SECOND DISCOURS
De l'amour des pasteurs pour leurs troupeaux.
Vous venez d'entendre ce que M. le Promoteur vient de vous dire avec beaucoup de zèle. Les fautes des prêtres ne sauraient être légères ; la négligence dans vos devoirs, et l'endurcissement se suivent de près. Dès que vous avez perdu cette piété tendre qui fait qu'on est effrayé du ministère terrible, et qu'on ne s'y croit jamais assez disposé, vos fonctions deviennent vos crimes ; et l'abus des fonctions saintes mène à tout , excepté au repentir. L'autel, où les fidèles trouvent d'ordinaire une ressource , est l'écueil où vous achevez de périr ; et tout ce que Jésus-Christ a établi dans l'Église pour le salut , n'est plus que votre jugement et le sceau de votre réprobation. Et de là , tant de scandales qui nous affligent, qui déshonorent l'Église, qui font blasphémer le nom du Seigneur, et autorisent les dérisions des impies contre son culte; de là, puisqu'il faut le dire ici, le mépris des ministres et du ministère. Nous voyons tous les jours avec douleur les brebis révoltées contre leur pasteur; elles qui devraient être , comme dit saint Paul , votre consolation et votre couronne, deviennent vos témoins et vos accusateurs. Il se peut faire que le zèle qui censure le vice, vous attire quelquefois la haine des méchants; c'est une persécution qui a touj ours été la récompense et la gloire des ministres fidèles; nous devons la par tager avec vous , et notre autorité alors doit être votre soutien et votre asile : nous ne vous la refuserons jamais, et nous nous croirons même trop heureux , quand il se présentera des pasteurs de ce caractère qui viendront l'implorer : nous avons la consolation d'en compter plusieurs parmi vous, et leur fidélité nous adoucit la peine que cause toujours à un premier pasteur la négligence et l'infidélité des pasteurs subalternes. Paissez donc le troupeau qui vous est confié , avec la tendresse d'un père , avec la vigilance d'un guide, avec le désintéressement d'un disciple des apôtres^ avec la décence et la sainteté d'un mi-
SYNODAUX.
lustre de Jésus-Christ : instruisez-les de leurs devoirs; que vos exemples assurent le fruit et le succès de vos instructions ; ne paraissez occupés et touchés que de leur salut ; oubliez vos intérêts temporels , et ne les mettez jamais en balance avec l'intérêt de leurs âmes : ne faites pas un gain sordide d'un ministère saint : n'abusez pas de votre autorité pour satisfaire vos animosités personnelles, et que la dispensation des sacrements qui doit être l'exercice de votre charité , ne le soit pas de vos vengeances. C'est déjà un scandale, qu'un pasteur soit aliéné de ses brebis; mais c'est une profanation et le comble du désordre, qu'il s'autorise là-dessus à leur refuser les saints mystères : nous sommes résolus d'arrêter et de punir un abus si criant et si odieux , que nous avons remarqué, en gémissant, dans nos visites; et les plaintes journalières nous font juger qu'il n'est que trop commun dans ce diocèse. Jugez-les au tribunal, à la bonne heure; et si vous les trouvez indignes, suivez les règles de l'Église, et éloignez-les pour quelque temps de la table sainte : mais «e refusez pas de les recevojr,à la piscine mystérieuse. Jésus-Christ'y-fit entrer un paralytique de trente-huit ans. L'Église ouvre ce bain sacré aux pécheurs les plus invétérés; et de quel droit le leur fermeriez-vous , vous qui n'êtes là que ses ministres , et qui n'avez d'autre autorité que celle" qu'elle vous confie , et qu'elle ne vous confie que pour le besoin des fidèles ? Vous êtes à eux; votre vocation , votre mission , vos fonctions ne sont-que pour eux : donnez-vous donc tout à eux, puisque vous n'êtes que pour eux. La foi n'est déjà que trop éteinte dans les fidèles , le culte trop aviii , les sacrements trop négligés, sans que vous les aidiez encore à s'endurcir dans cet état, et que vous les autorisiez à confondre le mépris du ministère avec celui du ministre : nous ne sommes pas surpris après cela du peu de ^ruit que vous faites dans vos Églises. On voit des pasteurs vieillir dans le ministère , sans avoir tiré une seule âme de l'égarement, et aller paraître devant Jésus-Christ non-seulement les mains vides, mais chargés de leurs iniquités et de celles de leurs peuples. Pvendez la piété respectable en vous le rendant vous-mêmes; inspirez la crainte et la terreur des saints mystères par le profond recueillement dont vous les traiterez ; rendez les devoirs aimables en les pratiquant. Quelle que puisse être la grossièreté de vos peuples, la vie sainte d'un pasteur fait toujours son effet ; plus même ils sont grossiers, plus un exemple qu'ils ont sans cesse devant les yeux, les frappe ; toute leur religion est dans leurs sens ; les hâtions les plus sauvages ont quitté toute leur féroeité devant les hommes apostoliques. Il n'arrive
guère qu'un pasteur fidèle ne s'attire l'amour, le respect, la confiance de son troupeau; et sans ce respect et cette confiance , votre ministère devient inutile. Ne vous en prenez donc qu'à vous-mêmes , si vous ne l'avez pas; méritez-la par une vie irrépréhensible, par une charité tendre, par un zèle prudent, par une gravité affable , par une conduite toujours soutenue; ne vous avilissez pas jusqu'à imiter la grossièreté de leurs mœurs ; soyez leur modèle, et non pas leur compagnon : en un mot, ne leur ressemblez point, et vous les rendrez semblables à Jésus-Christ.