HUITIEME DISCOURS
De l'instruction des enfants.
A tout ce que vous venez d'entendre sur le devoir le plus essentiel de votre état, qui est l'instruction des enfants, j'ajouterai encore une réflexion que je vous prie de faire avec moi : c'est que de votre fidélité à remplir ce devoir dépend tout le fruit à venir de votre ministère et de celui même de vos successeurs.
Je dis de votre ministère; oui, mes frères, vous fermez à ces enfants que vous négligez , que vous laissez croître dans l'ignorance de nos devoirs et de nos mystères , vous leur fermez toutes les ressources qu'ils pourraient trouver un jour dans vos instructions. Ce sont des plantes que vous avez laissé sécher dès leur naissance ; vous aurez beau les arroser, les cultiver dans la suite; le mal est sans remède : elles ne sont plus susceptibles d'aucun accroissement. Ce sont des enfants auxquels vous avez donné par le baptême la naissance selon la foi; mais les abandonnant aussitôt, ils deviennent comme ces enfants exposés, ces malheureux fruits de l'inhumanité de leurs parents , qui ignorent pour toujours leurs titres , leur origine , Jésus-C'nrist leur frère, dont ils sont cohéritiers, et l'Église leur mère, qui les a enfantés dans son sein; l'abandonnement de leur vie répond toujours à celle de leur état. Or, mes frères, pouvez-vous les avoir sans cesse sous les yeux , et ne pas vous reprocher votre insensibilité à l'égard de ces innocentes victimes auxquelles vous n'avez donné , ce semble , par le sacrement de la régénération, la vie de la grâce, que pour la leur ravir autant qu'il est en vous, et les étouffer, pour ainsi dire, dans le berceau, en ne les nourrissant pas du lait delà doctrine sainte! Vous avez horreur de la barbarie d'une mère qui, après avoir donné la vie à son enfant , l'expose et l'aban. donne; mais n'est-ce pas là l'image naturelle de la, dureté d'un pasteur, lequel, après avoir donné la vie de la foi à ses enfants, les expose , les abandonne, et les livre à tous les malheurs de l'ignorance entière de la foi qu'ils ont reçue, mille fois plus funestes que ceux de l'indigence? Ils porteront devant Dieu le titre auguste et ineffaçable du christiahisme, il est vrai; mais ce titre sera le titre terrible de votre condamnation bien plus que de la leur; il s'élèvera contre vous , et demandera vengeance de la profanation et de l'avilissement où vous l'avez laissé , après en avoir embelli leur âme : vous aurez fait des chrétiens sans religion , sans connaissance de Jésus-
a su
DISCOURS
Christ et de ses mystères; comment pourrez-vous jamais réparer à leur égard le défaut de ces premiers soins? que pourrez-vous élever dans un édifice où vous n'avez jeté aucun fondement que de tristes ruines?
Mais ce qu'il y a ici de triste, c'est que vous préparez à vos successeurs le même scandale; vous laissez en mourant au milieu de votre peuple une malédiction, une plaie où leur zèle ne saurait jamais trouver de remède. Car, je vous prie, quel fruit pourra faire après vous un saint prêtre dans une paroisse où il ne trouvera aucune connaissance de la religion; où il faudrait ramener aux premières instructions de l'enfance, des fidèles que leur âge ou leurs occupations en rendent désormais incapables? La honte toute seule de redevenir enfants mettra toujours un obstacle invincible aux soins d'un pasteur fidèle, qui voudrait, comme l'Apôtre, leur donner du lait au lieu d'une nourriture solide : ils mourront sans connaître Jésus-Christ qui les a rachetés, l'Église qui les a régénérés, l'Esprit saint qui les avait sanctifiés; et du sein du christianisme, et du milieu des lumières de l'Évangile, sortiront des âmes semblables à celles qui sortent des régions infidèles, et qui porteront devant Dieu les ténèbres et toute l'ignorance des Indiens et des sauvages.
Souvenez-vous donc, mes frères , que les enfants sont la portion la plus pure de votre troupeau, et celle par conséquent qui doit vous être la plus chère : n'ayez pas honte de vous abaisser jusqu'à eux; c'est la fonction la plus consolante et la plus honorable de notre ministère : nos autres soins, nous les donnons à des pécheurs; et, en les traitant de leurs plaies, il est toujours à craindre que nous ne contractions quelque souillure : c'est là où il faut s'abaisser, et descendre dans la profondeur de leur corruption et de leur misère; mais ici rien ne fait rougir la noblesse et la sainteté de nos fonctions : il n'est rien de si grand et de si digne de nos hommages sur la terre, que l'innocence. Respectons dans ces âmes tendres et innocentes le trésor précieux de la première grâce du baptême qu'elles conservent encore, et que nous avons tous perdue. Nous honorons d'un culte public les saints, qui, après avoir eu le malheur de la perdre, l'ont recouvrée par les travaux de la pénitence : pourquoi n'aurions-nous pas le même respect pour des enfants en qui ce don de justice et de sainteté habite encore? regardons-les avec une espèce de culte, comme des temples purs où résident la gloire et la majesté de Dieu, aue le souffle de Satan n'a pas encore souillées : entrons dans ces vues de la foi ;
et les soins que leur bas-âge demande de nous, loin de nous paraître bas et méprisables , nous paraîtront dignes de toute la sublimité de notre ministère. Ce sont des dépôts précieux à la garde desquels nous devons veiller; les placer avec respect dans nos temples dont ils honorent la sainteté, et en être aussi jaloux que de ces restes précieux des martyrs qui reposent sous nos autels, et qui s'attirent les hommages et la vénération de nos peuples. Je ne pousserai pas plus loin cette réflexion : nous avons été témoin, dans nos visites, de l'exactitude de la plupart des pasteurs à accomplir ce devoir; et notre dessein, dans ce que nous venons d'en dire, est plutôt d'encourager leur fidélité que de réveiller leur négligence.