‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 8 sur 131 · BONHEUR DES JUSTES. H · texte numérisé non relu

BONHEUR DES JUSTES. H

le% horreurs de notre conscience : sans la douceur des Sacremens, puisque nos crimes nous en éloignent; sans la consolafion des Livres samts , puisque nous n'y trouvons-que des anathèmes et des menaces • sans la. ressource de la prière, puisqu'une vie toute dissolue ou nous en interdit la liberté , ou nous en a fait perdre l'usage ! Qu'est-ce donc que le pécheur, q^ue le rebut du eiel et de la terre ?

Aussi, M. F.^ savez-vous t^uels seront les regrets des k-éprouvé* an grand jour où il sera rendn à charcan selon ses (fcuvres ? Vous croye» peut-être qu'ils regretteront leur félicité passée, et qu'ils diront • No» beaux jours se sont écoulés; et le monde, où nous avions passé de SI doux momens , n'est plus ; la durée de nos plaisirs a imité celle des songes ; notre bonheur a fini, et nos supplices vont commencer. Vous TOUS trompez ;#ce ne sera point là leur langage. Ecoutez comme ils parlent dans la Sagesse, et comme l'Esprit de Dieu nous assure qu'ils parieront un jour : Nous n'avions jamais goûté de joie véritable dan» le cnme, diront-ils; nous y avions toujours marché par des voies tristes et difficiles; hélas I et ce n'est là cependant que le conimencement de nos malheurs et de nos peines : Amhulaviinus vias difficiles {Sap. 5r 7 ) ; nous nous sommes lassés dans les voies de l'iniqifitéi nos passions ont toujours été mille fois plus pénibles pour nous que n'eussent pu être les vertiis les plus austères \ et il nous en a plu» toute pour nous perdre , qu'il ne nous en eût coûté pour nous sauver, et mériter de monter aujourd'hui avec les Elus dans le séjour de l'immortalité : Lassati sumus in via iniquitaùset perdiUords {Sup. 557); insensés , d'avoir acheté par une vie triste et maiheurei%, des maiheurs qui ne doivent plus finir : Nos insensati {ISap. 5 ; 4) î t

Voulez- vous donc vivre heureux sur la terre, mon cher Audkeurvivez chrétiennement. La piété est utile à tout. L'innocence du cœur est la source des vrais plaisirs. Tournez -vous de tous les côtés; il n'est point de paix pour l'impie, dit l'Esprit de Dieu. Essayez 'de tous les plaisirs^ ils ne guériront pas ce fonds d'ennui et de tristesse que vous traînea. par-tout avec vous. Ne regardez donc plus la destinée des gens de bien , comme une destinée triste et désagréable : ne jugez pas de leur bonheur par des apparences qui vous trompent. Vous voyezcouler leurs larmes; mais vous ne voyez pas la main invisible qui les essuie : vous voyez gémir leur chair sous le joug delà pénitence^ mais vous ne voyez pas l'onction de la grâce qui l'adoucit: vous voyez des moeurs tristes et austères; mais vous ne voyez pas une conscience toujours joyeuse et tranquille. Ils sont semblables à

l'Arche d'Israël dans le désert; elle ne paroissoit revêtue que de peaux flanimaux; les apparences en sont viles ou rebutantes : c'est la condition de ce triste désert. Mais si vous pouviez entrer dans leur cœur dans ce sanctuaire divin ; que de nouvelles merveilles s'y offriroient à vos yeuxl Vous le trouveriez revêtu d'or pur : vous y verriez la gloire du Dieu qui le remplit : vous y admireriez la douceur des parfums cl la ferveur des prières qui montent sans cesse vers le Seigneurie feu jacré qui ne s'éteint jamais sur cet autel j ce silence, cette paix' Massilton, tomb i. ^^

xS LE JOUR DES MORTS.

cette majesté qui y régnent; et le Seigneur lui-même qui Ta choîi pour son séjour et qui en fait ses plus chères délices.

Que leur destinée vous toucbe d'une sainte émulation! Il ne tien qu'à vous de leur ressembler. Ils ont été peut-être autrefois les rom plices de vos plaisirs; pourquoi ne pourriez-vous pas devenir Timi tatenr de leur pénitence? Etablissez enfin une paix solide dans votr cœur; commencez à vous lasser de vous-même. Jusqu'ici vous n'ave vécu qu'à demi; car, ce n'est pas vivre que de ne pouvoir vivre ei paix avec soi. Revenez à votre Dieu qui vous rappelle , et qui vou attend, bannissez l'iniquité de votre ame : vous en bann^^ez la sourc de vos peines; vous jouirez de la paix de l'innocence, vous vivre heureux sur la terre; et ce bonheur temporel ne sera que le commen cernent d'un bonheur qui ne finira plus. j^fnsi soit-il.

SERMON

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