CINQUIÈME DISCOURS
Suite des divisions entre les curés et les prêtres des paroisses.
Une réflexion , mes frères, que je suis obligé d'ajouter aux avis édifiants qu'on vient de vous donner, c'est que ceux d'entre vous en qui nous remarquons moins de régularité dans les mœurs, moins d'amour pour les fonctions , moins de zèle pour le salut des âmes dont on vous demandera un compte si rigoureux, sont toujours les plus vifs et les plus ardents pour soutenir de vaines prétentions qu'un long abus avait introduites : c'est le seul point de leur ministère qui les intéresse. Peu occupés d'ailleurs d'honorer le sacerdoce par la sainteté de leur vie , qui seul honore un ministre de Jésus-Christ, ils cherchent à l'honorer par des prérogatives usurpées, et dont même ils seraient indignes, quand elles seraient attachées à leur état. Ainsi l'oisiveté , l'orgueil , pour ne rien dire de plus , sont de la part des prêtres les seules sources de ces disputes scandaleuses : les devoirs essentiels sont négligés; l'honneur du sacerdoce et le scandale des fidèles ne sont comptés pour rien : et dans un temps surtout où le clergé de ce diocèse vient de recevoir une humiliation ' si publique et si douloureuse ; où nous devrions nous réunir et nous ranimer pour effacer par un saint concours de piété , de zèle , de concorde , d'édification , le souvenir d'un événement si triste et si honteux, nous le réveillons tous les jours par des dissensions et des animosités si publiques , qu'elles partagent même et troublent les villes et les paroisses, et qu'on les porte devant des tribunaux laïques où la honte du sacerdoce et l'opprobre du ministère n'ont déjà que trop éclaté.
Notre intention , mes frères , a été de rétablir l'ordre et la paix dans nos églises : l'ordre qui y était renversé; le pasteur n'était plus le père de son peuple, ni le chef des ministres subalternes, établis pour travailler sous ses yeux : la paix , qui ne peut subsister que dans l'ordre , y, était sans cesse troublée; et,
1 Un curé venait d'être condamné au feu par arrêt du parlement.
dans cet état de confusion , les fonctions étaient sans fruit , le ministère sans honneur, les fidèles sans secours, et tous nos soins, pour remédier à un abus si universel , inutiles. 11 était donc essentiel d'y pourvoir par un règlement général, où l'autorité du prince a concouru avec la nôtre : mais le même esprit qui Ta dicté doit le faire observer; c'est-à-dire , comme on vient de vous le représenter avec tant de zèle, que les pasteurs qu'il rétablit à leur place , ne doivent pas en abuser; que les prêtres auxquels il assigne celle que les règles de la hiérarchie leur donnent, doivent penser qu'elle leur sera plus honorable, à mesure qu'ils se rendront plus utiles aux peuples; et qu'ils seraient inexcusables s'ils perpétuaient encore des divisions , dont le scandale retomberait sur eux seuls, et dont ils porteraient aussi seuls la confusion et la peine.
Nous serions bien plus consolés, si à la place de ces dissensions si messéantes aux ministres de la paix et de la charité , nous voyions partout , comme nous l'avons vu dans différents cantons de ce diocèse, les prêtres et les curés de plusieurs paroisses voisines s'unir ensemble par une sainte association , s'assembler une fois l'année pour s'animer à la pratique de leurs devoirs, et s'obliger, par de's règlements que nous approuverons toujours avec plaisir, à se donner des avis mutuels et charitables ; à exclure même ceux qui se seront dans la suite rendus indignes d'une si édifiante société, à se secourir dans leurs maladies, à veiller sur les besoins temporels et spirituels de leurs confrères mourants , à mettre à couvert de l'avidité et de l'usurpation de leurs proches, et leurs propres effets, et les titres et les registres de leurs églises, et enfin à les aider dans ce dernier moment où plusieurs meurent sans secours et sans consolation , de tous les soins que la charité et l'unité du même ministère doivent inspirer.
Si ces associations édifiantes s'établissaient dans tout ce diocèse, nous n'aurions pas besoin de faire des ordonnances, comme nous en allons publier, pour prévenir la dissipation et l'enlèvement des titres et des registres des églises après la mort des curés; tout demeurerait dans l'ordre requis; les parents ne se regarderaient pas comme héritiers des monuments publics des églises, d'où dépend la tranquillité publique et la sûreté des mariages, des baptêmes et des familles; et les paroisses n'ajouteraient pas à la douleur d'avoir perdu leur pasteur, celle devoir disparaître avec lui tous les titres authentiques et tous les témoignages sacrés de leur état et de leur religion.
]\Iais, mes frères, afin que ces titres puissent se conserver et se transmettre à vos successeurs, vous
SYNODAUX.
devez veiller vous-mêmes pendant votre administration à les mettre en état d'être transmis et conservés. Nous avons été, dans nos visites, scandalisés de la négligence de plusieurs curés sur un point aussi essentiel : les statuts du diocèse, les ordonnances de nos rois, les peines rigoureuses qui y sont portées contre les contrevenants, l'intérêt même public ne les touchent point : les baptêmes, les mariages, les certificats mortuaires; c'est-à-dire, tout ce qu'il y a de plus sacré , et qui fait toute la sûreté de l'État et de la religion; tout cela n'est écrit que sur des feuilles volantes, sans ordre , sans soin, sans précaution : des titres si augustes et si saints sont dispersés à l'aventure comme des papiers de rebut : et tandis qu'il n'y a point de père de famille qui ne tienne les titres de sa maison et de ses enfants, et l'état journalier de ses affaires temporelles, dans un ordre scrupuleux et dans des registres sûrs, qui subsisteront après sa mort, des curés, les pères des fidèles, laissent dans un désordre affreux la filiation spirituelle de leurs enfants selon la foi, les témoignages publics de leur origine chrétienne , et tous les titres qui leur donnent droit à l'héritage des enfants de Dieu. Il faut être bien peu touché, mes frères , de la grandeur et de la sainteté de la religion, bien peu pénétré des devoirs de son ministère, bien insensible même au salut et à l'intérêt des fidèles , pour être capable d'une négligence si criminelle , et y persévérer même après en avoir été averti. Et en effet , qu'est-ce qui peut intéresser un pasteur, si la majesté de la religion , si le respect dû à ce qu'elle a de plus saint, si la sûreté publique, la tranquillité des familles, et son propre honneur, le trouvent insensible?
Que pourrais-je ajouter à cela pour vous, mes frères , que ces avis ne regardent point , que vous adresser les belles paroles que saint Paul adressait autrefois aux prêtres et aux fidèles de l'Église de Philippes? elles renferment tout ce que je pourrais vous dire de plus utile et de plus touchant. Au reste, mes frères, conservez le dépôt de la foi et de la vérité qui vous a été confié; puisez dans les sources pures, dans l'Écriture et dans les Pères, les principes des mœurs, suivant lesquels vous devez vvous conduire et conduire vos peuples; bannissez les pratiques superstitieuses de vos églises; ne vous départez jamais des règles de la vérité, sans laquelle tout ce qui porte le nom de piété est toujours ou un abus, ouunscandale : De cxlero,fratres , qusecumque surit vera. (Philipp. iv, 8. )
Montrez de la retenue dans vos mœurs et dans vos discours; qu'il ne vous échappe jamais rien d'indécent à la sainteté de votre ministère; portez
sur votre visage une sainte pudeur, et cette gravité sacerdotale , qui fait respecter la religion de ceux mêmes qui ne l'aiment pas; évitez les familiarités suspectes ; et souvenez-vous que le soupçon seul làdessus , pour un prêtre, est un crime que l'innocence même ne peut justifier : Quxcumque pitdica.
Faites paraître une équité inviolable dans votre conduite, du désintéressement dans vos fonctions, de la prudence et de la charité dans votre zèle, une égale affection pour tous les fidèles qui vous sont confiés, puisque vous êtes également le père de tous ; point d'animosité que contre le vice, point de prédilection que pour la vertu, point d'acception de personne, et que les besoins seuls de vos ouailles règlent les soins et les attentions du pasteur : Quxcumquejusta.
Inspirez aux peuples du respect pour les choses saintes, en les traitant vous-mêmes saintement; paraissez au pied des autels , comme les vieillards devant le trône de l'Agneau, frappés de la majesté du Dieu qui y réside; et que la modestie, la terreur, la profonde religion , dont vous accompagnerez ces fonctions redoutables , apprennent aux fidèles avec quelles dispositions saintes ils doivent y assister : Quœcumque sancta.
Rendez-vous aimables à vos peuples , si vous voulez leur devenir utiles; aimables, non par des familiarités indécentes, en partageant avec eux leurs excès, et devenant les compagnons de leurs plaisirs ; mais en partageant leurs afflictions, et devenant les consolateurs de leurs peines : commencez par gagner les cœurs, pour attirer les âmes à Jésus- Christ; ne rendez point le saint ministère odieux par la rudesse et la bizarrerie de vos humeurs , ou méprisable par la bassesse de vos sentiments; ne refusez pas aux fidèles, qui vous sont commis , votre assistance et vos conseils, puisque vous leur devez même votre vie : soyez leur consolation, et ils seront la vôtre; aimez-les comme vos enfants, et ils vous aimeront comme leur père : Quxcumque amabilia.
Ne négligez rien de tout ce qui peut conserver votre réputation pure et sans tache dans l'esprit des fidèles; abstenez-vous des choses même les plus permises, dès qu'elles peuvent devenir un sujet, de scandale à vos frères; souvenez-vous que tout le fruit de votre ministère est attaché à la bonne opinion qu'ils ont de vous ; n'avilissez pas la religion, en vous avilissant vous-mêmes; que vos exemples préparent le succès à vos instructions : qu'on ne puisse rien vous reprocher de ce que vous êtes obligés d'interdire aux autres; et que la bonne odeur de votre vie, répandue dans vos paroisses, devienne toute seule une
DISCOURS
censure continuelle des vices de vos paroissiens : Quxcumque bonxfamx.
Enfin, mes frères, continue l'Apôtre, si le souvenir de ces premiers ministres qui nous portèrent la foi , et dont le sang devint la semence de tant de fidèles, vous touche; si l'exemple même de tant de saints pasteurs que la miséricorde du Seigneur conserve encore à ce diocèse, et qui portent le joug avec vous, ne vous trouve pas insensibles; s'il vous reste encore quelque désir de vertu, et que toute foi et tout principe de bien ne soient pas éteints dans vos cœurs : Si qua virtus; si les éloges que l'ancienne Église d'Auvergne a toujours mérités par une discipline plus exacte et par l'observation plus régulière des anciennes lois, vous inspirent une sainte émulation; s'il vous paraît honteux de dégénérer de la vertu de vos pères et de déshonorer une église, dont tant de monuments illustres ont publié les louanges dans tous les siècles, et les publient encore de nos jours : Si qua laus diciplinx : réparez par de nouvelles mœurs, et par une nouvelle application à vos devoirs , les défauts passés de votre ministère; occupez-vous sans cesse des avis que nous venons de vous donner ; sanctifiez par eux toutes vos fonctions: vous honorerez votre ministère, vous sanctifierez vos peuples, et le Dieu de paix sera avec vous : De cxtero, Fratres, quxcumque sunt vera, quxcumque pudica, quxcumque justa, quxcumque sancta, quxcumque amabilia, quxcumque bonx jamx; si qua virtus, si qua laus disciplinx, hxc çogilate, hxc agite, et Deus pacis erit vobiscum.