II* DIMANCHE DE CAREME
rapporloit pas à lui ; comptez- vous pour beaucoup ce qui ne tous re^ garde pas ? Poussez le parallèle , et vous verrez que vous êtes plus encore votre idole et votre divinité , qne le Seigneur n*est le Dieu de ceux qui Taiment et qui l'invoquent. M. F. , on a horreur des grands crimes, et on ne compte pour rien de vivre sans culte, sans amour pour Dieu , de ne le mettre pour rien dans le détail de sa vie ; c'est-à-dire , de vivre comme si nous n'étions sur la terre qjie pour nous , et que nous dussions borner nos affections , nos craintes , nos désirs , nos espérances à nous-mêmes.
La troisième impression que fait la prospérité , est relèvement du. cœur. Je ne parle pas de cet orgueil grossier et déclaré , qui faisoit* dire à un prince de Babylone : Je monterai » j'élèverai mon trône au-dessus des nuées, et je deviendrai semblable au Très -Haut. Je parle d'un sentiment plus à portée du cœur de l'homme ^ et presque inséparable de la grandeur. Je sais qu'il est des personnes qui , ou cultivées par l'édupation, ou redevables à la nature d'un caractère doux et facile, ou enfin, qui voulant paroitre par un raffinement d'orgueil , au-dessus même de leur élévation , savent en dépouiller tout le faste, se rendre accessibles , et aplajiir, par leur humanité 9 toutes les voies à ceux qui les approchent. Mais ce n'est pas dans la fierté que je mets le danger de la prospérité : le ridicule de ce vice suffit presque tout seul pour en corriger.
C'est dans un certain sentiment avantageux de soi-même, qui accoutume l'a me à se regarder comme élevée par ses propres dons , au-dessus de tous ceux que son rang et sa prospérité laissent an dessous d'elle. C'est dans une secrète erreur de vanité, qui fait que nous confondons notre fortune avec nous-mêmes, que nous faisons entrer la naissance , la grandeur, les titres , les dignités, les biens, dans l'idée de ce que nous sommes; et que de tons ces avantages qui sont audehors de nous, ec qui par conséquent ne nous appartiennent pas, nous nous formons une grandeur imaginaire que nous prenons pour nousTmémes; enfin , une erreur qui nous persuade que nous sommes aux yeux de Dieu et dans l'ordre de sa providence , des créatures privilégiées , et aussi distinguées que devant les hommes et dans Tordre «xtérieur de la société. Leur prospérité, dit le Prophète, les affranchit des travaux et des misères communes au reste des hommes ; et voilà pourquoi un orgueil secret s'est emparé de leur cœur : In labQre hominum non sunt,,,^ ideà tenait eos superbiaÇ^ Ps^ 7a ; 5, 6)., Aussi, le premier avis, que l'Apôtre recommande à Timothée de donner aux Grands du monde, est de ne point s'élever : Non sublimé siipcre {I, Tifn,t>; l'y).
D'ailleurs , au dehors tout fortifie dans les Grs&ds cette dangereuse impression : les vices sont applaudie \ la médiocrité des talens , cachée sous l'artifice des louanges; lenr orgueil > justifié par les noms pompeux de grandeur . d'ame et d'éiévalion.de sentimens : tqrut s'étudie, tout s'empresse à leur persuadée qu'ils sont pétris d'une autre boue que les. antres. hommes. Nous-»