DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
Ego in hoc natm sum, et ad hocveni in mundum, ut tesimonium perhibeam veritati.
C'est pour cela que je suis né, et que je suis venu dans le monde , afin de rendre témoignage à la vérité.
(Joan. XVIII , 37.)
L'opposition à la vérité a toujours été le caractère le plus essentiel du monde , et la peine la plus universelle du péché. Depuis que l'homme eut efface de son cœur la loi éternelle, que la main du Seigneur, en le formant, y avait gravée pour l'éclairer et pour le conduire; et qu'il eut substitué à cette lumière divine, née avec lui, ses passions et ses ténèbres ; il se forma entre lui et la vérité , une opposition invincible , qui allait toujours croissant à mesure que le monde, tous les jours plus corrompu , s'éloignait de la pureté de sa source , et que la malice des hommes se multipliait sur la terre.
II est vrai , mes frères , qu'au milieu des ténèbres qui couvraient la face de l'univers , Dieu faisait luire encore de temps en temps sa vérité et sa lumière. De siècle en siècle paraissaient des hommes justes suscités d'en haut, pour rendre témoignage à la vérité, et empêcher les erreurs et les passions de prescrire contre elle. Depuis le sang d'Abel jusqu'à Jean-Baptiste , le ciel avait fourni à la terre une tradition non interrompue de prophètes , de martyrs , et de témoins de la vérité : les uns avaient rendu témoignage à la vérité par leur sang , comme Abel ; les autres par leur religion, comme Énos; quelquesuns par leur innocence, comme Noé; d'autres par la foi , comme Abraham ; Isaac , par son obéissance ; Job, par sa patience; Moïse, par ses prodiges; enfin , pour rendre le monde inexcusable , la vérité eut dans tous les siècles des témoins et des défenseurs, qui s'élevèrent contre le monde, et qui conservèrent parmi les hommes le dépôt de la doctrine et de la vérité, que le monde, malgré ses précautions, n'avait jamais pu éteindre tout à fait sur la terre. Cependant cette nuée de témoins, comme parle l'Apôtre, qui de siècle en siècle avaient rendu témoignage à la vérité, avaient pu, je l'avoue, condamner le monde par la vérité; mais ils n'avaient pas délivré le monde par elle. La vérité avait donc besoin d'un plus grand témoignage : il fallait que celui qui est la sagesse et la lumière du Père, vînt lui-même nous rendre témoignage de ce qu'il avait
MASRILLON. — TOME II.
vu; qu'il confirmât sa doctrine par son sang; que sa doctrine purgeât la terre des erreurs , qui jusqu'alors l'avaient inondée ; et que Jésus-Christ crucifié fût jusqu'à la fin des siècles, le grand témoin de la vérité contre l'aveuglement du monde et l'erreur de ses maximes.
Le mystère des douleurs et des ignominies du Sauveur, nous offre donc aujourd'hui deux spectacles bien différents : d'un côté le monde si aveugle , et si opposé à la vérité , qu'après avoir rejeté dans tous les siècles, le témoignage des justes et des prophètes , il rejetteencore aujourd'hui celui de Jésus-Cbrist lui-même; d'un autre côté, Jésus-Christ sur la croix devenu le grand témoin de la vérité , pour confondre jusqu'à la fin l'aveuglement du monde : c'est-àdire, la mort de Jésus-Christ devenue la plus grande preuve de l'opposition du monde pour la vérité; et le plus grand témoignage de la vérité contre le monde.
O mon Sauveur ! jusques ici nous avons offert comme le monde , un cœur rebelle à la vérité de votre doctrine : nous avons écouté votre parole sainte, durant ces jours de pénitence et de salut, avec la même insensibilité que Jérusalem vous écouta autrefois durant les jours de votre ministère. Mais aujourd'hui, Seigneur, où vous ne parlez plus que par vos douleurs et par vos opprobres , où vous ne faites plus entendre que la voix de votre sang; aujourd'hui où attaché à ce trône d'ignominie, vous êtes devenu le grand témoin de la vérité contre le monde , ne permettez pas qu'une instruction si nouvelle et si touchante, nous trouve encore insensibles. Nous venons mettre au pied de votre croix, des cœurs à la vérité encore pleins de passions et d'attachements injustes; mais laissez couler sur nous une seule goutte de ce sang , que vous offrez aujourd'hui pour nous à votre Père, et nous serons purifiés : jetez sur nous , comme sur ce pécheur heureux , qui expire à vos côtés , un regard de miséricorde, et nous serons sauvés : délivrez-nous par la vérité, dont vous êtes aujourd'hui le grand témoin, et nous passerons de la servitude du monde et du péché à la sainte liberté des enfants de Dieu. C'est ce que nous vous demandons prosternés au pied de votre croix : O crux, ave.