DANGER DRS PROSPÉRITÉS
malgivé tOBtes les difficultés qui Mmbloieiit rendre «on désir inutile, trois jeunes Hébreu^ perceat Tarmée ennemie 9 et , à travers mille dangers, viennent mettre à ses pieds une eau qui éloit le prix de leqr sang et le péril de leur ame. Tçut est facile aux passion» dçs Grands. JIcUs! le .crime plait avec toutes ses contradictions et ses pein^». Quels attraits i^'aura-t-il doncpa99 lorsque tout en aplanit le» vfHPh et qu*il n'en coûte plus au cqeur que pour s'en défendre ?
^nfin, je n'ajoute pas qu*ane vertu commune, et quelquefois même Tindolence, sussent poumons éloigner de diercher les occasions du désordre ;' mais que ia vertu même des Saints ne suffit pas pevr Bit délendredes occasions qui nous cherchent : or, elles naissent ces occasions sous les pas d^s Grands et des heureux du monde ; leurs regards trouvent par-tout des écueils; tout veut plaire; tout e'étndie à corrompre le cœur ; tout fait gloire de TaVoir corrompu : le Giôme s'olfre à eux , accompagné de tous les attraits les plus procréa à le rendre aimable ; de tous les artifices que la corruption a pu inventer , ou pour prévenir les dégoûts, ou pour amuser l'incons- 4anoe, ou pour justifier U passion. Des conseillers d'iniquité, dès ministres de la volupté, dont la prospérité est toujours environnée, cherchent à plaire en flattant la passion du maître , en deviennent les apologistes impies » en adoucissent l'horreur, en illustrent la •faoDte et la bassesse, en réveillent le désir. A peine Sara eut paru dans les royaumes de Pharaon et d'Abiméïeeh, que les courtisans, connoissant la honteuse fragilité de leurs maîtres , viennent leur vanter sa beauté, enflamment leur passion , et leni* inspirent des désirs injustes. I)ans une situation si périlleuse, 6 mon Dieu ! le Juste luimême tomberoit ; et comment peut-il arriver qu'une ame déjà amollie par la prospérité , se soutienne ?
Enfin , de Torgueil, dernière impression ^e l^ prospérité , naissent les désirs ambitieux, les concurrences , les perfidies, les haines 9 les vengeances, tontes passions que la prospérité favpris^ : L'orgueil (le ceux qui vous haïssent , 6 mon Dieu l dit le Prophète , montf toujours i ^s, 73 , aS )/ Les bi^en^, le rapg , la naissance font coijaime une loi de Tambition : il seroit honteux d*êl,re np quelque chose, et de lie poi^ penser à s'élever ; savoir se borner , se trouver heu«reux da^s.soiié^t, est une philosophie qui déshi^norey et que le inonde traite dc pusillanimité , ou de singularité bizarre. Or ^ dès que vovs supposer l'ambition maîtresse d'un cpeur jusqu'à un c^r tain poip^^ il a'estplMS rien d'injuste et de Ijàçbfe même , qu'on n'ei^ doive attCHOf e; il fau): détruire vos conpurrei^» , «^éle,ver sur les débris de i$L R^igiQQ et 4^ )a coi|isoijçnc^9 être do^f^lq^ >4issin»ulé 9 per^ fi4e , tou^» hormis CVr^tien : il f^ut s^ r^JQuir 4^ iAfprtunes d*«u^ trui l9rs.q\&*eUi:4 nous élèv^ej^U t ^l^fflCg^r de leii*c ^évaiipn. qui nous recule \ bal'r tout ce qui s.*<>ppos« à np{> pr4Un>tiooé ^ entrer dans lies passions de ceux à qui nous^ay^ons iniciet de pl^ir^, décrier la vertu même ^ le mérite qui nous.de>\teut un obstacle; sacrifier riqtérét public à nos.inLécêts personnels y «t fairç de 4)9ti9e fortiiney uQlif
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religion et notre dien. Voilà les premiers dangers de la prospérité : elle inspire les passions en corrompant le cœur; elle les favorise lorsqu'elle Ta déjà corrompu.
Mais , quel fruit retirer de ces grandes Térités ? Faut-il donc re* noncer aux biens et aux titres que nous tenons de nos ancêtres , et sortir d'un état où la Providence nous a fait nattre ? Non , M. F. ; mais c'est de nous dire premièrement à iious- mêmes, que pour posséder tout ce qui peut servir à la félicité des sens , il ne nous est pas plus permis pour cela de les satisfaire; que ce n*est pas le degré de notre fortune, mais celui de notre innocence, qui doit décider de nos droits sur les plaisirs les plus permis ; que le pécheur, quelque élevé qu'il puisse être, n'a plus de partage que les larmes et la violence; que ses crimes lui ont rendu inutiles presque tous les avantages de son abondance; et que son élévation, loin d'adoucir sa pénitence, en fait une nouvelle difficulté. C'est, en second lieu, de comprendre , que tout ce qui ne nous élève qu'aux yeux des hommes, n'ajoute rien à ce que nous sommes en effet devant Dieu; que nos vertus seront à ses yeux nos seuls titres ; et que tout ce faste et toutes ces dignités qui nous environnent, ensevelies avec nous dans le tombeau , nous serons effrayés de ne retrouver que nous-mêmes devant aon tribunal redoutable. C'est enfin , de regarder les royaumes du monde, et toute leur gloire , comme un spectacle que le tentateur ne montre jamais que de loin. Ostendit et omnia régna mundi , et glù* riam eorum [^Matth, 4 ; B ) ; c'est là le poin^de vue séduisant ; c'est de cet éloignement seulement , que tout ce vain amas de gloire et de grandeur peut imposer aux sens et à la raison : à peine y touchezvous , que le charme cesse , l'objet change de face, et vous n'y trouvez plus rien de ce que l'erreur de l'imagination vous avoit promis. De toutes les fortunes et les grandeurs qu'on se propose ici-bas , il n'est que le désir et l'espérance qui flatte et qui enivre. Il est doux d'espérer : voilà le seul plaisir que l'homme puisse ici-bas se promettre. Dès que tous vos désirs sont accomplis , et que vous n*avez plus rien à prétendre ; ou vous êtes malheureux , ou de nouveaux désirs et des espérances nouvelles viennent encore vous amuser et vous séduire : il faut que l'erreur de l'avenir nous soutienne; le présent, quel qu'il puisse être, n'est jamais rien pour nous. Aussi le tentateur nous laisse toujours quelque chose à espérer ; Hœc omma tibidabo f /6. v. 9 ) ; c*est là son artifice : il nous montre toujours de loin des objets qui irritent nos passions; il sait bien que le seul secret de tromper les hommes, n'est pas de contenter leurs désirs, mais de leur en inspirer : voilà pourquoi vous devriez être encore plus désabusés du monde, vous , M. F. , que ceux qui naissent dans une fortune médiocre. Moins vQusétes heureux dans votre élévation, plus vous devez sentir le vide de tout ce qui fait l'agitation et l'empressement des autres hommes. Comme vous jouissez de tout ce que les autres désirent, il reste au tentateur moins de pièges pour vous surprendre. Ce devroit être là un des privilèges de la grandeur et do la prospérité, dé vous faire comprendre que le monde entier n'est
DANGE^L DES PROSPÉRITÉS. 401
rlçn pour rhomme; que toute la gloire de la terre peut enÎTrer le €<eur pour un moment , mais ne sauroitle reuiplir; que nous sommes nés pour le ciel; que cen^est pas Télévatiou, mais Tinnoceuce du cœur, qui fait les véritables plaisirs de l'homme sur la terre ; que si nous plaignons tout bas Terreur de ceux qui, nés au-dessous dç nous, nous regardent comme heureux , nous devons.plaindre notre propre aveuglement, de croire trouver une félicité plus solide dans des distinctions élevées au-dessus de la nôtre; que tous les hommes s'abusent ainsi , faute de connoitre l'état où ils ne se trouvent point, et qu'il n'y auroit qu'à les rapprocher les uns des autres pour les détromper.
C'est ainsi, ô inon Dieu! que par une providence miséricordieuse, vous avez voulu que les dangers de chaque état pussent devenir des • moyens et des ressources desalutàramefidèlequis'y trouve engagée, et que pour rendre tous les hommes inexcusables , vous avez permis que vos serviteurs se soient sanctifiés au milieu des mêmes écueils qui voient périr tant d'ames mondaines. Voilà les sentimens de la foi sur les prospérités temporelles. Vous venez de voir qu'elles sont des occasions de péché ; il faut vous montrer qu*elles sont encore des obstacles de pénitence.
SECONDE PARTIE
Uir état où les grâces spéciales sont plus rares , où la cupidité met dans le cœur des obstacles infinis aux saintes inspirations, où les difficultés de salut , même extérieures , sont d'une nature à n'être d'ordinaire surmontées que par des coups singuliers de la grâce; un état tel que je viens de le dépein4re , est sans doute un grand obstacle à la pénitence. Or, voilà les trois raisons qui établissent ma seconde proposition sur le danger des prospérités temporelles. Encore un moment d'attention , s'il vous plait.
Je dis premièrement, que les prospérités temporelles sont de grands obstacles de conversion , parce que les grâces spéciales y sont plus rares. Bn effet, ouvrez les livres saints; que voit-on de plus souvent répété dans les divines Ecritures que cette terrible vérité ? Partout le Seigneur n'aime à s'entretenir qu'avec les simples et les petits , et il regarde de loin ceux que leur naissance et leur orgueil élèvent au-dessus des autres : par-tout l'arc des puissans est brisé , et les foibles sont revêtusde force : par-tout il lai&se sécher l'herbe qui croît au-dessus des toits; et pour être plus élevée, elle n'en est pas plus favorisée des roséçs de la grâce, tandis qu'il revêt de beauté le lis qui croît dans Içs plus profondes vallées, au milieu même des épine$: par-tout il brise les cèdres du Liban qui paroissoient en sûreté; et l'arbre planté sur le bord des eaux, porte du fruit en son temps : par-tout en J. C, c'est-à-dire, parmi ses disciples, on ne compte pas beaucoup de nobles et de puissans ; les figures et les maximes des livres saints , tout y établit la vérité dont je parle. Ce n'est pas qu'eu Masiiilon. tomk i. 96
4D1& 11^ DIMANCHE DE CAREME.
}>iea il y ait acoe)>tîoii des personnel : je Tai déjà dit, la grâce chrétienne embrasse tous les états; le Seigneur ne manque jamais à sa créature; et, sans compter fes exemples augustes que nous avons devant les yeux , les David, les Ezéchias, les Esther, les Judith, les saint Louis, prouvent que, dans Télévation, on peut être encore plus riche des dons de la graee, que des biens de la fortune.
Mais , en premier li^u , i*ordre de la Providence semble demander ^u*il y ait une espèce de compensation dans cette inégalité de for-tunes et de conditions répandue parmi les hommes , et que, dans la confusion où tout parolt ici^bas, où le pécheur est presque toujours élevé en honneur, tandis que le Juste gémit dans l'obscurité et dans rindigence, la foi y puisse découvrir un ordre secret, et une manière d'égalité qui justifie dans l'esprit du Fidèle la providence de Dieu et la sagesse de ses conseils dans la dispensation des choses humaines : or , le secret terrible de cette divine compensation consiste en ce que les richesses de la grâce sont comme l'héritage et la portion du pauvre et de l'affligé, tandis que l'homme heureux jouit des faveurs de la terre, comme de sa récompense et de son partage; c'est-à-dire , que l'innocence , la pudeur, la droiture, la simplicité, la crainte du Seigneur, sont réservées aux âmes obscures, tandis que les titres , les dignités , les grandeurs humaines sont abandonnées aux puissans et aux heureux du monde. C'est ainsi que tout est disposé dans rUnivers avec une économie digne de l'Auteur de la nature et de la grâce; c'est ainsi que l'abondance des uns est établie pour suppléer à la nécessité des autres ; que le riche doit faire part de ses biens à l'indigent , et le pauvre secourir le puissant de ses bé« nédictions spirituelles, et offrir pour lui le sacrifice de ses prières et de ses souffrances. *
Aussi, M. F., on trouve tous les jours des âmes simples, nées dans l'état le plus vil et le plus obscur, favorisées des dons les plus extraordinaires, d'une innocence que rien n'égale, d'une foi que tien ne peut ébranler, d'une délicatesse de conscience que la seule apparence du mal blesse , d'une élévation de prière qni surprend ceux à qui elles confient avec simplicité les opérations de la grâce sur leur ame , tandis que souvent les premières vérités de la religion sont à peine connues de ceux qui habitent les palais des rois ; tandis qu'on voit tous les jours des personnes d'un certain rang vieillir sans aucun sentiment de foi et de piété ; avoir dans la défaillance de l'âge, le même goût pour le monde, la même ivresse pour la Cour, pour la faveur, pour les plaisirs, la même sensibilité pour le plus léger refroidissement du maître, que dans l'âge le plus vif et le plus florissant ; faire quelquefois des efforts pour commencer une vie plus chrétienne, et trouver en elles un fonds de répugnance et de dégoût, qui leur rend insipide et insoutenable tout ce qui a rapport au salut. Telle a été dans tous les temps la conduite de la grâce: les grands dons ont toujours été réservés aux personnes les plus viles selon la chair : les puissans du monde sont moins propres aux
DANGER DES PROSPÉRITÉS. . 4o3
«Usseins de Dieu, et ai sa sagesse 's'en sert quelquefois, eHe se sert de leurs passious ou pour châtier Torgueil des pécheurs , ou pour exercer la foi des Justes. »
£n second lieu, les grâces sont moins abondantes daiis la prospérité , parceque les faveurs temporelles sont des récoinperises yainesy dit S..Au{Çustîn, que la justice de Dieu accorde d'ordinafre à (]uelcfues vertus naturelles des pécheurs, pour avoir pluis de droit de les «'xclure à jamais des prorfiesses de ïa grâce. Vous êtes peiit-être , par les suites d'un naturel heureuir, èincère, affable,* religieux dans vos paroles i équitable dans vos jngeraens, ami fidèle, mahre généreux, ennemi de la violence et de Tinjustice : ces vertus destituées de tonte charité, Touvrage seul de la nature, et inutiles p6ut le monde à venir, sont utiles pour le mondé présent. Par-là se maintient la paix des Etats , le repos des familles , la bonne' foi des commerces. Tordre de la société. Dieu prend donc dans lé moflrde même de quoi récompenser des vertus toutes mondaines; if ménage des faveurs tem))orelles à des Justes temporels, pour ainsi dire; car, sous ce juge équitable, nulle vertu n*est sans récompense, comme nul crin^e Sans châtiment. Mais ces récompenses sont terribles aux yeux de la foi ; ce sont comme dès exclusions de la grâce qui'fait les iSaints , et des présens que Dieu dhpense dans sa colère.
Je sais que celte règle n'est pas Universelle , et que le Juste voit quelquefois ia paix dans sa vertu y et t abondance dans ses maisons [Ps, *i2i; 7); mais ces exceptions, toujours rares.» ne doivent rassurer personne; et vous sur-tout, si vous ne faites point d'autre^ usage de la prospérité, que de la f^^ire servir à la félicité de vos sens > et à vivre dans la mollesse et Toubli de Dieu , vous avez grand sujet de trembler et de vous dire sans^ cesse à vons-méu)e : peut-être je reçois nia récompense dans ce moiide ; je ne sens rien de vif pour le salut, nulle impression de grâce qui me conduise à une démarche solide de pénitence ; Taffaire de rélernité est de toutes \es affaires celle qui m'intéresse et me touche le moins; je trouve en moi delà vivacité pour mes amis , pour la faveur, pour la fortune,, pour Tétahlissement et l'élévation de ma maison , pour le service du prince et la gloire de la nation, et nul Sentiment pour mon salut ^éternel ; et le cœur ne me dit rien pour les 'devoirs de la reHgion , ei'pour le service du Mattre des rois de- la terre ! Orand Dieu f m'auriez- vous abandonné au dedans , tandis qu'au dehors vofis me comblez de vos ^eurs? Eh 1 frappez-moi plutM ioi-bas, et réservez -moi vos dons pour une vie plus durable. Si lu situation où la naissance m'a ]>lacé , est un obstacle à mon salut, dégradez -m'en, ô mon Dieu^ et laissez-moi retomber dans la poussière d'où je suis sorti : la place qui m'approchera le plus près de vous, sera toujours la plus souhaitable pour moi; et le fumier même où Job étoit assis , me paroitroit préférable au trône, s'il falloit y descendre pour vous plaire. Voilà les dispositions où vous devez entrer.
^nfin , les grâces sont moinii abondantes dans la prospérité , parce
«o4 II* DIMANCHE DE CAREME,
que souyent cet état n*est pas celui que Dieu nous avoît préparé dans sa miséricorde , et qu*il n'a permis que nous y- fussions placés , fpie poui* s*accommoder à la dépravation de nos désirs. Au lieu de lui demander sa grâce, r^^foiblissement de nos passions et les-dons du siècle à venir, notre cœur n*a jamais ifait monter vers lui des vœux et des souhaits que pour la terre, pour les biens et la gloire que le monde estimç. Le Seigneur attentif à ce qui se passe dans nos cœurs , et indigné den*y trouver rien pour lui, s'est accommodé à nos souhaits; il nous a punis en ks favorisant, dit S. Augustin; il est devenu un Dieu cruel , en devenant propice ; il nous a ouvert les voies les plus heureuses pour réussir; il a écarté toiy les obstacles qui pouvoient s'opposer à nos desseins ambitieux ; il a ras« semblé les circonstances les plus inespérées pour nous conduire au termode nos désirs; il nous a, pour ainsi dire^ portés lui-méase sur ses ailes au haut de la roue, si rapidement nous y sommes montés I Cependant ses premiers desseins sur vous , vous préparoient la voie des dégoûts et des disgrâces , comme la plus sûre pour votre salut , et la plus convenable à la fragilité de votre cœur et au carac* t^re de vos penchans : vous l'avez forcé, si je l'ose dire, de changer cet ordre ; il a été obligé d'entrer dans vos projets , au lieu que vous auriez dû suivre les siens. Mais la peine de ce renversement est que votre prospérité n'étant pas son ouvrage, il ne s'y intéresse point ; il vous livre à tous les périls d'nii état où il ne vous a placé que pour punir la cupidité qui vous Ta fait souhaiter : il vous laisse entre les mains de vos passions , dans des voies ' que vos passions 1 ou les seules se sont frayées ; vous éies à son égard comme cet enfhnt prodigue, qui l'avez contraint de vous départir des biens que sd sagesse ne vous âvoit pas destinés , et qu'il laisse ensuite errer loin de lui au gré de ses désirs déréglés, sans entrer pour vous dans les attentions et la tendresse d*un père. Si votre élévation éloit son ouvrage, lesécueils, qui eil sont inséparables , se changeroient pour vous en moyens de salut; mais dès qu^elle est l'ouvrage de vos passions, les moyens mêmes' de salut qu*on peut y trouver, vont devenir pour vous des écueiis.
Il est donc ceruin que la prospérité est un obstacle à la pénitence , p9rce que les grâces qui fornuent le repentir, y sont plus rares. Mais de plus, }« dis, en second lieu, que la prospérité est un obstacle à ia pénitence, parce qu'elle met dans le cœur des oppositions infinies aux grâces de conversion que Dieu pourroit accorder aux Grands et aux heureux du monde ; seconde raison: et voici les motifs sur les« quels elle est fondée.
Premièrement, je pourrois vous faire remarquer qu^un des moyens les plus efficaces dont Dieu se sert pour ramener un pécheur à lui^ est l'instruction et le zèle des ministres de la pénitence qui lui parlent au tribunal dans toute la sincérité de Dieu^ Or, soit que, par une opposition naturelle à la vérité, les personnes élevées n'aiment jpas à l'entendre^ soir quc^ parune foiblesse indigne de la sainteté
bASTGER DES PROSPÉRItÊS. 4o5
«t de Tautorlté du sacerdoce , on craigne de la leur dire» Ileil cec* tain que les Grands et les Puissans trouvent rarement dv cel homme* fidèles à leur ministère, et en qui la parole duSelgneumetoitpoinl: liée, lorsqu'il s'agit d'entrer en jugement arec leur conscient* Lea Nathan et les Jean -Baptiste ne sont pas de tous les siècles. La présence seule des Grands de la terre affoiblit la vérité dans nos bou-^ ches; on craint ceux qu'on devroit instruire; on respecte leurs pas? sions comme leur rang et leurs titres ; le juge tremble devant le coupable; celui qui va prononcer l'arrêt, semble l'attendre lui-même dn criminel qu'il doit condamner; et pourvu qu'on n'applaudisse pas à leurs crimes , on s'applaudit presque d'avoir eu le courage de les tolérer. Les ministres mêmes les mieux intentionnés se persuadent qu'il faut ici de la complaisance ; on a recours à des ménagemens qui blessent le devoir; on accommode la règle aux personnes , loin de juger les personnes par la règle; on place des exceptions où il auroit fallu ne mettre que la loi. Ainsi la vérité n'est jamais montrée aux Grands , que sous le voile des adouci ssemens et des mesu-^ res; et il est rare qu'ils fassent pénitence, parce qu'il est rare qu'ils soient instruits. C'est la plainte que faisoit autrefois Jérémie : Prthphetœ tui videmnt tibi/aisa et stulta, nec aperiebant iniquùatem tuant ^ ut te ad peenitentiampropocarent ( Tkren. a ; i4 )•
Mats je veux qu'ils trouvent des ministres fidèles , et qui ne con« aoissent personne selon la chair; car il est encore des Prophètes danc Israël: la grâce de la pénitence, es tune grâce de docilité, et de sott"^ mission ; il faut se livrer sans réserve à la main qui nous guide , as» aujettir son humeur à des conseils utiles , et savoir marcher par de* routes qu'on n'auroit pas soirmême choisies. Or, tous qui êtes accoutumé à Yoir tons ceux qui vous environnent déférc^r à vos scatsmens , respecter vos erreurs , et applaudir même à vos caprices , Vous ne pourrez plus voua résoudre à ne vous cpnduire que ptF les impressions d'un gpide éclairé; vous voudrez le ramejg^eKà vous, «ii lieu d'aller à lut ^ et par lui à la vérité; tous exigerez des égards où vous n'auriez dû attendre que des censures ; vous entreprendras d'imposer des lois , où vous auriez dû vous soumettre à celles ,qu*on vous impose. Naaman , élevé aux premières places d*ane Cour sitperbe , n'écoute qu'avec dérision les sages conseils du prophète Elisée, et prend pour une simplicité, le remèdift que l*homma de Dieu lui prescrit, et la sainte autorité de sonminbtère. On veut être grand où il ne faudroit être que pénitent.
Nouvelle raison. On porte au tribunal un goût de raffinement ec de fausse élévation d'esprit, toujours opposé à U graee de la pénitence , qui est une grâce de simplicité et d'enfance chrétienne» Si le ministre saint ne parle pas le langage du monde ^ s'il n'entre pas dans les préjogés attachés au rang et à la naissance; s'il vous annonce les mêmes vérités qu'au commun des Fidèles; s*il vous prescrit les mêmes devoirs ; s'il vous prédit les n^êmes malheurs et les mêmes peines^ s'il tr4Hive dans vos passions la même énormité ; s'il vous conseille
4oS rr DIMAIVCHE DE CARÊME:
les nilftibsffeinèdes: vons traitez son zèle de simplicité; ses lamîeres ire sont ^us fMiir vous qu'une ignorance du monde et de ses usages ; vous lecrdyez moins propre à conduire au saint les persohnes d*ua certain rang; il semble ^n*il y a un autre Ëvangile ponrirous que pour le peuple; qu*en J. C. il y a distinction deGrecetde Barbare» de noble et de roturier ; et que, pour vous guider dans les voies du salut , il jfaut une tiutre science que la science des Sïint».
La grâce de la pénitence trouve donc des obstacles infinis dans le cœur des Grands et des heureux du monde; mais elle en trouve encore de plus insurmontables au dehors et dans les suites, pour ainsi dire 4 de la prospérité : dernière raison* Car, je ne vous dis pas premièrement , qu'un cœur heureux par Tabondance ne cherche plus rien hors de lui; rien ne réveille plus son amour pour le bien véritable , parce que cet amour est comme endormi et rassasié par les biens apparens. Il faut à la grâce des pertes, des dégoûts, des af« flictions : elle ne peut presque rien sur les âmes heureuses. Lo riche deTEvangile (Luc, 12; i8), de quoi s*occupe-t-il dans son abon* âance ? d'abattre ses greniers , d'en rebâtir de nouveaux ; ensuite de se reposer, manger, boire, faire, bonne chère: il ne pense pointa Dieu . On n'a recours au Seigneur que lorsqu'on ne se suffit plus à soi-même; on ne cherche le repos dans l'Auteur de son être, que lorsqu'on iife \e trouve plus dans les créatures. Adonfàs n'embrasse Fautel, que lorsqu'il, voit sa roOH résolue. Manassè!» n'mvoquele Dieu de ses pères, que dans rhorrèur de sa prison et sous la pesanteur de ses chaînes. L'enfant pi^odigue ne pense à revenir dans la vaisoil paternelle, que lorsqu'il commence à sentir les ligueurs de la faim, y^us^^émé qui m*écoutez, dans les ihbmebsdii'Diéu vons a affligé , vôiiè Vous éies adressé à lui ; vous aveÉ otiVef tf les yeux sur Vabils d«<eeihonâe misérable; mais le retour dé la TàVtar et de ht pfo8périlé*à rappelé dans votre esprit des images plus dèuces et plus riantes ; (et ^mH vous étés rendu au n^onde , "dès qu^e inonde a vonlu revenir 'à Von^ ': vous Vous seriez sattvé par ia voie dels dégoûts et des afflictionli; vous périrez dans la prospérité.
Maïs que seroit-f^ ^i j'exsuninois ici l'abus que vous avez fait de vos placer et de vos.4^gnités, dont vous rendrez, uu compte rigoureux au ti;ibunal de J« Q. , et qui vons engage en 4e^ r^arations infinies , sans lesquelles votre pénitence sera toujours fausse et réprouvée de Dieu. Quels nouveaux abimçs 1 si la brièveté d'un discours permettoit de les approfondir. Si vous avez été un des chefs des armées d'Israël, que de licence! que de déprédations! que de violences I que demalltenrs publics et paHiculiers ÏMeii Inetira un jour sur votre compte ! Si vos places vous ont mis à la téée de» peuples et des affaires publiques, que de personnes indignes favorisées ! que d*événemens publics et funestes ont peut-être trouvé leur source , on dans vos jalousies secrètes , ou dans vos intérêts perKonnefs ! que de complaisances injustes , que la faveur, Tamitié, le sang ,' et pent- ^tre des attachemens criminels ont obtenues de vous ! que d'abus ,