‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 117 sur 235 · TREIZIEME DISCOURS · texte numérisé non relu

TREIZIEME DISCOURS

De la compassion des pauvres.

Nous ne devrions pas avoir besoin , mes frères , de vous inspirer des sentiments de compassion et de charité pour les pauvres, dont vous êtes les pères et les pasteurs : c'est à vous à réveiller sur leurs besoins l'indifférence ou la dureté des personnes du siècle qui habitent vos paroisses; et il semble qu'étant par votre caractère les tuteurs de vos paroissiens indigents, et les seuls dépositaires de leurs besoins et de leurs peines, il devrait être inutile de vous exhorter à y être sensibles vous-mêmes. Cependant puisqu'on a commencé à vous représenter avec zèle là-dessus les devoirs attachés à votre état, je vais y ajouter quelques réflexions.

Je sais, mes frères, que le malheur des temps et le dérangement des saisons, en multipliant les pauvres dans vos paroisses, n'y multiplient pas les ressources des pasteurs, et qu'ils peuvent se sentir euxmêmes des calamités publiques : je sais encore que la modicité de vos revenus ne permet pas à la plupart d'entre vous de fournir à vos pauvres tous les soulagements que demanderait leur misère; et ce n'est pas aussi ce qu'on exige de vous. Mais , mes frères, quelle que puisse être la modicité de vos revenus, et le malheur des temps, il est toujours vrai qu'au milieu de vos paroisses, vous vous trouvez encore plus à votre aise, et plus en état de fournir à vos besoins , que presque tous ces laboureurs et ces

pauvres gens de campagne qui les habitent. Aussi avons-nous eu la consolation dans nos visites, d'y trouver beaucoup de pasteurs charitables, touchés comme des pères doivent l'être , de la misère de leurs enfants; donnant selon leurs forces et au delà, comme dit l'A pôtre ; adoucissant du moins par leurs soins et par leur sensibilité, les maux de leurs pauvres paroissiens, et souffrant avec ceux qu'ils ne pouvaient soulager : mais d'un autre côté, nous avons souvent gémi à la vue de beaucoup de pasteurs uniquement occupés du soin honteux d'amasser; durs pour eux-mêmes et encore plus durs et plus insensibles aux besoins et aux calamités de leurs peuples; des pasteurs bassement avares, qui ne croient jamais en avoir assez , et qui semblent n'avoir été revêtus d'un caractère saint que pour le faire servir à leur honteuse avarice. Voilà, mes frères, il faut le dire ici, la plaie la plus universelle du sacerdoce : voilà le vice qui souille presque toute la sainteté, et la bonne odeur du sanctuaire : tous ne le portent pas à un certain excès ; mais il en est peu que cette lèpre ne salisse; et si les pauvres sont abandonnés dans plusieurs paroisses, ce n'est pas toujours la modicité des revenus de leurs pasteurs, c'est le plus souvent la dureté et l'avarice qui ferment leurs entrailles aux cris et aux besoins de leur peuple.

Oui, mes frères, disons-le ici, et disons-le avec douleur, puisque l'occasion s'en présente : depuis que, par le partage des biens ecclésiastiques, nos titres dans le ministère sont devenus fixes et perpétuels pour nous, nous les avons regardés comme notre bien et notre patrimoine : nous nous y sommes attachés ; nous les avons fait valoir comme on fait profiter un fonds profane ; et souvent plus notre portion temporelle s'est trouvée modique, plus notre cœur s'y est attaché ; et plus , sans partager avec les riches du monde le crime de leur luxe et de leur mollesse, nous avons partagé avec eux, et poussé même plus loin qu'eux , le crime de leur attachement et de leur avarice. Il semble même que ce vice est devenu une malédiction attachée au sacerdoce; on se le dissimule à soi-même; on le couvre du prétexte frivole d'une sage précaution; on ne voit dans cette sordide passion, que le devoir indispensable de ne pas laisser perdre les droits de son église : et plus on est saisi et possédé de ce vice , plus on se le donne à soi-même comme une vertu.

Cependant, mes frères, rien ne souille et n'avilit plus la noblesse et la sainteté de notre ministère, que cet indigne penchant. Nous ne sommes sur la terre, vous le savez, que les ministres des biens futurs : les trésors qu'ouvrent et ferment les clefs qui nous sont confiées, sont les trésors du ciel ; les

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