies par la politique des législateurs. Les crimes les plus affreux , et les vertus les plus pures, tout est égal selon vous, puisqu'un anéantissement éternel va bientôt égaler le Juste et Tlmpie, et les confondre pour toujours dans l'horreur du tombeau. Quel monstre êtes- vous donc sur la (erre i L'idée qu'on vient de vous donner de vous-même flatte-t-elle beaucoup votre orgueil ? et pouve2-vous en soutenir la seule image ?

D'ailleurs, vous faites honneur de votre irréligion à la force de votre esprit; mais allez à la source. Qui vous a mené au libertinage? n'est-ce pas la corruption de votre cœur ? Vous seriez<vous jamais avisé d'être impie, si vous aviez pu allier la religion avec vos plai*sirs ? vous avez commencé à douter d'une doctrine qui génoit vos passions ; et vous Tavez cru fausse, dès qu'elle vous est devenue in^ commode. Vous avez cherché à voua persuader ce que vous aviez un ai grand intérêt de croire , que tout raouroit avec nous ; que les peines éternelles étoient des terreurs de l'éducation ; que les penchans nés avec nous ne pouvoieut être des crimes ; que sais-je ? et toutes ces maximes de libertinage sorties de l'enfer: on croit aisément ce qu'on désire. Salomon n'adora lesdieuxdesfemmes étrangères, que pour se calmer sur ses dissolutions. Si les hommes n'avoientjamais eu de passions , ou si la religion les a voit autorisées , il n'auroit jamais paru d 'incrédule sur la terre. Et une preuve que je dis vrai , c'est que dans les momens où vous^. êtes dégoûté du crime, yous vous tournez, sans •vous en. apercevoir , .vers la religion ; dani les momens où vos passions sont plus calmes, vos doutes diminuent ; vous rendez , comme malgré vous, un hommage secret au fond de voire cœur à la vcrilé de la foi; vous aycus beau l'affoiblir , vous ne pouvez réussir à l'é- -ieindre: c'est qu'au premier signal de la mort , vous levez les yeux au ciel, TOUS reconnôissez le Dieu qui vous frappe , vous vous jetez dans le sein de. vo.tre père et de l'auteiirde votre être; vous tremblez sur un avenir que vous vous étiez vanté de ne pas croire ; et humilié sous la main du Tout-Puissant , prête à tomber sur vous et à vous écraser comiBe un ver de terre , vous avouez qu'il est seul grand , seul aage, seul immortel, et quel'homme n'est que vanité et que mensonge.

Enfin', si mon sujet avoit besoin. de nouvelles preuves, je vous montrerois combien la foi est glorieuse k l'homme du côté des grands modèles qu'ellâ nous propose à imiter. &uvenez-vous d'Abraham « d'Isaacet de Jacob, disoient autrefois les Juifs à leurs enfans. Soo-^ venez-Tpus des saints hommes qui vous ont précédés, à qui leur foi

VÉRITÉ DE LA RELIGIOW. a4t

a mérité an témoignage si avantageux , disoit S. Paul aux Fidèles ( Heb, zi; 39 ) , après leur avoir rapporté de siède en siècle, dans ce beau chapitre de sa Lettre aux Hébreux , leurs noms et les circonstances les plus merveilleuses Se leur histoire.

Voilà Tavantage de la foi chrétienne : rappelez tous les grands hommes qu'elle a fournis dans tous les siècles; des princes si magnanimes, des conquérans si religieux, des pasteurs si vénérables, des philosophes si éclairés , des savans si estimés , des beaux-esprits ^i vantés dans leur siècle, des martyrs si généreux, des anachorètes si pénitens , des vierges si pures et si constantes , des héros en tout genre de vertu. La philosophie préchoit une sagesse pompeuse ; mais son sage ne se trouvoit nulle part* Ici quelle nuée de témoins ! quelle tradition non interrompue de héros chrétiens , depuis lesangd'Abel jusqu'à nous!

Or , je vous demande, rougirez-vous de marcher sur les traces de tant de noms illustres ? Mettez d'un côté tous les grands hommes que la religion a donnés au monde dans tous les siècles , et de l'autre côté, ce petit nombre d'esprits noirs et désespérés que l'incrédulité a produits. Vous paroit-il plus glorieux de vous ranger dans ce dernier parti ? de prendre pour vos guides et pour vos modèles , ces hommes dcmt les noms ne se présentent à notre souvenir qu'avec horreur , ces monstres qu'il a pin à .la Providence de permettre que la nature enfantât de temps en temps; ou les Abraham, les Joseph , les Moïse , les David , les hommes apostoliques, les Justes de l'ancien et du nou> veau temps ? Soutenez , si vous le pouvez , ce parallèle. AhJ disoit autrefois S. Jérôme dans une occasion différente , si vous me croye^ dans Terreur , il m'est glorieux de me tromper avec de tels guides : Si me deprehenderis errantem ^patere me^ quœso, errare eum talibus,

£t ici , M. F. , souffrez que, laissant pour un moment les incré* dules , je vous adresse la parole. L'incrédulité déclarée est peut-être un vice rare parmi nous ; mais la simplicité de la foi ne l'est guère moins. On auroit horreur de se départir de la croyance de ses pères ; mais on veut raffiner sur leur bonne foi. On ne se permet pas des doutes sur le fond des mystères; mais on obéit en philosophe, en s'imposant soi-même le joug , en pesant sur les vérités saintes , re<* cevant les unes comme raisonnables , raisonnant sur les autres , et les mesurant sur nos foibles lumières. £t notre siècle sur-tout est plein de ces demi-fidèles , qui , sous prétexte de dépouiller la religion de tout ce que la crédulité ou les préjugés ont pu y ajouter, ôtent à la foi tout le mérite de sa; soumission.

Or , M. F. , la sainteté veut que vous n'en parliez qu'avec une religieuse circonspection. La foi est une vertu presqu'anssi délicate que la pudeur : un seul doute , un seul mot la blesse ; un souffle , pour ainsi ddre, la ternit. Et cependant quelle licence ne se donne-t-on pas aujourd'hui dans les entretiens , sur ce que la foi de nos pères a de plus respectable ? Hélas I le seul nom terrible du Seigneur ne pou* .âîassiiion, tome x. ' 16

a4a LE JEUDI APRÈS LES CENDRES.

Toit pa» être propoi^cé «049 U loi par I9 bouche de Thomine; et au* JQurd*hui ce que U reUgion a de plus auguste» est devenu le sujet d<9 couvçrs^tions luoadaine» : on y parle de tQut, ou y décide librement de tout. Des hpiumeâi vai^», d^uu carafitère «uperficiei » n'ayant pour toute connoissance de la religipn, (;^u'un peu plus de témérité que IMgnorant et le peuple ; n'apportant pour to^te science que de& doutes vulgaires et usés qu'ils ont appris, mais qu'ils n'ont pas formés; des doutes tant de fois éclaircis, et qui ne semblant subsister encore que pour faire honneur à la vérité ; des hommes qui, dans des moeurs dissipées , n'ont jamais donné une heure d'attention sérieuse aux vérités de la religion, tranchent , décident s^r des points qu'une vie entière d'études, accompagnée de lumière et de piété, pourroit à peine éclaircir. Des personnes même dans un sexe ou l'ignorance sur certains points devroit être un mérite, où la politesse et la bienséance du moins voudroient qu'en sachant on affectât d'ignorer ; des peraonoes qui conno^aènt mieux le monde que J. C; qui nt savent pas laétae de la religion ce qu'il £aut en savoir pour régler leurs mœurs , font les diffîciles, veulent être édaircies , craignent d'en tr^ croire, ont des doutes surtout, et n'en ont point sur leurs misères etaur l*éga* rement visible de leur vie. O Dienl c'est ainsi que vous livrez les pé* «heurs à la vanité de leurs pensées, et que voua permettes que ceux qui veulent v:oir. trop clair dans vos secrets adorables, ne ae con- Boissent pas eux-isémes. La foi est done gk>rteuse à i'faomme , tous 'venez de le voir; il bous reste à montrer qu'elle lut est néceaaaire.

ff

Page 1