SUR LE RESPECT HUMAIN
Onmia rerà opéra sua fociant nt Tideantar ab hominibat.
IlsJorU toutes leur» actions pour être remarqués des hommes» Matth. a3l ; 5.
VJE n'est pas la fausse piété, et Tattention a s'attirer les regarda publics dans la pratique des œuvres saintes , qui me paroit l'écueil le plus à craindre pour le commun des Fidèles. Le vice des Pharisiens peut trouver encore des imitateurs ; mais ce n'est pas le vice du plus grand nombre. Le respect humain qui fait que nous servons Dieu pour mériter Testime des hommes , est bien plus rare que celui qui nous empêche de le servir de peur de la perdre. La tentation la plus ordinaire n'est pas de se glorifier d'une fausse vertu; c'est de rougir de la véritable; et la timidité criminelle du respect humain damne bien plus de Chrétiens « que l'effronterie et la duplicité de l'hypocrisie.
En quoi ces deux vices se ressemblent , c'est qne tQiu le» deux
RESPECT HUMAIN. 4a7
tacrifient le salut éternel anx vains jagemens des hommes : or, comme
de tous les obstacles de conversion , la timidité du respect humain ,
la crainte foible et criminelle du mon^e , est le plus commun et le
plus dangereux , il importe d'en faire sentir toute Tillusion ; car, en
quelque état que la Providence nous ait fait naître , nous tenons tous
à un certain monde qui nons environne , nos proches , nos amis ,
nos protecteurs , nos maîtres : c'est ce petit nombre de personnes
qui forme pour nous un monde à part , dont nous craignons les ju-
gemens, et au goût duquel nous sacrifions même nos désirs de vertu,
si , en les accomplissant , nous devons nous attirer ses dérisions et
•es censures. Je dis donc que cette disposition renferme première-»
ment un mépris de Dieu, qui la rend très- criminelle ; secondement,
une crainte du monde, qui la rend très -in sensée; troisièmement,
un préjugé contre la vertu , qui la rend très-injuste. Un mépris de
Dieu , qui la rend très- criminelle , parce que vous craignez le monde
plus que Dieu i une crainte du monde , qui la rend très-insensée ,
parce que vous compteit pour beaucoup la vanité de ses jugemens ;
enfin, un préjugé contre la vertu, qui la rend très-injuste, parce
que vous vous la figurez comme une condition toujours exposée au
mépris et aux dérisions du monde : au lieu que le monde lui-môme
la respecte et Tadmire* Le crime du respect humain , sa folie et son
injustice, voilà tout le sujet de ce discours. Implorons , etc. jdve,