SES
SERMON
POUR LE LTmDl
DE LA SECONDE SEMAINE DE CARÊMEw
SUR L'IMPÉNITENCE FÏNALE.
Ego Tado , et qnatretij me , et in peccato Testro moriemioi*
. Jû m'en vais, ft vous mû chercherez , et vous mourrez dans votre péché- ZajLM t liS; ai.
di vous n'aves pas frémi ^ M. F. , en m'entendapt prononcer ces paroles, les. plus terribles sans doute qu'on lise dans nos divines Ecrî* tares, je ne vois plus de vérité dans la religion, capable de vous toucher. Pour moi , je vous avoue que j'en suis frappé de terreur ; et il me senible , qu'en exposant de si formidables menaces , il faùdroit plutôt prendre des précautions pour prévenir les frayeurs excessives qu'elles pourroient jeterdans les esprits , que pour réveiller Tattention et la crainte.
En effet , ce n'est pas des calamités pnUiqnes , vos villes dé« molies , vos femmes et vos enfaus menés en servitude, et l'héritage du Seigneur en prcûe è des nations barbares et infidèles, que J. C. vous annonce aujourd'hui^ hi tant d'autres menaces que les Israélites,. an. pied du mont Sinaî, ne purent entendre sans être renyeraés de terreur, et sans craindre de mourir, si le Seigneur ne cessoit de Ipur parler. C'est l'abandon de Dieu et l'impénitence au Ht de la mort qu'on. vous annonce; des efforts. pour retourner au Seigneur en celte dernière heure,, inutiles et rejetés; la réprobation consomsnée en ce nioment fatal , et une ame depuis.long- temps infidèle à la grâce ^ méfiée enfin captive par son péché : Qnœrçtis me , et in peccato vestro moriemini. C'est la destinée déplorable de tant de Fi*
i{to LTTTïDI DE LA IV SEMAÏNE.
dèles', 6a qui méprisent I«s voies da saJut , ou qui ne »e proposent ây cfnt^er qii^â la dernière heure : c'est celle de le plupart des péclieurs qni m*écoutenl ; c'est la vôtre , mon cher Ailditeur, si vous diffères 'de vous convertir an Seigneur : li s'en va, ^ vous le chercherez , el vous mourrez dans' votre péché.
Grand Dieu ! mais ique devient votre bonté , lorsque vous abandonnez le pécheur dans cette dernière heure ? Ses pleurs , ses san- ^tSi sa teiioh« irembiaiite collée sur 1« signe sacré d« son salât , ses promesses 4^ pénitence ne peuvent-elles plus alors fléchir voire clémence ? et devenez-vous un Dieu cruel pour Thomme que vous avez créé? Ne metton^ P<\i>^ 4® bornes à ses miséricordes (infinies, M. F, ; il peut se laisser fléchir; mais vous ne le fléchirez pas, et il vous avertit lui même qi^e vous ne devez pas vous y attendre : /e m^en vais , ei vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Il vomie dit à tous en général, a chacun de vous en particulier, de quelque âge, de quelque sexe^ de quelque rang qae vous puissiez être.
Cette matière est trop effrayante pour y chercher un antre dessein, que celui que les paroles de J. C. elles-mêmes uous fournissent: si vous attendez de vous convertir à la mort , vous mourrez dans votre péché : celte terriblevèrité m'occupe tout entier; je vous la propose avec simplicité tonte seule. Or, si vous différez jusques là votre conversion , vous mourrez dans votre péché, parce que vous né scfrez plus en état alors de chercher Dieu et de retourner à loi : Quà ego vado, vos nonpotestis venire i^Joan , 8; aa); parce que, supposé même que vous soyez en éiat de le chercher y et que vous fassiez des efforts pour retourner à lui, vos efforts seront inutiles^ et vous ne le trouverez pas : i^aeeretis me ; è'/ iH pectato vestro moriemini {^Joan, i8 ; aij. Première raison fîré'e du c6té du pécheur « hors d'état au lit de la mort , de cherche^ Dieu et de détourner à lui. Çe>M)nde raison tirée du côté de Dieu .irrité alors envers le pécheur, et qui ne recevra pas , ne regardera pas , tnéprisera même, le^ efforts que le pécheur mourant semblera faire j^ôur le chercher et retourner à lui.' C>st-à-dire, la pénitence au lit de la xhoti , presque toujours impossible; la pénitence au lit de la mort, presque toujours inutile. Kdus avons besoin dès lumiénes dé l'Espri^Saitit , etc. ^9e , Maria.
Ï»KEMIERË PAÎlTtE.
Si vous différez volVe conversion à la mort, vous mourrez dam vôtre péché , pai'ce qu*alors vous ne serez plus en état de chercher ), C.^: Qu6 ego vadOf vos nonpotestis venire. Première raison tirt»e du côté du pécheur mourant, hors d'état alors de chercher/. C-; c*e&t>à dire , la pénitence au lit de la mort , pr'esque toujours ifiapossible. Or, vous ne serez plus en état alors de chercht^ J. C, parce que, ouïe temps vous manquera, ou le temps vous étant accordé, 1 âc'cablement de tos maux ne vous le permettra pas ; ou enfiii f que
IMPÉNITENCE FINALE. 4n
Vos mani vons le perroettant , vos anciennes passions y mettront de$ obstacles que vous ne serez plus en état alors de surmonter. Appllqnez-TOùs, M. F., à ces vérités importantes.
Je dis donc 9 premièrement , que vous êtes imprudent de renvoyée Taffaire de votre, salut à un temps que Dieu ne vous a point promis^ et qu'il refuse tous les jours à des pécheurs moins eonpables que vous. Car 9 mon. cher Auditeur, qui vous a répoada..^oue la mort viendra lentement, et qu'elle ne fondra pa» inopânément sur vons , comme un vfl[iitour cruel sur une proie tranquille et inattenlive ? îy^oh avez- vous appris que le Seigneur vous avertira de loin ; qu'il enverra toujours son Ange pour vous préserver; et qu'une chute soudaine^ un naufrage imprévu, un édifice écroulé sous vos pieds, un coup conduit par le hasard, un lâche ennemi, un domestique infidèle » et tatit d'autres accidens, ne couperont pas en un. clin d'oeil le £1 d^ votre vie, et ne vous précipiteront pas dans l'abîme au milieu de vos plus beaux jours? Qui peut vous garantir qu'une révolution subite d'humeurs ne vous fera pas expirer sur-le-champ entre .les bras de vos amis et de voç proches , sans mettre, entre une santé parfaite et le trépas, que le dernier soupir d'intervalle? Ces malheurs sont-iU impossibles ? ces accidens sont-ils fort rares ? s'est -il passé une seule année, un seul jour presque, où Dieu ne vous ait averti par quelqu'un de ces grands exemples ? Les tètes les plus illustres en ont-elles été à. couvert ? Combien <le ibis voua est-on venu annoncer avec; filanlrie a Un tel vient d'expirer au sortir de tabler du jeu , du crime qi^flquefois^? le rainiaUre^deM'. C. s'est présenté; mais on n'a pu tirer du -mourant aucun signe» Quelle 5eonat<ernation alors! quels retours ans. vous-même ! Quelles réflexions sur Tinoonstance de la vie et de Aoci^ea4e& choses ^omaincsl quelles résolutions secrètes de prendre jisjoiii yroê mesures « de peur d'être surpris à votre tour! Ettez-vous alotstâtvpnldei^MHi'.trop timide, de craifKire ? Combien de fo^s pentétr»<esvterf»bUs#ocid«na sont-ils arrivés à vos yeux? et sans sortir d» votre fnliilJe 9 «favvz^vons pas eu là-dessus quelque leçon domesliqufi? Or» jf vouai demande , quels oiit pu* être les desseins dé la mi-* sério^de de Dieus en voos ménageant âes spectacles si effrayant ? N'est<*ce pas peut-être de vous-:a vertir que votre fiuserOit semblable? Que saisrje, si la disposition même d«V0tr^ tempérament ne vohïf laisso rien àeraindrc Jà -dessus; si vous ne portes* pas déjà la mort dans ie sein; et si.au premier jour votre fin soudaine et surprenante , ne répandra. pas le deuil^armi nous , et ne fotit»îra«pas, à ceux qni m'icQutent, de- grandes , mais d'inutiles, réflesitos sut Tabus du monde et de éts espérances ?
Quel est doncvotA aveuglement,. mon cher Auditeur,, de faire dépéùdre votre salut éternel , de là chose du monde dont vous pouvez moins vous répondre? Si vous comptiez sur le succès de quelque griuide entreprise; la sagesse de vos mesuras , le secoues de vos ami# ou de Vos àujels, votre rang, vos biens, votre crédit, votre puis* *£lrice, l^ourrôient vous en répondre : mars vous comptez sur le temps.
T ÏMPÉNITENCE FINALE. 4i5
- ^ *Tie soîl refasé, et qui n'aille paroftre devant Dieu , sans s'être
"ir é à ce compte redoutable. IVassurez-vous après cela sur le pe-
; . nbre.
's je veux que le temps vours soit accordé, et que les ministres
'^neur aient le loisir de vous venir dire, comme autrefois ua
*** • "^te au roi de Juda : Réglez votre maison , car vous mourrez (/j.
"[^ * * • ■■. L'accablement où vous serez alors , pourra-t-il vous permet-
^ *** » chercher J. C. ? Seconde réflexion. De quoije vous prie est ca^
* • nlors une ame criminelle, toute plongée dans ses douleurs,
^ »• ante sous le poids et la multitude de ses maux, et à qui il
'^ « .peine encore assez de vie pour animer son cadavre? Quoi! vous
" * s • qu'avec une raison qui déjà s'enveloppe, une langue qui se
^ «'épaissit , une mémoire qui se confond, un cœur qui s'éteint ;
** oulez que , dans cet état , un pécheur éclairdsse les abimes de
' ' science; vous voulez qu'il approfondisse ses sacrilèges, se»
** "' les, s«s vengeances , ses restitutions, ce gouffre d'impureté
* n'est jamais sorti, ces embarras sur lesquels il ne s'est jamai*
' * xpliqué; et , en un mot, qu'il entre dans des soins et dans un
, à qui l'esprit le plus serein et la raison la plus entière
^ -oient à peine suffire ; vous voulez que cette ame déjà immobile
' e des chaînes de la mort , sente l'horreur de ses iniquités
's; qu'elle pense sérieusement à implorer les miséricordes de
leu, elle dont les idées mourantes ne ressemblent plus qu'à
)nges , et qui ne pense plus que comme on pense en dormant ?
and Dieu! vous qui , du haut de votre justice, êtes alors plus iiif que jamais aux mouvemens secrets de cette ame infortunée, ie passe-t-il en ces . derniers momens entre elle et vous ? Qu' j »jvrez-vons qui puisse réparer une vie entière de crimes et apai- . otre colère ? se tourne -t-elle seulement vers son Créateur ? .e-t-elle en secret l'Auteur de ses bienfaits et le Vengeur de se» atitudes? S'anéantit-elle sous la main levée pour la inrapper? Se a'de-t-elle commeunevietinie destinée à des tourmens éternels, si 1 la jugez selon votre justice? Fait-elle monter vers vous, de :(ne de sa douleur , les cris d'un repentir sincère ? Lui échappeseulement un désir que vous daigniez regarder ? Loin de vous *ûr , peut-elle encore vous connoître^ Et que voyez- vous , grand vi I dan» les tristes agitations qu'elle laisse paroîfre, que les der- "S efforts d'une ame qui se défend contre le trépas , et d'une marne qui se dissout?
.lépondez ici pour moi, vous, M. F., que la main du Seigneur a
tduits quelquefois jusqu'aux portes du tombeau , et en a retirés
puis ; lorsqu'étendus sur un lit de douleur, vous combattiez ainsi
i.re la vie et la mort, les soins de votre éternité vous occupoient-
, encore ? Oùétiez-vous alors ? Quel usage faisiez- vous de votre rai-
ri ? Que fbrmiez-vous au dedans de vous , que des idées confuses et.
il liées , où vos maux avoient plus de part que votre salut ? Que fu-
.at^o^r vous les jeirniers remède» des moùrans^ que l'Eglise vOua
4i4 LUNDI DE LA. Il* SEMAINE.
appliqua ? d€s souges dont le ftoavenir même ne vous est pa« demeoré* Vous seriez-YOUs trouvés plus prêts à paroiire devant J. C, si cette maladie eût fini vos jours? Quelle ame scriez-voiis allé présenter aux pieds du Tribunal redoutable? Qu'en avez- vous dit vous-mêmes depuis , revenus en santé ? que c'est une folie d'attendre à l'extré* mité; qu'on n'est capable de rien alors; qu'il faut mettre ordre à sa conscience, tandis qu'on se porte bien. Vous l'avez dit ; mais l'avezvous fait ? ne vous laisserez -vous point une seconde fois surprendre? rt le seul fruit que vous retirerez du bienfait qui prolongea vos jours, ne seront-ce point les crimes d'une plus longue vie ?
Mais ce qu'il y a iciencorede plus propre à nous laire adorer les jugemens de Dieu sur les pécheurs qui différent leur conversion à la mort, c'est que, si sa miséricorde ménage alors quelques inter- -valles libres à un mourant , des momeus si précieux , si décisifs pour son éternité , sont consumés à disposer d'une succession , et à régler une maison terrestre. Des proches , des enfans avides attendent autour d*un lit le moment où la raison du malade s'éclaircit ; visent quelquefois, comme les enlans d'Isaac, à surprendre un père mourant, et à se supplanter les uns les autres; se hâtent de profiter du temps , pour lui faire déclarer ses dernières intentions. On laisse à des intervalles moins heureux les soins delà conscience, l'affaire de réternité ne va qu'après toutes les antres. Alors le ministre de J» C. est appelé; car il faut attendre que le mourant ne le connoisse presque plus ^ afin qu'il le vt>ie approcher sans effroi: cependant le mal presse; on ne peut plus exiger du pécheur un récit exact de ses désordres; il faut se contenter de quelques termes vagues et mal suivis qu'on lui arrache. Nous lui faisons dire qu'il se repent ; mais }e lui faisons-nous sentir? Nous lui demandons quelques signes; il lève des yeux mourans; il s'efforce en va in de remuer une langue déjà immobile ; il consent de la tête ; nous croyons l'entendre , mais, s'entend-il lui-même ? Le prêtre du Seigneur crie à haute voix ; il tâche de faire retentir du moins à ses oreilles des garoles de salut, et le nom de son Sauveur répété mille fois avec effort ; mais le porte-t-il jusque dans son cœur ? Il s'arme du signe de notre rédemption , il présente . un Dieu mourant au pécheur qui expire; il l'applique sur ta bouche tremblante et livide; il lui fait lever vers cet objet consolant, ses mains défaillantes, et ses yeux déjà à demi-éteints; mais le Ini faitil connoitre? La mort arrive; il expire. Grand Dieu!* que devient cette ame? que trouve-t-elle au sortir de sa demeure terrestre, lorsqu'elle tombe entre les mains éternelles de votre vengeance ? quelle surprise de se trouver, comme en s'éveiUant aux pieds du Tribunal redoutable , Tabime ouvert sous ses yeux ; et n'ayant mis entre une' vie tonte criminelle et la sévérité de vos jugemens , que la léthargie et les songes d'une courte maladie ! A cela ^ M. F. , que voulez-vous que j'ajoute, que la réflexion toute simple du Prophète? Entendez ceci , vous qui oubliez Dieu pendant votre vie , de peur qu'il ne vous surprenne dans ce dernier moment, et que personne ne puisse plus
alors Yons enleyer de ses umios: Jaielii^ite hfec , qui ohUviscimini. Deum^ uequando rapiat, et non sit qui enipiat ( F$» 49 > sa).
D'ailleurs, M. F., et cette dernière Térlté n'est pasmoins dig^e de votre attention : promet tez-vous, si yons^oulez, de conserver jusqu'au dernier soupir, ia raison aussi saine et aussi entière, que TOUS l'avez aujourd'hui ; ne comptez-vous pour rien les obstacles que vous trouverez alors dans votre propre cœujr ? Croyez- vous que des passions que vous nourrissez depuis l'enfance, qui sont devenue» comme votre fond et votre tempérament , tOQ»beront, s'évanouiront en un instant; qu'il se fera en vous un miracle soudain ; et que vous serez changé tout d'-^n coup en ua nouvel homme ? Les maladies que la mort ne termine point , opèrent-elles beaucoup de couver^ sions ? Voyez-vous beaucoup de pécheur%.qu sortir de ces extrémités* après les plus belles protestations, et les derniers remèdes de l'Eglise reçus avec componction apparente, mener une vie nouvelle? Qui peut mieux répondre là-dessus que vous-même ? Vous avez été quelquefois jusqu'aux portes de la mort ; vos maladies vous ont-elles converti? vous croyiez être changé, vous. eu assuriez le ministre de la pénitence, et peut-être les spectateurs de vo$ maux; mais l'étiezvous? Le danger passé, la santé revenue, les passions n'ontelles pas reparu, et ne vous êtes -vous pas encore retrouvé le même? Le cœur se fait- il en si peu de temps de nouveaux penchans , et comme un nouvel être ?
Quoi, mon cher Auditeur! après une vie entière de débauche « vous croyez que deux jours de maladie vous rendront chaste ! Ahl Dieu permettra que le souvenir de vos plaisirs passés vous arraclie peut-être encore mille complaisances criminelles au Ml de la mort; peut-être aimerez -vous encore à vçir avec des yeux mourans, peintes sur vos murs , les images funestes de vos anciens désordres ; peutêtre expirerez-vous , ayant autour de votre lit l'objet infortuné qui corrompit votre coeur ; et mai gré le scandale public, vous ne pourrez vous résoudre à vous eu séparer , même à la mort. L'esprit de Dieu Ta dit : les os de l'impudique seront encore alors remplis des désordres de sa jeunesse , et ses vices dormiront avec lui dans la poussière du tombeau : Ossa ejus implehuntur vitUs adolescentiœ ejus , et cum eo in pulvere dormient ( Joh. 20 ; 1 1 ). Et notre siècle , et ceux de nos pères, n'ont-ils pas vu des monstres, qui , en expirant même, juroient une affreuse fidélité jusqu'au-delà du tomheau, à l'objet détestable de leur passion , et dont l'ame réprouvée ne sortoit de leur corps qu'avec des soupirs et des regrets de crime et de volupté? O Dieu I que vous êtes terrible , quand vous livrez le pécheur à sa propre corruption.
Vous croyez qu'un homme qui n'a eu qu'un désir en vivant , et c'a été celui d'amasser du bien aux dépens des peuples , et par les voies les plus injustes et les plus odieuses ; vous croyez qu'alors il puisse consentir que des gains qu'il a toujours cru permis , de-i viennent crinûoels, et que des restitutioirs infinies remettent mq
4iG LUNDI DE LA IV SEMAINE,
jfiom et sa postérité dans la poussière , d*où il les avoit tirés ? Ab ! dit TEsprit de Dieu, il vomira avec son ame, les richesses qu'il avoit dévorées ; mais ce sera malgré lui : le Seigneur les arrachera de ses entrailles ; maia il n'en arrachera pas Tamour de son cœur : Divitias ,quas devoravû, evomei^ et de ventre illius extrahet eas Deus (^Ibid, v, i5 ).
Vous croyez qu'un impie , qui a mis sa gloire dans sa confusion , et qui a mille fois profané la sainteté de nos mystères par des dérisions sacrilèges , deviendi^a fidèle et religieux au lit de la mort ? Eh! peut-être se fera -t-il honneur jusqu'à la fin, d'une force d'esprit qui flattera sa vanité; peut- être voudra -t -il pafoitre au-dessus des frayeurs vulgaires , et regarder d'un air tranquille et assuré l'incertitude d'un avenir ; peut-être laissera- t-il en mourant , aux spectateurs , le plaisir affreux d'un bon mot aux dépens de son salut éternel ; peut-être aussi mourra-t-il en monstre et en désespéré.
Vous croyez qu'une femme mondaine, enivrée de sa figure, outrée dans ses plaisirs , attachée vivement au monde et à elle-même ; vous croyez qu'elle verdi alors sans regret la destruction de son cadavre, le monde et tous ses amusemens s'évanouir et s'éloigner d'elle pour toujours? Ah ! Dieu permettra que les soin^ de sa beauté l'occupent encore au lit de la mort ; qu'elle examine tous les jours les changemens qu'une longue maladie aura faits sur son visage ; qu'elle écoute là- dessus avec complaisance tout ce que la flatterie voudra lui persuader ; qu'elle sente réveiller en expirant tout son amour pour le monde ; et qu'elle dise , comme cet infortuné roi d'Amalec : Est-ce ainsi que la cruelle mort m'enlève au milieu de mes plus beaux jours? Siccine séparât amara mors ( /. Reg. 1 5 ; 3a ) ?
Vous nous en avertissez , Seigneur, dans les livres saints; lenr fin sera semblable à leurs œuvres : Quorum finis erit secundàm opéra ipsorum {II. Cor, ii ; i5). Vous avez vécu impudique; vous mour* rez tel : vous avez vécu ambitieux; vous mourrez sans que l'amour du monde et de ses vains honneurs , meure dans votre cœur : vous avez vécu mollement sans vice ni vertu ; vous mourrez lâchement et sans componction : vous avez vécu irrésolu , faisant sans cesse des projets' de pénitence et ne les exécutant jamais ; vous mourrez plein de désirs et vide de bonnes œuvres : vous avez vécu inconstant, tantôt au monde , tantôt à Dieu ; tantôt voluptueux , tantôt pénitent , et TOUS laissant décider par votre goût , et par l'ascendant d'un caractère changeant et léger; vous mourrez dans ces tristes alternatives; et vos larmes au lit de la mort ne seront que ce qu'elles avoiënt été pendant votre vie, c'est-à-dire, un repentir passager et superficiel, des soupirs d'un cœur tendre et sensible , mais non pas d'un cœur pénitent; en un mot , vous mourrez dans votre péché : In peccato vestro moriemini ; dans ce péché où vous croupissez depuis si longtemps ; dans ce péché qui est à vous plus que tous les autres , parce qu'il domine dans vos mœurs et dans votre tempérament ; dans ce îpéché qui est comme né avec vous , et dont une vie entière n'a pu
vous corriger : Inpeccato vestro moriemini, Achab meurt Impie, Jes&beU'ToIuptneuse , Saiii TÎndicatif, les enfans d'Héli sacrilèges, Absalon rebelle, Baltazar efféminé , Hérode incestueux : toute l'Ecriture est remplie de pareils exemples ; tous les Prophètes retentissent de ces menaees., J< C; s'en explique aujourd'hui d'une manière à faire trembler les plus insensibles : l'expérience est ici terrible; TOUS - même 4ites tous les jours qu'on meurt tel qu'on a vécu. Eh ! que faut-il donc encore, mon oker Auditeur, pour tous faire prendre dès à présent la résolution de travailler à votre salut , et de ne pas renvoyer^ la -fin une affaire qu'on ne sauroit jamais trop tôt commencer; et d'autant plus qu'eUe est toujours manquée, lorsqu'elle est différée ? Opérez donc le bien tandis que Dieu vous en laisse le temps. N'apportez pas à la moi^t des désirs , mais des fruits de pénitence. Cherchez J. C. tandis qu'on peut le trouver :car si vous renvoyez votre conversion à la .fin , non-seulement vous ne pourrez plus le chercher : mais quand vous le pourriez , vous ne le cherçhej:ez pas ; et quand vous le chercheriez , vous ne le trouverez pas ; Quœredsme , et non invenietis , et inpeccato vestro moriemini. Dernière vérité encore plus terrible , ii^enfermée en deux réflexions qui vont prouver, que la pénitence est presque toujours inutile an lit de la mort.
SECONDE PARTIE
Si vous renvoyez votre conversion à 4a mort , v«us mourrez dans votre péché : parce que , quand vous pourriez alors chercher J. C. , vous ne le chercherez pas ; et qu«nd- vqns le chercheriez , vous ne le trouverez pas. Je dis premièrement , que vous ne chercherez pas alors J. C. ; parce qu'il se sera éloigné de vous , et qu'il vo|is aura abandonné : Ego vado ^ et in peccato pestro moriemini. Première raison. Le pécheur au lit de la mort abandonné de Dieu.
En effet , c'est, une vérité du salut , que le Seigneur met des born^ à sa patience , au-delà desquelles il ne va jamais ; et que , comn^e il a établi un temps pour se souvenir du pécheur, selon l'expression de Job, il çn a aussi, marqué un autre pour l'oublier. Jl y a dans les trésors de sa miséricorde certain nombre de faveurs spéciales destinées à chacun de nous en particulier, lesquelles une fois tariez par une longue suite d'infidélités, sont le signal de son indifférence et. de sa fureur, et ne laissent plus à ceux qui en ont abusé , 'ou que ces secours ordinaires et presque toujours inutiles de la grâce; ou que ces ressources uniques tirées de sa toute-puissance , dont l'ordre de sa sagesse et de ses conseils éternels ne Ini permet pas de se servir. Ainsi, lorsque les abominations de Sodôme furent montées à leur comble , et que le nombre de dix Justes arrêté dans l'ordre éternel de sei conseils , ne s'y trouva plus , Abraham eut beau lever les mains vers lui; le Seigneur ne put se laisser fléchir, et il fit pleuvoir du haut du ciel sa fureur et son feu sur ces villes criminelles. Masslllon, tomb i. 27
4i8 LUNDI DE LA II* SEMAINE.
Je dais que toat le temps de la vie présente est un teitfps de salât ,et de propitiatîon; quenous ][>oayons toujours retourner à Dieu; qu'à .quelque heure que le pécheur se convertisse au Seigneur , le Seigneur se convertit à lui ; et que , tandis que le serpent d'airain est élevé ,
• il n'est point de plaie qui soit incurable: c'est une vérité de la foi;
.mais je sais aussi que chaque grâce tpéciale dont vous abusez « peat être la dernière de votre viS ; que Dieu se lasse; que les bornes de sa bonté ne sont pas les mêmes pour tous les hommes ; qu'après avoir
• pardonné trois péchés à Damas, il n'en pardonna pas un quatrième ; qu'un seul crime quelquefois consomme la réprobation d'un pécheur :
. ( Ps, 65 ; 5 )• Je sais qu'// est terrible dans ses conseils sur les enfans des hommes ; que ton ne connottpas la puissance de sa colère , et
.f\XLt jamais personne rCa pu compter sa fureur et son indignation (Ptf. 89; 11, la).
Cette vérité si terrible et si incontestable supposée, tirons-en d'a« bord une conséquence qui ne l'est pas moins. Si l'Ecriture de toutes parts nous annonce que Dieu se retire quelquefois d'une ame infidèle; et qu'après avoir pris long-temps un soin inutile de Bahylone, il se vengé enfin en l'abandonnant à elle-même; certes il n'est point de circonstance où cette vérité soit plus juste et mieu^ placée qu'au lit de la mort : c'est alors que Dieu doit à sa justice l'abandon du pécheur. Car dites-moi, M. F., si, après un petit nombre d'inspirations négligées, Dieu laissé quelquefois une ame à elle-même, que pourrez-vous vous promettre dans ce dernier moment , vous surtout qui ne compterez plûsi alors vos jours que par l'abus de ses grâces; vous qui depuis le matin de; votre vie jusqu'à cette dernière heure, aurez toujours été agités par des remords cruels et inutiles sur votre état ;. vous qui aurez peut-être poussé l'impénitexice et ringratitude jusques à avoir mille fois envié le sort des conàpagnons de vos désordres, en qui vous remarquiez une conscience tranquille dans le crime, et un cœur endurci contre toutes les terreui:s de la religion ; vous qui aurez refusé ses miséricordes aussi long-temps que Vous aurez pu goûter le fruit de vos infidélités; vous, en un mot, qu'il avoit préparés à cet abandon par des avis réitérés sur sa dureté envers les pécheurs qui diffèrent leur conversion jusqu'à ce dernier moment! Vous voudriez qu'alors le Dieu juste et terrible vous regardât avec des yeux de bonté; qu'il se souvînt de vous dans le temps de Votre affliction, c'est-à-dire, dans la seule circonstance que sa colère attendoit depuis si long-temps pour se venger, et pour panir l'abus indigne que vous avez toujours fait de ses grâces !
Mais, ô mon Dieu! où seroit donc cette justice qui trempe ses flèches dans le. sang du pécheur, qui insulte aux larmes de l'impie mourant, et qui se console dans sa vengeance ? Et que deviendroient donc ces menaces si effrayantes, et toujours suivies de leur effet , que vous nt)us avez laissées dans vos livres saints ? Et quand est-ce donc
? La elle
que Dieu se vengeroit, M. F., s'il ne se vengeoit point alors! patiencç qui lui fait supporter le pécheur durant la santé , seroit-
tMfÉWritENGË FINALE* 419
si terrible, comme il nous l'assurie. lui-même dans les divines Ecrl-: tures, si elle devoit se terminer par un acte de clénftnce? Seroit-iL si scWère , lorsqu'il tarde de punir , si, en dissimulant ses offenses , il ne Jui préparoit pas un affreux endurcissement à la un ^
Mais, mon cher Auditeur , quand là justice de Dîett lic d'opposé-» roit pas à sa clémence dans ce dernier moment , la nature toute seule de la g^ace que vous vous promettez alors ne vous permettroit pas de Tattendre; car non-seulement ypas tous promettez la grâce delà conversion, c'est-à-dire, cette grâce qui change le cœur; mais vous vous«promettez encore la grâce qui nous fait mourir dans la sainteté et dansla justice; la grâce qui consomme la sanctification d'une ame, la grâce de la persévérance finale t mais c'est la grâce des seuls Elus ; c'est le pins grand de tous les dons; c'est la consommation de toutes les grâces; c'est le dernier trait de Ja bienreillance de Dieu sur une ame ; c'est le fruit d'une vie entière d'innocence et de piété ; c'est la Couronne réservée à ceux qui ont légitimement combattu. Dieu né doit, à la rigueur, cette faveur inestimable à personne; il la refusé quelquefois a ceux mêmes qui ont marché long-temps devant Itd dans la justice et dans la sainteté; et la fin déplorable de Salomon est un exemple qui fera trembler les Justes de totiV les siècles; et vous pré* sumez que le plus signalé de tous les bienfaits sera le prix de la plus ingrate déboutes les vies ! El vous osez vous flatter qu'on ne refusera pas alors à un pécheur invétéré 9 toujours averti et toujours infidèle> une grâce qu'on n'accorde pas toujours à ceux qui on(. clé longtemps Justes? Et vous vous promettez que le Seigneur mettra le comble à seS| miséricordes , lorsque vous Taurez mis vous-même à vos crimes ? O mon Dieu I se peut-il qu'un espoir si insensé abuse presque tous les hommes? £t vos serviteurs, qui cruciâent tous les jours leur chair pour obtenir ce don précieux , et qui tremblent sans cesse dans la crainte qu'il leur soit refusé, sont-ils eux-mêmes d^nsTiliu* sion, ou le pécheur qui, continuant à vous outrager, compte tranquillement sur ce grand don, et n'offre ^ pour l'obteuiri que ses crimes y et la présomption de l'avoir attendu? ^
Oui, tnoti chef Auditeui* , q[ttandniféme Dienaccofderoit quelquefois cette grande ttiiftérfeorde , au lit de la mort; à une ame qui au^ roit jusque-là différé de se convertir , je dis qu'il ne vd^uTsTaccordera jamais à vous, qui ne différer votre conversion que parce que vous vous y attende. En effet, il pourroit arriver qu'un pécheur qui, durant ses désordres ,-tl*auroit jamais eu de retour sur lui^-méme et sur son salut , et qui autoit vécu sans aucun sentiment de foi et sans aucun remords de ses crimes, revint à lui dans ce moment terrrble, fût effrayé de son insensibilité passée , levât au ciel des yeux baignés de larmes et un cœur nouvellement attendri, et que le Seigneur, du haut de ses miséricordes, jetât des regards propices sur un avenglo qui eommékiceroit alors seulement à ouvrir les jeux à la lun^ière. Si la grâce de la' pénitence est jamais accordée à la ^ , il semble qu'elle pourroit l'être à un pécheur de ce caractère; mais tous qui faites de
42a LUNDI DE LA II* SEMAINE,
celte espérance Taffrenx motif de vos dérèglemens; vous qui nedif^ ferez de vous convertir, que parce que vous croyez qtie Vous serez msez à temps , au Ht de la mort, de vous donner à Dieu, et qn*ilne i^jettera pas alors votre repentir; vous cpi prenez danssa miséricorde même de nouveaux sujets de Toutrager , pécheur indigne alors des regards d*unDieu nhàme qui ne sauroit pas s*irriter, d'un Dieu même qui ne serjok que clément sans être juste , d*un Dieu même qui ne vous au2>oit pas déclaré qu'alors il. tous abandonnera, quelle res« aourpe pourroit-il vous rester? Quand une vie entière de crimes n'é- Joîgneroit pas alors de vous cette grâce signalée que vous attendez , la témérité toute seule qui vous la fait espérer vous en rendroit indigne. Rien ne met un chaos plus immense entre Tame criminelle et la miséricorde de Dieu, que de marquer des jours et des momens à sa grâce et à son esprit qui souffle où il v«ut, et quand il veut. Et qui êtes- vous donc, comme le disoit autrefois Judith à ceux de Béthulie , qui avoit marqué un jour pour se rendre à Holopherne , si le Seigneur ne tenoit les délivrer; qui êtes-vous pour prescrire ainsi un terme à la miséricorde du Seigneur, et pour lui marquer des jours et des momens selon votre caprice? QtûesUs vos , qui po^ suistis tempus miseraUonis Dornini j et in arbitrium vesirum > diem constiiuistis ei ( Judith, 8 ; x i , 1 3 ) ?
A des vérités si terribles, vous opposez sans doute en secret ce faux espoir, que ces menaces générales ne tomberont pas sur vous en particulier. Mais je vous demande quels sont les pécheurs menacés dans les livres saints de l'abandon de Dieu au lit de mort ? Nesontce pas les pécheurs qui vous ressemblent ? Que trouvez- vous en vous €[Ui puisse vous flatter que Dieu tiendra alors à votre égard une conduite particulière I Votre vie passée ? Ah ! ce sera bien assez que Dieu Veuille Toublier; Ces désirs de conversion que vous formez tous les jours ? mais cVst ce qui achèvera devons rendre inexcusable. Ce bon itaturél qui Vousfait pencher , comme malgré vous , du côté de la vertu ? mais c'est une grâce dont Dieu alors vous demandera compte. L'espérance que vous avez toujours eue en sa miséricorde pour ce dernier moment? vottsvenjex de voix qi^ece Siera le plus grand de tous vos crimes. Tout ce que j^e trouve ici de particulier .pour voi^s , c'est que vous serez plus indigne des- miséricordes du Seigneur qu'aucun autre pécheur ; et. que le Dieu juste aura des raisons de refus contre vous, qu'il n'aura pas contre la plupart des âmes impénitentes. Sur quoi pouvez-vousdoQc vous rassurer encore, M.. F. ? sur la bonté de Qieu , sans doute , qui ne veut pas la mort; du pécheur : sa bonté ? mais vous la regardez donc comme une foiblesse et une imbécillité qui n'auroit pas assez de sentiment pour être blessée des plus grands outrages? Sa bonté! m.ais c'est parce qu'il est bon, qu'il doit abandonner le pécheur au lit de. la mort. Sa bonté t^elui permet pas d'accorder alors des grâces qui seroient des écueils pour les autres hommes. .Sa,bonté ne veut pas tendre des pièges à la fausse confiance «les pécheurs, en ouvrant ses entrailles dans ce dernier momeptaux cils d'un» ame ix^dèle : c*est un trait de bonté d'ôter à nos pasaiont
IJMPÉNITENCÈ FINALE. i^t
des prételtes d*errenr et d'impénitence , et de ne pas faire dn saint d*un seul la perte de pla$ieiu*s. Ainsi vous comptez sur sa bonté» ei: c'est sa bonté même qui demande votre punition, et qui doit vous faire tout craindre.
Ici 9 M. F. , je ne vous demande qu'une réflexion : il n*est personne qui, pendant sa vie , ne fasse mille fois la résolution de changer; il n*est per^sonne presque qui ne meure avant de Tavoir exécutée; le^ plus déréglés même souhaitent de finir saintement : tous , comme Baîaam , veulent mourir de la mort des Justes ; personne ne veut vivre comme eux. On meurt en désirant : ainsi avons-nous vu mourir noi proches, nos amis, nos maîtres. Après leur mort même, pour nous consoler de leur perte ^ nous avons rappelé ces projets chimérique» de conversion', dont ifs nous avoient quelquefois entretenus pendant leur vie. Il étoit dans le dessein de se convertir , dit-on, il en parloit tous les jours : et là-dessus on se calme sur sa destinée , on augure favorablement de son salut. Grand Dieu 1 et c*est uniquement ce qui me fait trembler sur le sort de cette ame! c^est ce qui me fait tout craindre de la sévérité de vos jugemens sur elle ! £h! que fait-on en rappelant ses désirs de pénitence formés tant de fois sans succès , que rappeler le souvenir de vos grâces toujours méprisées? On espère pour son salut , sur ce qui a sans doute fait le plus terrible sujet de sa condamnation ; on se flatte que vous Taurez regardé avec des yeux de pitié dans ce dernier moment, parce que vous ne vous lassiez pas de Tavertir, lorsqu'elle étoit encore sur la terre; et sans doute., vou» ne l'avez abandonnée à la mort , que parce vous l'aviez trop souvent visitée en vain durant les jours de sa vie mortelle. O vaines conjectures des hommes! Qae vos pensées , ô mon Dieu, sont diffén^nte» des nôtres, et vos jugemens peu conformes à Tillusion de nos espérances I
Mais du moins , direz-vous, on voit tous les jours des pécheurs , lesquels , après une vie entière de désordre , donnent à la mort de» marques si vives et si éclatantes de repentir, qu'on ne peut pas don^ ter que le $eigneur ne se laisse toucher à leurs larmes , et que leurs regrets n'effacent toutes leurs infidélités passées* A cette erreur qui endort tant d'ames impénitentes, J. C. répond pour moi, qu'on le cherchera alors , mais qu'on ne le trouvera pas ; c'est-à-dire, que les' marques mêmes les plus touchantes de repentir que vous pourrez donner alors seront rejetées; que vous chercherez J. C. et que vous mourrez dans votre péché. Dernière vérité plus terrible encore qup toutes les antres, et qui ne laisse plus de ressource dont puisse se flatter le pécheur impénitent : Quceretis me, et in peccato vestro mo-* riémim, ' ' '
J'aTOue jp, M. F. i lorsque je considère cette étonnante vérité', et que je v.ois, d'un côté , le pécheur mourant chercher son Dieu, et levf>r vers lui sçs mains suppliantes; et de l'autre, le Di^j^ vengeur s'éjpign^r .de lui^ et fermer ses oreilles aux cris de sa douleur et à toutes les marques de sa pénitence, j'avoue, dis- je ^ que c'est
ici où le Seigneur me parolt ce Dieu terrible qui n*a pat besoin do rhomme. Je mets devant mes yeux la sérérité de $eê jugemens , et ^e me sens saisi d*ane secrète horreur ; mais quelque terrible que pa« roisse^Iors sa conduite, elle est juste , et il ne peut pas en user autrement envers le pêcheur.
Ce nVst pas qu'un seul instant de pénitence véritable, ne puisse effacer les crimes d'une vie entière; mais Dieu rejette alors la pénitence du pécheur mourant , parce qu'elle est fausse. Elle est fausse, premièrement , parce qu'elle n'est pas libre ; c'est la suite de la dure nécessité où il se voit réduit , plutôt que le fruit de la grâce et d'un véritable repentir. Car je vous prie , mon cher Auditeur, après avoir poussé jusqu'au bout la révolte contre votre Dieu , et fait du dernier jour de votre sanlé , le dernier jour de vos crimes , vous remettez les armes, et vous demandez grâce, lorsque vous vous sentes terrassé, et que le Dieu vengeur a le glaive levé sur vous. Vous levez les yeux au ciel, où vous n'aviez pas encore jeté un seul regard, lorsque la terre commence à manquer sous vos pieds. Vous détestez des y>laisirs infâmes , lorsque votre cadavre tombe en pièces, et qu'il ne vous fait sentir rien de plus vif que sa puanteur. Vous laissez tomber vos richesses sur les pauvres, lorsque vos mains défaillantes tombent elles-mêmes, et ne peuvent plus les retenir. Vous laissez e» mouraut des instructions touchantes à des enfans et à des domestiques que vous ne pouvez plus scandaliser par vos exemples. En un mot, vous vous repentez lorsqu'il ne vous est plus permis de continuer d'être coupable. La conjoncture toute seule ne rend -elle pas vos larmes suspectes? N'est-il pas vrai même que Dieu jng^ alors avec équité de votre pénitence en la rejetant? S'il prolongeoit en* core vos jours, ne prolongeriez -vous pas aussi vos crimes 1 Si l'on venoit vous assurer de sa part que cette infirmité n'ira point à la mort , prendriez -vous tant de mesures pour le fléchir? Tandis que vos maux n'étoient pas encore tout-à-fait déclarés, et qu'il vous restoit quelque espérance de vie , aviez-vous voulu entendre à appeler le ministre de J. C. ? Avoit-on osé seulement vous le proposer? Que donniez -vous à connoitre par-là ? sinon que vous quittiez le crime avec autant de regret que la vie, et que vons ne vouliez pas risquer, pour ainsi dire, de vous donner à votre Dieu, sans avoir été bien assuré auparavant que vous ne pouviez plus être au monde?
Seconde raison. La pénitence du pécheur à la mort est presque toujours fausse , parce que sa doulçur n'est plus qu'une crainte toute naturelles, que lui inspire alors l'horreur du toipbeaa et l'i* mageplus vive que jamais des peines éternelles. Il pleure; mais ce sont des larmes qu'il donne à ses malheurs, et non pas à ses crimes, tl crie; mais ce n'est pas un retour amoureux vers son Père, c'est une prière intéressée qu'il fait à son Juge. Il déteste ses égaremens; mars ce n'est pas qu'il sente l'injure qu'ils ont faite à son Dien , il ne âent que les maux où ils vont le précipiter lui-même. Lui seul est l'objet d» sa doulenis ^ an de ses supplicatioas, le matif de sa pé-»
IMPÉNITENCE FINALE. 4al
mtence. II n'avoit compté pour rien le Seigneur dans ses plaisirs , ilne le compte pour rien dans son repentir. Ah ! s'il étoit. assuré qu'il . n'y a rien à craindre au-^lelà de la mort , et que Tenfer est un songe « Thorreur de ses fautes s'effaceroit bientôt de son esprit , et l'on auroit bientôt tari ses pleurs » si l'on pouvoit calmer ses craintes.
Aussi , vous qui sondez les cœurs, grand Dieu I et qui ne jugez pas sur les apparences, je ne tous en imposerai point alors par quelques larmes trompeuses, si je renyoie jusque-là mon repentir. Mes larmes seront les larmes d'Esaii et d'Antiochus , des larmes stériles et réprouvées • Je ne paroitrai à vos yeùx , que comme un criminel qui tremble à la vue de son supplice, et non pas comme un pénitent sincère qui se confond au souvenir de ses péchés. Vous verrez la racine de mes honteuses passions encore vivante au fond de mon ame ; je serai encore à vos yeux impudique , mondain , voluptueux , am« hitieux 9 vindicatif. Mes frayeurs ne seront plus que les suites de cette mollesse excessive , qui m'a toujours inspiré tant d'horreur pour les plus légères souffrances. A mesure que j'aurai été plus sensuel , plus idolâtre de mon corps , je serai alors plus vif dans mes craintes, plus foible dans mes alarmes, plus éloquent dans mes ac*cusations. Et quel égard pourrez «vous avoir à des larmes , grand Dieu ! qui coulerokit de la même source d'où avoient coulé tous mes crimes ?
Ainsi , mon cher Auditeur , vous lèverez alors la voix au ciel de l'abime de vos maux , et le Dieu juste se rira de vos clameurs : Ega quoque in intérim vestro ridebo i^Prov, x; 16). Vous pleurerez, et du haut de sa justice il insultera à vos larmes : Et suhsannabo. Vous vous frapperez la poitrine , et votre cœur ne s'amollira point. Vous lui promettrez plus de fidélité , s'il prolonge vos jours , et il' regardera vos promesses avec dérision , parce qu*il verra dans la corruption de votre cœur, qu'en prolongeant vos jours, il ne feroit que prolonger vos crimes. Vous exhorterez les spectateurs de votr« mort à s'instruire sur votre exemple, et à servir Dieu durant la santé, et le Seigneur vous répondra en secret : Pourquoi te méles^ tu de raconter mes justices ( Ps. 49 ; 16 ) ? Vous lui direz à lui-même : Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur, et il vous répondra que vous êtes déjà jugé» Vous lui direz : O Dieu plein dé bonté I vous n'êtes venu que pour sauver les pécheurs , et il vous ré* pondra qu'il n'y ai point de salut pour C impie. Vous lui direz : O Sauveur des hommes ! je i^e mets ma confiance que dans vos miséri-' cordes infinies , et il vous répondra que T espérance du pécheur périra avec lui. Vous lui direz : O divin Pasteur de nos âmes ! vous ne rejetez pas les brebis égarées qui reviennent à vous, et il vous répondra qu^il y a un temps de pardonner et un temps de punir» Vous lui direz : O Jésus ! je remets mon ame entre vos mains , et il vous répondra qu'elle ne lui appartient point , et qu'il ne la reçoit que pour en faire la victime éternelle de sa justice ; et vos gémissement iafr^uctueux , et vos aupplicationa inutiles ne seront plus qu*un d<>ux.
spectacle pour sa fureur et pour sa vengeance : Comolahor et vindi^
cabor ( Zf • a ; a4 ).
■ Ah ! c'est alors qu'au lieu que jusque-là oiï n'avoit cherché dans un confesseur qu'une dangereuse coinplaissfnce, ou plutôt qu'on n'en avoit jamais pris qu'an hasard; c'est alors qu'un pécheur, semblable à Sadl, le jour qui précéda sa funeste, mort , se voyant environné de périls dont il no peut plus se défendre; c'est alors, dis -je, qu*un pécheur, comme ce prince réprouvé , fait sortir un autre Samuel du tombeau ; appelle du fond de sa retraite quelque homme de Dieu, le plus connu , le plus éclairé , le plus respecté par son zèle et par ses lalens , et- qu'il lui dit, comme ce roi infortuné : Je suis dans des peines mortelles : Coarctor nimis ( /. Reg, 28 ; i5 ) ; je vous ai donc fait appeler, pour savoir de vous ce que j*ai à faire dans Textrémitéoù je me trouve : Vocavi ergo te, ut ostenderes mihiquidfaciam ( Ibid.). Mais quelle serbit alors la réponse de l'homme de Dieu , s'il lui étoit permis de répondre ce que la religion l'oblige de penser ? Pourquoi irenez-vous troubler le repos de mon tombeau , lui répondroit - il comme Samuel à Saûl; et m'avez- vous oblige à sortir de ma retraite pour paroitre en ce lieu : Quàre inquiettisti me ut suscitarer [Ibid.) ? il n'est plus, temps de recourir au Seigneur; à quoi bon me consulter , puisqu'il vous a abandonné ? Quid interrogas me ^ càm Dominus recesserit à te ? vous mourrez, et Isi justice de Dieu va accomplir sur vous ce qu'on vous avoit tant de fois prédit par ses ordres : Faciet enim tihi Dominus sicut locutus est in manu meâ ( ïbid, v. 27). Voilà ce que pense alors le ministre du SeigneUr. Il vous exhorte à lie pas désespérer; mais il n^espèrepas beaucoup lui-même. Il vous parle des miséricordes du Seigneur, mais il adore en secret les ordres terribles de sa justice sur vous. Il vous ouvre le sein de la gloire, pour réveiller votre espérance ; mais il voit rabîme déjà ouvert sous vos pieds. Il vous montre votre Sauveur expirant sur la croix ; mais il n'ose vous dire que ce n'est plus un tr6ne de grâce pour vous , mais un tribunal sévère d'où se prononce votre sentence. Il diminue à vos yeux, par de saints artifices de charité, l'horreur de vos crimes, pour ne pas vous jeter dans le désespoir; mais il sait bien que le Seigneur a son poids et sa mesure, et qu'il, n'appartient pas à l'homme d'en rabattre. Il vous répète , piour vous rassurer contre une vie entière dé désordres, qu'il ne faut qu'un moment à la grâce ppur sauver le pécheur, et qu'un seul sentiment de douleur sincère supplée à de longues années de vertus, et peut consommer la sanctification ; mais il h'ignore pas que ce sont là de ces prodiges, de ces coups uniques de la grâce, sur lesquels il est terrible d'être obligé de compter pour son saint ; et que la suite ordinaire et comme infaillible d'une vie pécheresse, c'est la mort dans le péché.
Souffrez ici , M. F., que je vona demande encore Ane réflexion , qui va finir cea mérités effrayantes. Que pouvez- vous sou^iter de plus favorable ppur vous à la mort, que d'avoir .le temps et d'éftie.
en état de cberclier J. C. ^ que de le chercher en effet , et de laî offrir des larmes de douleur et de pénitence? C'est tout ce que^ous pouvez vous promettre de plus favorable pour ce dernier moment. Et cependant (cette vérité me fait trembler) ; cependant, que vous permet J. C. d'espérer de vos recherches mêmes et de vos larmes , si vous les renvoyez jusques- là? Vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché : Quœrètis me, etinpeccato vestro morieminL Consolezvous après cela, M. F. , sur les marques de repentir que vos amis et vos proches donnent dans ce dernier moment : calmèz-vous durant Id vie sur vos désordres, en vous flattant qu'une fin semblable à la leur pourra les expier : dites d'un pécheur invétéré, que le spectacle des jugeiAens de Dieu a effrayé alors, que Dieu lui a fait la grâce de finir chrétiennement; que si sa vie n*avoit pas été trop régulière, sa mort a été très-édifiânte ; qu'on seroit trop heureux de mourir comme lui, et qu'il ne faut pas douter que le Seigneur ne lui ait pardonné. Je ne veux point ici mettre des bornes à vos miséricordes, 6. mon Dieu! mais, M. F., il a cherché J. C. ; i'a-t-il trouvé? il a gémi, il a prié; mais a-t-il été exaucé? il a pris entre ses mains J. C. crucifié; il a arrosé ses pieds sacrés de ses larmes comme la pécheresse de l'Evangile ; mais lui a-t-on dit comme à elle : Vos péchés vous sont remis ( Luc, '7; 4^)* H Ini ^ recommandé d'une voix mourante , comme le larron sur la croix , de se souvenir de lui dans sou royaume; mais a-t-il entendu ces douces paroles : Jujourd^hui vous serez avec moi dans le ciel (^Ibid. dS ; 4^ ) : vous l'espérez; mais vous ne le savez pas. Et root , tout ce que je sais, c'est qu'alors on cherche J. C. , qu'on né le trouve pas, et qu'on meurt daiis son péché : tout ce que je sais, c'est que les Sacremens du salut, appliqués alors sur un pécheur, consomment peut-être sa réprobation ; et que la dernière des grâces de l'Eglise , est souvent le dernier de ses sacrilèges : tout ce que je sais, c'est que tous les Pères qni ont parlé de la pénitence des mourans, en eut parlé en des termes qui font trembler : tout ce que je sais, c*est que votre justice, 0 mon Dieu! permet souvent que des pécheurs fameux par une vie entière de débauche , se frappent la poitrine au lit de la mort, empruntent les expressions les plus vives de la douleur et du repentir, et meurent aux yeux de tout un royaume, dans des senlimens extérieurs de conversion; que votre justice toujours terrible dans ses conseils le permet, potir endormir, si j'ose parler ainsi, par ces exemples, la fausse confiance des pécheurs impénit«ns. Ce sont des punitions , grand Dieu , que votre justice exerce sur les passions humaines : vous vous servez de la fausse pénitence des nns, pour préparer des chàtimens à l'irapénitence des autres ; et vous punissez les pécheurs par les pécheurs mêmes. Tout ce que je sais , c'est que c*est une vérité de la foi , que le nombre de ceux qui se sauvent est petit ; et cependant, si les marques de repentir, que donnent les pîécheurs au lit de la mort, partoient d'an cœur véritablement pénitent, et sursoient pour le salut , il n'y auroit presque point de pécheur qui ne fiit sauv^ : puisr|ue, si vQoa en excc^pte^ quelque iiii|>ic qui pousse jusqu'à ce dernier momeut
son affreuse insensibilité, et qui meurt sans youloir entendre parler du Dieu qui va le jug^er, ce qu*un siècle voit à peine une fois ; tous les autres pécheurs meurent en se frappant la poitrine, en implorant les miséricordes du Seigneur ; et qu*ainsi , contre la parole de J. C, le plus grand nombre seroit de ceux qui se sauvent. Tout ce que je sais , c'est qu'il faut faire pénitence , tandis que Dieu nous en donne le temps ; et qu*au lit de la mort , ou vous ne serez plus en état de le chercher, ou même quand vous le chercheriez ,' vous ne te trouve^ rezpas :et par conséquent, si vous différez votre pénitence a la mort, TOUS mourrez dans votre péché ; parce que la pénitence alors est presque toujours impossible, ou presque toujours inutile. Plaise à J. C, M. F. , que ces menaces ne vous regardent pas, et que dans le dernier moment , votre mort , semblable à celle des Justes , soit un passage à la bienheureuse immortalité ! -Ainsi soit*il»
SERMON