SUR LA CONFIRMATION
Vous ne souffririez pas qu'un insensé vînt parler devant vous outrageusement de votre père : et comment pourriez-vous souffrir qu'on outrageât, en votre présence, le Dieu de qui vous tenez l'être; qui est votre premier père, et qui doit être votre récompense éternelle?
Vous trouverez encore dans le monde, des hommes qui tourneront la piété en dérision; qui donneront du ridicule aux pratiques de la religion; qui traiteront de faiblesses les attentions aux devoirs qu'elle nous impose. Vous ne craindrez point ces censeurs de la piété, mes chers enfants, quand vous aurez reçu le sacrement de force et de courage. Si parmi ceux de votre âge, il s'en trouve d'assez corrompus pour se moquer de ceux qui sont fidèles à Dieu, leurs railleries ne vous ébranleront point; vous aurez pitié de leur aveuglement; vous confesserez hardiment Jésus-Christ; vous ne connaîtrez pas ce respect humain , qui fait qu'on n'ose souvent professer hautement la foi et la piété , devant ceux qui en font des dérisions insensées; vous craindrez Dieu , et vous ne craindrez pas les hommes. Enfin vous trouverez dans le monde tous les vices autorisés par les exemples ; et peut-être trouverez-vous ces écueils parmi vos proches et vos amis; leur vie déréglée sera pour vous comme une sollicitation perpétuelle au dérèglement; de quelque côté que vous vous tourniez, vous verrez le vice applaudi et les passions justifiées ; il faut du courage pour résister à ces exemples; voilà, mes enfants, vos tyrans et vos persécuteurs : voilà ce que la grâce du sacrement de la confirmation, si vous y êtes fidèles, vous donnera la force de surmonter. Souvenez-vous, mes chers enfants , que ce qui est autorisé par la multitude, est presque toujours réprouvé par la loi de Dieu; que tout ce qui n'est justifié que par le monde, est aussi criminel que le monde; que pour être chrétien , il faut être l'image de Jésus-Christ ; et que vous ne sauriez ressembler à Jésus-Christ, tandis que vous vivrez comme le monde.
Enfin , le second combat que vous aurez à soutenir, plus terrible et plus dangereux que le premier, sera contre vous-mêmes. Hélas! mes chers enfants, vos passions vont croître avec votre âge : ce fonds de corruption que nous portons au dedans de nous, se fortifiera dejour en jour : peut-être a-t-il déjà prévenu en vous la maturité des années; peut-être la grâce de l'innocence a-t-elle déjà fait naufrage ; peutêtre avez-vous déjà souillé cette robe de pudeur et de justice, dont le baptême avait revêtu votre âme. Si les commencements sont corrompus, jugez, mes chers enfants, quelles seront les suites? si la source est déjà gâtée, tout le cours de votre vie, que sera-
t-il? si vos passions, encore faibles et naissantes, sont déjà plus fortes que vous, comment ferez-vous, lorsqu'elles seront arrivées au plus haut point de leur force?
Résistez, mes chers enfants, dans les commencements; c'est l'effet que doit produire en vous le sacrement que l'Église vous confère : accoutumezvous à vaincre vos passions dans le premier âge , ces premiers efforts attireront sur vous des grâces abondantes pour toute la suite de votre vie. Dieu sera plus attentif à vous préserver; vous vivrez au milieu de la corruption du monde, sans en être souillés : vous ressemblerez à ces trois enfants hébreux que le Seigneur préserva au milieu des flammes , parce que leurs premières années avaient été agréables à ses yeux. Tout dépend , mes chers enfants , de ces commencements : si votre jeunesse est sage et réglée, la vertu et la crainte de Dieu vous accompagneront dans tous les âges : si vous avez semé dans la bénédiction, vous recueillerez des bénédictions abondantes : ces prémices pures de votre vie en sanctifieront toute la suite : Dieu les acceptera comme les gages heureux de votre salut, comme la première offrande d'une victime qui lui appartient , et qui lui est réservée. Mais si vous êtes assez malheureux pour vous égarer dès vos premières voies , et ne faire aucun usage de la grâce de force et de courage que vous allez recevoir; chaque pas que vous ferez dans la suite, sera une chute. Le démon vous voyant dépouillé de cette grâce de sainteté que vous avez reçue au baptême , et de la grâce de force que vous recevez aujourd'hui, ne trouvera plus rien en vous qui lui résiste : vous deviendrez le jouet de ses séductions et de vos propres faiblesses : vous avancerez dans le crime à mesure que vous avancerez en âge : vous aviez commencé par oublier Dieu, vous finirez par le mépriser. Celui qui sème dans la chair, dit l'Apôtre, moissonne dans la chair : si la racine est gâtée, les branches qui en naîtront ne seront pas plus saines : vous vous préparerez des jours malheureux et criminels ; une vie agitée et toute pleine de passions ; unevieilIessetriste,etabandonnéedeDieu. Heureux, mes chers enfants, celui qui porte le joug du Seigneur dès sa jeunesse! Dieu le bénira; ses passions, réprimées de bonne heure, seront plus dociles; la vertu lui coûtera moins : ses penchants tournés d abord vers le devoir s'y porteront d'eux-mêmes; ses jours seront tranquilles, sa vie sainte, sa vieillesse honorée ; et sa mort, semblable à sa vie, ne sera quun passage à la bienheureuse immortalité.
Ainsi soir-il.
DISCOURS