PREMIERE PARTIE
La malignité deTennemi, dit S, Augustin, dresse depuis longtemps deux pièges dangereux a la foiblesse des hommes , un piège de séduction, et un piège de terreur : Posuitin muscipuld errorem et terroretn {Jnps, lo. Eharr, a; /i. lo); un piège de séduction, et% les attirant par de douces espérances ; et un piège de terreur, en les décourageant par des frayeurs insensées : Errorem quo ilUciat , ter- Torem quofrangat {^Ibia.). U se sert du premier, quand il yèut corrompre l'innocence, et l'engager dans les voies funestes des pas-* sions : mais il a recours a l'autre ,. quand il s'agit d*intimider U pécheur déjà à demi-touché, et d'étouffer dans leurnai^ance tous ses foibles désir's*de pénitence et de salut.
Or, M. F. , l'usage du monde et des plaisirs suffit presque seul , pour nous défendre de la premièrt illusion , qui nous y promet des enchantemens et une félicité imaginaire; et il est vrai que rien n'aide tant à se détromper du monde , que le monde même : mais le long usage du monde , loin de guérir les terreurs frivoles sur ses jugemens , ne sert , ce semble, qu'à nous rendre plus timides : plus on a. vécu dans le monde, plus on le craint; pins on a vieilli sons son jong, plus on le respecte; plus on est entré avant dans ses plaisirs et dans ses agitations, plus on reut garder de mesures avee lui quand il s'agit de l'abandonner, et de prendre le parti d*nne vie plu» retirée et plus régulière,
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Je dis donc, mon cher Auditeur /vous qu'une crainte si coupable retieut. encore, dans la servitude du monde et des passions, malgré les inspirations saintes qt^i vous rappellent tous les jours à des mœurs plus cbtéiiennes : je dis que cette disposition outrage Dieu dans sa grandeur, dans la vérité de ses promesses; et que ses timides ménagemens qui vous éloignent actuellement de lui , sont plus injurieux ji sa gloire y que les crimes mêmes qui vous en avoient jusqu'ici éloigné.
En effet , la grandeur de Dieu demande que vous ne le metties pas en parallèle avec un monde méprisable; et que toute la gloire qui vient des hommes, ne soit qu'un songe et une erreur, lorsque vous l'approchez de la sienne. Or, ici rappelé d'un eété par la voix de Dieu , de l'autre , retenu par la crainte des hommes , vous lui dites dans la. disposition de votre cœur : Seigneur , je vous aervirots dès ce moment, si dans la situation où je me trouve, il étoit permis de vous servir : je voudrois bien rompre pour toujours avec un monde qui m'est devenu àeharge et insupportable, si, en me 'déclarant ainsi pour vous,- je n'allois pas lui Ibnrnir mille traits de censure et de dérision contre ma nouvelle conduite : je sens, il est vrai , combien il est amer de vivre éloigné de vous ; vous avez mis en moi des pencha ns favorables à la vertu, et je ne sais quelle horreur se« crête des vices dopt j'ai été si long temps esclave; cependant je traîne encore mes liens, quoique à regret, parce que le monde au milieu duquel il faut que je vive, e| qui ne sauroit vous aimer, ne veut pas aussi qu'on vous aime. Ah ! si mes penchans. Seigneur, décidoient de ma destinée; si je ppuvois aller vivre loin des regards j)ublics , sans doute je ne vivrois que pour vous ; vous seul au fond méritez d'être servi ; mais vous savez à quel point le monde est impitoyable envers ceux qui vous servent sans réserve, et comme vous voulez être servi ; et comme j'ai à vivre dans le monde, et qu'il faut se déclarer pour vous ou pour lui, n'ayant plus la volonté de vous offenser, j'ai encore la foiblesse de suivre des voies qui vous offensent , et ne sentant plus de goût pour lui , je sens que je n'ai pas la force d'oser lui déplaire. O homme ! s'écrie S. Chrysostôme , savez -vous bien quel est ce langage que vous tenez à Dieu? Vous lui dites : Maudissez-moi , Seigneur, j'y consens , pourvu que le monde m'approuve; j'aime mieux être l'objet éternel de vos vengeances et de votre mépris, que de ne pas jouir ici^bas de l'estime et des vains suffrages des hommes. Cette impiété vous fait horreur, mon cher Auditeur, et c'est pourtant vous qui êtes l'impie. '
Mais non-seulement cette crainte du monde outrage Dieu dans sa grandeur, elle est <»ico^ie injurieuse à la vérité de ses promesses; car, lorsque vous vous serez déclaré pour J. C, croyez-vous qu'il ne saura pas affermir votre cœurcoutre le déchaînement et la bizarrerie des censures humaines 9 et que tous les traits que porteront alors contre vous 1(^ langues des insensés , ne ressembleront pas à ceux que lance la foiblesse d'un enfant ^ auxquels on ne daigQe'j>as
RESPECT HUMAIN. fts^
ni^me parer ? Sagittœ parvuloramfactœ sunt plages eorum ( Ps. 0^ J 8 ). Croyez-vous qu'éclairé des nouvelles lumières de la grâce, vous n'écouterez pas avec une saînte'fîerté dés discours où vous ne verrez: plus que les tristes égaremens d'une raison que Dieu abandonne ? Croyez -vous que vous regarderez toujours des mêmes yeux les juge^ mens des hommes ? Ah ! si leurs dérisions vous touchent encore , ce ne sera plus qn*nn sentiment de douleur et de pitié sur leur égarement et sur leur perte ; vous désirerez qu'ils connoissent le Seigneur, et non pas qu'ils vous approuvent; c)[u'iFs bénissant son saint nom, et non pas qu'ils applaudissent au vôtre; qu'ils soient touché» delà vertu, et non pas qu'ils admirent vos exemples: leur salut vous intéressera plus que leur estime j et la gloire du Seigneur plus que la«vôtre. J'ai affligé mon ame par le jeune, disoit autrefois un roi pénitent , et le monde s'en est moqué ; je me suis couvert de cendres et de ciliée , et je suis devenu la' fable de' Jérusalem ; j'ai pleuré mon péché en votre présetice, ô'inoo Dieu i et fai Servi de matière aux discours et aux chanaoïks. satiriques dea insensés : £t posuivesêimen-tum meum ci/icium, ttfacius suinilUs in.paraholani ;.•• ^t in m9 psaiiebani qui bibebanPvinum ( Ps, 68 ; la , i3 ). Et alors plus tou^ ché de leur folie, que de leur mépris, je vous ai prié, ô mon Bien 1 d'avoir ptlié de leur. asenglemeiH: , ei de leuvnianrfester les vérités éternelles de vdtre justice : Mgo.vero ofationem meam ad^ , Domine ( J6iW. V. i4)* Voilà toute Fimpressiou ^ue.feronbjénr vous le& vains discours des eenseursdella wertu. Je n'endis'patsanéme assez : croyez* vous que, darisces prem:iefs momens de graoe et d'fuu véritable chan^ gement de cœur, uueame .pi^iise être louehéc de^quelque autre cho8« que de son Dieu , et de l'horreur de sa vie passée ? Ah I la componct tion, dans ces heureux commenoentetts,< estai vive, les attraits de la grâce si divins que- le cœur enivré, pour ainsi dire, de :1a foreu de s» douleur,, et de ia nonveaiité du saint plaisir, ne peut ^lus sentir que la joie de^posséder son Dieu » et le rtgret.d!svoic.ptt lui déplaire. Monde ^roîsnel que peuvent: alors tos discours. sot une ame qui ne vous <;onaolt plus ? Qu'iapovtieilt alors les eensures et les dérisions des enfansfdes hommes an Jsste éldvé tl^ par 'la foi audessus de toutes les choses humaines, qui s'eatJ^tieaCta^pee'.soa Dieu, comme un ami a^tee son ami, et qui ne sait méme^lnsce qui se passe.suc^la^terre?: C'est un Moïse sur'.la'motitagnè sai&tei» voyant son Dieu face à face, goûtant M plaisir ineffable de .so pré;sence, et qui n'est guères en état d'être touché des murmures, et des calomnies qu'on répand contre lui dans la pleine. Képondez ici pour moi, âmes justes qui m'écoutez; racontez les merveilles du Sei,gneur, et quels furent les coipmencemens des opérations diyiries de la grâce qui changea votre cœur; et co^ifonâez la foîblesse du pér cheur timide, qui ne peut comprendre qu*un Dieu sache plus sefairj^ aimer, que le monde ne peut se faire craindre. . ^ .
Mais voici l'illustoh qu*bh oppose à ëes maximes saintes. Oïl veut sans -différer, prendre dés^esures puoirr son salut; on est dégoûté
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du monde et des plaisirs; et l'on sent bien qu'il n*y a de bonheur solide sijir la terre, que de se donner à Dien. Mais est-il besoin d'ua éclat pour commencer une yie nouTelle ? Qu'est-il nécessaire d'afficher , comme pour avertir le monde , qu'on va prendre le parti de la dévotion? Faut- il donner au public une scène, où Timprudence et Tamour-propre ont d'ordinaire plus de part que TEsprit de Dieu 9 et qui n'aboutit qu'à jeter un ridicule sur la vertu? N'est-il pas plus prudent de donner encore au monde certaines choses que la bienséance demande , et de réi»erver le cœur à Dieu , qui ne veut que le cœur , tandis qu'à l'extérieur on paroit fait comme les autres, semblable à cet Ange , qui conduisoi t le jeune Tobie, lequel* quoique sans cesse présent devant le Seigneur, et ne se nourrissant que d'une viande invisible, paroissoit néanmoins semblable au re^te des hommes, et user de la même nourriture qu'eux? Videbar qui" dern vobzscum manducare et bihere ; sed ego cibo invisibilL, etpotu, qui au hominibus videri non poteH, utor ( Tob^ 12 ; 19 ).
- C'est ainsi, comme le rapporte S. Augustin, que s^abusoit autrefois ce célèbre vieillard Victoria 4 si connu dans Rome par sa sagesse et par son éloquence: détrompé de la vanité des idoles, convaincu de la vérité de nos livres saints , Chrétien dans le cœur , il se persnadoit que le Seigneur, qui ne regarde qu'au dedans,* n'en demandoit pas davantage; et qu'il pou voit se dispensera son âge, de faire un éclat dans Rome 9 et de' déclarer hautement sa conversion. Je suis ChM^ tien quoique je ne le paroisse pas , disoit4l souvent au saint prêtre Simplioien , qui lie eessoit dé l'exhorter à la foi : Noperis mcjam esse Christianum ;> et ^ eomme ce serviteur de J. C. lui répondoit qu'il n'en croiroit rien , s'il ne levoyoit dans l'assemblée des Fidèles « donner avec -ses frères des marques publiques de sa foi et de son changement : iV^OTZ <rr^^<//B y nec deputaboteînter Christianos , nisi in Edclesia Christi te i>idero {-^ug. Conf. 8^ n, 3). £st-ce que les murailles font le Chrétien , répartoit Victorin > encore abusé , et comme se moquant de la simplicité de 'son ami ? Ergo^ne parietes faciant Christianum? Mais» vous netard&tespas, 6 mon Dieu ! conitniiiace Père, de l'éclairer we son aveuglements vous lui fîtes comprendre que c'étott une impiété de rougir des 'humbles mystères de ^otre VeÀe^ et de ne pas rougir des cérémonies sacrilèges des démons : il eut honte 'delà vanité, il n'eii eut plus de la vérité : Erw buit vanitati, depuduit veritiati» • . . ^ ^
Et eii effet, M, F,, user encore de ces timidfes roénagemens avec le monde, c'est n'être .pas encore Chrétien. Je sais qu'il est des bienséances inévitables que la piété la plus attentive ne peut refuser aux usagés ; que la cbaiité est prudente et prend différentes formes; qu'il faut savoir quelquefois être foible avec les foibtes , et qu'il y a souvent de la vertu et du mérite à savoir être à propoà , pour ainsi dire, moins vertueux et ùloins parfait. Mais je dis que tout ménagement qui ne tend qu'à persuader au monde ,. que nous approuvons encore .ses abus et ses maximes ) et qu'à nous mettre à couvert de la répa-
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talion de sérriteurs de J. C. , comme d'un titre de honte et'd'xnfamie, est une dissin^ulation criminelle , injurieuse à la majesté de la reli* gion , et moins digne d*excuse que le dérèglement ouvert et déclaré.
Car je ne tous dis pas, qne c'est Qn outrage que tous faites à la grandeur du Dieu que toutes les créatures adorent. Quoi ! vous ne le reconnoitrica pour votre Dieu qu'en cachette ? vous affecteriez de le ffiéconnoitre devant les hommes ? il ne seroit plus que votre divinité secrète , tandis que le monde auroit vos hommages et votre cuite public et déclaré ! O homme I le Dieu du ciel et de la terre ne seroit donc plus qu'un Dieu domestique ; et le confondant avec les idoles renfermées autrefois dans le foyer et dans Tenceinte de chaque famille, vous vous contenteriez, comme Rachel, de le cacher dans votre tente « et de l'adorer à l'insçu de vos frères ?
Je ne vous dis pas que c'est même une ingratitude envers la grâce qui vous éclaire, qui vous touche, qui vous dégoûte du monde et des passions. Quoi ! vous auriez honte d'être choisi de Dieu comme un vase de miséricorde ? d'être discerné de tant de pécheurs qui périssent tous les jours à vos yeux en se laissant emporter aux cHarmes des sens et des plaisirs? Vous auriez honte d'être l'objet de la clémence et de la bonté divine? Vous rougiriez des faveurs du Ciel , et le bienfait qui a guéri votre ame de ces plaies vous feroit plus de confusion que ne vous en faisoit autrefois l'infamie de vos plaies mêmes ? O homme! un bon cœur rougit-il d'aimer son bienfaiteur? et est-ce ainsi que vous reconnoissez lé don de Dieu , en vous faisant même une honte de l'avoir reçu ?
Je ne vous dis pas que c'est une feinte indigne , même d'un cœur noble et généreux. Car si vous êtes touché de la vertu et de la justice, pourquoi trahir là-dessus vos sentimens? pourquoi dissimuler lâchement ce que vous êtes ? pourquoi devçnir en quelque -sorte un imposteur public? Une ame née avec quelque élévation, sait-ell« ainsi se contrefaire? Si vous êtes aqii de J» C. , pourquoi vous eu cacheZ'Vous ? Quand même i^ous vivrions encore dans ces siècles in;fortunés, où on le regardoit cpmme un séducteur, et où les rois 4)1 les magistrats étoient soulevés contre lui et <K^ntre son culte, il serok si beau d'avoir le courage de se déclarer pour un ami petsécuié et abandonné; il y auroit tant de bassesse à le désavouer ctn public! £t ici, où vous uexisquez rien, vous feignez de n'être poiiu à loi. La générosité toute seule ne souffre-i-elle pas de cette duplicité ? O homme l vous vous piquez ailleurs de tant de grandeur d'aroe , et de soutenir par un procédé noble, franc , généreux, toutes vos démarr ches ; et dans la religion , vqus êtes plus faux ^ plus foible, plus lâchtf que la plus vile populace 1
Enfin, je n'ajoute pas que c'est un scandale même, et une occasion d'erreur que vous préparez à vos frères ;-car.oes exemples de ménagement entre le monde et J. C. , deviennent plus dangereux c(ue le» exemples mêmes d'une dissolution déclarée. £n effet , la vie Uçen-
%Zi MARDI DE LA ir SEMAINE.
cieuse d'un pécheur lui attire plus de cenacurs de sa conduite, que d'imitateurs de ses excès ; mais les plaisirs et les abus du monde , autorisés par une vie d'ailleurs régulière , et mêlée même d'actions pieuses , forment une séduction prest{ue inévitable : j^us vons évitez les grands désordres , en vous peiinettant d'un autre coté tous les amusemens et tons les abus que le metnde autorise , .plus vans devenez dangereux à vos .frères; plus vons leur persuadez que le inonde n'-est pas si incompatible .avec le salut ^u*on le pense» plus vous nous préparez des auditeurs incrédules et prévenus 9 lorsque .nous anoonçons qu'on ne peut servir deux maîtres ; plus enfin , vous multipliez dans l'Eglise les fausses pénitences, en devenant le mo- •«lèlede millepécheurs touchés, lesquels ne se figurent dans la vertu, pien au-delà de ce que .vous faites , et qui auraient pou^isé plus. loin la jgrace de leur conversion, si votre lâcheté ne les avoit portés à croire, que tout ce qu'ils voient de plus dans les autres, est outré et excessif, et que vous seul savez éviter l'indiscrétion, vous en tenir à l'essentiel, et être homme de bien, comme il faut l'être dans le inonde. O. homme \ encore une fois , n'étoit-ce pas assez que vos dérèglemens eussent été autrefois un sujet de scandale à vos frères ; fautil encore qu'aujourd'hui votre fausse vertu leur devienne funeste?
Mais api^s tout, M. -JF. , le monde vaut-^l la peine d*être tant ménage? et quand ce ne seroit pas un crime de sacrifier à la crainte de ses jugemens et-de ses censures, son salut éternel, ne serait ce point une folie? C?est ce que vous allez voir dans la seconde partie de ce discours : la folie du respect humain*
SECONDE PARTIE
' Tout pécheur est un insensé , parée que tout pécheur préfère un "plaisir-d'un instant à des promesses éternelles. Néanmoins, nos passions forment des erreurs quUl n'est pas toujours si facile de démêler de la vérité, filles les confondent â*une manière si habile et si ^ressemblante, et le discernement en devient si délicat, qaHI est ]f>resque impossible de'nepas s'y méprendre ; et l'on peut dire qu'il 7 a des illusions, lesquelles f quoique opposées aux règles et au devoir , peuvent dû moins s'excuser par les apparences de l'équité et •de la isfagessei Mais celle dont nous parlons, n'est pas de ce nombre; l'extravaganèe y par ôit si à découvert, qu'elle ne laisse presque pas de lieu à la méprise ; et il est vrai que la folie est comme le cëractcre propre du pécheur , lequel touché d'un désir sincère de se donner à. Dieu , n'ose, parce qu'il craint le monde et la puérilité de ses discours et de ses censures. En effet , si vous voulez me permettre de considérer cette vaine frayeur en eUe^mêrae, et ài^n^ les cir-* con^tancesqui ra0c(Hop4tgne&t, vous conviendrez- qu'elle estpar^toot légalement insensée*.
it dis enelle*même. Car, mon chrer Auditeur, placez-vous dans
ftËS^ÉCT HUilAÏÏt. 4S3
leilé sUaktioil <|n*il vous plaira ; soyez homme de bien , soyez homme de plaisir ; choisissez de la Cour ou de la retraite ; rivez en philoso^^ phe on en libertin; dôonez-Tous pour femme régulière, ou pour femmedn monde : croye2-voirs faire jamais de tous les hommes les approbateurs de votre conduite, fît réunir tons ItfS suffrages en votre faveur? Dans la situation mém^' où vous êtes, n'oSânt roinpre avec le monde, et gardant encore tant de mesure aVec.lui, croyez-vous que tout vous applaudisse , et que vous n'y ayez pas vos censeurs, comme vos panégyristes ? Ici Vous êtes homme essentiel , ami généreux, homme de guerre supérieur aux auti^es, courtisan sincère et désintéressé, esprit orné et élevé, femme sans reproché et èxeinpte même de soupçon : là , on vous accuse de perfidie; on vous taie de mauvaise foi ; 'on avilit Téciat et le mérite de vos talens et de vos services; on vous range parmi les esprits vulgaires 9 on vous prâte des attachemens secrets, et dés foiblesses indignes de votre gloite. Essayez de toutes les situations, et voyez si vous pourrez jamais parvenir à mettre tous les hommes dans les intérêts de votre réputation et àe votre conduite. Moïse vengeant la cause d*uh Israélite opprimé ,' contre la Violence (l*un Egyptien , n*est pas à couvert de la censttrede ses frères. Moïse vengeant la gloire du Seigneur sur ses frères mêmes, en exterminant les mùrmufateurs , n'est pas plus heureux dans leur esprit, et n*évile pas leurs reproches. Moïse retiré pendant quarante jours sur la montagne, préférant les saintes douceurs de sa solitude , et les communications ineffables avec son Dieu , à la conduite des Tribus et au vain éclat du gouvernement et de l'autorité, est dans les discours publics de toute Tarmée, uii séducteur qui, aprç;s avoir trompé le peuple eu rengageant dans le désert, a disparu pôtir se âérobei* au ch&timent que méritoit Son imposture. Mo.ï8«, au milieu de ce même peuple, conduisant les Tribus, et exerçant le ministère dont lé Seigneur Tavoit chargé, est un ambitieux qui aime le gouvernenaent , et qui usurpe seul une autorité qu'il devroit partager avec Aaron son -frère. Le zèle , rindulgence , la vie commune , la retraite, la fuite des grandes places, les grandes places elles-^ômes, tout tlrouve dès censeurs. Faites convenir , si vous le pouvesfc , tous les hommes sur votre sujet ; et alors on vous petmettra, à la bonne heure, de vous faire de la vanité de leurs opinions, la règle de votre conduite. Voas déplaisez toujours aux uns par les mêmes endroits pàf où vous avez su plaire aux aùires. Les hommes ne saui'criént conVebir, parce que les passions font la règle de leurs jugemens , et que les passions ne sont pas les mêmes dans tous les 'hornihes*. * - '
Or , mon cher Auditeur , puisque dans aucune circonstance da votre ^ie ,* vous né sauriez éviter la bizarrerie des jugemens humains, pourq[âdi 'la' craindriez-vous dans la piété seulement ? Que vous ar- ^iver£l<«>t-rl'1ôk?sque vous vou^ serez déclaré pour JT. C. ? ce qui voua arrive ton'» les jôYirs dans vos entreprises temporelles t chacun s'érigera en 'juge de cette nouvelle démarche ; chacun croira être en droit de vous prescrire , loin d« TOUS , des règles de son goût , et Jktassilion, TOUS i. a3
de vous donner des avis de sa façon : vous aurez des apologistes y et Vous aurez des censeurs. Or, si cet inconvénient ne vous arrête pas dans les affaires de la terre , faut-il qa*il vous détourne de la grande affaire du salut ; et étes-vous sage de n'oser vous sauver par la crainte ' d^un mal que voos ne sauriez éviter» mdme en ne .vous sauvant pas? Ah 1 reg(p^ez plutôt la contradiction des langues y et la . diversité bizarre des jugeinens humains, comme^une suite des ordres éternels '^e la sagesse divine, laquelle permet que le monde soit toujouri 'cette Babel insensée, où chacun parle un langage différent , afin que la foi de ses serviteurs s^instrui^e dans cette confusion, y découvre le peu de solidité des opinions et des censures humaiues , et apprenne à ne pas craindre ce que le monde lui - même nous apprend à mépriser. ...
Mais je vais plus loin, et Je dis : quand même,, en prenait le parti de la vertu, vous auriez fait du monde entier le censeur de votre conduite, éh! qu*importent , M. F., les jugemens des bommes a celui qui a su mettre son Dieu. dans ses intérêts ? Est-ce pour le monde que vous travaillez à votre salut ? Si vous 2>érissjez, l'homme vous sauverà-t*il ; et si le Seigneur vous justifie, qui osera vous condamner? Chacun ne portera -t-il pas son propre fardeau devant la Majesté terrible de celui qui reprendra le monde de l'injustice de ses jugemens , et qui jugera ceux qui jugent la terre? Craignez donc 'les jugemens de Dieu , mon cher Auditeur, parce qu!ils doivent décider de votre éternité ; mais pour les . hommes, , ne daignez pas même savoir ce quUIs pensent de vous. Eh! qu'a de comi|iun leur estime, ou leur mépris, avec votre destinée éternelle ? Mi^is i)on, je Hié trompe.: leurs mépris et leurs censures sont toujours la récompense de là yerlu , et le présage le plus certain de notre salut : et par conséquent, si votre changement dévie avoit pu mériter les applau- 'dissemens d'un certain monde, vous devriez vous jdéfier d'une déjnarche qui auroit pu lui plaire. Une vertu du goût. .des pécheurs me seroit siispecte ; l'œuvre de Dieu approuvée des hommes me feroit craindre qu'il n'y eût encore quelque chose d'humain; je trembleroi^ 'poiirnn changement qui n'auroit pas changé ce monde réprouvée Votre égard ; il y auroit toujours liçu ,d*appréhen4cr qu'il ne restât encore entre vous et lui quelque conformité secrète f car d'ordinaire il ne saurôit goûter que ce qui lui ressemble^ , et qi^e.J. C. ne condamnât en vous ce que le monde y approuve encqrç. Mais >i vous êtes assez liéûreiix pour mériter' ses censures , je vpii3 le dis de la part de Dieu, ne craignez rien; lè mépris des hommes vous répond de l*approbalion du Ciel; vous appartenez à J. C , dès-là que le monde vous réprouve.
eaii épaisse éltoùeuse : Non invènerunt idnem , sejd^ .aquur^i' <^rassafn [ rï, Mach. I ; au J : mais à peine leiSoleu vaijnque.^i; des nuageaqoi îécachoient alor5;^<.uî lancé dressas gi^çl^ucs ti:fLÂM4eM .'choeur et