‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 102 sur 235 · DE LA MANIERE · texte numérisé non relu

DE LA MANIERE

v.iteurs; la charité éleintepar les haines , par les intérêts, par les jalousies; les entretiens souillés par des médisances noires et publiques; Dieu offensé et oublié presque partout; et le monde entier devenu presque aussi dissolu, aussi plongé dans les ténèbres, aussi païen dans sa doctrine, qu'il l'était avant le bienfait de sa conversion et la lumière de l'Évangile. Voilà le monde, mes frères; et un ministre de Jésus-Christ chercherait un délassement au milieu de ces horreurs! Mais pourrait-il y retenir ses larmes? mais ne se sentirait-il pas, comme Paul au milieu des désordres et des superstitions d'Athènes, déchirer le cœur par les plus vives impressions de l'Esprit de Dieu? Incitabatur spiritus çjus inipso (Act. xvii, 16);etserait-ilcapabled'un moment de joie au milieu de tant d'objets si capables de l'accabler de douleur et de tristesse ! Non, mes frères, le monde ne peut être qu'une vallée de larmes pour un ministre de Jésus-Christ : il éloigne de lui le spectacle affligeant de cette multitude de fidèles qui y périssent; il en fait le sujet continuel de ses gémissements et de ses prières : et comment irait-il chercher à se réjouir sur les ruines et la désolation de la sainte Jérusalem, sur les cadavres, pour ainsi dire, de ses frères, qu'il voit tous les jours périr aux yeux de Dieu?

Et ce qu'il y a ici de plus injuste pour les ministres qui vous allèguent l'innocence et la nécessité des délassements qu'ils vontchercher dans le monde, c'est que d'ordinaire ce sont ceux qui en ont le moins besoin; et qui négligent plus leurs devoirs, et les occupations les plus pénibles attachées à leur état. Oui, mes frères, il n'est que les ministres oiseux , ennemis de l'étude et de la retraite, peu fidèles à leurs fonctions, qui se traînent dans le monde, non pour se délasser du travail , mais pour le fuir et pour y occuper un loisir et une oisiveté qui leur est à charge : ce sont eux seuls qu'on voit donner à des commerces oiseux et inutiles, un temps qu'ils dérobent à leurs peuples ; précipiter la sainte gravité de leurs fonctions , et se hâter d'aller déposer au milieu des dissipations du monde le personnage sérieux de ministre qui les gêne. Toute leur vie est une désoccupation éternelle : on n'y voit rien de sérieux , pas même les saintes fonctions du ministère, avilies presque toujours par un air d'ennui, de vitesse et d'indécence; ce qui devrait les consoler les ennuie et les fatigue ; et au sortir de là, ils courent dans le monde, se délasser d'une prévarication par des prévarications nouvelles.

DEUXIÈME REFLEXION

Je l'ai déjà dit, mes frères, un pasteur fidèle a

ses devoirs, qui respecte son état, qui aime son peuple , ne trouve pas bien des moments de reste pour aller sacrifier aux inutilités et aux dissipations des commerces du inonde. Il y paraît rarement, parce que les occasions inévitables des devoirs et des bienséances qui l'y engagent quelquefois, n'étant pas multipliées par le goût ni par de vains prétextes , sont rares ; et c'est ici une seconde règle aussi essentielle que la première, la rareté de nos communications avec le monde. Nous ne pouvons que perdre et nous y avilir en nous y montrant trop souvent : tout corrompu qu'il est, il exige de nous une vertu sans tache , sans nuages ; et sans même aucune de ces faiblesses inséparables de l'humanité.

Plus il est indulgent pour lui-même, plus il devient sévère à notre égard : il croit pouvoir tout se permettre, et il croit aussi ne devoir rien nous passer : il a sans cesse sur nous des yeux censeurs et malins; une parole moins mesurée, une simple inattention, une démarche moins décente, une complaisance accordée sans réflexion, deviennent pour nous des crimes qu'il ne pardonne pas : il les grossit, il en tire des conséquences odieuses; et il n'oublie rien dans les moments où nous semblons nous relâcher un peu en sa faveur de la gravité de notre caractère, pour y découvrir plus de goût de notre part que de condescendance pour lui. Il nous exhorte à l'imiter dans la licence de ses joies et de ses plaisirs; il traite de minutie et de petitesse d'esprit nos précautions là-dessus, et nos réserves; et, pour peu que nous en rabattions pour lui complaire, il retombe au sortir de là sur nous, et nous paye de notre complaisance par des dérisions outrageantes, et par les jugements les plus insensés et les plus déshonorants.

Ainsi, mes frères, c'est se tromper de croire qu'on s'assure l'estime et la bienveillance du monde en se familiarisant avec lui et s'y montrant sans cesse. Plus il nous voit, moins il nous respecte et nous estime; il nous méprise, dès qu'il sent que nous ne pouvons nous passer de lui : devenons-y rares , alors nous y paraîtrons avec plus de dignité , et il nous verra avec plus de respect : attendons que des bienséances inévitables , que des devoirs de charité, que des œuvres saintes, que des sollicitations pour le soulagement des pauvres nous y appellent ; paraissons-y environnés de tout le saint appareil de notre caractère, comme des envoyés de Jésus-Christ, comme y tenant sa place; c'est alors que notre ministère tout seul, et l'ordre de Dieu, nous y tiendront lieu de sauvegarde. Quand on cherche le monde pour le monde même , il faut se

DE CONVERSER, etc.

conformer à ses goûts et à ses manières : on y serait mal reçu , si l'on voulait y porter cette gravité , cette retenue sacerdotale , qui doit toujours nous accompagner; nous dérangerions ses plaisirs ; nous déconcerterions ses assemblées et la licence de ses entretiens; nous lui serions à charge; notre présence seule serait pour lui un contre-temps, et il dirait de nous ce que les ennemis de la vertu disaient autrefois du juste dans la Sagesse : Gravis est nobis etiam ad videnclum. (Sap. il, 15.) Ou il ne faut pas chercher le monde, ou il faut vivre comme lui.

TROISIÈME RÉFLEXION

Ainsi , mes frères , si nous sommes fidèles à la règle qui nous prescrit d'y paraître rarement , il nous sera facile d'y porter la gravité, l'édification et le zèle qui forment la dernière règle sur la manière dont nous devons converser avec les personnes du monde ; car ce sont les caractères qui doivent annoncer aux personnes du monde un ministre de Jésus-Christ.

Je dis la gravité. Nos manières, nos démarches, notre langage, tout notre extérieur doit y soutenir la sainte dignité de notre état : les délassements les plus autorisés dans le monde, les familiarités les plus usitées, les discours de joie et de plaisanterie les plus reçus y deviennent pour nous des indécences : tout ce qui n'est pas digne de notre ministère est indigne de nous. On se persuade souvent qu'il faut s'accommoder au goût, au langage et aux maximes du monde, pour n'y pas paraître de mauvaise compagnie ; mais , mes frères , un prêtre n'est à sa place et décemment dans le monde, que lorsqu'il y est , ce qu'on appelle , de mauvaise compagnie pour le monde : dès que le monde le recherche , l'adopte , l'associe , se plaît avec lui , c'est une preuve décisive que ce prêtre ne respecte plus les bienséances de son état. Et c'est ce que nous voyons tous les jours , mes frères : tous ces prêtres que le monde recherche, que le monde applaudit, avec lesquels il est ravi d'être en société, sont des prêtres mondains qui ne conservent de leur état que le nom : cet esprit du monde sort de tous côtés de leur extérieur; il se manifeste dans l'indépendance de leurs vêtements , dans la légèreté de leurs discours et de leurs démarches , et souvent même dans le peu de gravité de leurs fonctions les plus saintes. Si vous étiez du monde, disait Jésus-Christ à ses apôtres, le monde vous aimerait, vous rechercherait, parce qu'il n'aime que ce qui est à lui : Quodsuum erat, diligeret (Joan. xv, 19); mais il vous hait, parce que vous ne l'aimez point. Non, mes frères, le monde ne court point après un prêtre saint et respectable : Il ne s'em-

presse point de l'associer à ses assemblées. C'est quand il a besoin de consolation dans les afflictions dont Dieu le frappe ; c'est quand les approches de la mort lui font voir de près l'éternité ; ah ! c'est alors qu'il a recours à un saint prêtre. Il laisse là ceux dont il paraissait faire tant de cas : il sent bien qu'ils ne sont d'aucun usage pour lui , et pour les seules fonctions auxquelles leur état les destinait; et que s'ils étaient bons pour les choses du monde , ils sont ineptes et inutiles pour celles du ciel. Désabusons-nous , mes frères; il en coûte toujours quelque chose à la dignité et à la sainte gravité de notre ministère , pour acheter l'amitié et les suffrages du monde : ce n'est pas lui qui rabat de ses préjugés et deses fausses maximes pours'unir à nous; c'est nous seuls qui rabattons de la sévérité des règles saintes pour être admis à ses sociétés. Ne déposons donc jamais aux yeux des gens du monde la sainte gravjté de notre état, et le personnage respectable du ministre de Jésus-Christ : qu'ils ne distinguent pas le ministre au pied desautels, et le ministre dans le commerce des hommes; qu'ils ne méconnaissent point dans leurs assemblées celui qu'ils viennent de quitter dans le temple saint ; qu'ils le retrouvent partout le même, partout respectant son caractère, et le faisant respecter aux autres : partout , comme dit saint Paul , annonçant la piété par sa seule présence : Promittentes pietatem. (Tim.ii, 10.)

Alors , mes frères , si nous sommes témoins de ces abus que l'usage justifie dans le monde, nous sommes en droit de les condamner : alors si on se permet devant nous de ces discours si ordinaires où la charité, où la pudeur est offensée , notre caractère nous autorise à les blâmer : alors le monde lui-même ne trouve pas mauvais que nous tâchions de sanctifier sesentretienspardesdiscoursd'édification.Car, mes frères, comme disait autrefois le saint hommeTobie, le Seigneur ne nous a dispersés parmi les gens du monde, qui ne connaissent point Dieu, qu'afin que nous leur manifestions les merveilles de sa loi sainte : Ideo dispersit vos inter gentes, ut enarretis mirabilia ejus. (Tob. xiii, 4.) Non, mes frères, il ne convient pas à un bon prêtre de sortir d'un entretien avec les gens du monde, sans y avoir mêlé quelques paroles d'édification : quand on est touché des vérités de la foi , qu'on les médite tous les jours aux pieds de Jésus-Christ ; qu'on est pénétré d'un saint désir pour le salut de ses frères , il est bien difficile de les voir s'égarer et périr sans les plaindre du moins quelquefois; san3 prendre occasion de leurs erreurs et de leurs préjugés, pour y placer à propos une parole de salut : on n'est pas le maître de se contenir, et de s'imposer un silenca

DE LA MANIERE DE COIN VERSER, ne.

de timidité ou d'indifférence. Et que savez-vous si une réflexion simple et édifiante, placée dans un temps où l'on ne s'y attendait pas , ne deviendra pas pour votre frère une parole de vie ou de salut ? Dans les instructions publiques , les gens du monde y viennent comme en garde, pour ainsi dire, et prévenus contre les vérités que nous leur allons annoncer; mais dans un entretien familier la vérité prend, pour ainsi dire, le pécheur au dépourvu : l'amitié, la douceur, la simplicité , donnent à la vérité ni préparée , ni attendue , une force que les autres discours n'ont pas d'ordinaire; c'est un trait imprévu qui porte plus sûrement son coup : mais d'ailleurs quand le caractère de ceux qui nous écoutent le rendrait inutile , nous avons du moins honoré notre ministère ; nous avons édifié ceux que nous n'avons pu détromper ; et , fidèles à l'avis de l'Apôtre , nous avons sanctifié tous nos entretiens : In omni conversatione sancti sitis. (Petb. i, 15.)

Mais ne doit-on pas craindre de se rendre importun , ou d'exposer la vérité au mépris et à la dérision de ceux qui nous écoutent? Non, mes frères, un prêtre dissipé et mondain aurait mauvaise grâce , je l'avoue , de venir porter des discours d'édification au milieu des personnes du monde : il est déchu de ce droit par sa conduite; il se rendrait ridicule de venir rappeler aux autres des vérités qu'il paraît avoir oubliées pour lui-même. La doctrine de la piété rougirait dans sa bouche : on l'écouterait avec mépris ; et on se demanderait encore depuis quand Saiil s'avise de faire le personnage de prophète : Numet Saiil inter prophetas ? (ïReg. x, 12.) Mais un saint prêtre fait respecter ses avis sages et édifiants : le mondelui-même lesattendde lui ; il peut en être ennuyé, mais il n'en est pas surpris; il peut rejeter la vérité, mais il estime en secret celui qui l'annonce. Je conviens que la prudence doit ici conduire la règle; et qu'il ne faut pas rendre la vérité méprisable à force de la rendre importune, et de la placer à contre-temps : la charité, qui ne cherche qu'à se rendre utile , veut qu'on choisisse ses moments; et combien s'en présente-t-il à un saint ministre dans l'inutilité des entretiens des personnes du monde! Ils l'entretiennent de leurs affaires, de leurs projets, de leurs embarras, de leurs sujets de plainte contre leurs ennemis ou leurs concurrents, de leurs contre-temps et de leurs chagrins : or l'Esprit de Dieu dans un prêtre ne trouve-t-il pas en tout cela mille occasions de déplorer la vie triste et agitée de ceux qui aiment le monde; de leur rappeler la paix , la douceur, les consolations d'une vie sainte et chrétienne ; et de les plaindre, sur ce qu'ils sont bien malheureux de ne jouir d'aucun bonheur en ce

monde, et de se préparer à travers mille agitation» et mille peines un malheur éternel dans l'autre ?

D'ailleurs , mes frères , il est des occasions où il ne s'agit plus de craindre qu'on se rende importun, et où le zèle seul doit tenir lieu de prudence à un saint ministre : dernier caractère ; le zèle. Oui , mes frères , un prêtre est un ministre public , chargé des intérêts de la gloire de Dieu, et de l'honneur de la religion, parmi les hommes : il ne doit jamais souffrir que devant lui les personnes du monde, quelles qu'elles puissent être, se permettent des discours où le respect dû à la majesté de la religion est blessé , où les maximes de l'Évangile sont méprisées, où les doutes impies sur la foi sont proposés avec audace, où nos plus augustes mystères sont traités avec dérision , où le vice est justifié, où la vertu est tournée en ridicule; enfin, où le libertinage et l'impiété des discours déshonorent.notre présence. Ah! c'est alors que la piété et la dignité d'un ministre ne doit plus se prescrire de mesures et de bornes que celles de son zèle; c'est alors que, chargé par son état des intérêts de la religion; il ne doit plus connaître personne selon la chair; oublier les noms, les titres, les distinctions de ceux qui s'oublient eux-mêmes; se souvenir seulement qu'il est établi de Dieu , leur maître et leur docteur, et qu'il tient de l'Église une autorité qui lui donne droit d'abattre et de terrasser avec une sainte fierté tout orgueil impie et méprisable, qui veut s'élever contre la science de Dieu : Destruentes omnem altitudinem extollentem seadoersus scient iam Dei. (n Cou. x, 4, 5.) Quiconque ne ménage point devant nous ce qu'il y a de plus respectable sur la terre, ne doit point être ménagé; nous devons l'écouter avec la même indignation que Dieu l'écoute : la vivacité du zèle, un saint courroux, sont alors les seules bienséances que notre caractère nous impose : il ne s'agit plus d'y mêler des adoucissements et des politesses , il faut répondre au fou , comme nous l'ordonne l'Esprit de Dieu, selon sa folie; humilier son ostentation et son ignorance, et venger la gloire du Dieu très-haut des outrages que lui fait la vile créature : on ne doit plus de mesures à des pécheurs qui n'en connaissent plus eux-mêmes. Eh quoi ! mes frères , on se fait un honneur dans le monde de soutenir avec vivacité les intérêts d'un ami qu'on outrage en notre présence : on impose avec fermeté silence au calomniateur : on serait déshonoré , et l'on passerait pour un faux ami, et pour un cœur bas et lâche, si l'on avait laissé outrager son ami , sans prendre sa défense ; et nous n'aurions pas le même zèle pour fermer la bouche à l'impie, et soutenir tout haut les intérêts de Jésus-Christ! et nous croirions, nous

DE LA NÉCESSITÉ DE

qu'il a appelés ses amis, en nous associant au saint ministère : Jam non dicam vos servos, sed amicos (Joan. xv, 15); nous croirions avoir rempli tout ce qu'un titre si tendre et si honorable exige de nous, en dissimulant , en nous contentant d'improuver par un lâche silence les outrages dont on le charge , et sacrifiant par une faiblesse déshonorante, à des égards humains , son nom et sa gloire ! Non , mes frères, nous ne sommes plus les amis que Jésus- Christ s'est choisis, et ce titre nous déshonore, quand son nom outragé ne réveille plus notre amour et notre zèle.

Voilà , mes frères, de quelle manière nous devons vivre et converser avec les personnes du monde; les sociétés qu'il y faut éviter; la rareté de nos communications avec celles mêmes qui nous sont permises; la gravité , l'édification , etlezèle qui doivent nous y accompagner partout.

C'est ce que l'Apôtre recommandait à son disciple Timothée; il s'élèvera parmi nous, lui disait-il, des ministres de l'Évangile, inquiets, dissipés, mondains, plus occupés d'eux-mêmes que de l'œuvre de l'Évangile; et nous en voyons déjà de ce caractère, qui se font un accès familier dans toutes les maisons des fidèles, se montrent partout, entrent dans tous les démêlés et toutes les affaires de nos frères, passent tout leur temps à des entretiens et des commerces inutiles; parlent sans cesse, et toujours mal à propos , et de ce qu'ils savent , et de ce qu'ils ne savent pas ; abusent de la faiblesse d'un sexe toujours prêt à se laisser gouverner, et se rendent maîtres des maisons qu'ils fréquentent. Pour vous , 6 homme de Dieu, ajoutait l'Apôtre, ne suivez pas des exemples si honteux au saint ministère, et si capables de faire blasphémer par les gentils l'Évangile du salut que nous annonçons : Tu autem, o homo Dell hœcfuge. (i Tim. vi, 11.)

Et je finis, mes frères, en vous adressant les mêmes paroles : Tu autem, o homo Dei! haecfuge. Si vous étiez les hommes du monde, ses intérêts, ses erreurs, ses préjugés, ses inutilités devraient être votre partage ; vous seriez chargés de vous conformer à ses maximes et à son langage, de les justifier, et de vous élever contre tous ceux qui osent les condamner. Mais vous êtes chacun les hommes de Dieu sur la terre : Tu autem, o homo Dei! c'està-dire chargés au milieu du monde, des intérêts de Dieu, du soin de sa gloire, de l'honneur de son culte, du dépôt de ses lois et de sa doctrine. L'homme du roi parmi les peuples ne parle qu'au nom de son maître , fait respecter ses ordres ; ne connaît personne , quand il s'agit de l'autorité et des intérêts du maître qu'il représente : il dépose l'homme

SE RENOUVELER, etc. 361

privé; il ne montre que l'homme public, que l'homme du roi. Et nous, mes frères, qui sommes les hommes de Dieu au milieu du monde : Tu aident, o homo Dei! nous déposerions ce caractère saint et public, dont nous sommes revêtus, ce caractère qui nous élève et nous consacre, pour devenir les hommes du monde ! et nous , mes frères , nous rougirions de parler le langage de celui qui nous envoie; nous le laisserions outrager à nos yeux , sans soutenir ses intérêts et sa gloire ; sans user de l'autorité dont il nous a revêtus, pour nous élever avec un saint zèle contre les contempteurs de son nom , de ses lois, et de son culte! Tu autem, o homo Dei ! et nous, mes frères, oubliant la majesté de celui que nous représentons, et l'honneur qu'il nous a fait de nous confier son autorité, nous autoriserions, même par notre conduite, les maximes du monde son ennemi ; et nous paraîtrions d'intelligence avec lui pour faire prévaloir ses erreurs et ses préjugés, sur les lois et sur les maximes saintes dont il nous a chargés d'être les dépositaires publics et les défenseurs ! Tu autem , o homo Dei ! Non , mes frères, portons ce titre auguste sur notre front et dans tout le détail de notre conduite : soyons partout les hommes de Dieu : que nos actions les plus communes , nos entretiens , nos sociétés , nos commerces soient ennoblis et sanctifiés par ce caractère saint et honorable : ne nous avilissons jamais en le dépouillant , et souvenons-nous que le monde le respectera toujours en nous, tant que nous le respecterons nous-mêmes.

DISCOURS

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