ONZIEME DISCOURS
De la décence dans les cérémonies.
On vient de nous annoncer le nouveau rituel , attendu depuis si longtemps dans ce diocèse : les nouveaux secours que nous vous offrons pour l'exercice de vos fonctions, doivent réveiller en vous de nouveaux désirs de les exercer d'une manière encore plus digne de leur sainteté. Oui, mes frères, rappelons-nous souvent devant Dieu toute la grandeur et la sublimité de nos ministères : paraissons au pied des autels, pénétrés, effrayés de la puissance
MASSILLON. — TOMK 11.
que Jésus-Christ nous confie sur des âmes qui sont le prix de son sang , et destinées à ne former avec lui qu'un même Christ, pour glorifier Dieu durant toute l'éternité : nourrissons-nous de ces grandes vérités qui sont comme l'âme et la substance du sacerdoce : alors la décence, le désintéressement , l'esprit de zèle et de piété sanctifieront toutes nos fonctions.
Je dis la décence; hélas! mes frères, devrions-nous avoir besoin d'exhorter des prêtres que les anges regardent avec respect, à respecter eux-mêmes leur ministère? Comme il n'est rien de plus grand et de plus auguste sur la terre , que d'exercer à la place de Jésus-Christ les fonctions de son sacerdoce éternel , rien aussi ne doit être accompagné d'une modestie et d'une gravité plus sacerdotales, et d'un respect plusreligieux, que l'exercicedecesdivines fonctions. On nous a nourris dans cette maison sainte de ces grandes maximes : nous savons que dans toutes nos fonctions nous revêtons, pour ainsi dire, la personne de Jésus-Christ; nous sommes les médiateurs entre Dieu et les hommes, et nous continuons à sa place le ministère de leur réconciliation. Quoi de plus capable de nous pénétrer d'une sainte frayeur, pour peu que nous retombions sur nous-mêmes , et que nous fassions attention à ce que nous sommes, et au ministère céleste que nous remplissons.
Mais ces vues de la foi s'affaiblissent par le long usage. Si nous n'avions à dispenser les sacrements , et exercer les autres fonctions de l'Eglise , qu'une seule fois durant tout le cours de notre sacerdoce , ah! nous serions frappés d'une sainte terreur : nous sentirions tout ce que ce ministère a de divin, et tout ce qui rend des hommes pétris de misères et de faiblesses comme nous , indignes de le remplir. Mais comme si ces fonctions divines perdaient quelque chose de leur sainteté par leur fréquent usage , ou que nous en devinssions plus dignes à mesure que nous les administrons avec moins de décence et de précaution, elles ne réveillent plus notre foi, hélas! pas même notre attention; elles ne sont plus pour nous comme une œuvre de religion, mais comme une servitude de notre état, que rien par nos dispositions extérieures et intérieures ne distingue des autres actions ordinaires qui entrent dans le détail de notre vie : si ce n'est peut-être que l'indécence, l'ennui , la précipitation, forment la seule différence déplorable que nous y mettons. Le grand prêtre de la loi n'entrait qu'une fois l'année dans le saint des saints : aussi quels préparatifs augustes, quelles précautions infinies, quelles attentions pour ne pus manquer à la plus légère des cérémonies qui devaient accompagner une action dont le sang grossier d'une