‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 66 sur 131 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

La nécessité de la foi est celui de tous ses caractères qui rend l'incrédule plus inexcusable. Tous les autres motifs dont on se sert pour le ramener à la vérité , lui sont , pour ainsi dire , étrangers ; celui-ci est pris dans son propjce fonds , je yeux dire, da^ale caractère mém^ de sa raison.

Or, je dis que la foi est absolument nécessaire à l'homme dans les voies ténébreusea de cel(£ vie , parce que sa raisoM eat foible, et qu'il faut l'aider; parce qu'elle est oorronq>uè9 et qu'il £aut la gtté.rir; pacce qu'elle est changeante, et qu'il Haut la fixer. Or^ la foi toute seule est le secours qui l'aide et qui l'édaire, le remède qui. la guérit , le foein et la règle qui la netieat et qui la fixe. Bncece un moment d'attention ; je n'en abuserai pas*

Je di« , en premier lieu , que la raison est foible , et qu*i| lui fa^t un secours. Hélas I M. F. , nous ne connoissons , ni nous-mêmes , ni tout ce qui est au deh^^s 4ç naus« No^us ignorons cpmn^ent nous ayons été fçrniés , par quels progrès ipRperceptiblea notce corps a reçu l'arrangement et la vie , el quels sont les ressorts infinis et Tar* tifice 4iyin qui en font mouvoir toM(e la machine. Je ne sais, di&git autrefois cette illustre mère des Machabées à ses enfans, comment TOUS avea paru dans non aein^ ce n^est |)ai moi qui tous ai donné

ViRtf É DE tA ftËLtÔtOîf. mi

Taittc» Tésprk et ]a rie que tous y aveu reçui ; <s^ n*eit fiâs mot qui ai disposé la structure met^eilleuse de tos membres , et qui les ai niis chacun à leur place ; c'est la mutin invisible de TAutcur de TU^ aivers : Nescio qualiter in utero tH€0 appnrUisUs ; ncque enim egë spHUun ifî animant donaui vobis et vitam ^ ei singulorum mémbra non tgoipsa compegi, sed rtiUndi Creator, quif&rmavii hominis naU^ vitatem ( %, Mach,, 7 ; 1^%^ a3). Notre corps seul est un mystère ^ oà TespriC humain ^se perd et se confond, et dont on n^approfondirm jamais tous les secrets ; et il n*est que celui qui a présidé à sA formation , qui puisse les connoltre.

Ce souffle de la Divinité qui nous anime ^ cette portion de ftoùs* mêmes qui nous rend capables d*aimer et de connoître , ne Uoos est pas moins inconnue. Nous ne savons comment se forment ses désirs^ ses craintes, ses espérances, ni comment elle peut se donner à ellemême ses idées et ses images. Personne jusqu'ici n*a pu comprendre comment cet être spirituel, si éloigné par sa nature de^la matière, a pu lui erre uni en nous par des liens si indissolubles , que cei deua substances ne forment plus que le même tout ^ et que les biens et les maux de Tune deviennent ceux de l'autre. Kous sommes done tm mystère à nons-mémci^ , comme disoîi S. Augusiin; et cette vaine cariosité même qui vent lent savoir, nous serions en pûnede àiit€ ce qu'elle est , et comment elle s'est formée dans notre amè<

Au debors nous ne trouvons encore que des énigmes ; nous tivonà comme étrangers sur la terre , et au milieu des objets que nous ne connoîssons pas. La nature est pour Thomme un livre fermé ; et le Créateur, pour confondre, ce semble, Toi'gueil humain , s*Cst plu à répandre dt% ténèbres sur la face de cet abîihe<

Leircs le» yeux , 6 homme ! c6nsixlér«« ces grands eorps de lumière qui sont suspendus sur voire tête, et qui nagent, pour ainsi dire, dans ces espaces immenses où votre raison se confond. Qui a formé le soleil , dit Job, et donné le nom i ia multitude infinie des étoiles ^ Comprenez , si vous le pouvez , leur nature, leur usage, leurs propriétés, leur' situation, leur distance, leurs apparitions, Tégafitéon l'inégal it4 de leurs mouvemens. Notre siècle en a découvert quelque chose, c'est-à-dire, il a un peu mieux conjecturé que les siècles qui nous ont précédés ; mats qu'est-^ce qu'il nous en a appris , si nous le comparons a ce que nous ignorons encore?

Descendez sur la terre, et dîtes -nous , si voua le save2, qui tient les vents dans les lieux oà ils sont enfermés; qui règle le cours des foudres et des tempêtes , quel est le point fatal qui met des bornes à rimpétuosité des flots de la mer, et comment se forme le prodige si régtilier de ses mouvemens. Expliquez-nous les ef^ts snrprenans des plantes, des métaux , 6^%, éléroens ; cherchez comment For se purifie dans les entrailles de la terte. Démêlez , si vous le pouvez , Tartifice infini qui entre dans la formation des insectes qui rampent à nos yeux. Rendez-nous raisoir des difhh^'mz înilmcn des atitmaux \ tour-

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nez-vouft de tous les côtes , la nature de toutes parts ne tous offre que des énigmjîs. O homme! vous ne connoissex pas les objets que vous ayez sous Toeil , et vous voulez voir clair dans les profondeurs éternelles de la £01 1 La nature est pour vous un mystère , et vous voudriez une religion qui n*en eût point ! Vous ignorez les secrets de l'homme , et vous voudriez connoitre les secrets de Dieu l Vous ne vous connoissez pas vous-même, et vous voudriez approfondir ce qui est si fort au*des8us de vous ! L'Univers que Dieu a livré à votre curiosité et à vos disputes , est un abîme où vous vous perdez ; et vous voulez que les mystères de la foi , qu'il n'a exposés qu'à votre docilité et à votre respect , n'aient rien qui échappe à vos foibles-lumières? O égarement ! Si tout étoit clair hors la religion, vous pourriez , avec quelque apparence de raison , vous défier de ses ténèbres. Mais puisque, au dehors même tout est obscurité pour vous, le secret de Dieu , dit S. Augustin , doit vous rendre plus respectueux et plus attentifs, mais non pas plus incrédules : Secretum Dei intentas débet facere ^ non adverses \ Tract. 28 in Joan.)*

La nécessité^ de la foi est donc fondée , en premier lien ^ sur là foiblesse de la raison ; mais elle est encore fondée sur sa profond» dépravation. Et eq effet , qu'y avoit-il de plus naturel à l'homme , que de connoitre son Dieu, l'auteur de son être et de sa félicité , sa fin et son principe ; que d'adorer sa sagesse, sa puissance , sa bonté, et toutes les divines perfections dont il a gravé des traits si profonds et si bien marqués dans son ouvrage? Ces lumières étoient nées avec nous. Cependant , repassez sur ces siècles de ténèbres et de supers-' tition qui précédèrent l'Evangile , et voyez jusqu'où Thomme avoit dégradé son Créateur , et à qui il avoit fait Dieu semblable. Il ne se trouva rien de si vil dans les créatures, dont son impiété né se fit des dieux , et l'homme fut la divinité la plus noble que rfao«ai« adora.

Si de la religion vous passez à la morale , tous les principes de l'équité naturelle étoient effacés , et l'homme ne portoit plus écrit dans son cœur l'ouvrage de cette loi que la nature y avoit gravé. Platon , cet homme si sage, et qui , selon S* Augustin ,. avoit si fort approché de la vérité, anéantit néanmoins la sainte institution du mariage ; et , permettant une brutale confusion parmi les hommes « il confond les noms et les droits paternels, que la nature elle-même a toujours le plus respectés jusque parmi les animaux , et donne à la terre, des hommes tous incertains de leur origine , tous venant au monde sans parens, pour ainsi dire; et par-là, sans liens, sans tendresse, sans affection, sans humanité, tous en état de devenir incestueux ou parricides , sans le savoir.

D'autres vinrentannoncer aux hommes que la volupté étoit le souverain bien , et quelle que put être l'intention du premier auteur de cette secte , il est certain que ses disciples ne cherchèrent point d'autre félicité que celle des bêtes; les plus honteuses dissolutions devinrent des maximes de phil9>ophie. Rome, Athènes, Corinthe

VÉRITÉ DE LA RELIGION. 24!i

Tirent des excès ou Ton cherche rhomme dans Thomme ménoe. G*est peu; les vices les plas abominables y furent consacrés. On leur dressa des temples et des autels. L'impudicité , Tinceste, la cruauté, la perfidie et des crimes encore plus honteux furent érigés en divinités. Le culte devint une débauche et une prostitution publique , et des dieux si criminels ne furent plus honorés que par des crimes ; et TApôtre qui nous les rapporte , prend soin de nous avertir , que ce n'étoit point là seulement le dérèglement des peuples , mais des sages et des philosophes qui s'étoient égarés dans la vanité de leurs pensées, et que Dieuavoit livrés aux désirs corrompus de leur cceun 0 Dieu ! en permettant que la sagesse humaine tombât dans des égaremens si monstrueux , vous vouliez apprendre à l^omme que la raison toute seule, livrée à ses propres ténèbres, est capable de tout, et qu'elle ne sauioît être à elle-même son guide, sans tomber dans des abimes, dont votre foi et votre lumière seule peut les retirer.

Enfin , si. la dépravation de la raison nous fait sentir le besoin que nous avons d'un remède qui la guérisse , ses inconstances et ses variations éternelles apprennent encore à l'homme qu'il ne peut se passer d'un frein et d'une règle qui la fixe. Et ici, M. F., si la brièveté d'un discours permettoit de tout dire, que de vaines disputes, que de questions sans fin , que d'opinions différentes ont partagé autrefois les écoles de la philosophie païenne ! Et ne croyez pas que ce fut sur des matières que Dieu semble avoir livrées à la dispute des hommes , c'étoît sur la nature de Dieu même , sur son existencci sur l'immortalité de l'ame , sur la véritable félicité.

Les uns doutoient de tout , les autres croyoient tout savoir. Les uns ne vouloient point de Dieu, les autres nous en donnoient un de leur façon , c'est - à - dire , quelques - uns , oisif, spectateur indolent des choses humaines, et laissant tranquillement au hasard la conduite de son propre ouvrage, comme un soin indigne de sa grandeur, et incompatible avec son repos ; quelques autres , esclave des destinées , et soumis à des lois qu'il ne s'étoit pas impesées luimême; ceux-ci, incorporé avec tout l'Univers, l'ame de ce vaste corps , et faisant comme une partie d'un monde , qui tout entier est son ouvrage. Que sais-je ? car je ne prétends pas tout dire. Autant d'écoles y autant de sentimens sur un point si essentiel ; autant de siècles , autant de nouvelles extravagances sur l'immortalité et la nature de l'ame. Ici , c'étoit un assemblage d'atomes ^ là , un feu subtil ; ailleurs , un air délié ; dans une autre école , une portion de la Divinité. Les uns la faisoient mourir avec le corps , d'autres la faisoient vivre avant le corps ; quelques^ autres la faisoient passer d'un corps à un autre ; de l'homme au cheval, de la condition d'une nature raisonnable , à celle des animaux sans raison. Il s'en trouvoit qui enseignoient que la véritable félicité de Thomme est dans les sens ; un plus grand nombre la mettoient dans la raison , d'autres ne la trouvoient que dans la réputation et dans la gloire; plusieurs, dans la paresse et dai^ rindolence. Et ce qu'il y a ici de plus dé-

«r,« LE JEUDI APRÈS LES CENDRES.

|»)oraMe , c'est qu« Texistencf! de Dieuf , stf n«tore, rimmoffaHté de i'auae , la fin et la félicité de rfaomme ; totia pointa ai eaaeniiels à sa destinée , ai décîsifa poor son malheur ott poor son bonheur éternel , étoieiit pourtant devenus dea problèroea qui , départ et d'autre, m'étoient destinés qu'à amuser le loisir des écoles et la vanité des sophistes ; des questions oiseuses , où l'on ne a'intéresaoit pas pour U Innds de la vérité, mais seulement pour la gloire et l'avcnr emporté. Grand Dieu I c'eaè ainsi que vc^s vous jouiez de la sagesse humaine,

Si delà nous entrions dans les siècles chrétiens « qui pourroit rap» porter ici cette variété infinie de sectes, qui dans tons les temps ont irompu l'unité pour suivre des doctrines étrangères? Quelles furent les abominations des Gnostiques, les extravagances des Valentiniens, le fanatisme de Montan, les contradictions des Manichéens? Suives de siècle eu siècle : comme il est nécessaire qu'il y ait des hérésies pour éprouver les Justes, vous trouvères que chaque âge en a va TEglise tristement déchirée.

Bappelez seulement les tristes dissentîons du siècle passé. Depuis la séparation de nos Frères, quelle monstrueuse variété dans leur doctrine I que de sectes sont nées d'une secte I que d'assemblées particulières dans un même schisme! Ce royaume illustre (i), que son voisinage, ses malheurs « et des gages sacrés et augustes (a) nous rendent si cher, à combien de diftérens partis sur la religion est-il aujourd'hui en proie? Celle Eglise si vénérable, si féconde autrefois en Saints , par combien d'opinions et de sectes est-elle aujourd'hui * déchirée ? Chacun y est à soi-même sa loi et son juge ; et la religion dominante, est, poBr ainsi dire, de n'en avoir pins. O^i ^ àon de Dieu! 6 ftambeaa divin qui venea éclairer un lieu obscnr, qns voua êtes donc nécessaire à Themme ! O règle inlaillible descendue du ciel , et donnée en dépôt à l'Epouse de J. G. , toujours la même dans tous les siècles, toujours indépendante dea lieux, des temps i des nations, des intérêts ; qu^il est donc nécessaire ^e vous servies de Irein aux variations éternelles de Tesprit buaain ! O cakumede feu, si obscure et si lumineuse en méNne temps, qu'il est important f(ne vous conduisiez toujours le camp du Seigneur, U tabernaelc et }es tentes d*Is?aël, à travers les périls du désert^ les écueilS) les tentations y et les voies lénébrcnses et inconnnes de cette vie t

Pour vous, M. F., quelle instruction tirerions-nous de ce discours, et que pourrois-je vous dire en finissant? Vous dites que vous avez }a foi; montrez votre foi par vos œuvres* Que vous aura-t-il servi de croire, si vos mœurs ont démenti votre croyance? L'Evangile e<t encore plus la religion du cœur que de l'esprit. La foi qtii fait les Chrétiens, n'est pas une simple soumission de la raison ; c'est une

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