PREMIER DISCOURS
De l'institution des synodes.
Je n'ajouterai qu'un mot aux instructions sages que vient de vous donner M. le Promoteur.
Il serait sans doute à souhaiter que dans ces assemblées synodales nous n'eussions qu'à nous animer ensemble, et nous consoler des travaux du saint ministère , en racontant, comme les premiers disciples , les grâces et les merveilles que la parole de l'Évangile opère parmi les peuples dont le salut nous est confié. Ce devrait être ici le spectacle édifiant et le témoignage public du zèle des pasteurs, et non pas la censure affligeante de leurs infidélités et de leurs désordres; et ces assemblées saintes ont été plutôt établies pour pourvoir aux besoins des fidèles , que pour remédier aux faiblesses et aux prévarications des ministres. Oui, mes frères , nos saints prédécesseurs appelaient auprès d'eux en certain temps , comme le remarque saint Cyprien, les prêtres répandus dans les campagnes , et ceux qui dans la ville épiscopale travaillaient sous leurs yeux , pour se fortifier ensemble contre les séductions et les persécutions du monde, contre les ennemis de la foi , contre les périls dont ils étaient environnés; ils les appelaient pour délibérer avec eux sur les besoins des Églises , pour écouter leurs sages avis, pour éclaircir leurs doutes; de sorte que c'était le même esprit qui, du premier pasteur, se répandait sur tout le ministère, et gouvernait tout le troupeau.
Le zèle s'est refroidi ; les abus se sont multipliés ; le relâchement des fidèles, loin de ranimer les ministres, les a affaiblis; et l'affaiblissement des ministres a achevé la corruption des fidèles.
Je dis l'affaiblissement des ministres, et je ne dis pas assez; car plût à Dieu que nous n'eussions qu'à ranimer leur tiédeur, et non pas à déplorer leurs chutes !
On vient de vous marquer la première source de leurs infidélités, c'est un vil intérêt. Dès que vous regardez le saint ministère comme une occasion sordide de gain ; que vous faites servir le don de Dieu à une infâme avarice; que vous êtes plus touchés d'un profit mercenaire que du salut des âmes; que vous exigez de vos peuples avec une basse âpreté au delà de ce qui vous est dû, en oubliant
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DISCOURS
tous les jours ce que vous leur devez vous-mêmes ; que vous mesurez les fruits de votre mission sainte, non par l'accroissement de la foi et de la piété dans vos Églises, mais par celui de vos indignes profits; que vous ne distinguez pas l'art des arts, un ministère redoutable aux anges mêmes, les fonctions saintes et terribles du sacerdoce, d'une profession vile et mercenaire; en un mot, que vous êtes de ces vendeurs infâmes que Jésus-Christ chassa du temple : vous n'êtes plus les ministres des miséricordes du Seigneur envers les peuples ; vous anéantissez autant qu'il est en vous le fruit de ses mystères ; vous êtes de ces nuées sans eau dont parle un apôtre, de ces hommes de chair et de sang auxquels un jugement sévère est réservé.
Et de là, tant de chutes qui nous affligent, et qui scandalisent les fidèles; de là, tant de prévarications dans le ministère; de là, les plus saintes ordonnances de nos prédécesseurs violées, et toutes les règles méprisées. Dès que le cœur est corrompu , les œuvres en manifestent bientôt la corruption; dès que la source est souillée, la mauvaise odeur se répand bientôt sur toute la conduite. Vous en êtes témoins, vous, mes frères, qui êtes fidèles dans le ministère; vous en gémissez avec nous; et vos exemples, s'ils ne corrigent pas le mal, du moins ils le confondent et le condamnent.
C'est une consolation que je ne saurais vous refuser, ni me refuser à moi-même; la multitude des pasteurs édifiants et zélés que j'ai trouvés dans mes visites, m'a infiniment adouci l'amertume de l'infidélité d'un petit nombre. J'ai senti que le sang, que les mérites de tant de mes saints prédécesseurs dont nous honorons la mémoire , protégeaient et gouvernaient encore cette grande Église; que leur esprit, vivant encore dans leurs cendres sacrées , n'était pas encore éteint ; et que la main et la protection de Dieu ne s'étaient pas encore retirées de dessus nos peuples.
Conservons, mes frères, les restes précieux de ce premier esprit; et tachons de le transmettre à nos successeurs , comme nous l'avons reçu de ceux qui nous ont précédés.
Parmi les principaux abus que nous avons remarqués dans nos visites, il y en a deux auxquels nous sommes résolus de remédier. Le premier, ce sont les personnes d'un sexe différent que vous employez a votre 3ervice, et dont l'âge n'est point conforme aux règles des canons et aux statuts de ce diocèse. Le second , c'est le peu de précaution qu'on apporte à confesser , surtout les personnes du sexe. Il serait trop affligeant de dévoiler ici la honte du sanctuaire, et de vous marquer en détail les raisons tristes que
nous avons de renouveler sur ces deux points les ordonnances de nos prédécesseurs , et même d'en ajouter de plus sévères. Ce sont là de ces plaies qu'il faut guérir en les cachant : il suffit de vous dire que le bon ordre du diocèse , l'honneur de l'Église , l'édification des peuples , exige de vous cette précaution.
Nous ordonnons donc , etc.