‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 71 sur 131 · TO I*' DIMANCHE DE CAREME · texte numérisé non relu

TO I*' DIMANCHE DE CAREME

tez ici, femmes du monde, nous annonce-t-elle cette disposition? Les mêmes soins d*indécence et de vanité qui tous préparent aux spectacles profanes, ne vous condnisent-ils pas à nos instructions où le monde est condamné ? Y faites-vous quelque différence ? et ne semble-tril pas , ou que nous devons j annoncer les maximes insensées des théâtres , ou que vous n*y venez vous-mêmes que pour insulter , par un appareil indécent , même selon le monde, aux saintes maximes de l'Evangile.

Mais, que dis-je, mon cher Auditeur? Loin de vous reprocher tant de vérités jusqu'ici entendues sans fruit, hélas! vous vous savez peut-être bon gré d'y être insensible ; peut-être vous faites-voua une espèce de force et de vanité déplorable de nous écouter de sangfroid; vous regardez peut-être comme un bon air et une supériorité d'esprit, que cequi touche tous les autres vous laisse tout seul calme et tranquille; vous faites peut-être ostentation de votre insensibilité; il semble que ce seroit une foiblesse à vous d'être sensible à des vérités qui triomphèrent autrefois des philosophes et des Césars : à des vérités descendues du ciel, et qui portent avec elles des caractères si divins d'élévation et de sagesse ; à des vérités qui font tank d'honneur à l'homme , et les seules dignes de la raison ; à des vérités si consolantes pour le cœur , et seules capables de porter la paix a|. la tranquillité au dedans de nous-mêmes; à des vérités enfin, qui nous proposent de si grands intérêts , et pour lesquelles on ne peut être indifférent sans fureur et sans extravagance. Vous vous vantez d u peu de succès de notre zèle ; et que tous nos discours vous laissf*nt tels qu'ils vous trouvent ; et vous croyez par-la faire honneur à votre raison. Je ne vous dis pas que vous vous vantez d'être dans ce fond de l'abîme, et dans cet état de réprobation, où il n'est presque plus de ressource , ce qui est digne en même temps d'horreur et de pitié ; mais je vous. dis que la marque même la plus sûre d'un esprit frivole et léger, d'une raison médiocre et bornée, d'un cœur mal fait et incapable de grandeur et d'élévation , c'est de ne trouver rien qui frappe, qui étonne, qui satisfasse, qui intéresse dans les vérités si sages et si sublimes de la morale de J. C.

Car du moins les pécheurs d'un antre caractère conservent encore un reste de respect ^ et une certaine sensibilité pour la vérité , qui subsiste avec une vie d'ailleurs criminelle, mais qui est toujours la marque d'un bon cœur , d'un cœur à qui il reste encore du goût pour 1 e bien ; d'une raison sensée , qui , quoique entraînée par le monde et par les passions , sait se rendre justice , sent encore la force de la vérité qui la condamne , et laisse en nous des ressources de salut et de repentir. Ces pécheurs conviennent du moins que nous avons raison . Ils ne changent rien à lenrs mœnrs, il est vrai ; mais du moins la vérité les touche, les trouble, les agite, excite en eux defoibles désirs de salut, et des espérances d'une conversion à venir. Ils sont fâchés même de se trouver trop sensibles aux terreurs de la foi; ils craignent presqtie de nous entendre, de peur de perdre cette

fausse Iranquillité, qui fait toute la douceur de leurs crimes; ils cherchent, au sortir de nos discours, à se dissiper, pour égayer un fonds de trouble et de tristesse, que les vérités entendues ont laissé dans leur ame; ils vont aussitôt porter au milieu du monde et des plaisirs , Taiguillon secret que la parole de Dieu a laissé dans leur cœur, afin d'y trouyer une main flatteuse qui l'arrache, et qui re« ferme la plaie d*où devoit sortir leur guérison; ils craignent qu'on ne brise leurs fers ; ils tournent la tète pour ne pas Yoir la lumière qui vient troubler la douceur de leur sommeil. Ils aiment leurs passions, je l'avoue, mais du moins ils n'insultent pas à la vérité; au contraire, ils rendent gloire à sa puissance en se faisant des remparts contre elle; ce sont des pécheurs foibles qui, craignant de ne pouvoir se défendre contre Dieu, le fuient et l'évitent.. Mais pour vous , vous vous faites une gloire affreuse de l'attendre de sang- froid ^ et de ne pas le craindre; vous trouvez de l'élévation et de la philosophie à vous mettre au-dessus de ces terreurs vulgaires ; voi^s croyez qu'une crainte r^igieuse déshonoreiroit l'orgueil de votre raison; et tandis qu'en secret vous êtes l'ame la plus lâche et la plus timide, la plus abattue au premier péril qui vous menace^ la moins ferme contre les événemens , la plus agitée au gré des espérances et des craintes frivoles de la terre , vous vous piquez de courage contre la vérité; c'est-à-dire , vous avez tout ce qu'il y a de bas et de vulgaire <lans la crainte , et vous rougissez d'en avoir ce qu'il y a de grand et de raisonnable; vous n'avez point de force contre le monde, et vous faites parade d'une valeur insensée contre Dieu*

Seconde disposition qui doit vous conduire à nos instructions , une douleur sur le peu de fruit que vous en avez retiré jusqu'ici. La dernière, c'est un sentiment de reconnoissance sur ce moyen de salut que Dieu vous ménage en vous conservant le dépôt de la vérité^ et continuant au milieu de' vous la succession des ministres seuls autorisés à vous annoncer la parole sainte.

£n effet , le plbs terrible châtiment dont Dieu frappoit autrefois les iniquités de son peuple , c'étoit de rendre au milieu d'eux sa parole rare et précieuse. Ils parcourront , dit-il dans son iProphéte {Amos, 8 ; 12), de l'Orient à l'Occident pour chercher quelqu'un qui leur annonce ma parole, et ils ne le trouveront pas. Et nonseulement il nesuscitoit plus de véritable Prophète dans I.sritël, mais il permettoit qu'il s'élevât au milieu de son peuple de fpuz docteurs qui détoumoient les tribus de son culte, et venoientJcur prêcher des dieux que leurs pères n'avoient pas connus.

Or, c'est une miséricorde de Dieu- bien signalée, M. F. , que malf gré les iniquités qui semblent montées à leur comble parmi vous, il vous suscite encore des Prophètes et des Pasteurs qui vous annoncent une parole saine et irrépréhensible. C'est une protection du Seigneur, bien singulière, de n'avoir pas permis que Perrenr ait prévalu sur la vérité an milieu de nous, comme parmi tant de peuples voisins de cette monarchie, et que l'étincelle du schisme et de

a7a I**^ DIMANCHE DE CAREME,

la nouveauté, qui s'éleva le siècle passé, et qui pensa embraser toute l'Europe , n'ait pas désolé tout son héritage ^ et succédé dans iios Gaules , où elle sembloit avoir pris naissance et on elle avoit déjà fait de si tristes progrès, à la foi de nos pères.

Ouï, M. F. , c'est sa bonté toute seule qui a conservé la paix à ce troupeau, la liberté à notre ministère, la succession légitime à nos pasteurs, les usages anciens et vénérables au culte, le dépôt de la doctrine et de la vérité à nos Eglises. Combien d'infortunés dans les lieux où l'erreur est sur le trône, trouvent aujourd'hui aux pieds des mêmes chaires où leurs ancêtres avoient ouï les paroles de la vie éternelle et l'Evangile de paix , une doctrine de mort , de rébellion et de mensonge ! Combien d'ames séparées de l'unité , mais disposées à recevoir la vérité et à l'aimer, ne périssent que parce qu'on leur propose l'erreur revêtue des apparences de la vérité , et qu'on se sert pour les perdre de la même docilité qui auroit dû les sauver !

Eh ! qu'avez-vous fait qui méritât qtie vous fussiez discernés de tant de nations séduites ? pourquoi n'avez -vous pas été enveloppés dans la même condamnation? pourquoi avez -vous habité cette heureuse terre de Gessen, seule éclairée des lumières du ciel , tandis que tout le reste de l'Egypte fut frappé de ténèbres ? N'est-ce pas la miséricorde de Dieu toute seule, qui vous a discernés de tant de peuples qui s'applaudissent de leurs erreurs et deleur schisme ? Vous êtes encore sous les yeux de vos pasteurs ; vous recevez encore la doctrine des Apôtres des mains de leurs successeurs; la vérité coule encore sur vous d'une source pure et divine ; les chaires chrétiennes retentissent encore de toutes parts des maximes dé la foi et de la piété ; et la bonté de Pieu vous ménage encore raille moyens de salut, en vous conservant ce* lui de l'instruction et de la doctrine.

Cependant venez-vous nous écouter avec un cœur touché de reconnoissance ? Regardez-vous comme un bienfait signalé de Dieu sur vous, le dépôt de la vérité et de la parole sainte qu'il vous a conservé et qu'on vous auAonce encore? Dites- vous quelquefois avec le Prophète : Il.rCen apcLS usé de même envers tant de nations , auxquelles il ne daigne pas manifester ses jugemens et ses justices (Ps. i47i 20)? .

Hélas !vous ne portez ici qu'un dégoût d'irréligion et de vanité; les joaomens les plus ennuyeux sont ceux que vous employez à écouter des vérités qui devroient faire toute la consolation de votre vie; vous êtes fâchés que la religion du Maître vous en fasse une espèce de devoir et de bienséance. Nous sommes même obligés de respecter vos ennuis et vos dégoûts , en mêlant souvent à la, vérité, des ornemens humains qui toujours l'affoiblissent : il semble que, nous venons ici vous parler pour lious; et vous nous écoutez comme des importuns qui yiendroient vous demander des grâces. Au milieu d'un spectacle profane, vous n'avez point de regret auxmoroens que des plaisirs si frivoles occupent : c'est là que toutes les pensées d'affaires ,

de fortune, de famille cessent: et que tout le reste oublié, Tesprit né pour des choses plus sérieuses , se repaît avidement d'aventures chimériques: c'est delà qu'on sort toujours plein, occupé, trans* porté des maximes lascives qu'un théâtre criminel a chantées. On ea repasse les endroits qui ont fait sur le cœur des impressions plus dangereuses ; on en porte le souvenir jusqu'aux pieds des autels. Ces images si farales à l'innocence ne peuvent plus s'effacer ; et au sortir de la' parole sainte, tout ce que vous en avez retenu, ce sont peut* être les défauts de celui qui vous l'a annoncée. ,

M. F. , Dieu ne punit plus d'une manière sensible le mépris de sa parole. Il pourroit encore sans doute transporter son Evangile au milieu de ces nations barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui , et abandonner de nouveau son héritage : il pourroit tirer du fond de le^rs déserts , deà peuples féroces et infidèles , et leur livrer nos temples et nos foyers , comme il leur livra autrefois ces églises si célèbres, que les Tertullien, les Cyprien, les Augustin, aivoient illustrées, et où il ne reste plus maintenant de traces de Christianisme, que dans les outrages que J. C.y reçoit , et dans les fers dont les Fidèles y sont chargés : il le pourroit ; mais il se venge plus secrètement , et peut-être plus terriblement. Il vous laisse encore le spectacle et tout l'appareil extérieur de la prédication de l'Evangile ; mais il en détourne le fruit sur les simples et sur les ignorans qui habitent les campagnes ; les terreurs de la foi ne sont plus que pour eux. Il ne retire plus ses Prophètes du milieu des villes ; mais il leur ôte , si j'ose parler ainsi , la force et la vertu de leur ministère : il frappe ces nuées saintes d'aridité et de sécheresse : il vous en suscite qui vous rendent la vérité belle,.. mais qui ne vous la rendent pas aimable ; qui vous plaisent, mais qui ne vous convertissent pas : il laisse affoibl^r dans nos bouches les saintes terreurs de sa doctrine ; il ne tire plus des trésors de sa miséricorde de ces hommes extraordinaires suscités autrefois dans les siècles de nos pères, qui renouveloient les villes et les royaumes , qui entrainoient les Grands et ïe peuple, qui changeoîent les palais des rois en des maisons de pénitence, des Bernard et des Vincent Ferrier dans nos Gaules, des Raymond en Italie, des Dominique dans toute l'Europe, des Xavier dans un nouveau monde : il permet que nous^

hommes foibles, succédions à ces hommes apostoliques.

Que dirai- je encore ? nous assemblons ici , comme autrefois Paul au milieu d'Athènes, des spectateurs oisifs et curieux, qui ne se proposent que d'entendre quelque chose de nouveau; tandis que ceux qui éyarigélisent vos terres et vos vassaux , voient avec consolation à leurs pieds ^ comme autrefois Esdtas, des Israélites simples qui ne peuvent retenir leurs larmes en entendant seulement les paroles de la loi. Nous amusons le loisir et l'oisiveté des princes et des Grands de la terre, tandis qHie des ministres saints enfantent J. C. , et recueillent une moisson abondante au milieu des campagnes : Massillon, toub i. z9

2;4 I**^ DIMANCHE DE CAREME.

en un mot, nous discourons , et ils convertissent. C'est ainsi , 6 mon

Dieu , que vous exercez en secret des jugemens terribles et sévères.

Mais , M. F. 9 que ne nous est-il permis de vous dire ici ce que Paul et Barnabe disoient autrefois aux Juifs infidèles ! Vous étiez les premiers a qui il failoit annoncer les paroles de salut : mais puisque TOUS les rejetez , et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous allons donc vers les nations abandonnées, vers ces pauvres peuples, enseyelis dans l'ignorance, qui cultivent vos terres, et qui recevront avec foi et avec reconnoissance , la grâce que vous rejetez : Fobis oportebat prîmùm loqui verbum Dei ; sed quoniam repellitis illud, et indignas vos judicatis œternœ vitœ, ecce converùmur adgentes ( Jet. i3 ; 46 ). Ah ! nos travaux seroient bien plus utiles, notre joug ^lus adouci, notre ministère plus consolé! nous ne compterions pas parmi ceux qui nous écoutent des noms célèbres dans rhlstoire ! mais nous y compterions les noms de ceux qui sont écrits daus le ciel ! nous n'y verrions pas assemblés tous les titres et toutes les hautes dignités qui forment toute la gloire et toute la figure du monde qui passe; mais nous y verrions la foi, la piété » l'innocence qui font toute la gloire du Chrétien, qui demeure éternellement ! nous n'y entendrions pas de vains applaudissemens donnés AU. langage de l'homme et non à celui de la foi ; mais nous y verrions ■couler des larmes , qui sont la louange immortelle de la grâce I nos chaires ne seroient pas environnées de tant de pompes ; mais nos auditeurs seroient un spectacle digne des anges et de Dieu î

Telles sont les dispositions qui doivent vous préparer à nos instructions. Il faut vous instruire encore sur l'esprit dans lequel vous devez nous entendre.

SECONDE PARTIE

Pour vous instruire sur l'esprit dans lequel vous devez écouter la parole sainte, il n'y a qu'à établir d'abord quelle est son autorité et sa fin. Son autorité, qui est divine, demande de vous un esprit de respect et de docilité ; sa fin , qui est la conversion des cœurs , un esprit de foi qui n*y cherche que des lumières pour sortir de ses erreurs , et des remèdes pour la guérîson de ses maux.

Je dis d'abord que son autorité est divine. Oui, M» F. , la parole que nous vous annonçons , n'est pas notre parole; mais la parole de celui qui nous envoie. Dès qu'il nous a établis dans le saint ministère par la voie d'une vocation légitime, il veut que vous nous regardiez comme des envoyés qui vous parlent ici de sa part , et qui ne font que prêter leur foible voix à sa divine parole. Nous portons , il est vrai, ce trésor dans des vaisseaux de boue; mais il n'en perd rien pour cela de sa majesté. Semblables à ces vaisseaux de terre dont Gédéon se servit autrefois contre les ennemis du Seigneur, le

ton «n pent être vil et méprisable; mais la vérité, eette lumière divine que Dieu a mise eu nous , n*ea est pas moins descendue du ciel, et destinée, comme les lampes de Gédéon, à frapper encore aujourd'hui de terreur les âmes infidèles.

Or, TOUS devez premièrement a l'autorité de cette divine parole » une pieuse docilité , et Técouter comme disciples plutôt que comme juges. En effet, ce sont les règles du culte et de la piété que nous vous exposons, les décisions deTEvangile, les lois de l'Eglise, les maximes des Saints. Noua ne venons pas vous porter ici nos opinions , nos préjugés , nos pensées : ce n'est pas ici une chaire de contention , c'est le lieu de la vérité : rien de ce qui peut être contredit ne doit trouver sa place dans la chaire de la paix^t de l'unité : nous n'y par* Ions qu'au nom de l'Eglise, et ne soimmes ici que les interprètes de sa foi et de sa doctrine.

Cependant, combien de ces hommes sages à leurs propres yeux , et qui se piquent de force et de' raison, n'y viennent qu'avec un esprit préparé, et comme en garde contre toutes les terreurs de la parole sainte ! Ils ne font pas gloire, comme lés pécheurs dont nous avons déjà parlé , d'être insensibles à toute vérité ; mais ils regardent notre ministère comme un art d'exagération et d'hyperbole : les plus saints mouvemens du zèle ne sont dans leur esprit que les tours étudiés d'un artifice humain ; les menaces les plus terribles ^ des saillies d'une vaine éloquence ; les maximes les plus incontestables, des discours où il entre plus d'usage que de vérité ; les arrêts les plus capables d'alarmer les consciences, des façons dè'parrler dont il est permis à chacun de rabattre. C'est, M. F., la situation déplorable où vous vous trouyez ici la. plupart. Voua^oppc^sez sans cesse tout ba^ à la vérité que noua annonçons , ks maximes et les préjugés du monde qui la contredisant; vous êtes in^nieux à affoi* blir au dedans de .vous, par des raisons spécieuses, Texeès prétendu de nos maximes : vous venez ici combattre la vérité,' et non pas céder à sa force et à sa lumière : vous- n'y venez ylce semble, que pour entrer en contestation avec Dieu, .infinner réternelie iramutabililé de sa parole , prendre les intérêts du mensonge contre la gloire de la vérité , et être les apologistes seorets du monde el des passioils dans le lieu saint même destiné à les condamner et à les combattre. Ah 1 souffrez du moins qu'elle triomphe, cette vérité , dans son temple; ne lui disputez pas cette foible victoire, à elle qui a t-riomphé autrefois de tout l'Univers : opprimez-la , à la bonne heure , au mi* lieu du monde, et dans ces assemblées de vanité que l'erreur as« sembhe , et où l'erreur es^t sur le tr6ne« N'est-ce pas assez que vous l'ayez bannie du monde, et qu'elle n'ose plus s'y montrer sans s'exposer à des dérisions et à des censures ? Laissez-nous du moins la triste consolation d'oser encore la publier à la fJte de ces autels qu'elle a élevés, et qui doivent du moins lui servir d'asile.

Vous nous accusez d'exagérer : grand Dieu! et vous nous ju-« gères peut- être* un jour sur ce que nous aJfoiblissons la force et

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î»76 r* DliMAîrCHE DE CAREME.

]4 vertu de yotre parole pour ne Tavoir pas assez méditée aux pieds des autels! et vous nous reprocherez peut-être un: jour d'avoir accommodé la sainte sévérité de voirez Evangile anx indulgences et aux adoucissemens de nos. siècles ! et tous nous rangerez peut-être un jour parmi le^ ouvriers jdUniquité, parce que la tiédeur et la négligence de nos moeurs aura 6té à la parole que nous annonçons » cette terreur et cette -Véhémence divine , qu'elle »e sauroit trouver que dans une bouche consacrée par la piété et par la pénitence I

£h i quoi t M* F. , les vérités du salut , telles que J. C. nous les a proposées , ne sauroient-elles alarmer le&eon sciences, si l'esprit de l'homme n'y ajoute des terreurs étrangères 1 Paul exagéroit donc autrefois , lorsque ce gouverneur romain , malgré l'orgueil d'une fausse sagesse et lea préjugés d'unicvke idolâtre , frémissoit ^ dit S. Luc , en l'entendant parler de la justice^ de la chasteté , et du spectacle tçrrible d'un jugiement à venir? Paul exagéroit donc, lorsque les liabilans des villes venoient se frappant la poitrine « fondant en larmes à Ses pieds, et portant au milieu des places publiques les livres lascifs ou impies, et les, autres in&trumens de leurs passions , pour en faire un sacrifice au Seigneur ?

Vous nous accusez d'ajouter de nouvelles terreurs aux paroles de l'Ëvangile : mais où sont les consciences <qiie*nous troublons? où >ont les pécheurs que nous alarmons ? où sont les âmes mondaines qui , saisies 4^frayewr au sortir de nos discours ,' vont se cacher au .^nddes solitudes, et expterpar'de saints excèsi^e pénitence, les dissolutions de leurs mceurs passées? Les siècles qui nous ont précédés;, ont vu souvent de ces exemples ; les noires envoient-ils encore quelquefois ? Ah ! plût à Dieu que vous pussiez me convaincre d*avoir inspiré à une seule ame ces terreurs salutaires , disoîLautrefois saint Amliraisc à quelques- sages mondains ^e son temps, qui l'accusoîent dJexagérer les périls et ia corruption du- monde , et de faire prendre à trop de filles chrétiennes le parti de. la> sainte virgi- AÛté ; et je puis .vous- le dire ici avecbien plus déraison i^ut ce grand tiomme : Utinam convineerer (S, Ainb\ de yirginit,-L i , c.-S ) I Plût à Dieu qu'on pût me montrer les suites d'une indiscrétion si heureuse I Ùiinarn tanti crimim^^probaretur effec.tus ! Plût à Dieu que vous eussiez des exemples à nous reprocher pour justifier vos censures! Utinam me eœempUs potiùs argueretis^ quàm sermàhibus cœderetis ! AhJ nous souffririons le blâme avec plaisir, si l'on pouvoit nous montrer le succès qu'on nous reproche iNùri itererer invidiamy si efficaciam recognoscerem ! i ' . ,

Hélas ! nous ne ménageons peut*étre que trop votre foiblesse ; nous respectons peut-être trop des coutumes qu'un lortg usage a consacrées , de peur de paroîtré censurer les grands exemples qui les autorisent ; nous n'osons presque parler de certains désordres \ de peur que nos censures ne paroissent plutôt tombée sur les personnel, que sur les vice,s ; nous nous contentons de vous montrer de.loin des érités qu'il faudroit vous mettre sous l'œil , et v^tce si^ut même

souffre souvent de l'excès de nos précautions et de notre timide prudence. Que dirai -je? la foiblesse nous arrache souvent des éloges , oii le zèle devroit placer des analbèmes et des censures ; nous nous laissons, comme le monde, éblouir par les noms et par les titres; ce qui encouragea les Ambroise, nous afPoiblit ; et parce que nous vous devons du respect , nous vous refusons souvent la vérité que nous devpns encore respecter davantage : et après cela, vous nous accusez d'exagérer , d*otttrer les vérités , et d'en former des fantômes de notre façon, pour alarmer ceux qui nous écoutent.

Mais, que nous reviendroit-il d'un artifice si indigne de la vérité qui nous est confiée ? Ces déclamations outrées et puériles pouvoient convenir à Téloquence vénale de ces Sophistes qui , au milieu des écoles de là Grèce, cherchoieut à s'attirer des disciples en vantant la sagesse de leur secte. Mais pour nous, M. F., eh ! nous vou* drions pouvoir vous adoucir le joug, loin de le rendre plus pesant ; nous voudrions pouvoir vous faciliter la voie , loin d'y jeter de nouveaux obstacles. Que ne pouvons-nous , comme le pasteur de l'Evangile, vous porter nous-mêmes sur les épaules , pour vous épargner les fatigues du chemin ! Pourquoi vous dégoùterionsnoos de l'entreprise du salut, en vous y représentant des difficultés chimériques ? C'est à nous à vous aplanir celles qui s'y trouvent en effet , et à vous tendre la main pour soutenir votre foiblesse.

Méditez la loi de J. C. , M. F.; que dis-je ? ouvrez seulement l'Evangile, ec lisez : alors vous comprendrez que nous tirons un voile de discrétion sur la sévérité de ses maximes : alors , loin de vous plaindre de nos excès , vous suppléerez vous-mêmes à notre silence et à nos adoucissemens ; et vous vous direz ce que nous craignons de vous dire , parce que vous ne pourriez pas le porter. Grand Dieu! porter sa croix chaque jour, mépriser le monde et tout ce qiu'il renferme, vivre conime étranger sur la terre, ne s'attacher qu'à vous seul , renoncer à tobt ce qui flatte les sens, se renoncer sans cesse soi-même, regarder comme heureux ceux qui pleurent et qui sont affligés ; voilà le'préeis de votre loi sainte.' £h ! que peut ajouter l'esprit humain à la' rigueur de cette doctrine? que pourrions-nous vous annoncer de plus triste et de plus formidable à l'amour-propre? Aussi, vos reproches ne sont qu'un vain. langage du monde , et une de ces façons de parler que nul n'approfondit , et que chacun adopte : votre conscience les dément en secret ; et quand vous parlez de bonne foi , vous convenez que nous avons raison, et que l'Evangile est un ^ pré4icateur bien plus sévère et plus effrayant pour le monde et pour ceux qui l'aiment , que nous ne saurioi^s jamais l'être nous-mêmes.

Premier devoir qu'eiige de vous l'atttorité de la parole sainte, un

esprit de docilité.

Vous devez, en second Heu, à l'autorité, de celte parole,, un es^ prit de sincérité et d'application sur vous-même; c'est-à-dire, être toi «a ctt^ear figoaceiix^^e 'vo^évpi^optc conscience y -^imr sans

17* I" DIMANCHE DE CAREME,

cesse sons les yeux , d'un côté i*état de votre ame» de l'autre les fé^ rites que noua annonçons ; vous mesurer sur cette règle; vous approfondir dans cette lumière; vous juger par cette loi; écouter 5 comme adressées à vous seul, les saintesL maximes annoncées à la multitude ; vous regarder comme seul ici Rêvant J. C. qui parle à vous seul par notre bouche, et qui peut-être même ne nous*envote ici que pour vous seul. Car ^ M. F. , nul ne prend ici pour soi la vérité qui l'attaque et qui le condamne ; nul ne s'y croit un peraou'» nage intéressé : il semble que nous nous formons à plaisir des fan- , tomes pour les combattre , et que la réalité du pécheur que nous attaquons , ne se trouve nulle part. L'impudique ne se reconnoit point dans le» traits les plus vifs et les plus ressemblans de sa passion» L'homme chargé d'un bien mal acquis , et peut-être du sang et de la dépouille des peuples , condamne avec nous cette injustice dans les autres , et ne voit pas qu'il se juge lui-même. Le courtisan , dévoré d'ambition , et qui sacrifie tous les jours à cette idole la conscience et la probité, convient delà bassesse de cette passion dans ses semblables , et la regarde comme une vertu , ou comme la grande science de la Cour, pour lui-même. Chacun s'envisage toujours par certains côtés favorables qui l'empêchent de se reconnottre tel qu'il est. Nous avons beau, pour ainsi dire, le montrer au doigt, on trouve toujours en soi certains traits adoucis qui changent la ressemblance. On se dit tout bas à soi»même : Je ne suis pas cet homme. £t tandis que le public nous applique peut-être des vérités si ressemblantes , seuls , ou nous réussisspns à nous y méconnoitre , ou nous n'y découvrons peut-être que les défauts de nos frères; nous cherchons à nos propres portraits des ressemblsmoes étrangères; nous sommes ipgénieux à détourner sur les. autres le coup que la vérité n'avoit porté que sur nous; la malignité des applications est Tunique fruit que nous retirons de la peinture que la chaire fait de nos vices » et nous jugeons témérairement nos frères, où noua aurions dû nous juger nousrmêmes. Et c'est ainsi, ô mon Dien, que les hommes corrompus abusent de tout, et que la lumière même de la vérité ferme leurs yeux sur leurs propres égareinens , et ne les puvre que pour voir dans les autres , ou ç^ qui n'est pas, ou ce qu'elle auroit dû leur cacher!

Tels sont les devoirs qu'exige de vous l'autorité delà parole sainte. Venons à ceux qui sont attachés à sa fin : sa fin , M. F. , vous le savez, c'est la conversion des cœurs , l'établissement de la vérité , la destruction de l'erreur et du péché , la sanctification du nom de J.C. Tout y est grand , tout y est sérieux , tout y est digne de la plus sublime fonction de la hiérarchie ; et delà , il est aisé de conclure que vous devez nous écouter avec i^i^ esprit de respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours^ et avec un esprit de foi qui n'y cl^erche rien d'humain , rien de frivole, rien qui ne réponde à l'excellence et à*la dignité de sa fin.

: Je -^is jin esprit de respect religioix 9 qui neii^épriae pas la sim-

plîcité de nos discours y car, quelque éclairé que vous soyez d'ail* leurs , TOUS ne devez pas vous faire dé vos prétendues lumières un titre pour négliger les instructions que l'Eglise donne aux Fidèles. Augustin , déjà si célèbre à Milan par ses talens et par son élo« quence , ne dédaignoit pas d'assister assidûment aux instructions publiques du grand Ambroise. L'onction de l'esprit vous apprendra toujours ici ce que vous ignorez peut-être encore : si vous avez la science qui enfle , vous vous affermirez dans la charité qui édifie ; si votre esprit n'y apprend rien de nouveau, votre cœur y sentira peut-être des choses nouvelles : vous y apprendrez du moins que votre savoir n'est rien, si vous ignorez la science du salut; que vous n*étes q^u'nne nuée sans eau, élevé à la vérité par vos talens et par vos connoissances sur le reste des hommes , mais vide de grâce, et le jouet des vents et des passions devant Dieu ; et qu'enfin , une ame simple et pure apprendra tout en un instant dans le sein de Dieu , et sera transformée de clarté en clarté ; au lieu que vous, après une vie entière de veilles et de travail, et un amas inutile de connois« sances et de lumières , n'aurez peut-être pour partage que les té« nèbres éternelles.

Quel abus , M. F. , de se bannir de ces assemblées saintes , sous prétexté qu'on en sait assez , et peut-être aussi qu'on est assez instruit des devoirs de la piété dont on fait profession depuis long-temps ; et que des lectures chrétiennes et un peu de réflexion dans la re« traite, mènent plus loin , et sont plus utiles que tous nos discours ! Mais, mon cher Auditeur, si vous faites profession de la piété et de la justice, quelle plus douce consolation pouvez -vous avoir, que^ d'entendre publier les merveilles du Seigneur, les ordonnances de sa loi sainte , des vérités que vous aimez , que vous pratiquez , et dont TOUS devez souhaiter que la connoissance soit donnée à tous les hommes ? Quel spectacle plus consolant pour vous , que de voir vos frères assemblés ici au pied de l'autel,- attentifs à la parole dévie, éloignés des spectacles du monde et des occasions du péché, formant de saints désirs , ouvrant leurs cœurs à la voix de Dieu , concevant peut -être les prémices de l'Esprit saint et les commencemens de leur pénitence ; et de pouvoir vous unir à eux pour obtenir du Père des miséricordes, qu'il achève dans leur ame l'ouvrage du salut qu'il a commencé d'y opérer.

Ce n'est pas que la méditation des divines Ecritures ne fournisse à la piété chrétienne des ressources consolantes. Mais le Seigneur attache à la vertu de notre ministère et à la vocation légitime, des grâces que tous ne trouverez pas ailleurs. Les vérités les plus simples dans la bouche des pasteurs , ou de ceux qui vous parlent à leur place , tirent de la grâce de leur mission une force qu'elles n'ont pas tontes seules , et le même livre d'Isaïe , qni , lu dans un char par cet officier de la reine d'Ethiopie , éloit pour lui un livre fermé, et amusoit son loisir sans éclairer sa foi , développé par Philippe , devint à l'instant pour lui une parole de vie et de saJut» Et enfin , vous devez

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c€t exemple à tos frères , cette édification à l'Eglise, ce respect à la parole de J. C. , cette uniformité à l'Esprit de paix et d'anité qui sous lie. Eh 1 bannissez-vous , à la bonne heure , de ces assemblées profanes et criminelles, où la piété est toujours gémissante, étran-^ gère , contrainte. Mais c'est ici sa place , c'est l'assemblée des Saints, puisque ce n'est que pour les former que notre ministère a été établi , et se perpétue encore dans l'Eglise.

J'ai dit , en second lieu , un esprit de foi ; et cette disposition en renferme deux : un amour pour la parole sainte, indépendante des talens de l'homme qui vous l'annonce ; un goût formé par la religion , qui ne vienne pas y chercher de vains omemens , mais les vérités solides du salut ; c'est-à-dire, ne l'écouter ni avec un esprit de censure , ni avec un esprit de curiosité.

Et en effet , votre amour pour la parole de J. C. doit vous aveugler, pour ainsi dire , sur les défauts de ceux qui vous l'annoncent. Vous devez la trouver belle, divine, digne de tous vos hommages dans Une bouche même impolie et grossière. Sous quelque couleur qu'on vous la présente , revêtue d'ornemens pompeux , ou simple et négligée , pourvu que vous en reconnoissiez encore les traits célestes, elle a les mêmes droits sur votre cœur. Et certes, perd-elle quelque chose de sa sainteté pour passer par des canaux moins brillans et moins riches ? Que le Seigneur parlât autrefois à travers un jbuisson vil et méprisable aux yeux, ou sur une nuée de gloire; qu'il rendit ses oracles au milieu du désert et dans un tabernacle couvert de peaux d'animaux , ou dans le temple de Salomon, le plus roagnilique qui ait jamais été élevé à la gloire de son nom , sa parole sainte y perdoit - elle quelque chose de sa dignité ? et comme c'étoit le même Seigneur qui parloit par-tout, la foi d'Israël y faisoit-elle quelque différence ?

Cependant , parmi tous ceux qui nous écoutent, il en est peu aujourd'hui qui ne s'érigent en juges et en censeurs de la parole sainte. On ne vient ici que pour décider du mérite de ceux qui l'annoncent ; pour faire des parallèles insensés, pour prononcer sur ia différence des jours et des instructions. On se fait honneur d'être difficile ; on passe sans attention sur les vérités les plus étonnantes , et qui seraient d'un plus grand usage pour soi; et tout le fruit qu'on retire d^un discours chrétien , se borne à en avoir mieux remarqué les défauts que tout autre. De sorte qu'on pent appliquer à la plupart de nos Auditeurs, ce que Joseph, devenu le sauveur de l'Egypte , disoit par pure feinte à ses frères : Ce n'est pas pour cherdier le froment et la nourriture, que vous êtes venus ici; c'est comme des espions qui venez remarquer les endroits foibles de cette contrée : Exploratores estis ; ut videatif infirmiora terrce , venistis {Gen» 4^ 9 9)' Ce n'est pas pour vous nourrir du pain de la parole , et chercher des secours et des remèdes utiles à vos maux , que vous venez nous écouler, c'est pour trouver où placer quelques vaines censures , et vous faire honneur de nos défauts, qui sont peut-être

SUR LA PAROLE DE DIEU. a8i

une punition terrible de Dieu sur vous , lequel refuse à vos crimes des ouvriers plus accomplis , et qui auroient pu vous rappeler à la pénitence : Expîoratores estis ; ut videatis infirmiora terrœ, venistiSm

Mais, de bonne foi, M. F., quelque foible que soit no,tre lan-^ gage, n'en disons- nous pas toujours assez pour vous confondre^ pour dissiper vos erreurs , et pour vous faire convenir en secret des égaremens que vous ne pouvez vous justifier à vous-mêmes ? Faut« il des talens si sublimes pour vous dire que les fornicateurs , les avares et les hommes sans miséricorde n*cntreront jamais dans le royaume de Dieu; que si vous ne faites pénitence, vous périrez ^ et qu'il ne sert de rien d'être possesseur du monde entier, si l'on vient à perdre son ame ? N'est-ce pas la simplicité même qui fait toute la force de ces divines vérités? et dans la bouche du plus obscur de tous les ministres seroient-elles moins effrayantes ?

Et d'ailleurs, s*il étoit permis de nous recommander ici nousmêmes , comme le disoit autrefois TApôtre à des Fidèles ingrats « pins attentifs à censurer la simplicité de son extérieur et de son langage, et sa figure méprisable, comme il dit lui-même, aux yeux des hommes , que touchés des fatigues et des périls infinis qu'il avoit essuyés pour leur annoncer l'Evangile et les convertir à la foi; s'il éloii permis , nous vous dirions : M. F., nous soutenons pour vous tout le poids d'un ministère pénible; nos soins, nos veilles, nos prières , les travaux infinis qui nous conduisent à ces chaires chrétiennes , n'ont point di'autre objet que voire salut. Eh î ne méritonsnous pas du moins que vous respectiez nos peines ? Le zèle qui souffre tout pour vous assurer le salut, peut-il jamais devenir le triste sujet de vos dérisions et de vos censures? Demandez à Dieu, à la bonne heure, pour la gloire de l'Eglise et poaci*^onneur de son Evangile, qu'il suscite à son peuple des ouvriers puissans en parole; de ces hommes que l'onction seule de l'Esprit de Dieu rend éloquens , et qui annoncent l'Evangile d'une manière digne de son élévation et de sa sainteté ; maïs quand nous y manquons , que votre foi supplée a nos discours ; que votre piété rende à la vérité dans vos cœurs ce qu'elle perd dans notre bouche; et par vos dégoûts in- • justes, n'obligez pas les ministres de l'Evangile à recourir, pour vous plaire, aux vains artifices d'une éloquence humaine, à briller plutôt qu'à instruire, et à descendre chez les Philistins, comme autrefois les Israélite!^ , pour aiguiser leurs instrumens destinés à cultiver la terre; je veux dire, à chercher dans les sciences profanes, ou dans le langage d'un monde ennemi , des ornemens étrangers pour embellir la simplicité de l'Evangile, et donner aux instrumens et aux talens destinés à faire croître et fructifier la semence sainte, un brillant et une subtilité qui en émousse la force et la vertu , et qui met un faux éclat à la place du zèle et de la vérité : Descendebat ergo omnis Israël ad PhiUsium , ut exacaeret unusquisque vomerern suurn et ligonem ( /. Reg. 1 3 , 20 ).

Et voilà, M. F., le dernier défaut opposé è-oet esprit defaî; un

ft8a r' DIMANCHE DE CAREME.

«^prit de curiosîté. Vous ne distinguez pas assez la sainte graTÎté de notre ministère , de cet art yain et frivole, qui ne se propose que Far» rangement du discours et la gloire de Téloquence ; tous n'assistez à nos discours que comme autrefois Augustin , encore pécheur, assis^ toit à ceux d*Ambroise. Ce n'étoit pas, dit cet illustre pénitent, pour y apprendre de la bouche dis Thomme de Dieu, les secrets de la vie éfernelle, que je cherchois depuis si long- temps, ni pour j trouver des remèdes aux plaies honteuses et invétérées de mon ame , que vous seul connoissiez , 6 mon Dieu ; c*étoit pour examiner si son éloquence répondoit à sa grande réputation , et si ses discours sou* tenoient les applaudi ssemens que lui donnoit tout son peuple. Les vérités qu'il annonçoit , ne m'intéressoient point ; je n'étois touch^ que de la beauté et de la douceur du discours : Rerum autem incu^ riosus et contemptor adstabam y et delectahar suavitate sermonis ( Conf. lib, 5; <:. i3; /i. a).

Et telle est encore aujourd'hui la situation déplorable d'une infinité de Fidèles qui nous écoutent, lesquels chargés de crimes comme Augustin , liés comme lui des passions les plus honteuses , loin de venir chercher ici des remèdes à leurs maux, viennent y chercher de vains ornemens qui amusent les malades sans les guérir; qui font que nous plaisons au pécheur ; mais qui ne font pas que le pécheur se -déplaise à lui - même. Ils viennent , ce semble , nous dire ce que les habitans de Babylone disoieut autrefois aux Israélites captifs : Chantez -nous les cantiques de Sion : Hymnum cantate no» bis (le canticis Sion (^Ps, i36 ; 3). Ils viennent chercher l'harmonie et l'agrément dans les vérités sérieuses de la morale de J. C, dans les soupirs de la triste Sion , étrangère et captive , et veulent que nous pensions à flatter l'oreille , en publiant les menaces et les maxi* mes sévères de l'Evangile : Hymnum cantate nobis de canticis Sion,

O vous ! qui m'écoutez , et que ce discours regarde , rentrez un moment en vous-mêmes ; votre sort est comme déploré aux yeux de Dieu ; vos plaies invétérées ne laissent presque plus d'espoir de gué* rison; vos maux pressent, le temps est court. Dieu, lassé de vous souffrir depuis si long-temps, va enfin vous frapper et vous surprendre. Voilà les malheurs éternels que nous vous prédisons, et qui arrivent tous les jours à vos semblables. Vous n'êtes pas loin de raccomplisserocnt : nous vous montrons le glaive terrible du Seigneur suspendu sur votre tête, et prêt à tomber sur vous; et loin de frémir sur les suites de votre destinée, et prendre des mesures pour vous dérober au glaive qui vous menace , vous vous amusez à examiner s'il brille et s'il a de l'éclat; et vous cherchez dans les terreurs mêmes de la prédiction , les beautés puériles d'une vaine éloquence. Grand Dieu ! que le pécheur paroît méprisable et digne de risée, quand on l'envisage dans votre lumière I

Car, M. F., sommes-nous donc ici sur nue tribune profane, pour ménager avec des paroles artificieuses les suffrages d'une assemblée •oisive \ ou .dftiu l$i chaire chrétienne et à la place d# J. C. , pour voua

VÉRITÉ D'UN AVENIR. a83

instraîre, pour vous reprendre, pour yous aanctifietau noAi «t souf les yeox de celui qui nous envoie ? Est-ce ici une dispute de gloire* un exercice d*esprit et d'oisiveté, ou le plus saint et le plus important ministère de la foi ? Eh I pourquoi venez- vous vous arrêter a nof foibles talens , et diercher des qualités humaines où Dieu seul parle et agit ? I!es instrunens les plus vils n^ sont-ils pas quelquefois les plus propres à la puissance de sa grâce ? Les murs de Jéricho ne tombent-ils pas , quand il lui plait , au bruit des plus fragiles trompettes? Eh ! que nous importe de vous plaire, si nous ne vous chan*geons pas ? que nous sert d*êtTe éloquens, si vous êtes toujours pécheurs ? quel fruit nous revient - il de vos louanges , si vous n*en retirez vous-mêmes aucun de nos instructions? Notre gloire , c'est rétablissement du règne de Dieu dans vos cœurs ; vos larmes toutes seules, bien mieux que vos applaudisseipens, peuvent faire notre éloge ; et nous ne voulons point d'autre couronne que Tous-mémes et votre salut éternel. Jinsi soii'il.

SERMON

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