‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 68 sur 131 · DU PARDOIT DES. OFFENSES · texte numérisé non relu

DU PARDOIT DES. OFFENSES

Aadùtis quîa âictnm eit antiquis : Diliges prôximuoi tnuni , «t odio Iifthebiiinîmicnm tnom. Ego autem dico Tubi« : Diligite inlmicos vestros.

yous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Fous aimerez votre prochain , et vtius haïrez votre ennemi. Et moi, je vous dis : Aimez vosennetàis. BLlïtr. 6; 43, 44<

vJn croit d'ordinaire que le législateur des Juifs avoit usé d'une espèce d'indulgence et de ménagement, en publiant la loi du pardon des ofifenses : qu'obligé de ménager la foiblesse d'un peuple charnel, et d'ailleurs persuadé, que de toutes les vertus, l'amour des ennemis étoit celle qui coùtoit le plus au cœur de l'homme , il s'étoitconteoté de régler la vengeance, et de lui prescrire des bornes. Ce n'est pas , dits. Augustin , que pour prévenir de grands excès, il eût eu dessein d'en autoriser de moindres. Cette loi , comme toutes les autres « avait sa sainteté» sa bonté, sa justice î mais c'étoxt plutôt un ci4^

ailS LE VENDREDI APRES LES CENDRES.

Glissement de police , qu'une règle de piété. Elle étoit prc^re « maintenir la tranquillité extérieure de TEtat ; mais elle ne touehoit point âu cœur, et n'alloit pas jusqu'à la racine des haines et des vengeances. On s'y proposoit seulement, ou d'arrêter Taggresseuren le menaçant de la même peine dont il auroit affligé son frère , ou de mettre un frein à la -vivacité de Toffensé , en lui laissant craindre que s'il excédoit dans la satisfaction , il s'exposoit à souffrir lui-môme le surplus de sa vengeance. •

La morale des philosophes avoit encore mis le pardon des offenses au nombre des vertus ; mais c'étoit un précepte de vanité , plutôt qu'une réglé de discipline. C'est que la vengeance leur sembloit traîner après elle je ne sais quoi de bas et d'emporté , qui eût défiguré le portrait et l'orgueilleuse tranquillité de leur sage f c'est qu'il leur paroissoit honteux de ne pouvoir se mettre au-dessus d'une offense. Le pardon des ennemis n'étoit donc fondé que sur le mépris qu'on «voit pour eux. On se vengeoit en dédaignant la vengeance; et l'orgueil se relâchoit sans peine du plaisir de nuire à ceux qui nous ont nui, par la gloire qu'il trouvoit à les mépriser.

Mais la loi de l'Evangile sur l'amour des ennemis j ne flatte point l'orgueil et ne ménage pas l'amonr-propre. Rien ne doit dédommager le Chrétien dans le pardon des offenses , que la consolation d'imiter J. C, et de lui obéir; que les titres qui, dans un ennemi, lui découvrent un frère ; que l'espérance de retrouver devant le Juge étemel la même indulgence dont il aura usé envers les hommes. Rien ne doit le borner dans sa charité , que la charité elle-même qui n'a point de bornes , qui n'excepte ni lieux , ni temps , ni personnes , qui ne doit jamais s'éteindre. Et quand la religion des Chrétiens n'au- Toit point d'autre preuve contre l'incrédulité, que l'élévation de cette maxime, elle auroit toujours ce degré de sainteté, et par conséquent de vraisemblance , sur toutes les sectes qui ont jamais paru sur la terre.

Développons donc les motifs et les règles de ce point essentiel de la loi : les motifs, en établissant l'équité du précepte par lespré* textes mêmes qui semblent la combattre; les règles, en développant les illusions sous lesquelles chacun s'en justifie à soi-même les infractions : c'est-à-dire, l'injustice de nos haines, et la fausseté de nos réconciliations. Implorons, etc. jéve^ Maria.

/ PREMIERE PARTIE

Les trois principes les plus communs qui lient les hommes les uns avec les autres , et qui forment toutes les unions et les amitiés humaines, sont le goût, la cupidité et la vanité. Le goût! on suit m. certain penchant de la nature , qui nous faisant trouver en quelques personnes plus de rapport avec nos inclinations , peut-être aussi plus de complaisance pour nos défauts, nous lie à elles, et fait que nous trouvons dans leur société une douceur qui se change en un ennui

PARDON DES OFFENSES. mg

avec le reste des hommes. La cupidité ! on cherche des amis utiles ; ils sont dignes de notre amitié , dès qu'ils deviennent nécessaires à nos plaisirs ou à notre fortune; Tintérét est un grand attrait pour la plupart des oceurs ; les titres qui nous rendent puissans se changent bientôt en des qualités qui nous font paroitre aimables; et Ton ne manque jamais d'amis , quand on peut payer Tamitié de ceux.qui nous aiment. Enfin , la vanité ! des amis qui nous font honneur , nous eont toujours chers; il semble qu'en les aimant, nous entrons en part avec eux de la distinction qu'ils ont dans le monde; nous cherchons à nous parer, pour ainsi dire, de leur réputation ; et, ne pouvant atteindre à leur mérite, nous nous honorons de leur société, pour faire penser du moins qu'il n'y a pas loin d'eux à nous, et que nous n'aimons que nos semblables.

Voilà les trois grands liens de la société humaine. La religion et la charité n'unissent presque personne : et delà vient que dès que les hommes choquent notre goût, qu'ils ne sont pas favorables à nos in* téréts , ou qu'ils blessent notre réputation et notre vanité , les liens humains et fragiles qui nous unissoient à eux, se rompent; notre cœur s'éloigne d'eux , et ne trouve plos en lui à leur égard qu'aigreur et amertume. Et voilà les trois sources les plus universelles des haines que les hommes nourrissent les uns envers les autres ; qui font des douceurs de la société unacharnement éternel ; qui empoisonnent toute la joie des conversations et toute l'innocence des commerces ; et qui , attaquant la religion dans le coeur , s'offrent néanmoins à nous sous des apparences d'équité qui les justifient à nés yeux , et qui nous rassurent.

Je dis, dès que les hommes choquent notre goût; et c'est le premier prétexte et la première source de notre éloignement et de nos haines envers nos frères. Vous dites que vous êtes incompatible avec cette personne; que tout vous choque et vous déplaît en elle; que c'est une antipathie dont vous n'êtes pas le mnitre; que toutes ses manières semblent affectées pour vous aigrir ; que de la voir ne servîroit qu'à augmenter l'aversion naturelle que vous avez pour elle ; et que la nature a mis en nous des haines et des amours , des rap ports et des aversions, dont if ne faut demander compte qu'à ellemême.

A cela je pourrois vous répondre d'abord, en établissant les fondemens de la doctrine chrétienne sur l'amour de nos frères : Cet homme , pour vous déplaire et n'être pas de votre goût , en est-il moins votre frère , enfant de Dieu, citoyen du ciel , membre de J. C, et héritier des promesses étemelles? Son humeur, son caractère, quel qu'il puisse être , efface-t-il quelqu'un de ces augustes traits qu'il a reçus sur les fonts sacrés , qui l'unissent à vous par des liens divins et immortels , et qui doivent vous le rendre cher et respectable ? Lorsque J. C. nous ordonne d'aimer nos frères comme nousmêmes ) prétend-il faire un précepte quine coûte rien au cœur , et dans l'accomplissement duquel nous né trouvions ni difficulté ni peine ?

ftS» LE VENDREDI APRÈS LES CENDRES.

£h ! qu*eùt-i} été bemn qu*il nous eût commandé d'ainer nos frèrti , ai, en Tcrtn de ce comiftandement, hobs n'éUon» obligés qne d'aimer ceux potir qni notts sentons dn goût et. une indioation nain* relie? Le cœurn*a |mis là^dessns besoin de précepte : il est à luimême sa loi. Is précepte suppose donc la difficulté de notre part ; J. C. a donc prévu qu'il nons en eoàteroit pour aimer nos frères ; qne nous trovhnerions en nous des antipathies et des répugnances qoi nous éloîgneroient d'eux : et voilà pourquoi il a attaché, un ai grand mérite à l'obsenrance de ce seul point, et nons a dédlaré si souvent qne l'abserrer étoit pkbserver la loi toute entière. L'aversion pour nos frères , loin donc de jttstifie|r notre éloignement envers eux, nous rend au contraire Tobligation de les aimer plus précise » et nous met personnellement dans le cas da précepte.

Mai!» d'ailleurs , un Chrétien doit- il se conduire par goAt et par humeur, ou par des principes de raison , de foi, de relif^on et de grâce? Et depuis quand le goût naturel que l'Evangile nons ordonne de combattre , est-il devenu un privilège qui nous dispense de ses règles? Si la répngnance qu'on a ponr les devoirs, étoit un titre d'exemption, où est le Fidèle qui ne fut quitte de tonte la loi, et qui , plus il sentiroit de^eorrnption dans son cœur , phis il n'y trouvât sa justification et son innocence? Nos goûts sont-ils notre loi ? La religion n'est-elie plus qne l'appui et non le remède de la nature ? West-ee pas ime foihiesse, même sékon le monde, de ne réglor nos démarches et nos sentimens , nos haines et nos amours envers les autres hommes, que sur la bizarrerie d'un goût dont nous ne saurions nous rendre aucune raison à nous-mêmes ? Les hommes de ce caractère font-ils grand honneur, je ne dis pas à la religion , mais à l'humanité ? et ne sont-ils pas au monde lui-même un spectacle de mépris , de dérision et de censure ? Quel chaos que la société , si le goût tout seul déctdoit des devoirs et des bienséances , et s'il n'y avoit point d'autre loi qui liât les hommes ensremblel Or, si les règles de la société même exigent que le goût tout seul ne soit pas l'unique principe de notre conduite envers les autres hommes, l'Evangile seroit-il la-dessus plus indulgent ? L'Evangile , qui ne nous prêche que de nous renoncer nous-mêmes ; l'Evangile, qui nous ordonne par-tout de nous faire violence , et de combattre nos goûts et nos affections ^ l'Evangile enfin, qui veut que nous agissions par des vues supérieures i lacfaair et au sang , et que nous sachions sacrifier à la sainteté de la foi , et à la sublimité de ses règles , non-seuleinent nos caprices , mais nos penchans les plus légitimes.

Il est donc insensé de nous alléguer une avernon pom^ votre frère , qui est eHe-même votre crime. Jepourrois vons répondre encore : Vous voue plaignez que votre frère vous dépbrît , et qu'il n'est pas en vous de le supporter et de compatir avec kri; mais vons-même, croyev-vous ne déplaire à personne? pouvez- vous nous garantir qne voua êtes du goût de tout le monde ; et qne tout vous applaudit et vom approuve ? Or , si TOUS exigez qu'on eseuse ce qu'il peut y aToic de

PARDON DES OFFENSES. %%t

dioqnaBl éfm$ vo» msmièoe»! sur 1» ^ontë de votre canir , et sur ira qualité^ eMeolUli^s dcwt vovt Yoiia piqacB ; s'il tous paroit: dérM« ftoatftable <jN se laitaer révolter p«r ^es riens , et par «rtatnes âaiUies doBi BOtts ne sommes pas quetifiiefois les maîtres 9 si vous Tonlei qu'o» juge de yoiis par la suke» par le fond 9 par la droiture dce fentimen» et de 1« Qoodaite, et ncm par des huflie«rs cpti échappent « et sur lesquelles il est mal-aisé d'être toujours en garde eontre soimême : ayez la même équité pour Totre frère; appliquez vous là même régie ; supporiea-le comme yous avea itesoin qu'on vous supporte^ et ne jttstififa pa», par Totre éloignement pour lui, les aver* aîons injustes qu'on peut avoir poar Tous-méme. Et cette règle est d'autant plus équitable , qu'il n'y a qu'à jeter les yeux sur ce qui se passe tous les jours dans le monde, pour être convaincu que ceux qui font sonner le plus haut les défauts de leurs frères, sont ceux mêmes avec qui personne ne peut compatir, qui sont la terreur des sociétés, et à charge au reste des hommes.

£t ici y€ poorroia vous demander, mon dier Auditeur , si ee fonds d'opposition , qui vous rend votre frère si insupportable , n'est pas plus en vous , o'est-à dire , dans votre orgueil v dans la bizarrerie de voire kiiHneur, dans l'incompatibilité de votre caractère, que dans le aien propre; vous demander si fecmt le nMmdevoit eu lui ee que vous croyez y voir voos*même; si ses amis , ses proebea, ses éganx le regardent des mêmes yeux que vous. Que sais- je encore? voua demander si ce qui vous déplaît en lui ne sont pas peut-être sea bonnes «{«alités ; si ses talens, sa réputation , son crédit et aa fortune n'ont pas peut-être plua de part à votre aversion que ses défauts; et a» ee n'est pas sosi mérite ou son rmg qsii ont fait jusqu'ici auprès àt vous tout son crime : il est si aisé de se faire là^dessua il* lusioa a soi-même. L'envie est imc passion si masquée et si habile À se contre£aire : comme die a quelque chose de bas et de lâche ^ et qu'elle est un aveu secret que nous nous faisons à nous-mêmes de notre médioerité , elle se montre toujours à nous sons des dehors étrangers et qui nous la rendent méeonnoissable; mais approfondis • sez votre cmur , et vous verrez que tous ceux, ou qui vous elfacent, ou qui brillent trop à vos cdtés, ont le malheur de vous déplaire; que voua ne trouvez aimables que ceux qni n'ont rien à vous disputer ; que tout ce quivons passe ou vont égale , vous contraint et vous gêne; et que, pour avoir droit à votre amitié, il faut n'en avoir aucun à vos prétentions ot à y os espérances.

Mais je vait encore plus loin , et je vous prie de m'éeoutef . Je veux qsoc votre frète ait encore pins de défauts que voua ne loi en reprochez, ilélas I vous êtes si dôm et ai complaisant envers ceux de qui vous attendez votre forlmne et votre établissement, et dont l'bu* menr, la fierté ^ l«s manières vcfus révoltent; vous souffrez leur hauteur , leurs rebuts et leurs dédains ; vous dévorez leurs inéga- Iftéa et leurs caprices ; vous ne vous rebutez point ; voire patience est toujours pd^st ibrte que rolta pi^»tiiw pt vQtte réjpv^nance , et

i5a le vendredi *APRÈS LES CENDRES/

TOUS a*oubliez rien pour plaire. Ah! si vous regardiez votre frère comme celui de qui dépend votre salut éternel, comme celui à qui TOUS allez être redevable, non d'une fortune de boue et d'un établissement fragile, mais de la fortune même de votre éternité, suivriez* vous à son égard la bizarrerie de votre goût? ne vaincriez -vous pas rinjuste opposition qui vous éloigne de lui ? vous en coûteroit-il tant pour mettre vos penchans d'accord avec vos intérêts éternels , et voos faire une violence utile et nécessaire ? Vous souffrez tout pour le monde et pour la vanité j et vous prétendez qu'on est injuste , dès qu'on exige de vous une seule démarche pénible pour l'éternité?

Et ne dites pas que ce sont là de ces bizarreries delà nature, dont on ne saurait rendre raison , et que nous ne sommes pas les maîtres de nos goûts et de nos penchans. J'en conviens jusqu'à un certain point; mais il y a un amour de raison et de religion , qui doit ton* jours l'emporter sur la nature. L^Evangile n'exige pas que vous ayez du goût pour votre frère: il exige que vous l'aimiez, c'est-à-dire , que vous le souffriez, que vous l'excusiez , que vous cachiez ses défauts , que vous le serviez ; en un mot, que vous fassiez pour lui tout ce que vous voudriez qu'on fit pour vous-même. La charité n'est pas un goût aveugle et bizarre , une inclination naturelle , une sympathie d'humeur et de tempérament : c'est un devoir juste , éclairé , raisonnable; un amour qui prend sa source dans les moavemens de la grâce et dans lesvues de la foi. Ce n'est pas aimer proprement nos frères , que de ne les aimer que par goût , c'est s'aimer soi-même. Il n'est que la charité qui nous les fasse aimer comme il faut, et qui puisse former des amis solides et /véritables. Car le goût change sans cesse, et la charité ne meurt jamais; le goût ne se cherche que lui-même y et la charité ne cherche pas ses propres intérêts , mais les intérêts de ce qu'elle aime ; le goût n'est pas à l'épreuve de tout , d'une perte , d'un procédé , d'une disgrâce , et la charité est plus forte que la mort; le goût n'aime que ce qui l'accommode , et la charité s'accommode à tout, et souffre tout pour ce qu'elle aime; le goût est aveugle, et nous rend souvent aimables les vices mêmes de nos frères , et la charité n'applaudit jamais à l'iniquité, et n'aime dans les autres que la vérité. Les amis de la grâce sont donc bien plus sûrs que ceux de la nature. Le même goût qui lie les cœurs, souvent un instant après les sépare; mais les liens formés par la charité durent éternellement.

Telle est la première source de nos amours et de nos haines ; l'injustice et la bizarrerie de notre goût. L'intérêt est la seconde ; car rien n^est plus ordinaire que de vous entendre juStifier vos animosités , en nous disant, que cet homme n'a rien oublié pour vous perdre ; qu'il a fait échouer votre fortune ; quUl vous suscite tans les jours des affaires injustes ; que vous le trouvez par-tout sur votre chemin , et qu'il est difficile d'aimer un ennemi aussi acharné à vous nuire.

Mais je suppose que vous dites vrai; et je vous réponds : Pour^ quoi vouiez-voa$ ajouter à tous les autres maux que votre frère vous

PARDON DES OFFENSES. ftSH

a faits 9 celai de le haïr , qai est le plus grand de tons , puisque tous les autres n'ont al^ati ^qn'k tous ravir des biens frivoles et passagers, et que celui-ci perd votre ame, et vons prive pour toujours du droit que vous avez à un royaume immortel ? En le haïssant , vous vous nuisez bien plus à vous-même , que toute sa malignité à votre égard u*a jamais su vous nuire. Il a renversé votre fortune temporelle, je le veux : et en le haïssant , vous renversez le fondement de votre salut étemel ; il a usurpé le patrimoine de vos pères » j'en conviens : et pour vous venger, vous renoncez à l'héritage du Père céleste , et au patrimoine éternel de J. C. Tous vous vengez donc sur vous-même; et pour vous consoler des maux que votre frère vous a faits , vous vous en ménagez à vous-même un sans fin et sans mesure.

Et de plus, votre haine envers votre frère vous restitue-t-elle les avantages qu'il vous a ravis? rend-elle votre condition meilleure? Que vous revient-il de votre animosité et de votre amertume ? Vous vons consolez, dites-vous , en le haïssant ; et c'est la seule consolation qui vons reste. Quelle consolation , grand Dieu , que celle de la haine , c'est-à-dire , d'une passion noire et violente qui déchire le eœtir; qui répand le trouble et la tristesse au dedans de nous-mêmes , et qui commence par nous punir et nous rendre malheureux ! Quel plaisir 'cruel que celui de haïr, c'est-à-dire, de porter sur le cœur un poids d'amertume qui empoisonne tout le reste de la vie ! Quelle manière barbare de se consoler I El n'êtes-vons pas à plaindre de chercher à vos maax une ressource qui ne fait qu'éterniser par la haine une offense passagère ?

Mais laissons ce langage humain : parlons celui de l'Evangile auquel nos bouches sont consacrées. Si vous étiez Chrétien , mon cher Auditeur ; si vous n'aviez pas perdu la foi , loin de haïr ceux dont Dieu s'est servi pour renverser vos espérances et vos projets de fortune, vous les regarderiez comme les instrumensdes miséricordes de Dieu sur votre ame , comme les ministres de votre sanctification , et les écueils heureux qui n'ont servi qu'à vous sauver du naufrage. Tous vous seriez perdu dans le crédit et dans l'élévation ; vous y auriez oublié Dieu ; votre ambition auroit cru avec votre fortune, et la mort vous auroit surpris dans le tourbillon du monde, des pas-t sions et des espérances humaines : mais le Seigneur , pour préserver votre ame , vous a suscité , dans sa grande miséricorde , des obstacles qui vous ont arrêté en chemin ; il s'est servi d'un envieux, d.'un concurrent pour vous supplanter, vous éloigner des grâces, et se mettre entre vous et le précipice où vous alliez vous abimer et périr sans ressource ; il a secondé, pour ainsi dire, son ambition^ il a favorisé ses desseins ; et par un excès incompréhensible de bonté sur vous , il a traversé les vôtres ; il a élevé votre ennemi dans le temps, pour vons sauver dans l'éternité. Vous devez donc adorer les desseins ëternelsde sa justice etdesa miséricorde sur les hommes ; regarder votre frère comme l'occasion heureuse de votre salut ; de-

iS4 "XE VENDREDI ÂfB.ÈS LES CfilfDRES. nander à Dieu , que puisqu'il s'est servi de son ambition , ou dé sa mauvaise Tolonté |Mmr vous sauver , il lui inspire un repentir sincère i et qu'il ne permette pas que celui qui a t|int contribQé k votre $aUtt , périsse lui-même.

Oui , M. F. , nos hatues ne viennent que de notre peu de foi. Hélas! si nous regardions tout ce qui passe , comme une fumée qui n*a point de consistance: ai nous étionsbien convaincus que tout ceci n'e$t rien , que le salut est la grande affaire , et que nôtre trésor et nos richesses véritables ne sont que dans rétèrnité, où nous nous trouverons en un clin d*œil : si nous en étions convaincus , hélas ! nous regarderions les hommes qui s^aigrissent , qui s*éehanffent « qui ont entre eux des dissentions et des querelles pour les dignités delà terre , comme des enfans qui disputent entre eux pour des jouets qui servent cL*amusanent à leur âge, éont kahasiueset les animosités puériles ne ronlent que sur des licas que renlance tout» seule et la foiftilesse de la raison grossit à leurs |EeuK. T-mnquilies snr les plu» grands et les plus tristes événemens « sur la perte du patrianoine de leurs pères , et la décadence de leur lamille, et vi£i jusqu'à Teaoès dèa qu'ils se voient ravir ks ol^ets petits et frivoles qiti réjouîseoient Uar enfance I ainsi , à tnoa Dieu , les hommts toseaaés et puéiiis ne sentent point la perte de leur liécisage céleste , de oepatriaioineiMinu>rtcl que J. C* leur a laissé , et dont lenl» irères jouîssciit déjà dans le ciel. Ils voimt de sang frété le noyaume de Dieu et les Inena véritables leur édmppcr ; et ils s'arm^A^t de fttreiur,'OMtiaa des en* fans 9 les uns «outre las asitres, éèa qu'on touche à leurs biens hi* voies , et qu'on leur enlève les jouets pvkérib » (|ui n'aftt neii de plus sérieux que de tromper leur foible raison , et servir comme d'auMi» sement à leur enfance.

il 'intérêt est donc pour un Gbrétieu un .prétexte îadigue et criminel de ses haiaes envers ses frères : mais la yasité qui tu est la d>qrnière souroe, <^t enoora «noins eixusable.

Car, M. F., nous voulons qu*on nous approuve , qu'on applaudisse à nos défauts comme à nos vertus; et quoique tiens sentions nos foiblesses, nous sommes assea injustes pour exiger que les autres ne les voient pas , et qu'ils nous fassent honneur de certaines qualités que, nous njOuS reprochons à neus^mémes comme des vices. Nous voudrions que toutes les beudies ne s'ouvrissent que pour publier nos louanges; et que le monde qui ne pardonne rien , qui n^épargne pas même ses maîtres » admirât en nous ce qu'il censure dans les autres.

En effet, vous vous plaignes. que votre ennemi vous a décrié en secret et en publie ; qu^M a ajouté la caloinnie è la médtsanee ; qnll lN>ns a attaqué par les endroits les plus vifs et les plus sensibles « et qu'il n'a rien oublié pour vous perdre d'honneur et de réputation devant les hommes.

Mais, avant que de vous répondra, Je pourrois vous dire d'abord : Défie2-v6us des rapports qu'on 'vous a faits de votre frère f

PARDON DES OFFENSES. sSS

les discourt les plus ianpcens nous reviennent tous les jours si empoisonnés par la mali^^nité des langues par où ils passent ; il y a tant de Hattears indignes qui cherclient à plaire aux dépens de ceux qui ne plaisent pas ^ il y a tant d'esprits noirs et mauvais, qui ne trou* ▼ent de plaisir qa*à mettre le mal où il n'est pas « et voir la dissention parmi les hommes ; il y a tant de caractères indiscrets et légers , et qui disent à contre-temps et d'un air envenimé , ce qui n'avoit été dit d'abord qu'avec des intentions innocentes ; il y a tant d'hommes naturellement outrés , et dans la bouche desquds tout s'enfle , tout grossit , tout sort de la vérité simple et naturelle , j*en appelle ici à vous-même! Ne vous est- il jamais arrivé qu'on ait en* venimé vos discours les plus innocens , et ajouté à vos récits des circonstances que vous n'aviez pas même pensées? Ne vous étes-vous pas plaint alors de l'injustice et de la malignité des redites ? Pourquoi ne pourriea-vous pas avoir été trompé à votre tour ? et si tout ce qui passe par tant de canaux s'altère d'ordinaire , et ne revient ja* mais à nous comme il a été dit dans sa source , pourquoi voudriezvousque les discours qui vous regardent vous seul, fussent exempts de cette destinée , et méritassent plus d'attention et de créance ?

Vous nons répondrez sans doute, qu*il ne s'agit pas ici de ces maximes générales , et que les faits dont vous vous plaignez , ne sont pas douteux. Je le veux ; et je vous deinande si votre frère n'a pas de son côtelés mêmes reproches à vous Csiire; si ses défauts vous ont toujours trouvé fort indulgent et fort charitable ; si vous avez même toujours rendu justice a ses bonnes qualités; si vous n'avez jamais souffert qu'on Tait déchiré en votre présence; si vous n'avez pas aidé à la malignité de ces discours par une feinte modération et par un demi-silence qui n'a fait qu'allumer le feu de la détraction , et fournir de nouveaux traits contre votre frère. Je vous demande , si vous usez même de beaucoup de circonspection envers les autres hommes ; si vous fiaites beaucoup de gr%ce aux foiblesses d'autrui ; si votre langue n'est pas toujours trempée dans le fiel et dans l'absinthe ; si la réputation la mieux établie «'est pas toujours en danger entre vos mains ; et si les histoires les plus tristes et les plus secrètes ne deviennent p^s bientôt des événeniens publics par votre malignité et par votre imprudence. O homme ! vovs poussez si loin la délicatesse et la sensibilité sur ce qui vous regarde ! Nous avons besoin de toute la terreur de notre ministère, et 4® tons les motifs les plus graves de la religion , pour tous porter à pardonner À votre frère un seul discoiirs « ua mot souvent qi^^. l'imprudence ^ que le hasard , que la conjoncture , qu'un juste ressentiment pe\it-étr# Itfi a arraché , et la licence de vos discours envers les autres ne çonn<^4t pas même les bornes de la politessçi ^ de la ^enséaoce qi^ le mond? tout seul prescrit*

Biais je veux que vousn'ayea rien a vous reprocher du o6té de la modération envers votre firc^e. Quefisites-vous en le haiissant? effa* «ea-vous lùà impressions sinistres que ses discours ont pu laisser

îà56 LE VENDREDI APRES LES CENDRES, dans l'esprit des autres hommes ? Voos faites à votre cœur une nou« velle plaie; vous vous enfoncez Yoas-mêrae un trait qui donne la mort à votre ame ; vous lui arrachez le glaive d'entre les mains , si j'ose parler ainsi , pour vous en percer vous-même. Montrez dans l'innocence de vos mœurs , et dans l'intégrité de votre conduite , l'injustice de ses discours^ détruisez , par une vie sans reproche » les préjugés qu'il a pu donner contre vous; faites retomber sur lui, par les vertus opposées aux défauts qu'il vous impute , la bassesse et l'iniquité de ses calomnies : voilà une manière juste et licite de vous venger. Triomphez de sa malice par vos mœurs et par votre silence , vous assemblerez des charbons de feu sur sa tète ; vous mettrez le public de votre côté , vous ne laisserez à votre ennemi que la honte de ses emportemens et de ses impostures. Mais de le haïr, c'est la vengeance des foibles, c'est la triste consolation des coupables, en un mot , c'est la ressource de ceux qui n'en sauroient trouver dans la vertu et dans l'innocence.

Mais enfin , laissons toutes ces raisons, et venons au point essentiel. Il vous est ordonné d'aimer ceux qui vous maltraitent et qui vous calomnient ; de prier pour eux ; de demander à Dieu qu'il les convertisse, qu'il change leur cœur aigri, qu'il leur inspire des sentimens de paix et de charité , et qu'il les mette au nombre de ses Saints. Il vous est ordonné de les regarder par avance comme des citoyens de la céleste Jérusalem, avec lesquels vous bénirez éternellement les richesses de la miséricorde divine, réuni avec eux dans le sein de Dieu , heureux du même bonheur, et avec lesquels vous ne formerez plus qu'une voix pour chanter les louanges immortelles de la grâce. Il vous est ordonné de regarder les injures comme des bienfaits , comme la peine de vos crimes cachés , pour lesquels vous avez tant de fois mérité d'être couvert de confusion devant les hommes; comme le prix du royaume de Dieu , qui n'est promis qu'à ceux qui souffrent avec piété la persécution et la calonmie.

. Car enfin 9 il faut en venir là. L'amour-propre suffîroit pour ai» mer ceux qui nous aiment , qui nous louent, qui publient nos vertus fausses ou véritables. C'étoit là , dit J. C. , toute la vertu des Païens : Nam et Ethnici hoc faciunt ( Mauh* 5 ; 4? )• Mais la religion va plus loin ; elle veut que nous' aimions ceux qui nous haïssent et qui nous déchirent : elle met à ce prix les miséricordes de Dieu sur nous , et nous déclare qu'il n'y a point de pardon à espérer pour nous , si nous ne l'accordons à nos frères.

Et de bonne foi, voulez -vous que Dieu oublie les crimes, et les horreurs de toute votre vie , qu'il soit insensible à sa gloire qne vous avez tant de fois outragée , tandis que vous ne pouvez vous résoudre à oublier un mot; taudis que vous êtes si vif, si délicat, si furieux sur les intérêts de votre gloire ; vous qui peut-être jouissez d'une réputation que vous n'avez jamais méritée ; vous qui seriez couvert d'une confusion étemelle , si l'on vous connoissoit tel que vous êtes ; TOUS, en un mot , dont les discours les plus injurieux ne représen-

PARDON DES OFFENSES. ftS^

tent qu*àdemî les misères secrètes dont DieuToas' cannoit coupable? Grand Dieu, que les pécheurs auront peu d*excuses à vous alléguer « quand vous leur prononcerez l'arrêt deleur condamnation étemelle !

Vous nous direz peut-être que vous convenez là-dessus des devoirs que la religion impose , mais que les lois de llionneur font emporte sur cellies de la religion; qu'il faut s^attendre à être déshonoré à jamais devant les hommes , si Ton souffre tranquillement des discours et des procédés d'une certaine nature ; que la religion qui pardonne est une lâcheté et une tache que le monde ne pardonne point ; et que l'honneur ne connott pas là-dessus d'exception et de privilège.

Quel est cet honneur , M. F. , qu'on ne peut acheter qu'au prix de son aroe et de son salut éternel ? Et que l'on est à plaindre , si l'on ne peut se sauver de l'ignominie que par un crime ! Je sais que c'est ici où les fausses lois du monde semblent l'emporter sur celles de la religion ; et que les plus sages mêmes, qui conviennent de la foli^dé cet abus , sont pourtant d'avis qu'il faut s'y soumettre. Mais je parle devant un Prince qui , plus sage que le monde , et justement indigné contre une fureur aussi opposéeaux maximes de l'Evangile qu'aux intérêts de l'Etat, a montré à ses sujets quel est le véritable honneur , et qui , en leur arrachant des mains des armes criminelles , a noté d'une infamie éternelle ces vengeances auxquelles l'erreur publique avoit attaché une gloire déplorable.

Quoi,' M. F., niie maxime' abominable, que la barbarie des premières mœurs de nos ancêtres toute seule a* consacrée et a fait passer jusqu'à nous, l'emporteroit sur toutes les "règles du Christianisme, et sur les lois les plus inviolables de l'Etat ? On ne seroit pas déshonoré en trempant ses mains dans le sang de son frère; et on le seroit en obéissant à Dieu, et à celui qui tient sa place, sur la terre? La gloire ne seroit donc plus qu'une fureur ; et la lâcheté , qu'un respect généreux pour la religion et pour son maître. Vous craignez de pas- .ser pour un lâche ? montrez votre valeur en répandant votre sang pour la défense de la patrie, allez à la tête de nos atmées affronter les périls et chercher la gloire dans le devoir, assurez votre réputation par des actions dignes de passer dans nos histoires , et d*être comptées parmi les événemens mémorables d*un règne si glorieux : voîlà une valeur que l'Etat exige , et que la religion autorise. Alors méprisez ces vengeances brutales et personnelles ; regardez les comme une ostentation puérile de valeur, qui cache souvent une véritable lâcheté ; comme la ressource vile et vulgaire de ceux qui n'ont rien qui les signale ; comme une preuve forcée et équivoque du courage que le monde nous arrache , et à laquelle souvent le cœur se refuse* Loin de vous l'imputer à hont^ , le monde lui-même vous en fera un nouveanr titre d'honneur: vous en paroltrèz plus grand; et vous apprendrez à vos égaux que la valeur . déplacée n'est plus qu'une brutale timidité; que la sagesse et la modération entrent toujours dans la véritable gloire ;'que tout ce qui déshonore l'humanité, ne sauroit honorer les hommes ^ et que l'Evangile > qui ordonne depar- Massii/on, tome i. 17

95S LE YEIfDREDI APEÊS LES CENDRES.

dooner, a iai^ploft ëe licfos que le aonde Ini-mèffle qai veut qu'on se venge.

I^ODs nous dires eneore peut-être ^ que ces maximes ne tous re- ^rdent pas ; que tous xwez oublié les sujets de plainte que tous a^iez contre Totre frère ; et qu'une réconciliation a fini Téclat de vos démêlés et de votre rupture. Or, je dis que c*est encore ici où TOUS vous abusez ; et après vous avoir montré Tinjustice de nos haines y il laut vous faire convenir de la fausseté de nos réconciliations.

SECONDE PARTIE

II. n'est point de précepte dans la loi, qui laisse moins de lieu au doute et à la méprise , que celui qui nous oblige d*aimer nos frères , et cependant il n*en est point sur lequel on se fasse plus d'illusions fausses maximes. En effet, iln'est presque personne qui ne nous qn*il a patdonné de tout son cœur a son frère , et que sa conscience là-dessus est tranquille; et cependant rien de plu^ rare que de pardonner, et il n>st guère de réconciliation qui change le cœur, et qui ne soit une fausse apparence de retour, soit qu*on la considère dans son principe , soit qu'on en examine les démarches et les suites.

Je dis dans son principe: car, M. F., afin qu'une réconciliation soit sincère et réelle, il faut qu'elle prenne sa source dans la charité, et dans on amour chrétien de notre frère. Or, les motifs humains ont d'ordinaire toute la part à un ouvrage, qui ne peut être que l'ouvrage de la grâce. On se réconcilie pour céder aux instances de •es amisy pour éviter un certain éclat désagréable qu'une guerre déclarée attireroit après soi, et qui pourroit retomber sur noos-mémes , pour ne pas s'interdire certaines sociétés dont il faudroit se bannir, si l'on s'obstinoit à vouloir être irréconciliable avec son frère. On se réconcilie par déférence pour des Grands qui exigent de nous celte complaisance ; pour se faire une réputation de modération et de grandeur d'ame ; pour ne pas donner des scènes au public, qui ne répon^ droient pas à l'idée que nous vouions qu'on ait de nous ; pour couper court aux plaintes éternelles , et aux discours outrageans d'un ennemi qui peut-être nous connoit trop et a été trop avant dans notre confidence, pour ne pas mériter que nous le ménagions, et qu'une réconciliation lui impose silence. Que dirai -je encore? on se réconcilie peut- être comme Saiil, pour nuire plus sûrement à son ennemi , et endormir ses précautions et sa vigilance.

Tels sont les root ifsordinaires des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde. Et ce que je dis ici est si vrai , que des pécheurs qui ne laissent paroitre d'ailleurs aucun signe de piété, se réconcilient pourtant tous les jours avec leurs frères; et eux qui ne sauroient se vaincre sur les devoirs les plus aisés de la vie chrétienne, paroissent des héros dans racoomplissement de celui-ci , le plus difficile de tons. Ah ! c'est que ce sont des héros de la vanité, et non pas de la charité : c>st qu'ils laissent deia réconciliation ce qu'elle a d*héroïque

dM.

PARDON DES OFFENSES. aSff

H de pénible devant Dieu, qui est Toubli de i*injareet le changement de notre cœur envers notre frère ; et ilsn*en retiennent que ce qu'elle a de glorieux devant les homraes, qui est une ap|)arence de modéra* tion , et une facilité a revenir que le monde lui-xnéme loue.

Mais si la plupart des réconciliations sont fausses^ quand on en eia-* mine les motifs , elles ne le sont pas moins si on les considère dans leurs démarches. Oui > M. F. , que de mesures , que de négociations ! Que de formalités, que de peines pour les conclure ! Que d*attentions à apporter ! que de ménagemens à observer I que d'intérêts à conci-* lier ! que d'obstacles à lever ! que de démarches à compasser ! Ainsi « votre réconciliation n'est pas l'ouvrage de la charité , mais de la sa* gesse et de Thabilelé de vos amis : c^est une affaire du monde » ce n'est pas une démarche de religion; c'est un traité heureusement conclu, ce n'est pas un devoir de la foi accompli; elleestrouTragedeThomme^ mais elle n'est pas Toeuvre de Dieu; en un mot, c'est une paiJc qui vient de la terre , ce n'est pas la paix qui descend du cieL

Car , de bonne foi , les hommes , par leurs ménagemens et l'habileté de leurs mesures ont -ils pu, en vous réconciliant avec votre frère , faire revivre la charité qui étoit éteinte dans yotre cœur ? ont-ils pu vous rendre ce trésor que vous avies perdu? Ils ont bien ' pu faire cesser le scandale d'une rupture déclarée, et rétablir entre vous et votre frère les devoirs extérieurs de la société; mais ils n'ont pas changé TOtre cœur que Dieu seul tient entre %es mains ; mais ils n'ont pas éteint la haine que la grâce tonte seule peut éteitidre. Vous tous êtes donc réconcilié , mais vous n'aimez pas encorir votre frère; et en effet, si vous l'aimiez sincèrement, auroit-il fallu tant d'entremetteurs pour vous réconcilier avec lui t L'amour est à lui-même son médiateur et son interprète. La cfaaritéest cette parole abrégée, qui auroit éfiargné k vos amis ces soins infinis qu'il a fallu employer pour tous ramener : elle n'est pas si ineènrée ; elle témoi** gne simplement ce qu'elle sent sincèrement. Or , vous avez exigé mille conditions avant que de vous rendre; vous kret disputé tontes vos démarches ; vous n'avez voulu avancer que jusqu'à un certain point ; vous avez exigé que votre frère fit les premiers pas pour revenir à vous. La charité ne connott pas toutes ces règles : elle n'en a qu'une; c'est d'oublier l'injure^ et d'aimer son frère comme soi^nsême.

Je conviens qu'il y a certaine mesure depmdence à observer ; et que souvent des démarches trop précipitées et faites à contre-temps, pour* roient ne pas réussir , et aigrir peut-être davantage notre frère. Mais je dis , que la charilé doit régler ces mesures > et non pas la vanité : je dis et je répète, que toutes ces réconciliations qu'on a tant de peine à conclure, où de part et d'autre on ne se relAche que jusqu'à un certain point , et avec des précautions si- sévères et si précises ; où il entre tant d'expédiens et tant de mystères, sont des fruits de la prudence delà chair; corrigent les manières, mais ne touchent point au cœur ; rapprochent les personnes > mais ne rapprochent

a6o LE VENDREDI APRÈS LES CENDRES.

pas les affections; rétablissent les bienséances, mais laissent les mêmes aentimens : en un mot, font cesser le scandale delà haine, mais n'en font pas cesser le péché. Aussi J. C. nous ordonne simplement de nous aller réconcilier avec noire frère : Fade reconciliari fratri tuo ( Maiih, S ; %l\ ). Il ne nous dit pas : N'avancez pas trop , de peur que votre frère n'en abuse ; assurez-vous auparavant qu'il fera la moitié du chemin; ne le recherchez pas, de peur qu'il ne regarde votre démarche comine l'apologie de ses plaintes^ comme un aveu tacite fje votre tort, et un arrêt que vous prononcez contre vous-même. J. C. nous dit simplement : Allez vous réconcilier avec votre frère. Il veut que la charité toute seule se mêle de nous raccommoder avec lui ; il suppose que pour aimer nos frères, nous n'avons pas besoin d'entremetteur, et que notre cœur doit se suffire à lui-même»

Telles sont les démarches des réconcifiations; aussi les motifs en étant presque toujours humains, les démarches vicieuses , les suites n'en peuvent être que vaines et de nul effet. Je dis les suites; car, 1\I. F., à quoi se terminent la p/lupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde ? quel en est le fruit? qu'appellet-on s'être réconcilié avec son ennemi ? Le voici.

Vous nous dites > en premier lieu, que vous êtes réconcilié avec votre frère; que vous lui avez pardonné de bon cœur; mais que vous avez pris votre parti de ne le plu^voir, et de n'avoir désormais aucun commerce avec lui ; et là-dessus vous vivez tranquille ; vous croyez que TEvangile ne prescrit rien de plus , et qu'un confesseur n'est pas en 4i*oit d'en exiger davantage. Or, je vous déclare que vous n'avez pas pardonné à votre frère, et que vous êtes encore à 9on égard dans la haine, dans la mort et dans le péché.

Car, je vous demande : craint-on de voir ce qu'on aijaie? et si votre ennemi est devenu votre frère , que peut, avoir pour vous sa présence de si o4ieux et de si triste? V^us dites que vous lui avez pardonné, quevou^ l'aimez.; maisqne^ pour éviter tout accident , el; de peur que sa présence ne tous réveille des idées fâcheuses , vous trouvez plus sûr de vçus l'interdire. Mais quel est cet amour que la seule présence de l'objet aimé irrita qontre lui , et enâanime de baine ex de colère ? Vous l'aime^ ! c'est-à-dire , vous ne voudriez pas peutêtre lui nuire et le perdre. Mais, ce n'est pas assez ; la religion vous ordonne encore de l'aimer : car pour nepas vouloir nuire à un ennemi, l'honneur, l'indolence, la modération, la crainte, le défaut d'occasions sufiisent; mais pour l'aimer, il faut être Chrétien; et voilà précisément ce que vous ne voulez pas être.

Et, de bonne foi, voudriez-^ons que Dieu vous aimât , à condition qu'il ne vous: verroit jamais?. Seriez-vous content de sa bonté et de ses miséricordes, s'il vous bannissoit pour toujours de sa di~ yine présence ? Car il vous traitera , vous le savez , comme vous aurez traité votre frère. Si le prince lui-même vous défend oit de vous présenter jamab devant lui, vous croiriez- vous fort avant dans ses bonnes grâces? Vous dites tous les jours, qu'un homme est dis^

PARDON DES OFFENSES. a6i

gracié, quand il ne lui est plus permis de paroître devant lemairre , et vous venez nous faire valoir que vous aimez votre frère, et qu'il ne vous reste aucune aigreur contre lui, tandis que sa seule*prcsence vous déplaît et vous irrite !

Et qneile marque moins équivoque peut-on donner de son anîmosité'Contre son frère, que de ne pouvoir même souffrir sa présence ? c'est le dernier excès de l'aigreur et de la haine. Car il est des haines plus modérées et plus tranquilles , qui du moins se cachent 9 se contraignent, empruntent les dehors de la politesse et de la bienséance ; et qui, en refusant le cœur au devoir, ont assez d'empire*sur ellei» pour donner les apparences an monde* Mais la vôtre est à un point , qu'elle ne peut même se contraindre , et qu'elle ne connoit ni ménagement, ni bienséance; et vous voulez nous persuader qu'elle n'est plus ! Vous laissez paroître epcore les marques les plus violentes de l'animosité , et vous voulez que nous les regardions comme les signes indubitables d'un amour chrétien et sincè;re !

Mais d'ailleurs les Chrétiens sont-ils faits pour ne pas se voir, et ^'interdire toute société les uns avec les autres ? Les Chrétiens ! les membres d'un même corps, les enfans d'un même père, les disciples d'un même maître, les héritiers d'un même royaume, les pierres d'un même édifice, les portions d'une même -masse ! Les Chrétiens ! la participation d'unmême Esprit, d'une même rédemption , et d'une même justice ! Les Chrétiens ! sortis du même sein , régénérés dans les mêmes eaux ^ incorporés dans la même église , rachetés d'un même prix , sont-ils faits pour .se fuir, se faire un supplice de se voir, et ne pouvoir se souffrir les uns les autres ? Toute la religion nous lie, nous unit ensemble ^ les sacremens auxquels nous participons, les prières publiques et les actions de grâces que nous chantons, le pain de bénédictian.que nous offrons , les cérémonies du culte dont nous nous glorifions 9 l'assemblée des Fidèles où nous assistons; tous ces dehors nesoiit, qu^ l^s symbel^es de l'union qui nous, lie.ensemble. Toute la,reljgtq,a cUe;même.n'est qu'une sainte société, une communication divine de prières , de sacrifice, d'œuvres et de mérite. Tout nous rassemble , tout nous lie, tou^t ne fait de noS' frères et de nous, qu'une façii^le , qu'un. corpS;« ^u'un coeur et qu'une ame ; et vous croyez aimer voire frère, et conserver avec lui les liens les plus sacrés de la religion, tandis que vous rompez même ceux de la société, et que vous ne pouvez souffrir sa seule p^résence !

Je dis bien plus ; comment pourrezrTOus avoir avec lui la même espérance ? car par cette espérance commune , vous deve» vivre éterneileuient avec lui 1 être heureux , avec lui, vous faire un bpnheur du sien, être réuni avec lui dans 1^. sein de Dieu,, et chaater avec lui les louanges. étprnçl les de la grâce. Eh ! comment pou rriez-vous espérer d'être éternellement réuni avec lui, et faire «de cette espérance la plus douce consolation de votre vie , s'il vous paroit si doux de Vivre séparé de lui, et si sa présence seule est pour voustm supl^lice ? Renonce:^ donc. aux promesses et aux espérances de la foi> &é»

p«rez-Tou8 comme un anathème de la commonion des Fidèles; in^terdisez toqs FanteL et les mystères redoutables; bannissez roas de rassemblée des Saints ; ne venez plus offrir vos dons et tos prières , puisque tous ces devoirs religieux , vous supposant réuni avec votre frère, deviennent des dérisions, si vous ne Tètes pas^ déposent ooDtre vous à la face des autels, et vous annoncent de sortir de Tasaemblëe sainte, comme un Publicain et un infidèle.

Peut-être , effrayé de ces grandes vérités , vous nous direz enfin que vous prendrez sur vous de voir votre frère , de bien vivre avec lui , que. vous ne manquerez pas aux bienséanees; mais que du reste vous savez à quoi vous en tenir, et qu'il ne doit pas beaucoup oompter sur votre amitié.

Vous ne manquerez point aux bienséances ! Et vous croyez , mon cher Auditeur, que c*est là pardonner , se réconcilier avec son frère| et l'aimer comme soi-même! Mais la charité que TEvangile vous ordonne , est dans le cœur. Ce n*est pas une simple bienséance , un vain extérieur , une cérémonie inutile ; c*«st un sentiment réel , e*est un amour effectif, c'est une tendresse sincère , et prête à se manifester par les œuvres. Vous aimez en Juif et en Pharisien; mais tous n'aimez pas en Chrétien et en disciple de J. C. La loi de hi charité est la loi du cœur ; elle règle les sentimens , elle diaoge les inclinations , elle verse Thuile de la paix et de la douceur sur les plaies d'une volonté aigrie et blessée ; et vous en faites une loi toute extérieure , une loi pharîsaïque et superficielle, qui ne règle que les dehors, qui ne concerte que les manières, qui s*accoanplit par de vaines apparences.

Mais il ne vous est pas ordonné seulement de ne pas blesser envers votre frère les règles de l'honnêteté, et de lui rendre tous les devoirs que la soeiété nous impose les uns envers les autres ; c*est le monde qui vous prescrit cette loi ; ce sont là ses règles et ses usages. Mais J. C. vous ordonne de l'aimer; et tandis que votre cœur est éloigné de lui, en vain accordez-vous les dehors à la bienséance. Vous refusez l'essentiel à la religion , et tout C2 que vous avez par-dessns les pécheurs qui refusent de voir leurs frères , c'est que vous savez vous contraindre pour le monde, et vous ne savez pas vous faire violence pour le salut.

Et certes, M. F., si les hommes n*étbîent unis ensemble que par les liens extérieurs de la société , il suffîroit sans doute de se rendre des devoirs extérieurs, et de maintenir ce commerce mutuel de soins, de politesses et de bienséances, qui font comme toute l'harmonie du corps politique. Mais nous sommes unis ensemble parles liens sacrés et intimes de la ibi , de l'espérance , de la charité, de la religion. Nous formons au milieu du monde une société toute intérieure , et toute sainte , dont la charité est le li^i invisible, et toute séparée de la société civile que \ék législateur» ont établie. Ain^l , en remplissant à l'égard de vos frères les bienséances extérieures, vous satisfaites $iuz devoirs de la société civile , mais vous ne remplissez pas ceux

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de la religion ; vons ne troublez pas l'ordre de la politique , mais vous renversez Tordre de la charité ; vous êtes un bon citoyen y mais vous n*étes pas un citoyen du ciel ; vous êtes un homme du siècle , mais vous n*étes pas un homme du siècle à venir. Le monde peut vous absoudre, et n'en demander pas davantage; mais vous ne faites rien devant Dieu , parce que voua n'êtes pas dans la charité, et votre condamnation est certaine. Venez nous dire après cela , que vous ne manquerez point aux bienséances 9 et que c'est tout ce que la religion exige de nous. Elle n'exige donc que des feintes, que des de* hors , que de vaines apparences ? Elle n'exige donc rien de vrai, ri«i de réel , rien qui change le cœur ? et le grand précepte de la charité , qui seul donne de la réalité à toutes nos œuvres, ne seroit donc plus qu'un faux semblant et une vaine hypocrisie ?

Aussi , ne nous en croyez point là-dessus ; consultez le public luimême. Voyez si, malgré toutes les apparences que vous gardez en* core avec votre frère , ce n'est pas une opinion établie dans le monde, que vous ne l'aimez point ; si le monde n'agit pas conséquemment à cette persuasion .Voyez si vos créatures , si tous ceux qui vous approchent et qui vous sont attachés , n'affectent pas de s'éloigner de votre frère. Voyez si tous ceux qui le haïssent, qui sont dans des intérêts opposés aux siens, ne recherchent pas votre amitié, ne forment pas avec vous des liaisons nouvelles , et si cette penuasion ne TOUS donne pas pour amis tous ceux qui ne le sont pas de votre frère. Voyez si ceux qui attendent de vous des grâces, ne commencent pas par l'abandonner, et s'ils ne croient pas vous iaire leur cour en ne grossissant plus la sienne. Vous voyez que le monde vous connoit mieux que ^ous ne vous connoissez vous - même ; qu'il ne prend point le change sur vos senti mens ; et que y malgré toutes ces vaines apparences envers votre frère , il est si vrai que vous êtes dans kl haine et dans la mort, que le monde lui-même pense sur cela comme nous ; lui que ,, par-tout ailleurs, nous avons toujours à combattre.

Voilà à quoi se terminent la plupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde : ou se revoit , mais on ne se réunit pas; on se promet «ne amitié mutuelle, mais on ne se la rend pas ; on se rapproche, mus les cœurs. demeurent tonjoui^s éioîgnés : et j'ai eu raison de dire que les haines sont étemelles , et que presque toutes les réconciliations sont des feintes ; qu'on pardonne l'offense, mais qu'on n'aime jamais l'offenseur; qu'on cesse de traiter sonirère comme un ennemi, mais qu'on ne le regarde jamais oobhbus on frèrel

Et voilà ce qui se passe tons les jour^ à nos yeux. On voit dans le monde, des personnil publiques , des familles d'nn grand nom, gar«< def encore ensemble certaines mesures dé bienséance qu'on ne peut rompre sans scandale , et néanmoins vivre dans des intérêts différens, dans des sentimens publies et déclarés d^envie, de jalousie, d'animositê mutuelle; se croiser , se détruire, se regarder avec des yeux jaloui; faire chacun, de ses créatures, les partisans de &ei

ft64 LE VENDREDI APRÈS LES CENDRES, ressentimens et de son aversion ; partager le monde , la covr^ la ville; faire de ses disseutions domestiques la querelle du public, et établir cette opinion et ce scandale dans le monde, qu*on ne s'aime point, qu'on voudroit se détruire mutuellement; qu'on garde encore, à la vérité , le^ apparences , mais qu*au fond les intérêts et les affections sont pour toujours et sans retour éloignées* Et . cependant , de part et d*auire, ouvvit dans une réputation de piété et dans la pratique des bonnes oeuvres. On a des confesseurs distingués et d'unie grande réputation dans le monde , et cependant , en se rendant encore mutuellement certains devoirs , et vivant d'ailleurs dans un éloigneraent public et déclaré, on fréquente les sacremens, on est tous les jours dans le commerce des clrâses saintes , on approche de sang-froid de l'autel , ou se présente fréquemment et sans scrupule au tribunal de la pénitence ; et loin d'y confesser sa haine devant Iç Seigneur, et de gémir du scandale que le public en reçoit , oji y fait des plaintes contre son ennemi ; on l'accuse , loin de s'accuser sol-même ; on fait valoir les devoirs extérieurs qu'on lui rend , comme des marques que le cœur n'est point aigri. Que diraije ?.et les ministres de. la pénitence eux-mêmes , qui auroient dû être les juges de notre haine, en deviennent souvent les apologistes , se partagent avec le public , entrent dans les animosités et dans les préventions de leurs pénitens, publient l'équité de leiir querelle, et font que le seul remède. destiné à guérir le mal, ne sert qu'à le revjêtir des apparences du bien , et le rendre plus incurable.

Grand Dieu ! vous seul pouvez fermer les plaies qu'une orgueil-* leuse sensibilité a faites à mon cœur en y nourrissant des haines injustes.- Faites, grand Dieu! que j'oublie des offenses légères, afin que vous puissiez oublier les crimes de toute ma vie; Est-ce à moi, ^ mon Dieu ! à être si sensible et si inex'orable aux plus petits outrages , moi qui ai tant de besoin que vous usiez à mon égarcï d'indulgence et d'une grande miséricorde ?• Les injures dont je me plains , égalent-elles celles dont j'ai mille fois déshonoré votre'^randeur suprême ? Faut-il , Grand Dieu ! qtue le ver de terre s'irrite et s'enflamme des moindres mépris , tandis que votre majesté souveraine souffre depuis si long-temps et avec tant de bonté , ses rebellions et ses 'Offenses ? Qui suis^-je pour être si touché des intérêts de ma gloire , moi qui n'ose jeter les yeux devant vous sur mon igno* ininie secrète ; moi qui mériterois d'être l'opprobre des hommes et le rebut de mon peuple; moi qui n'ai rien de louable , même selon le monde-, que le bonheur de^lui avoir caché mes hontes et mes foiblesses ; moi que les outrages les plus sanglans épargneroient encore et traUerolent avec indulgence; moi enfin ^ qui n'ai plus de salut à espérer , si vous n'oubliez vous - même votre propre gloire que j'ai tant.dê fois outragée ?

. l^ais non , grand Dieu ! vous mettez votre gloire à pardonner au pécheur, et je mettrai la mienne à pardonner à mon •frère.. Acceptez, Seigneur , ce sacrifice que je vous fais de mcç ressenti mens ^ Ne jugea

sua LA PAROLE DE DIEU. a65

pas de âon prix paroles offenses légères que j'oublie, mais par Torgueil qui les avoit grossies^ et me les avoit rendues si sensibles. Et puisque vous avez promis de remettre nos. fautes , dès que nous les remettons à nos frères, accomplissez. Seigneur, vos promesses. C*eU dans cette espérance que j'ose compter sur vos miséricordes éter^ nelles. Ainsi soit-iL

SERMON

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