DANGER DES PROSPÉRITÉS
^m tolérés par yotre négligence « on autorisés par vos exemples I que de plaintes mal écoatées! que d'oppressions dissimulées, ou pour lêriter rembarras de les approfondir, on pour sooteniir yos choix , et ne pas dévoiler Tiniquité des subalternes qui eii étoient lesau* tenrs , et qui vous dévoient lenr fortune et leur place ! Où sont les Grands qui fassent entrer ces détails et eette multitude innombrable de crimes étrangers, dans les réparations d« leur pénitence?
Enfin , je ne dis rien des obstacles extérieurs que la prospérité y met. La retraite vous seroit nécessaire, votre rang et vos emplois vous engagent dans le tumulte du monde et des affaires ; les macérations seroierit le seul remède qui^otirroit expier vos voluptés pas*sées , les délicatesses de votre éducation ou les bienséances de Votre autorité vous les interdisent ; la£^ite des honneurs serviroit d*expiation aux excès passés de vbtiMpibition , et pour soutenir votr6 nom, il faut aspirer à de nonvoM grâces ; les humiliations guéri •roient Tenflure de votre cœur, et il faut que vous souffriez des hommages f et que, comme Saiil après son crime , vous exigicE môme qu'on vous honore aux yeux des hommes, de peur que votre digniié ne souffre d^ mépris qu'on auroit pour votre personne; la prière soutieadroit vos foibles désirs de pénitence t, et les embarras de votre fortune, ou ne vous ea laissent pas le loisir, ou vous.enonti'ait perdre l'usage; la.prospéi^ité vous avoit aplani tous les chemins dm crime , elle vous ferme loutea les voies de la pénitence. .
Aussi, M. I^. , la pénitence des Grands et des Puissans est d'ordinaire si imparfaite î on reçoit tout ce qu'ils veulent donner : les pinâr foîbles efforts soût publias comme des vertus héroïques. A peine ont-ils fait quelque légère démarche pour sortir de leurs égàremens, qu'on leur donne tous les éloges dus à une vertu consommée ; on lif» loue des maux qu'ils ne font pas, plutôt que de ceux qu'ils réparent. On leur compte tout , un discours , un désir , un sentiment ; les signes de la piété passent pour la piété elle-même ; et n'être plus pécheur, e^t pour eux la plus stiblime de toutes les vertus. Mais devant vous , ô mon Dieu ! où les titres et le rang n'ajontent rien à nos «euvres , vous ne jugez de notre pénitence que par les crimes que notii avons à expier, et non pas par le rang qui lui donne du prix devant les hommes ; et tout ce que l'élévation ajoute à nos démarcEes de pénitence, c'est que nous laissant plus de plaisirs et plus de crimes à réparer, elle en exige de plus sévères.
Il est^ vrai encore que la pénitence des personnes élevées consiste plus en des œuvres extérieures et éclatantes, que dans ks actes pénibles et secrets de la foi et de la piété. Ils favorisent le cnlta et la rf ligion-, ils protègent les gens de bien , ils entrent dans les cetivrea de miaécicorde, ils soutiennent les asiles publics delà misère ou de l'innocence; mais cette vie de foi , de violence , de renoncement, da haine < de soi même , qui fait comme le fond de la pént« teoceet de ia piété chrétienne, ils ne la eonnoissent pas. Ils de- VMffiMiit plus religieux , mais ils ae éerienoeiil' pas pénitensi ;. Us-
«dB II* DIMANCHK DE CAREME.
sont plus uHles à la Tertu <, mats ils ne sont pas plos rigodréni «ir« vers eux-mêmes ^ ils emploient leur autorité pour soutenir lelûen^ mais ils se croient dispensé» de le faire; ib serrent aux desseins de Dieu sur son Eglise , en soutenant les entreprises qui le glorifient-, mais ils ne satisfont pas à sa justice en expiant les crimes :qui l'ont outragé; en un mot, ils. serrent an.salut des autre», et rarement ils se sauvent eux-mêmes. La (ille de Pharaon favorise le peuple de Dieu qu*on opprime , elle sauve Moïse des eaux , elle emploie ses biens et son autorité à Téducation du conducteur d'Israël qui doit un jour délivrer ses frères ; elle Tadopte et le met au nombre de sei propres enfans , mais sa vertu ne va pas plus loin : contente de favoriser le peuple de Dieu , elle n'en imite pas la foi et l'innocence, et pour être la protectrice de Moïse , elle n'en est pas moins l'esclave des vanités et des coutumes d'fi|||pte. Tels sont les dangers de la prospérité i elle facilite toutes llppâssions , elle met des obstacles infinis à la pénitence.
Or, voici je fruit de ce discours. Etes-vou» né dans l'élévation et et dans l'abondance ? pensez que les faveurs temporelles ne sont pas promises aux Chrétiens, et que si la Providence les a répandues sur vous , ce n'est que pour vous ménager et le mérite de les mépriser, et des occasions d'exercer la miséricorde , en donnant libéralement ce que vous avez reçu gratuitement. Pensez que l'élévation ou iâ bassesse du Chrétien est dans l'innocence ou dans le dérèglement de ses penchans , et que le pécheur est la plus vile , la plus mépri— sable et la dernière des créatures devant Dieu; pensez que .les dangers croissant avec la fortune, vqus avez besoin de plus de vigilance» de plus de prière, de plus de précaution que ceux qui naissent dans )a foule ; et que vous périrez avec des vertus médiocres qoi vous auroient sauvé dans l'obscurité; pensez que votre élévation ne vous donne aucun privilège sur les lois de TEvangile ,. et qu^on exigera de vous jusqu'à la dernière obole, comme du plus vil de tous les esclaves ; pensez enfin que tous les objets agréables que la prospérité rassemble autour de vous , ne doivent être pour vous que des occasions continuelles de renoncement; que ce sont pour vous des pié|;es et des tentations plutôt que des avantages; et que si vous ne souffrez pas de toute votre prospérité, vous en jouissez et n'êtes plus dans l'ordre de Dieu.
Etes-vous affligé par des pertes et par des disgrâces? Souvenez* vous que les récompenses temporelles ne sont pas dignes de ceux qui servent le Roi immortel des siècles ; souvenes-vous qu'il est heureux de perdre ce qu'il n'est pas permis d'eimer, et qi»'on seroit obligé de mépriser si on le possédoit encore ; souvenez-vous enfin , que lès afflictions ont toujours été le sceau et la récompense des Justes ; qu'on ne peut aller à la gloire des Saintaque parlés croix; que moins on a eu de consolation en cette vie, plus on est en dcott d'en attendre dans l'autre ; et qu'au lit de la mort , vous ne veudries pas changer vos afflictions et vos peines passées contre tous 1^ sceptres
IMPÉNITEl^ïCE FINALE. 409
«t tontes les conronnes de la terre. Méditez ces vérités consolantes , «t , dans qnelqne situation que la Providence voas ait placé , heareiix ou affligé 9 dans la faveur ou dans la disgrâce , passez de telle sorte par les choses temporelles , que vous ne perdiez pas les éter^ nelles, {^Oraison du troisième Dimancl»e après la Peniecdte, )
Ainsi soit-4l.