‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 79 sur 131 · RESPECT DANS LES TEMPLES. S · texte numérisé non relu

RESPECT DANS LES TEMPLES. S

SECONDE PARTIE

DiKir est esprit et yérhé ; et c'est en esprit et en vérité qu'il vent prîndpalefnent qa*on Thonore. Cette disposition d*anéantissement profond , qa< nous înî devons dans nos Temples , ne consiste donc pas seulement dans la posture extérieure de nos corps ; elle renferme encore , comme celle des Bienheureux dans le ciel , un esprit d'adoration, de louange, de prière, d'action de grâces: Benetiicno, et clantas , et graîiarum actio ( Apoc, 7 ; 1 a ) ; et c'est là cet esprit de religion et d'anéantisseifkent , que Dieu demande dé nous dans le Temple saint, semblable à celui des Bienheureux dans leTemple céleste : Eiceciderunt in conspectu throniin/acies^suas ( IhiriJ), Je dis uft esprit d*adoratkMi : car, oomiue c'est idi où Dûen manifeste ses merveilles et sa grandeur su-préme, et o« il descend du ciel pour recevoir nos hommai^es , le premier acntimeni ^ui doit se former en nous, lorsque nous entrons dans ce lieu saij»t , est n« sentimenl de terreur , «le silence et de recueillement profond, d'anéantissement iuténeur à la vue de la majesté du Très-Ha^ , et de notre propre bassesse ; n'être occupés que du I^eu q«i se montre à nous ; sentir tout le poids de sa gloire et de sa présence; reoaeiilîr toute natre attention , toutes nos pensées , tous nos désirs , toute notre ame pour en faire hommage , et la mettre toute entière aux ^neds du Dieu qne nous adorons; oublier toutes les grandeurs de la terre ; ne voir plus que lui, n'être occupés que de lui, ne reconnoilre plus rien de grand que lui; et, par notre profond anéantissement, avouer, comme les Bienheureux dans le ciel, que lui seul est puissant, seul immQrtel} seul grand, seul digne de tout notre amour et de nos hommages.

Mai» hélas, M. F. I où sont dans nos Temples ces âmes cespeotaeuset , qui , saisies d -uoesaîate terreur à la vue d« oeslieax sacrés , sentent Iput le poida de la najeaté du Dieu qm les habite , et ne trouvent point d'antre situation, pour soutenir l'éclatdesa présence, que rimniiol»litéd'nn corps anéanti , et la profondereligion d'une ama qui adore ?'Oùaont ceux que la grandeur de Dieu tonte seule occupe , et qui pendent ici de vue toutes celles de ia terre? Disoçs-le hardiment devant jm roi dont le profond respect aux pieds des ai^tals honore ^tt religion , on vient dans oe Temple saint , fnwk pea honorer le Bien qail'haiûte, maia s'honorer souvent soi-même d'un vain ex-v lérieitr de .piiété, et le faire servir à des vues et à des intérêts que la piété sinoère condamne ; on vient fléchir le genou , oomme Naaman lefléchissoit devant l'autel profane, poura'attirerles regards etsuirra l'exemple (du prince qui adore ; on vient y chercher un autre Dieu , que celui qui paroit sur nos autels; y iaire^a cour à. un autre maître qu'au ATaitre suprême; y chercher d'autres grâces que les grâces du Ciel , et s'y attirer les regards d'un autre rémunérateur , que du Ré* munéraieur immortel. Au milieu mêmed'une foule d'adorateurs , il «si dafis son Temple un Oieu inconnu, comme il ét,oit autrefois a»

3io MARDI DE LA V- SEMAINE,

milieu d*Alhènes la païenne. Tous les regards sont ici pour le Prince , qui n'en a lui-ménie que pour Dieu ; tous les yoeux s'adressent à lui , et son profond anéantissement aux pieds des autels , loin de nous apprendre à respecter ici le Seigneur, devant lequel un grand roi lui-même, qui porte, pour ainsi dire, TUnivers, courbe sa tête et oublie toute sa grandeur, nous apprend seulement à nous servir de .sa religion | et des faveurs dont il honore la vertu, pour en emprun* ter les apparences, et nous élever par-là à de nouveaux degrés de grandeur sur la terre. O mon Dieu ! n'est-ce pas l|i ce que vous annonciez à vos disciples , que viendroient des temps où la foi seroit éteinte , , où la piété deviendroit un trafic honteux , et où les hommes, vivant sans Dieu sur la terre , ne vous connoîtroient plus que pour vous faire servir à leurs cupidités injustes ?

Cette disposition d'anéantissement renferme encore un esprit de prière , car plus nous sommes frappés ici delà grandeur et de la puissance du Dieu que nous adorons , plus nos besoins infinis nous aver- . tissent de recourir à lui, de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède. Aussi , le Temple est la maison de prière où chacun doit venir exposer au Seigneur ses plus secrètes misères; où on l'apaise sur les calamités publiques par des vœux communs; où les ministres assemblés lèvent les mains pour les péchés du peuple; et où les yeux du Seigneur sont toujours ouverts à nos besoins , et 3es oreilles attentives à nos cris. '

Ce n'est pas qu'on ne puisse le prier en tout lieu , comme dit l'Apôtre; mais le Temple est l'endroit où il se rend plus propice, et où il nous a promis d'être toujours présent , pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages. Oui , M. F. ^ c'est ici où nous devons venir gémir avec l'Eglise sur les scandales qui l'affligent , snr les divisions qui la déchirent, sur les périls qui l'environnent, sur l'endurcissement des pécheurs, sur le refroidissement de la charité parmi les Fidèles; nous y venons solliciter avec elle les miséricordes du Seigneur sur son peuple, sa protection sur cette monarchie, où le titre auguste de la foi honore ses Souverains , et sur le Prince qui en est et le protecteur et le modèle ; lui demander la cessation des guerres et des fléaux publics; l'extinction des schismes et des erreurs; la connoissance et l'amour de la justice et de la vérité, pour les pécheurs, la persévérance pour les Justes. Vous devez donc y venir avec un esprit attentif et recueilli ; un cœur préparé, et qni n'offre rien aux yeux de Dieu qui puisse éloigner les grâces que l'Eglise sollicite pour vous; et y paroître avec un extérieur de suppliant, et dont le seul spectacle prie et adore.

Cependant, M. F., tandis que les ministres autour de l'autel, lèvent ici les mains pour vous ; qu'ils demandent la prospérité de vos maisons , l'abondance de vos campagnes , le succès de nos armes, la conservation de vos proches et de vos enfans qui s'exposent pour le salut de l'Etat; la fin des guerres, des dissentions, et de tous les malheurs qui nous affligent; qu'ils demandent les remèdes de vos

KESPECT DANS LES TEMPLES. 3iî

cliùtes, elles secours devotre foîblesse ; tandis qu'ils parlent au Dieu saint en votre fayour , vous ne daignez pas même accompagner leur prière de votre attention et de votre respect. Vous déshonorez la sainte gravité des gémissemens de TEglise par un esprit de dissipation, et par des indécences qui conviendroient à peine à ces lieux criminels où vous entendez des chants profanes; et toute la différence que TOUS y faites, c'est qu'une harmonie lascive ^ous applique et vous touche, et qu'ici vous souffrez impatiemment la sainte harmonie des divins cantiques; et qu'il faut , pour vous y rendre attentifs , employer les mêmes agrémens , et souvent les mêmes bouches qui corrompent tous les jours les cœurs sur des théâtres impurs et lascifs. ^

Aussi , M. F. , au lieu que les prières publiques devroient arrêter le bras du Seigneur, depuis long- temps levé sur nos têtes; au lieu que les supplications demandéeis par le Prince, et 'ordonnées par les pasteurs, et qui retentissent de toutes parts dans nos Temples , devroient , conàme autrefois'', suspendre les fléaux du Ciel , nous ra* mener des jours sereins et tranquilles, réconcilier les peuples et les rois , et faire descendre la paix du €ielsurla terre : hélas ! les jours mauvais durent enx:ore; les temps de trouble, de deuil et de désolation ne finissent pas; la guerre et la fureur semblent avoir établi pour toujours leur demeure parmi les honimes ; Tépouse désolée redemande son époux ; le père affligé attend en vain son enfant ; lé frère est séparé de son frère ; nos succès mêmes répandent le deuil parmi nous ; et nous sommes obligés de pleurer nos propres victoires. D*où vient cela, M. F. ? ah ! c'est que fes prières de l'Eglise, les seules sources des grâces que Dieu répand sur les royaumes et sur les em^ pires , ne sont plus écoutées ; et que vous forcez le Seigneur d'en détourner ses oreilles et ses yeux, par les irrévérences dont vous les accompagnez , et qui les rendent inutiles à la terre.

Mais non- seulement, M. F., vous devez paroître ici comme des supplians et dans un esprit de prière, puisque c'est ici où le Seigneur répand ses faveurs et ses grâces; comme c'est encore ici où tout vous renouvelle le souvenir de celles que vous avez reçues , vous devez encore y porter un esprit de reconnoissance et d'actions de grâces , puisque de quelque côté que vous jetiez les yeux, tout vous y rappelle le souvenir des bienfaits de Dieu , et le spectacle de ses miséricordes éternelles sur votre ame.

Et premièrement, c'est iei où , dans le Sacrement qui nous régé^ nère, vous êtes devenus fidèles : c'est ici où la bonté de Dieu, en vous associant par le baptême à l'espérance de J. C. , vous a discernés (le tant de barbares qui ne le cdnnbissent pas; de tant d'hérétiques qui , le connoissant , ne le glorifient pas comme il faut : c'est ici où vous avez engagé votre foi au Seigneur; on y conserve encore sous l'autel vos promesses écrites. Ici est le livre de l'alliance que vous a¥t'z contractée avec le Dieu de vos pères : vous ne devez donc plus y paroiire que pour ratifier les engagemens 3e votre baptême > et pour

3iî i/lkkm liE LÀ !*• SEMAINE.

remercier le Seigneur du biênfàît inéstîinai)iè qui vdu» à fistoéiéft, à son peuple , et honorés dîi iioiai de tbrétîen : vous devez conserver tine tendresse et nn respect d^enfant , pour le sein heureux où, vous êtes ués en J. C. , et la gloire dé cette liaison doit être la vôtre.

^ Qjde faîtes*:Vous4oac , lorsqu'au lieu de porter aux pieds des autels vos aetions.de grâces. à la vpe d'un bienfait si signalé, vous venez les désnpt)ore)r par vos irrévérences ? Vous êtes un enfant dénaturé, qui profanez le lieu de votre naissapcc; selon la foi; un Chrétien perfide, qui venez rétracter vos promesses devant les autels mêmes qui en firent tC^noins; qui venez rompre le traité ^ur le lieu sacré où il fut conclu , vous effacer du livre de vie où votre nom étoit écrit avec ceux des Fidèles , abjurer la religion de J. C. sur ces fonts mêmes où vous riviez reçue, étaler les pompes du siècle aux pieds dé l'autel où vous y aviez solennellement renoncé, et faire profession de mondanité où vous râviez faite oe christianisme.

Cen*est pas tout. C'eàt dans ce lieu saint, en second lieu,, où sont élevés de toutes parts des tribunaux de réconciliation et de miséricorde, pu vous avez mis si souvent le dépôt honteux dé tant d'in- Adélités dont vous avez souillé la grâce de votre baptême , et baissé humblement la tête sous la main sacrée qui vous a jûstifiési par la vertu du saint ministère. C'est ici qù jf. C. vous a dit miÏÏe fois par la bouche de sc^s. ministres : Mon âis, vos péchés vous spnl remis, allez 9 et ne péchez plus désormais , de peur qu'il ne vous arrive pis. C'est ici où, fondant en larmes, vous lui avez dit si souvent : Mon Père, j'ai péché contre le Ciel et devant vous. Or, M. F. , là même o^ voits avez trouvé tant de fois Isrgrace du pardon , non-seulement vous oubliez le bienfait , mais vous venez y recommeucer de nou<- TeUe$ offenses : là même où vous avez détesté tant de regards fu* nestes a votre innocence , vous venez les renouveler : la même enfin , où vous avez. paru tant de fois pénitent , vous paroiâsez encore mondain et profane ! Àh ! loin d'y venir relire sur ces liribunanx sacrés l€!s désordres de votre vî'e , loin' Û*'f venir rcnonvcler à leur aspect ces promesses de péhîtence, ces sentimens de componction, ces mouvemens de honte et de confbk%n , dont ils ont été si souvent dépositaires; voua y vencfc Ih tètelevi^ei les yeiix erràns çà tf là, plcîris peut-être de crimes et d'adiiltère, domine parle uti ÀpMré, renouveler eri leur présence les liiêm'e's iôfîdérîtés que vos larmes y àvoiept expiées, et les rendre spectateurs publics des mêmes prévarications ,'' dont ils avoient été les confideos secrets et les heureux remèdes !

mystères du royaume des cieux cachés à tant de nations infidèles : nouveau indtif de reçonnoissance pour voiis. Mais hélas ! c'est plu-'

tôt un nouveau sujet de condamnation : et ici même, où du haut de ces chaires chrétiennes nous vous disons. tous les jours, de la part de i. C, que le> impurs ne posséderont pas le royanmede Dieu,*

RESPECT DANS lES TEMPLES. ïii

TOUS Tenez y former des âésii^s prôfâiies; ici même où Voh tdu^ avertit que vous rendrez compte a^une patole diseuse, irdus vous ^n permettez de crindihelles; ici mémeenfih, où nous vous éhnonçons que malheur à celui qui scandalisé, vous y devenez vous-mêmes une pierre d'achoppement et àe scandale. Aù&si , M. F. , pourquoi rroyexvous q\ie la parole de TEvàngile , que nisus préichbns aux Princes et aux Grands de la terre , ne soit plus qu'un airain sonnant , et que notre ministère soit presque devenu inutile ? Il se petit faire que nos foibiesses secrètes xnètiént obstacle au friiît et au progrès dé TEvangile, et que Dieu ne bënisse pas un ministère , dont les ministres hë sont pas âgrëàblesà ses yëut : niais, outre cette raison humiliaAtépour noiis , et que iious ne pduvbtis pourtant ni voUs dissimuler, ni nous dissimuler à iious-méiiAes , c'est sans douté la profanation des Temples , et là iîàanière indécente et peu respe'ctueusè dont vous vous y assemblez pour nous écouter , qui achevé d'ôter sa force et sa vertu à la parole dont nous souimei» les ministres:. Le Seigneur 4 éloigné de ce lieu saint par vos profanations , n'y donne plus raccroissement à nos travaux , et n'y répand plus les grâces , qui seules font fructifier sa doetirine et sa parole : i( ne regarde plus ces assembl^éesy a ntrefois saintes , que comme une assemblée de mondains , de voluptueux, d'àn&bitieux , de profanateurs« £t comment TOttlez^votts qu'il n'en détoorne pas ses regards , et que la parole de èon Evangile y froctifie ? Réconciliez premièrement avec lui , pac vos hommages , par votte recueillement et Vatre piété , ces maisons de vérité et de doctrine : alors il suppléera même à nos défauts; il ouvrira vos cœurs à nos instructions, et sa parole ne retournera^ pas à hii vide.

£t certes, Al* F. , que servent les dédicacée des Temples, et les prièi'és ai solennelles que l'Eglise emploit^pcàr lés consacrer > si v6us les profanez tons lek jours en y assistant, et ^i vo^S effaceâ& de ces ihurs ces caractères de sainteté et de grâce que les bénédictions du p6ntife y avoient laissés , et qui attiroient sur iesassistans les regards propices du Dieu qu'on y invoque ?

Mais enfin, un dernier motif qui rend encore vos irrévérences plus criminelles, et plus honteuses à la religion: c'est dans le Temple oi^ vous venez offrir, en un sens avec le prêtre, le sacrifice redoutable, |!enouveier l'oblation de la croix , et présenter a Dieu le sang de sou Fils comme le prix de vos péchés. Or, M. F* , pendant que des mystères si augustes se célèbrent; durant ces momens redoutables ou le ciel s'ouvre sur nos autels; dans un temps où se traite l'affaire de votre salut entre J. C. et son Père; pendant que le sëng de l'Agneau copie sur l'autel pour vous laver de vos souillures; que les Anges du ciel tremblent et adorent ; que la gravité des ministres ^ la majesté des cérémonies , la piété même des vrais Fidèles , que tout inspire ]^ teirreur, la recônnoissànce et le respect, à peine fléchissez-voiis le genou , k peine regardez-vous l'autel saint , où des mystères si heureux poiir vous se consomment ; vous n'êtes' ihéme dans le Temple

3i4 MARDI DE LA I" SEMAl^NE.

qu'avec contrainte; vous mesurez la durée et la longueur du sacrifice salutaire; vous comptez les momens d*un temps si précieux à la terre, et si plein de merveilles et de grâces pour les hommes. Vous quiètes si embarrassés de votre temps, qui le perdez en une inutilité continuelle, et qui ne savez presque quel usage en faire, vous vous plaignez de la sainte gravité du ministre, et de la circonspection avec laquelle il traite les choses saintes! Et vous exigez que vos «sclaves vous servent avec tant de respect et de précautions; et vous voudriez qu'un prêtre, revêtu de toute sa dignité, qu'un prêtre, représentant J. C, et faisant son office de médiateur et de pontife auprès d^ son Père, traitât les mystères saints avec précipitation, et déshonorât la présence du Dieu qu'il sert et qu'il immole, par une célérité scandaleuse! Dans quel temps, ô mon Dieu, sommes nous venus! et falloit-il s'attendre que vos bienfaits les plus précieux, lés plus signalés , deviendroient à charge aux Chrétiens de nos siècles !

Hélas ! les premiers Fidèles, qui aux différentes heures delà journée, s'assembloient dans le Temple saint sous les yeux du pasteur, pour y célébrer les louanges du Seigneur dans des hymnes et des cantiques, et qui ne sortoient presque pas de ces demeures sacrées, ne s'en éloignoient qu'à regret , poiir vaquer aux affaires du siècle et aux devoirs de leur état. Qu'il éloit beau , M. F. ^ de vt)ir, dans ce temps heureux , l'assemblée sainte des Fidèles dans la maison de prière, chacun à la place qui convenoit a soa état : d'an côté, les solitaires, les saints confesseurs, les simples Fidèles; de l'autre, les vierges, les veuves, les femmes engagées sous le joug du mariage; tous attentifs aux mystères saints; tous voyant couler avec des larmes de joie et de religion, sur l'autel^ le sang de l'Agneau encore fumant , pour ainsi dire, et depuis peu crucifié à leurs yeux; priant pour les Princes, pour les Césars, pour leurs persécuteurs, pour leurs frères; s'entr*exhortant an martyre, goûtant la consolation des divines Ecritures expliquées par leurs saints pasteurs, et retraçant dans l'Eglise de la terre, la joie > la paix, l'innocence, et le profond recueillement de l'Eglise du ciel ! Que les tentes de Jacob étoient alors belles et éclatantes, quoique l'Eglise fût encore dans l'oppression et dans l'obscurité ; et que les ennemis de la foi , les Prophètes mêmes des idoles, en voyant leur bel ordre, leur innocence et leur majesté, avoient de peine à leur refuser leur admiration et leurs hommages! Hélas ! et aujourd'hui les momens rapides que vous consacrez ici à la religion, et qui devroient sanctifier le reste de vos journées , en deviennent souvent eux-mêmes les plus grands crimes.

Enfin, M. F., à tontes ces dispositions intérieures de prière, d'adoration, dereconnoissance, que la sainteté de nos Temples exige de vous , il faut encore ajouter la modeslie extérieure , et la décence des ornemens et des parures ; dernière disposition des Bienheureux tians le Temple céleste : Amkti stolis albis ( Âpoc* 7 ; 9 ) ; mais je n'en dis qu'un mot.

. £t en effet, faudroit-il même que. noi;s fussions obligés de vous ins-

RESPECT DANS, LES TEMPLES. ' 3i5

truîre là-dessus , femmes d-u monde ? car c'est vous principalement c][ue cet endroit de mon dis<:ours regarde. A quoi bon tout cet appareil , je ne dis pas seulement de faste et de Yanité 9 mais d'immodestie et d'impudence ^ avec lequel vous venez paroitre dans cette maison de larmes et de prière ? Venez-vous y disputera J. C. les regards et les hommages de ceux qui Tadorent? Venez-vous insulter aux mystères qui opèrent le salut des*Fidèles, en cherchant à corrompre leur cœur aux pieds mêmes des autels où ces mystères s'offrent pour eux ? Voulez- vous qu'il n'y ait pas un lieu Sur la terre , le Temple même, l'asile de la religion et de la piété, où l'innocence paisse être à couvert de vos nudités profanes et lascives? Le'monde ne vous fournit-il pas assez de théâtres impurs, assez d'assemblées déplaisirs, où vous pouvez faire gloire d'être une pierre de scandale' à vos frères? Vos maisons mêmes ouvertes à la dissipation et à la joie, ne suffisent-elles pas pour vous y itiontrer avec une indécence qui n'auroit convenu autrefois qu'à des maisons de crime et de débauche; et qui fait que ne vous respectant pas vous-mêmes, on perd pour vous ce respect dont la politesse de la nation a toujours été si jalouse , parce que la pudeur seule est estimable? Numquid domos non hahetis ad tnanducandurn et bihendum (/. Cor. 1 1 ; aa) ? comme lereprochoit autrefoisS. Paul aux Fidèles. Faut-il queleTemplesaint soit encore souillé par vos immodesties? Ah! quand vous paroissez dans les palais où le Souverain se trouve, vous marquez par la dignité et par la décence d'un habillement grave et sérîeux , le respect que vous devez à la majesté de sa présence; et devant le Souverain du ciel et de la terre, vous venez paroitre sans précaution , sans décence, sans pudeur ; et vous portez sous ses yeux une effronterie qui blesse même des yeux sages et raisonnables ! Vous venez troubler l'attention deis Fidèles qui avoient. cru trouver ici un lieu de paix et de silence, et un asile contre tous les objets de la vanité; troubler même le profond recueillement et la sainte gravité des ministres appliques autour de l'autel , et blesser, par l'indécence de vos parures, la pureté de leurs regards attentifs aux choses saintes.

Aussi , l'Apôtre vouloit que les femmes chrétiennes fussent couvertes d'un voile dans le Temple, à cause des anges, c'est-à-dire, des prêtres qui y sont sans cesse présens devant Dieu , et dont l'innocence et la pureté doivent égaler celle des Esprits célestes. Il est vrai que par-là vous nous avertissez, ô mon Dieu! quelle doit être dans nos Temples la sainte gravité et le recueillement invîolablede vos ministres; que c'est à nous à porter ici gravée sur notre front Ja sainte terreur des mystères que nous offrons, et le sentiment vif et intime de votre présence ; que c'est à nousJi inspirer ici le respect au peuple qui nous environne, par le seul spectacle de notre mo-* destie ; que c'est à nous à ne pas paroitre autour de l'autel , occupés au saint ministère , plus ennuyés souvent , plus inappliqués, plus précipités que la multitude même qui y assiste ; et à ne pas autoriser leurs irrévérences par los nôtres. Car, ô mon Dieu ! la désolation du

*i« ' MARm DE LA I" SEMAINE.

Heu saint ft commeficé par le Saiictnaire même ; le respect des pev* ple» ne ê*y est af^oibli , qi»e parce que -la sainte graiité do culte et îa majesté des cérémonie^ ne Ta plus soutenu ; et votre maison n*a <»>mmencé à devenir un lieu de dissipation et de scandale , que depuis que TOs rtiinisttes eut^iïlêmes en ont fait une maison de tra6c, d'ennui et d'avarice. Mais nos exemples , en autorisant Tosprofenattons» ut les excusent pas, M. F. *

Et en effet, il semble que Dieu ne les^ a jamais laissé impunies. Les indécences hontènses des enfans d'Héli, qui avoient, durant si long-cemps^ profané sa maison , furent suivies des plus tristes calamités: rÂrche sainte devint la proie des Philistins; elle fut placée à côté de Dagon dans un Temple infâme ; la gloire dlsraël fut flétrie ; le Seigneur se retira du milieu de son peuple ^ la lampe de Juda s'éteignit, le pontife manqua, et Jacob se trouva tOut-à>coup sans autel et sans sacrifice.

N'en doutons pas , M. F. , que les malbeurs du sièdepalsé , la fureur des hérésies , le renversement des autels, la démolition de tant de Temples augustes ^ n'aient été les suites funestes des profanations et des irrévérences de nos pères, il étoit juste que le Seigneur abandonnât des Temples où il avoit été si long-temps outragé. Craignons , M. F. , de préparer à nos neveux les mêmes calamités , en imitant les désordres de ceux qui nous ont précédés; craignons que le Seigneur irrité n'abandonne enfin un jour ces Temples que nous profanons, et qu'ils ne deviennent à leur tour la proie de l'erreur et l'asile de l'hérésie. Que sais-je même s'il ne commence pas déjà à nous préparer ces malheurs, en permettant que la pureté, que la simplicité de la foi s'altère dans les .esprits, en multipliant ces hommes sages à leurs propres yeux , et si communs en ce siècle , qui mesurent tout sur les lumières d'une foible raison, qui voudroient voir clair dans les secrets de Dieu ; et qui , loin <ie faire de la religion le sujet de leur culte et de leurs actions de grâces, en font le sujet de leurs doutes et de leurs censures? Vous êtes terrible dans vos jagemens, à mon Dieu I et quelquefois vos punitions sont d'autant plus rigoureuses , qu'elles ont été plus lentes et plus tardives.

K'appelons donc. M, F., tous ces grands motifs de rièligion ; portons d'ans ce lieu saint une piété tendre et attentive, un esprit de prière, de componction, de recueillement, d'action de grâces, d'adoration et de louanges; né sortons jamais de nos Temples Bans en remporter quelque nouvelle grâce, puisque c'est ici fe trêne de miséricorde d'où elles se répandent sûr les hommes ; n*en sortez jamais ftans un nouveau goût pour le Ciel, sans de nouveaux désirs de finir vos égaremens, et de vous attacher uniquement à Dieu ; sans envier le bonheur de ceux qui le servent, qui peuvent Trfdorcr saris cesse au pieddel'aut'el, et que leur état et leur» fdnctions consacrout partîciriiérement à ce saint ministère. Dit'es-'liii, comme cette reinit étrangère disoit autrefois à Salomon: Bienheureux vos serviteurs^ qui sont toujours présens devait vou^ « ^t qui a'ont point d'«tttre

SUR LA RECHUTE. 5i7

demeure qne votre aiaison sa'mte! Beau servi tfti, qvîHantcçramte semper^III. Reg. lo; 8)J £t si le» devoir» de To.tre état ne tous permetteut pas de venir ici adprer le Seigneur , aui: différentes heures de la journée où ses ministres «^assemblent pour le louer, ahl du moins tournez sans cesse vers ce lien saint* comme autrefois les Israélites 9 vos vœux et vos désirs. Que nos Temples soient la plos doace consolation de vos peines, le seul asile de vos afflictions, la seule ressource de vos besoins , le délassement Jle plus sur des gènes , des bienséances , et des asso^ttissemens pénibles du monde ; en un mot, troQvez-y les «ommencemens de cette paiiL inaltérable, dont vous ne trouvères la plénitude et la consommation qu>vec les £ien^ ^euxeux dans le Temple éieiaiflilf la céleste Jérusalem.

jéù^si.sQfi'il»

•^ I Wli II I «Il —^1^^ Il >»ll II P ■ I II |l 1 ^M^^—— Jii^MI f 1^

SERMON

jppun LE wacigsm I>E LA PREMIÈRE SEMAINE DE dCAiUÊMË.

SUR LA RECH.UT& (i).

El fiant «OTittîma hommû* illtot p«|orft firt^ffâboi. '

£r la dernier étai de cet homme devient pire <fue le premier. Matt». la; 4S.

V^oELXE peinture ciïrayantc notre Evangile nous retr.'*'îe^.t-il de |n rechute , M. T. C. •¥*. ; de ce péché si commun , qui n'alarme plus les .consciences , et avec lequd presque tbnt le monde s'est familiarisé, parce qu'il paroit être devenu l'état ordinaire des Chrétiens?

»iiiiw»« mil wf I 1,1 I Miimmi I ■■im<«*tiw»n' m <»<^t^fi'Uijwi|i^ '■ i>iiii| .1 III" i"*

(i)>Qa trouvenifta tr«a2«îèih«'Ri'aMBdbe de Ctttème iio^Btre Sermon tnr là Rechute* iotltaVé : De Vineomttance d^tne iee %»aies dt» eaiiaj "Çdûimci t été «oiB|Kné le premier. lie P. MMsilloiii jqgeiuil vo^ite j^VlH a'avpH p^f 4<m«é M«es 4*éteii4ve anx Térivét renCermées 4aA9 la «eçQnde Parj^ , 7,tr^J|il)a 4e ;9oar««o; et désirs «ubdiyisioos qu^elle contient , il en forma Jes troi« Points qui composent le ^rn)pn De tinconstance dans les voies du salut, Kous n*aTona pourtant pat cm devoir supprimer celtti«ci , pour ne pas perdre la première Partie, où Ton trooTe déf Têrt* tés trèa-ntiles, et traitées arec cette onction qae la plume du P. MatsDloa taToit répandre sur tout ce qa*il écrlToit.

^i8 MERCREDI DE LA P'^SEMAINE.

' Nous Q*iiiiaginoDS tien de plas horrible que le sort d*un homme possédé du démon, livre à la discrétion et à toute la foreur de cet ennemi du genre humain , et n'étant plus, à proprement parler, que l'instrument infortuné de sa malice et de sa corruption. Ahl s'il en faut croire notre divin Maître , le sort d'une «me infidèle, qui , après être sortie de ses premiers égaremens,. après avoir goûté le don cér leste , se laisse rentrainer dans les vores du péché qu'elle avoit quittées, etretourneà ^on vomissement , est tout autrement flëplorable: ce n'est plus d'un seul démon dont elle est possédée; elle est livrée à sept autres démons plus méchans que le premier, qui s'en emparent , et qui la regardant comme leur conquête; en font leur demeure, er s'y établissent pour n'en plus sortir- s Et intrantes habitant ièi (^IHatth. 12; 45).

C'est cette dernière circonstance qui doit nous faire trembler, M. T. C. F. , et qui fait dire à notre divin Sauveur, que le dernier état de cet homme devient pire que le premier : Fiunt novissima hominis ilUus pejora prioribus ; car elle nous fait entendre que la rechute est comme un signe et un préjugé de notre réprobation ; et qu'il est bien rare que nous revenions à Dieu , lorsqu'après l'avoir quitté , nous sommes retournés à la créature.

Et si vous me demandez , Chrétiens , qu'a donc la rechute de si horrible, et pourquoi il est si difficile de se relever après être retombé; en voici le^ raisons : écoutez^les, vous dont la fidélité envers Dieu jusqu'ici ne s'est point démentie, afin qu'elles vous servent de préservatif contre un si grand malheur. Et vous , dont les mœurs n'ont peut-être roulé jusqu'à présent que sur ces alternatives de réconciliation et de crime; qui faites tant de démarches de conversion, et toujours autant de pas en arrière ; et qui loin d'être effrayés sur votre état , vous rassurez sur ces retours passagers vers Dieu ; écoutez-le& aussi ces raisons , et voyez si l'affreuse tranquillité dans laquelle TOUS vivez y est bien fondée.

Je dis que le péché de rechute imprime en nous comme un caractère de réprobation , et que rarement on s'en relève : pourquoi ? parce que c'est un de ces vices que rien n'excuse, et duquel on a tout à craindre. En premier lieu , rien n'excuse un pécheur de rechute ; parce que son péché n'est plus ni surprise , ni foiblesse , ni ignorance ; mais l'ingratitude la plus odieuse , la perfidie la plus noire, le mépris le plus affecté. En second lieu , on a tout à craindre du péché de rechute; parce que d'ordinaire il conduit à l'impénitence et à un état fixe et tranquille de crime. Deux motifs dont je vais me servir aujourd'hui pour vous faire trembler sur l'état du pécheur qui retombe ; l'ënormité du péché de rechute , le danger du péché de rechute. C'est le moins excusable , et le plus dangereux de tous les crimes. Implorons, etc. ui/r^;, Maria,

SUR LA RECHUTE. Sig

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