‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 124 sur 235 · DIX-HUITIEME DISCOURS · texte numérisé non relu

DIX-HUITIEME DISCOURS

De ta nécessité de la prière.

La fidélité à la prière, que M. le Promoteur vient de vous recommander avec tant de zèle, n'est pas, mes frères, une de ces obligations qui sont particulières à la sainteté de notre état. C'est le devoir le plus essentiel du christianisme : tout chrétien doit être un homme de prière ; ses vues , ses désirs , ses espérances, ses affections, sa conversation même, comme s'exprime l'Apôtre, tout est pour lui dans le ciel : tout chrétien est un citoyen du siècle à venir, et étranger ; tous les objets extérieurs qui l'environrent ici-bas , ne doivent être pour lui que des liens et des obstacles qui , retardant sa course et son exil, doivent enflammer ses désirs vers sa patrie; toutes les séductions que le monde lui offre, tous les combats secrets que les passions lui livrent sans cesse, et où il fait presque chaque jour de tristes expériences de sa fragilité ; tout cela doit l'avertir de lever continuellement les yeux au ciel ; y faire monter ses gémissements et ses prières, et s'adresser en secret et en tous lieux, au témoin fidèle et invisible qui est

dans le ciel , de ses dangers et de ses peines , el au seul protecteur dont il attend sa consolation et sa force. Tout chrétien est donc un homme de prière; et un chrétien qui ne prie pas, est un homme sans Dieu , sans culte, sans religion , sans espérance : et cette vérité si incontestable établie , quelles instructions ne devons-nous pas à nos peuples pour leur inspirer l'amour et l'usage de la prière ?

Mais, mes frères, si la prière est l'âme du christianisme ; si toute la religion n'est proprement qu'un hommage d'amour que nous rendons à Dieu pour publier ses bienfaits et ses grandeurs, ou pour solliciter son secours et ses miséricordes; si toutes les pratiques extérieures du culte ne sont que les secours et les facilités de la prière; si tout le culte n'est établi lui-même que pour former de tout simple fidèle un homme intérieur et un homme de prière; si un chrétien qui ne prie pas est un homme sans Dieu, sans religion et sans espérance, quel monstre, ô mon Dieu! peut être un prêtre, un ministre de cette religion, un interprète de ses lois, un dépositaire de son esprit, un dispensateur de ses grâces , un intercesseur public auprès de Dieu pour les fidèles, un médiateur entre Dieu et le peuple; s'il n'est pas lui-même un homme de prière ; s'il n'est pas fidèle à ce devoir; s'il n'en connaît pas même l'usage, c'est-à-dire , s'il ne prie que de bouche, et des instants rapides , sans attention , sans décence même, sans aucun sentiment de piété, et avec si peu de respect, que sa prière est plutôt une insulte faite à Dieu , qu'un hommage de religion rendu à sa majesté suprême. Hélas ! mes frères , si vous ne sentiez pas cette vérité , et s'il fallait des preuves pour vous en convaincre; que vous seriez à plaindre, et que je le serais moi-même d'avoir à parler à de tels prêtres et à de tels pasteurs de l'Église, cette chaste colombe qui gémit et prie sans cesse par la bouche de ses ministres! Aussi ce n'est que pour nous édifier ensemble , et nous animer mutuellement à la pratique d'un devoir si consolant dans nos fonctions, et si inséparable d'elles , quejemesuis déterminé à ajouter un mot à tout ce qu'on vient de vous en dire.

Oui, mes frères, plus que le reste des hommes, nous prêtres, nous pasteurs, nous avons besoin sans cesse du secours de la prière. Plus nos fonctions nous produisent au milieu du monde, plus elles nous exposent à ses périls et à ses séductions. Hélas! que pourrions-nous nous promettre de la fragilité de nos penchants, si l'esprit de prière ne nous y soutient et ne nous fortifie? Ce n'est pas même assez pour nous, de ne pas nous laisser infecter ou affaiblir par l'air contagieux qu'on y res-

SYNODAUX.

pire; il faut que nous y paraissions revêtus de plus de force, de plus de modestie, de plus de vertu, de plus de sainteté, que le commun des fidèles, au milieu desquels nous nous trouvons sans cesse; nous y devons être partout la bonne odeur de Jésus-Christ. Or, qu'il est difficile à un prêtre et à un pasteur, si l'usage de la prière ne l'a pas établi dans une certaine solidité de vertu, de se trouver sans cesse au milieu des abus, des séductions, des dissipations du monde; d'entendre tous les jours l'apologie que le monde en fait , et de n'en être pas ébranlé et affaibli ! Il y porte un cœur vide de ces sentiments profonds de religion que l'usage de la prière seul grave dans le cœur, et rempli de tous les penchants qui nous rendent le monde aimable, et qui nous en justifient les abus. La vertu ellemême se laisse quelquefois séduire et y chancelle ; que peut donc se promettre un ministre qui n'y porte que sa faiblesse et ses fragilités? Et quand même la bienséance le retiendrait encore dans certaines bornes ; dès que le respect humain tout seul , et un reste de décence l'arrêtent , le monde n'y prend pas le change ; il l'adopte , il le compte pour sien , et il n'y voit plus ces dehors de piété, de fermeté , de majesté sainte , qui annoncent un prêtre et un pasteur : ce n'est plus qu'un sel affadi, qui non-seulement ne préserve plus rien de la corruption, mais qui se change bientôt lui-même en pourriture.

Mais d'ailleurs, mes frères, quand notre sûreté seule au milieu du monde où nos fonctions extérieures nous engagent, n'exigerait pas de nous cette fidélité à la prière , seule capable de nous y faire soutenir la dignité et la sainteté du ministère; notre sacerdoce seul , notre consécration au sanctuaire, qu'est-elle qu'un état tout consacré à la prière? nous sommes les médiateurs entre Dieu et le peuple; les intercesseurs publics, ou pour apaiser sa colère , que leurs crimes irritent sans cesse , ou pour détourner les fléaux, et les calamités publiques que ces crimes leur attirent. C'est notre voix et notre ministère, que les peuples viennent alors réclamer ; ils nous supposent du crédit et de l'accès auprès de Dieu : mais quel accès pouvons-nous y avoir, si l'usage de la prière ne nous a jamais unis et comme familiarisés avec lui ? comment intercéderons-nous pour nos peuples, si nous n'avons jamais su intercéder pour nous-mêmes? comment serons-nous les médiateurs et les réconciliateurs entre Dieu et les peuples , si Dieu ne nous connaît pas; si le défaut de la prière ne nous a jamais donné aucun accès auprès de lui ; si nous n'avons pas contracté par notre fidélité à la prière, cette sainte fa-

miliarité avec lui qui nous autorrse à lui exposer avec confiance les besoins de son peuple; qui nous mette en état de fléchir sa colère , et de l'attendrir sur les malheurs qui menacent les âmes confiées à nos soins ; en un mot, de faire violence à sa miséricorde, et de lui parler ce langage de tendresse, de piété, de foi , de zèle , de profonde soumission à ses ordres adorables; ce langage que l'usage de la prière seul peut nous apprendre?

Cependant, mes frères, dans l'ordre général de la Providence , et dans la distribution ordinaire des grâces , Dieu attache le salut du peuple aux prières du pasteur ; le fruit de toutes ses fonctions est presque toujours lié à ses prières. Ce sont elles qui obtiennent aux fidèles ces dispositions saintes, qui leur rendent les sacrements qu'il leur administre utiles; aucune des fonctions que nous exerçons ne doit être exercée sans une prière et un retour secret à Jésus-Christ, auteur et principe des grâces que le ministre distribue en son nom. Ainsi , s'il imprime le caractère ineffaçable de la foi sur les fonts sacrés , il doit demander que la grâce d'innocence et d'adoption qui en est le fruit, ne s'efface aussi jamais de l'âme de ce nouvel enfant qu'il vient de donner à l'Église. S'il réconcilie un pécheur au tribunal de la pénitence, ses gémissements secrets sur les chutes de ce pécheur, ne doivent-ils pas obtenir que sa pénitence soit sincère et durable; et que Jésus- Christ délie dans le ciel ce qu'il vient de délier luimême sur la terre? S'il offre la victime de propitiation, ne doit-il pas s'unir à l'Église qui demanda alors par sa bouche au Père céleste et très-clément, que ce sang précieux, qui va couler sur l'autel , et qui a réconcilié le genre humain , ne coule pas en vain , et achève de purifier et de sanctifier le peuple qui assiste à la célébration des saints mystères? S'il distribue aux assistants cette victime adorable, ses désirs, ses vœux ardents et secrets pendant cet auguste ministère, ne doivent-ils pas monter devant Dieu, afin que ce pain des anges devienne un pain de vie pour ceux qui le reçoivent , et qu'ils n'aient pas le malheur de boire et de manger leur condamnation en le recevant indignement? Enfin, s'il applique à un mourant les derniers remèdes de l'Église; que peut-il faire dans une occasion si touchante, que de fléchir par ses prières secrètes la sévérité du juge redoutable devant qui cette âme va paraître, le faire souvenir de ses miséricordes, et le conjurer de la recevoir dans ses tabernacles éternels? Parcourez toutes les fonctions saintes du ministère; et voyez ce qu'elles peuvent devenir entre les mains d'un ministre, qui ne 1rs accompagne pas de cet esprit de recueillement et de prière.

DISCOURS

Je ne parle pas du ministère de l'instruction qu'il doit à son peuple. Hélas! mes frères, quel succès pourraient avoir ses instructions, si l'usage de la prière n'attire pas sur ses discours, cette grâce, cette onction qui seule les rend utiles à ceux qui les écoutent? Il ne sera plus qu'un airain sonnant, et une cymbale retentissante ; il ne parlera plus qu'aux oreilles de ses auditeurs, parce que l'Esprit de Dieu, qui seul sait parler au cœur, et qu'il n'a pas attiré au dedans de lui par l'usage de la prière, ne parlera plus par sa bouche. Non, mes frères, ce ne sera pas cet esprit d'onction , de feu , de force , qui , répandu comme autrefois sur les eaux, sur les passions d'un cœur tranquille dans le crime, les trouble , les agite , et en débrouille le chaos , qui animera la langue d'un tel pasteur; c'est l'homme seul qui parlera par sa bouche : il aura beau tonner, et emprunter les dehors du zèie ; il ne fera, comme dit l'Apôtre , que battre l'air : Quasi aerem verberans. ( i Cor. ix , 26. ) Son langage sera aussi froid , aussi stérile, aussi insipide que son cœur : et le ministère de la parole ne sera plus pour lui , ou qu'un devoir forcé, qui le dégoûtera, qui l'accablera, et dont il se dispensera le plus qu'il pourra-, ou qu'un théâtre de vanité, où il cherchera plus les vils applaudissements de ceux qui l'écoutent , que leur conversion et leur salut.

Et en effet, mes frères, comment pourrait-il faire goûter des vérités saintes qu'il n'a jamais goûtées lui-même aux pieds de Jesus-Christ? comment inspirerait-il l'amour et la nécessité de la prière à son peuple, lui qui n'en a jamais connu ni les douceurs ni les besoins, qui en rendent à tout fidèle l'usage si nécessaire? comment formerait-il des chrétiens, c'est-à-dire, des hommes spirituels et intérieurs ; lui dont toute la vie est une vie toute hors de lui , et que l'usage de ses prières n'a jamais fait rentrer dans son propre cœur? Non, mes frères, dépouillez un prêtre et un pasteur de l'esprit de prière; vous le dépouillez de son âme, de sa force, de sa vie; ce n'est plus qu'un cadavre qui se meut encore, et qui infectera bientôt ceux qui l'approchent.

Les prières même publiques qu'il est obligé de réciter, ou de chanter, ces psaumes divins, ces prières si consolantes pour un bon prêtre et pour un bon pasteur, si capables de le délasser du travail pénible et tumultueux de ses fonctions; de réveiller en nous les sentiments de reconnaissance, d'amour, et de confiance que nous devons à Dieu; de confusion , de douleur et de repentir que nous nous devons à nous-mêmes : ces prières publiques (me l'Eglise regarde comme les sources générales

des grâces que Dieu répand sur les peuples et sur les empires , ne sont plus pour un prêtre et pour un pasteur de ce caractère , qu'une obligation sèche et forcée, qu'un assujettissement qui le fatigue; un joug et une tâche dont il ne cherche qu'à abréger les moments par la précipitation , et en soulager l'ennui par l'indécence du maintien , ou par les images profanes et mondaines, qui occupent alors son esprit; qui lui rendent aussi étranger que le langage des peuples inconnus, ce langage divin, et ne lui laissent pas prendre plus de part qu'eux , à ces prières solennelles que l'Église met dans notre bouche pour attirer sur nous et sur tous les fidèles, les bénédictions toujours attachées aux gémissements de cette chaste colombe. Non , mes frères , encore une fois, et je ne saurais trop le redire; un prêtre et un pasteur sans l'usage de la prière, sans la fidélité à la prière, fût-il d'ailleurs irrépréhensible aux yeux des hommes , n'est plus qu'un fantôme de prêtre et de pasteur : Pastor et idolum (Zachar. xi, 17) : il n'en est que la représentation ; il n'en a pas l'âme et la réalité ; et son sacerdoce n'est plus qu'un titre vide, et qui ne le lie ni à Dieu avec lequel il n'a aucune communication, ni à l'Église à laquelle il n'est plus d'aucune utilité.

Et quand je parle de la nécessité de la prière pour un prêtre et pour un pasteur ; je n'entends pas que ce saint exercice occupe la plus grande partie de ses journées : il se doit au dehors à son peuple; et ses fonctions ne doivent jamais souffrir de la durée de ses prières. J'entends que la prière doit précéder ses fonctions et les sanctifier : j'entends que l'esprit de prière doit l'accompagner partout ; qu'il doit montrer partout , et dans les actions même les plus indifférentes , cet homme intérieur, ce commerce secret avec Dieu qui annonce tout seul la religion et la piété, lorsqu'il se montre à son peuple ; qu'il rende son ministère en tous lieux respectable , et fasse de sa présence seule une instruction pour ceux qui l'approchent : voilà ce que j'entends par l'usage de la prière, si essentiel à un ministre de l'Église.

Nous devons laisser à regret à ces pieux solitaires, à ces âmes choisies et cachées dans de saints asiles, le bonheur de pouvoir sans cesse gémir et répandre leur cœur au pied des autels ; s'y nourrir des vérités éternelles; y contempler les merveilles et les grandeurs ineffables du Dieu qui se communique à elles, et goûter d'avancedans les consolations qui naissent de la méditation de ses mystères, de ses bienfaits et de ses promesses , les prémices de cette joie qu'on ne goûtera pleine et entière que dans le ciel : elles ont sans doute choisi le meilleur partage; mais ce saint et délicieux repos n'est pas fait pour nous; 1s

SYNODAUX.

Seigneur ne nous a pas appelés à cet état anticipé de la vie céleste des bienheureux. Nous sommes destinés à combattre les vices et les passions, à détruire l'empire du démon parmi les hommes, à établir et étendre celui de Jésus-Christ : notre ministère nous arrache au repos , et nous met les armes à la main; mais nos armes seules sont la prière, et la foi animée de la charité; c'est de ces armes divines , que toutes nos instructions , tous nos travaux , et tous nos efforts tirent tout leur succès et toute leur force; sans elles nous ne sommes plus que des hommes faibles et téméraires , exposés sans défense au milieu des ennemis que nous devions combattre, et bientôt les tristes jouets de leurs séductions , et des pièges qu'ils ne cessent de nous tendre; c'est-àdire , bientôt devenus semblables nous-mêmes à ceux que nous aurions dû changer et acquérir à Jésus- Christ : Sicut populus , sic sacerdos. Et plût à Dieu que ce ne fût là qu'une de ces prédictions des malheurs qu'un zèle trop timide prévoit toujours, et inspire! Une longue épreuve du gouvernement ne nous laisse pas cette consolation; et l'expérience de tous les jours , ne nous a que trop mis dans la triste certitude, qu'un pasteur sans cet esprit de recueillement et de prière, ne se soutient pas longtemps , se dissipe, néglige ses fonctions, les remplit sans piété, sans aucun sentiment intérieur de religion, sans respect souvent, et sans cette décence que !e monde, lui-même exige de nous ; et devient bientôt le scandale de son troupeau, et l'opprobre de l'Église.

Quel malheur, mes ft ères, pour une paroisse gouvernée par un tel pasteur ! quand même avec une vie toute dissipée , sans prière et sans recueillement , un reste de bienséance et de crainte tout humaine , l'aurait empêché jusqu'ici de tomber dans des désordres scandaleux; quel secours un peuple infortuné peutil se promettre d'un tel pasteur? Calmera-t-il la colère de Dieu dans les calamités qui affligent ce pauvre peuple? Hélas! c'est peut-être lui-même qui les attire; et il n'est propre qu'à lui en attirer de nouvelles. Les consolera-t-ildans leur misère, et dans tous les autres maux dont elle est toujours suivie? mais où prendra-t-il ces paroles de piété, d'onction, de consolation , qu'on ne puise qu'aux pieds de Jésus- Christ dans la prière ? Combattra-t-il les vices et les désordres publics qui infectent sa paroisse? mais il faut un zèle sacerdotal pour en être touché ; mais il faut sentir la perte des âmes qui nous sont confiées ; mais pour avoir un cœur capable de ce zèle et de cette douleur si digne d'un pasteur, il faut qu'il se soit attendri souvent au pied de la croix , en méditant ce que ces âmes ont coûté à Jésus-Christ. Montera-t-il

à l'autel ? mais que peuvent auprès de Dieu les offrandes saintes entre des mains profanes; que consommer l'iniquité de celui qui les offre , et éloigner les regards favorables du ciel sur l'Église, et sur le peuple au milieu duquel elles sont offertes? Quel malheur encore une fois pour un peuple infortuné, à qui le Seigneur a donné un tel pasteur dans sa colère! Il aurait dû être, selon le langage de l'Esprit saint, comme une nuée salutaire, placée entre le ciel et le champ précieux qui lui est confié; il aurait dû par l'usage de la prière, recevoir d'en haut ces influences saintes dont il n'aurait cessé d'arroser, d'enrichir et de rendre fécondes en fruits de salut, la terre qu'il est chargé de cultiver; mais n'ayant aucune communication avec le ciel par la prière , il n'est plus qu'une de ces nuées sans eau qui flottent au gré des vents : Nubes sine aquâ, quxà vends cir, cumferuntur. (Jud. 12.) Aucune rosée céleste ne coule de son sein; elle ne répand rien, parce qu'elle ne reçoit rien ; et s'il en sort quelque chose , ce n'est plus que l'éclat funeste , la puanteur, et le bruit public de ses scandales et de sa chute : Nubes sine aquâ, quse à ventis cir cumferuntur.

Recueillons, mes frères, ces saintes vérités, que je n'ai fait que parcourir rapidement : ne les perdons jamais de vue. L'esprit de prière est l'esprit essentiel du christianisme; mais il est comme l'âme, la subs ■ tance, et la vie unique du sacerdoce et du saint ministère. Tout dans nos fonctions extérieures nous unità Dieu, nous élève à Dieu ; toutyélèvedumoins nos mains, nos regards, notre langue; quoi! notre esprit et notre cœur seraient les seuls à ne s'élever jamais jusqu'à la prière, au milieu de tant d'objets sacrés qui nous rappellent sans cesse à lui ; de tant de grâces et de bienfaits que nous dispensons dans l'administration des sacrements, et qui ne découlent que de lui ; de tant de désordres que nous voyons croître chaque jour parmi les peuples dont nous sommes chargés, et qui vous avertissent d'implorer ses miséricordes et de recourir à lui? nous regarderions comme une peine, un commerce saint avec lui? et il serait pour nous comme autrefois au milieu d'Athènes, un Dieu inconnu : Ignoto Deo. (Act. xviï 23.)

O mon Dieu ! donnez à vos ministres un cœur tendre et paternel pour leurs peuples : alors ils sauront vous parler pour eux; ils n'auront pas besoin de nos exhortations pour les animer à prier; leur cœur tendre et paternel sera comme une prière continuelle , et vous parlera partout en secret pour les besoins d'un peuple qui leur sera cher. Un pasteur, 6 mon Dieu , qu'un moment de commerce secret avec vous, ennuie et rebute, et qui n'a jamais su vous parler pou?

DISCOURS

ses brebis, n'est pas un pasteur, et un père; c'est un étranger, un usurpateur, et un intrus dans une famille dont les enfants ne réveillent ni ses soins, ni sa tendresse. Cependant, ô mon Dieu , nous avons souvent la douleur de voir ces usurpateurs, ces pasteurs indignes, en possession de votre héritage, et l'abomination dans le lieu saint. Vos anges vous sollicitent en vain d'arracher dès à présent ce scandale si affligeant, et cette zizanie si déshonorante, du champ divin de votre Église: en vain elle souhaiterait quelquefois qu'un coup terrible et soudain de votre justice en fît un exemple éclatant qui servît d'avertissement à leurs semblables : vous voulez attendre le temps de vos vengeances; vous paraissez insensible au fond de votre sanctuaire, et il n'en sort plus de foudres contre les profanations des Dathans et des Corés. Mais du moins, grand Dieu, ouvrez vous-même les yeux des premiers pasteurs; éclairez notre ministère ; conduisez nos choix , afin que nous ne choisissions que ceux que vous avez choisis vousmême : ne permettez jamais que par des complaisances humaines, par des vues de la chair et du sang, nous coopérions nous-mêmes aux malheurs et aux opprobres de votre Église, en y introduisant des ministres qui doivent en avilir et en déshonorer la sainteté. Parlez-nous vous-même en secret, grand Dieu, comme vous parlâtes autrefois à Samuel , pour nous dire : Non hune elegit Dominu* (i Reg. 16, 8); ou frappez plutôt nos mains de sécheresse et d'immobilité, quand nous serons sur le point de les imposer sur la tête d'un ministre sur qui votre Esprit saint ne doit pas se reposer.

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