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victime charnelle faisait toute la majesté! Nous entrons tous les jours , mes frères , dans le véritable >amt des saints, dont le premier n'était que l'ombre, le sang de Jésus-Christ entre les mains; nous l'offrons à son Père, et dans la distribution des sacrements, nous les dispensons aux peuples; mille lois plus respectables par les fonctions de notre sacerdoce, que le grand prêtre de la loi. Cependant comparez la majesté , les précautions infinies et religieuses qui accompagnaient son ministère avec la manière dont vous exercez tous les jours les fonctions bien plus redoutables du vôtre : hélas! mes frères , le dirai-je ? nous les remplissons souvent sans même aucun retour à Dieu , ce que la religion nous recommande dans les actions même les plus communes ; nous les remplissons sans dignité, sans bienséance, avec un air de précipitation que nous n'oserions montrer dans les devoirs de pure société que nous rendons aux hommes. Nous sommes partout ailleurs plus attentifs, plus réservés : ce n'est qu'en traitant avec un Dieu saint et terrible , que nous paraissons sans contrainte : ce n'est qu'en exerçant les fonctions divines dont il nous charge que nous nous livrons sans bienséance à notre humeur, à nos caprices, à nos dehors indécents et peu composés, que nous avilissons la religion, et que nous accoutumons les peuples à ne respecter ni le ministère ni le ministre. Ce qui me touche , mes frères, est que ce scandale n'est commun que parmi les ministres de la seule religion que Dieu ait établie sur la terre. Car lisez dans les histoires avec quel respect les prêtres des idoles remplissaient les cérémonies d'un culte extravagant et sacrilège : on aurait cru l'empire menacé des plus grandes calamités, s'ils avaient , faute de décence ou d'attention , profané le vain appareil de leurs superstitions, ou omis la plus légère circonstance. Allez dans ces contrées où un faux prophète se fait rendre depuis longtemps les hommages qui ne sont dus qu'à Jésus-Christ ; et voyez si vous trouverez dans ses ministres, au milieu de leurs mosquées, cette dissipation, cette indécence , que nous déplorons parmi nous : Transite ad insulas Cethim , et videte : et in Cedar mittite , et considerate vehementer, si factum est hujuscemodi. (Jerem. ii, 10.)
Non , mes frères , nous seuls qui sommes les ministres de l'alliance éternelle; nous seuls qui remplissons à la place de Jésus-Christ les fonctions de son sacerdoce éternel ; nous seuls chargés de la dispensationdes seuls remèdes établis sur la terre pour le salut de l'univers; nous seuls dont un Dieu fait chair, devient lui-même sur nos autels la victime qui consacre nos offrandes , et qui sanctifie nos fonc-
tions ; nous seuls ne paraissons point touchés de la sublimité de nos ministères; nous seuls, au lieu 'Je ce saint appareil , de cette gravité sacerdotale, qui , répandue sur toute notre personne, devrait inspirer au peuple un respect religieux pour les ministres et pour le ministère; nous seuls, on nous trouve dans nos fonctions les mêmes que dans les autres actions de la vie. La seule religion qui fait les saints , est confiée à des ministres qui la déshonorent; et le temple de Dieu ne nous voit pas différents de ce que nous sommes dans des maisons profanes : Transite ad insulas Cethim, et videte si factum est hujuscemodi; première disposition , la décence.
Mais , mes frères , le respect religieux que nous devons à la sublimité de nos fonctions, doit êtie non-seulement écrit, pour ainsi dire , sur tout notre extérieur, mais encore dans la pureté et l'élévation de nos intentions. Nous ne scandalisons pas les peuples , quand nous les exerçons avec décence : mais nous attirons sur eux et sur nous la colère de Dieu , lorsque nous les exerçons par des motifs bas , sordides , et indignes de leur sainteté ; seconde disposition, le désintéressement.
Hélas! mes frères, nous appliquons aux peuples dans nos fonctions les remèdes divins des maux de leur âme : quel autre motif pourrait-il nous animer, que la charité de Jésus-Christ qui nous les confie ; que le désir et le zèle du salut de nos frères? Seraitil possible qu'en distribuant les grâces et les trésors du ciel , un pasteur indigne pût se proposer un gain sordide et terrestre? se pourrait-il que peu touche du succès de ses fonctions , et des fruits inestimables que les fidèles peuvent en retirer, il ne fut occupé que d'un misérable avantage temporel qui lui en revient à lui-même? se pourrait-il encore qu'il disputât avec son peuple du prix du sang de Jésus-Christ; qu'il eût l'indignité de s'en assurer d'avance un profane salaire ; et que le pauvre pour qui Jésus-Christ est mort, n'eût pas le même droit et la même facilité d'y participer que le riche ? S'il se trouve un pasteur de ce caractère dans cette respectable assemblée; que son argent périsse avec lui : c'est l'anathème, et comme l'excommunication que nou6 prononçons avec tout ce vénérable presbytère contre cet infortuné, à l'exemple du premier des évêques.
Non, mes frères, le désintéressement d'un pasteur, est de tous ses devoirs celui qui lui assure le plus le succès de ses fonctions, et l'amour de son peuple. Et ne croyez pas que ce désintéressement l'expose à l'indigence; un pasteur respecté et aimé de son peuple est toujours riche. Je ne dis pas que, distribuant à ses peuples des richesses et des béné» dictions spirituelles, il ne lui soit pas permis d'en
SYNODAUX.
recevoir de temporelles ; mais je dis que c'est un opprobre pour le ministère et pour le ministre, de les exiger avec dureté; je dis que c'est un scandale d'en traiter comme on traiterait d'un service terrestre, et de prendre des précautions pour s'en assurer un salaire et une récompense sordide : je dis que nos règlements qui ont fixé cette récompense doivent fixer l'avarice d'un pasteur, et non pas mettre des bornes à sa charité : je dis qu'il doit la recevoir comme un père reçoit un gage de la piété et de la tendresse de ses enfants , et non pas comme un mercenaire sollicite le prix de son travail , ou comme un exacteur barbare arrache un tribut forcé d'un peuple accablé de misère : je dis enfin qu'il est rare que le peuple le plus pauvre ne trouve pas un motif de religion, dans son indigence même, de quoi reconnaître les soins et les assistances d'un charitable pasteur; et qu'on ne trouve des fidèles durs et ingrats , que dans les paroisses où le pasteur est avare ou mercenaire. Otons cet opprobre du milieu de nous, mes frères : vous savez que c'est la tache d'infamie la plus universelle dont le monde tout entier se réunit pour flétrir la sainteté de notre ministère. Ses jugements sur tout le reste sont injustes : serait-il possible qu'il n'eût raison que contre nous , et que notre conduite devînt tous les jours une apologie publique de sa malignité à notre égard? c'est l'écueil le plus triste du succès de nos fonctions. Un pasteur avide et mercenaire n'aime pas son troupeau, il n'en aime que la toison : et son troupeau qui le connaît, le regarde comme un ennemi et un loup dévorant, et non comme un père; et d'autant plus, mes frères, que quelque modique que soit le revenu de la plupart d'entre vous , il est toujours vrai que vous vivez au milieu d'un pauvre peuple qui regarde votre situation comme digne d'envie , et aux yeux de qui votre modicité , comparée à son état malheureux , paraît un état d'opulence. Adoucissez donc par un caractère de charité et de désintéressement, ce que cette différence peut inspirer à vos peuples de dégoût et pour la religion et pour ses ministres : n'achevez pas de les aigrir par une dureté qui leur fait blasphémer souvent la sainteté du ministère, et dont la malédiction retombe toujours sur vous : montrez à vos peuples, à l'exemple del'Apôtre, que soit que vous soyez dans l'abondance , c'est pour eux : soit que vous soyez dans la pauvreté, c'est pour l'amour d'eux; que s'ils souffrent, vous souffrez avec eux ; s'ils sont consolés, vous l'êtes comme eux ; et qu'enfin tout ce que vous êtes, vous ne l'êtes que pour eux. Versez dans nos cœurs, ô mon Dieu , ces sentiments de tendresse et de charité sacerdotale; et rendez-nous dignes de porter devant votre peuple, le nom respectable de
père et de pasteur dont vous nous avez honorés.
Il est vrai, mes frères, qu'il n'y a qu'une piété sincère qui puisse nous faire entrer dans ces dispositions , et remplir nos fonctions avec décence et avec désintéressement; dernière disposition, la piété.
Voilà le principe qui règle tout le reste. Conservez comme le plus précieux de tous les trésors, l'esprit et la grâce de votre vocation : n'approchez pas des fonctions saintes avec une conscience , je n'ose pas dire criminelle, car je parle à des ministres du Seigneur, et non à des profanateurs ; mais avec une conscience douteuse, c'est-à-dire, agitée de mille remords secrets qu'on ne peut ni calmer, ni se justifier à soi-même : alors l'indécence et le vil intérêt ne profaneront pas la sainteté de vos fonctions ; on ne tombe dans ces abus publics devant les hommes que lorsqu'on est déjà déchu en secret devant Dieu , de l'innocence et de la grâce de sa vocation. Souvenezvous qu'ayant sans cesse entre les mains les mystères de la religion et les grâces de l'Église, toujours occupés , ou à offrir la victime adorable , ou à communiquer aux fidèles , dans les fonctions , le prix de son s?.ng, il n'est pas de milieu pour un prêtre entre la piété et le sacrilège, et que s'il n'est pas un saint, il est bien près d'être un profanateur.
Hélas ! mes frères, les gens du monde se perdent pour passer leur vie dans un cercle perpétuel de jeux , de plaisirs, et d'occupations profanes, incompatibles avec le salut, et qui leur font perdre de vue les vérités de la religion : et nous , mes frères , nous nous perdons au milieu des occupations et des fonctions les plus saintes , et qui nous rappellent sans cesse les plus grandes vérités de la foi ; nous contractons de nouvelles souillures, en appliquant aux autres les remèdes du salut. Le monde se damne , parce qu'il n'est occupé que d'œuvres mondaines ; et nous nous damnons en ne paraissant occupés que d'œuvres saintes. Quelle ressource peut-il rester à un prêtre infidèle , si tout ce que la religion a de plus saint et de plus terrible, l'endurcit ou le souille?
Rappelez l'histoire des enfants d'Héli. Honorés du sacerdoce, ils trouvaient dans la sainteté de leurs fonctions l'écueil de leur innocence : les offrandes des peuples multipliaient leurs profanations ; chaque sacrifice était pour eux un nouveau crime : Dieu les frappa; il vengea la gloire de son nom, la sainteté de son culte : la succession du sacerdoce s'éteignit dans une race criminelle; quarante mille Israélites furent immolés par le glaive des Philistins, pour servir d'expiation à leurs sacrilèges : la lampe d'Israël s'éteignit; le culte tomba; et l'arche sainte devint la proie des incrédules et des incirconcis. Il semble qu'un Dieu irrité n'avait pas assez de châtiments
DISCOURS
pour punir les profanations d'un autel vide et d'un culte figuratif, pour venger le sang des boucs et des taureaux offerts sur ses autels , et souillé par des ministres infidèles.
Quels châtiments les profanations de l'autel où son fils est immolé, les souillures et les irrévérences qui profanent le sang adorable de la nouvelle alliance, ne doivent-ils pas attirer sur nous? Et que sais-je, mes frères , si les tristes fléaux dont nos peuples sont tous les jours affligés; si nos campagnes désolées; si les événements les plus terribles et les plus singuliers qui semblent se réunir en nos jours pour acheter d'accabler un peuple déjà languissant et misérable; que sais-je, si la décadence et l'extinction presque de toute foi et de toute piété dans le monde; que sais-je, si l'Église, si l'arche sainte, tous les jours en péril par les disputes, les contentions, et les entreprises tégiéraires qui la menacent; si l'affreuse incrédulité croissant tous les jours, et s'élevant sur les débris de la foi dont l'Église de France avait toujours été une si sûre et si vénérable dépositaire ; que sais-je, si tous ces fléaux ne sont pas les châtiments d'un Dieu outragé dans ses mystères et dans ses bienfaits? que sais-je, s'ils ne nous en annoncent pas encore de plus terribles? Ce serait à nous, comme les médiateurs entre Dieu et les hommes , à les prévenir et à les suspendre : et peut-être c'est nous seuls qui les attirons, peut-être le bras de la colère de Dieu n'est levé que pour venger nos profanations et nos irrévérences ; peut-être nous, qui devrions être les ministres de laréconciliation de Dieu avec les hommes, nous sommes le seul objet de ses fureurs et de ses vengeances. Non , mes frères , lisez les livres saints ; les péchés des prêtres ne demeurent jamais impunis : Dieu venge toujours la gloire de son culte outragé : et, ou il frappe les peuples et les provinces des plus tristes calamités ; ou , ce qui est encore plus terrible et plus ordinaire, il frappe les prêtres eux-mêmes d'endurcissement et d'impénitence.
Entrons , mes frères , dans ces sentiments de terreur et de religion ; et quoique par la miséricorde de Dieu, de tous les ministres vénérables qui m'écoutent , nous ayons cette confiance et cette consolation , qu'il n'y en ait pas peut-être un seul qui ne dispense d'une manière digne de Dieu les mystères de la foi , et les grâces de l'Église ; qu'ils redoublent cependant de zèle et de ferveur ; qu'ils gémissent sans cesse devant Dieu sur l'infidélité de leurs confrères , sur l'opprobre dont ils couvrent la majesté de la religion, et sur les calamités qui en sont toujours une triste suite. Arrêtons , mes frères , par nos prières et nos gémissements secrets, le bras de la colère de Dieu , toujours levé pour venger les profa-
nations de son sanctuaire : rendons à l'Église , par une conduite soutenue et édifiante, l'honneur de la gloire que les ministres infidèles lui ôtent tous les jours; rendons par nos mœurs sacerdotales, la religion respectable à ceux mêmes qui ne l'aiment pas : forçons le monde de changer son langage profane à l'égard des personnes consacrées à Dieu; que la présence seule d'un prêtre devienne la censure de ses désordres, et non un prétexte et une autorité qui les lui justifie. Le vice , mes frères , régnera bientôt moins dans le monde, quand nous leur prêcherons la vertu par nos exemples.