‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 97 sur 131 · SUR LE RESPECT HUMAIN · texte numérisé non relu

SUR LE RESPECT HUMAIN

Onmia rerà opéra sua fociant nt Tideantar ab hominibat.

IlsJorU toutes leur» actions pour être remarqués des hommes» Matth. a3l ; 5.

VJE n'est pas la fausse piété, et Tattention a s'attirer les regarda publics dans la pratique des œuvres saintes , qui me paroit l'écueil le plus à craindre pour le commun des Fidèles. Le vice des Pharisiens peut trouver encore des imitateurs ; mais ce n'est pas le vice du plus grand nombre. Le respect humain qui fait que nous servons Dieu pour mériter Testime des hommes , est bien plus rare que celui qui nous empêche de le servir de peur de la perdre. La tentation la plus ordinaire n'est pas de se glorifier d'une fausse vertu; c'est de rougir de la véritable; et la timidité criminelle du respect humain damne bien plus de Chrétiens « que l'effronterie et la duplicité de l'hypocrisie.

En quoi ces deux vices se ressemblent , c'est qne tQiu le» deux

RESPECT HUMAIN. 4a7

tacrifient le salut éternel anx vains jagemens des hommes : or, comme

de tous les obstacles de conversion , la timidité du respect humain ,

la crainte foible et criminelle du mon^e , est le plus commun et le

plus dangereux , il importe d'en faire sentir toute Tillusion ; car, en

quelque état que la Providence nous ait fait naître , nous tenons tous

à un certain monde qui nons environne , nos proches , nos amis ,

nos protecteurs , nos maîtres : c'est ce petit nombre de personnes

qui forme pour nous un monde à part , dont nous craignons les ju-

gemens, et au goût duquel nous sacrifions même nos désirs de vertu,

si , en les accomplissant , nous devons nous attirer ses dérisions et

•es censures. Je dis donc que cette disposition renferme première-»

ment un mépris de Dieu, qui la rend très- criminelle ; secondement,

une crainte du monde, qui la rend très -in sensée; troisièmement,

un préjugé contre la vertu , qui la rend très-injuste. Un mépris de

Dieu , qui la rend très- criminelle , parce que vous craignez le monde

plus que Dieu i une crainte du monde , qui la rend très-insensée ,

parce que vous compteit pour beaucoup la vanité de ses jugemens ;

enfin, un préjugé contre la vertu, qui la rend très-injuste, parce

que vous vous la figurez comme une condition toujours exposée au

mépris et aux dérisions du monde : au lieu que le monde lui-môme

la respecte et Tadmire* Le crime du respect humain , sa folie et son

injustice, voilà tout le sujet de ce discours. Implorons , etc. jdve,

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