‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 93 sur 131 · DANGER DES PROSPÉRITÉS · texte numérisé non relu

DANGER DES PROSPÉRITÉS

mêmes, nous ministres de la Térité, et dont les lèvres en sont les dépositaires sacrés, nous donnons aox plas légères yertns des Grands , des éloges que la religion désavoue , et sous prétexte d'animer de jToibles commencemens de |»été, nous les corrompons dans leur source. Tel est le malheur des Grands, tout est attentif, ou à leordé-* guiser leurs vices , ou à leur faire perdre le mérite de leurs ve(tus%

Or, quand même on pourroit se défendre de ce que les louanges ont déplus injuste et de plus grossier, il se forme néanmoins de tous ces discours empoisonnés, je ne sais quel sentiment de propre estime qui ne s*efFace plus , et qui corrompt le cœur pour toujours. Hérode, au milieu des acclamations d*nn peuple insensé, ne se croit pas sans doute un dieu descendu sur la terre pour parler aux hommes : la louange étoif trop grossière pour être persuadée; il écoute cependant avec complaisance des applaudissemens qui semblent lui déférer des honneurs divins , qui le traitent de dieu et d*immortel. Son cœur en est touché, si sa raison n*en est pas gâtée; il ne rejette pas , comme des blasphèmes , des titres et des éloges qui ne sont dus qu'au seul Roi immortel des siècles ; et les vers qui le dévorent sur l'heure, nous laissent comprendre quel fut l'excès de son impie vanité , puisqu'elle mérita d'être punie d'un si affreux supplice. Voilà les premiers dangers de la prospérité , tirés des impressions qu'elle fait sur le cœur pour le corrompre ; mais les facilités qu'elle fournit aux passions , lorsque le cœur est déjà corrompu , me pâroisseiit hien plus à craindre. Renouvelez, je vous prie, votre attention.

Car , en premier lieu , de l'attachement aux choses d'ici - bas , comme d'une source funeste, naissent ces désirs infinis et insatiables, dont parle S. Paul, qui tuent l'ame; c'est -à «dire, que vous regardez la terre comme votre patrie. Vous ne cherchez plus qu'à TOUS y agrandir, qu'à y occuper une plus grande place ; vous voudriez seul pouvoir l'occuper toute entière. Vous ajoutez, dit un Prophète , l'héritage de vos voisins à celui de vos pères ; vous passez les bornes que la modération de vos ancêtres avoit si sagement mises à vos biens et à votre fortune, vous appelez les terres de vos noms ; il semble que l'univers entier ne pourra plus suffire à l'étendue de vos projets. Vous forcez souvent un Naboth de vous céder son champ , et la succession innocente de ses pères ; tout ce qui vous accommode vous appartient déjà. Vous faites des droits les plus douteux , des droits incontestables , et forcez l'équité de plier sous la puissance. Les dignités f{ue votre opulence vous permet d'acquérir, vous conviennent toujours. Vous ne faites pas attention si la médiocrité de vos taleits vous en rend incapable, si le public en souffrira , mais seulement si vous assurez à vos enfans une fortune plus durable. Ce n'est plus la vocation du Ciel qui décide de leur destinée , ce sont vos in<téréts temporels. L'Eglise est obligée de recevoir des mains de votre cupiditédes sacrifices qu'elle déteste ; vous transportez dans le champ du Seigneur tout ce qui occupe inutilement la terre dans le vdtre; pour ne pas partager tos biens , et pour soutenir le vain honneur

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de votre nom , voua àéehireti^ yous déshenoreos rhérimge de J. Ce Youa placez dans Le sanctuaire des -vases de rebut et d*igBcmiinie , -vous aishetez quelquefois même le don de Dieu ( et , cçoiane ceix^ j^ére de Michas, dont il est;parlédaus r£eriture^ vo«s «uipioyez tos grands bieos à ériger à ua enlant, daas votre «naison méibe, un nottTi^u sacerdoce et un nouveau lempla; Uueifortone pius inédîo-^ cre , en vous laissant plus, de jnodératrion , vous eut laissé plus d'iu-* zîocence. Et ne croyez p^s que je parle ici de cette opulence ciipeiA'téedu saiig des peuples, (]e ces nommes nouveaux à qui nous voyous étaler sans pudeur, dans la magnificeuce de leurs palais , les dét pouilles des villes et des provinces. Ce n*est i)as à nos discours 9 ré* former ces abus , ç*est a la sévérité des lois, et à )a juste indignation de Tautorité publiqi^. Vous-mêmes, qui m,*çcojitez, M. F., vous en faites le sujet le plus ordinaire de vos dérisions et de vos censures, vous souffrez in^patiemment que des hommes sortis, poiu* ainsi dire, de la terre, osent disputer avec vous de fas^e et de magnificence^ parer leur roture et leur obscurité de vos grands noms^ et insulter même , par des profusions insensées , à la n)isère pnbliune , dont ils ont été les artisans barbares; vous sentez to\ite Thor* reur d*une prospérité née de l'injustice , et vous ne ponnoissez pa» les dangers de celle que la naissance donne. Toute la différence que j'y trouve, c'est que l'une commence, et Tautre finit toujours par le crime ; c'est que les uns jouissent d'un bien injusteipent acquis » et que les autres al^usent d'une fortune légitime*.

£u effet 9 en second Ueu , de l'attachement à sou propre corps, seconde impression de la prospérité, naissent toutes ces passions d'ignominie, qui déshonorent le teiçple de Dieu en nou$ ; or, qui ne saie que la prospérité fraye mille voies à ce vice honteux ? Car je ne vous dis pas que là seule mollesse , inséparable de l'abondance, est un acheminement presque infaillible à la licence des ipœurs, et qu'une vie toute oiseuse, telle qu'on la mène dans Topulence, topche aê près a la dissolution. Eh) où naissent les noonstres et les passions çxécrables , que dans les. palais des Grands ? Les yices commun^ ne plaisent plus, et , pour révçîller ces âmes voluptueuses ^ il faut que des excès bizarres et une affrétée distinction d'énormîté, donnent à riniquite de nouveaux .cha,rmes. Lisez les divines Ecritures : delà vient ta chutp de Davi4 ^ 1 es. égaremens insensés de Salomon, les voluptés déniesurées de Bâltasar . le scandale de la cour d'Kérode*

Je ne. vraias dis pas encore qne souvent t'ame est redeva^l^ de son ianocenceâ la diffioulté'de 1» transgression ; qu'on n'aime pas las plaisirs iqnî coûtent trop ^qûëlif s obstacles qu'ose fortune médiocre met à nosdiésirs , font sauvent prendre un pavd généreux au Fidèlv, «t l\iittaoliient au devoir par de^ liens plu» saints et pliM dfurables.; .niât ^ifto, pour les Grand», leurs désirs deviennent la seigle règle de leorâ passions, la volonté n'a plus d'aigre* (rein qn^He «même; las plaisirs: ne coûtent plnK'ique la* séul^ peine: d'^^ désirés. A peine Dajviiltfut souhaité de boire d^ Teau de la ciien^^de Çelh<jîefli , qu^,

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