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de leur sagesse et de leur zèle pour la religion, comme il l'est de leur couronne.
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Pour faire chanter leTe Deum en actions de grâces du mariage du roi.
Tout ce qui assure la succession dans les empires , en assure aussi la tranquillité; et la tranquillité des empires, fait toute la sûreté des lois et de la religion. La monarchie a éprouvé plus d'une fois les malheurs qui menacent le trône , quand le prince qui l'occupe , voit venir avec lui l'espérance de sa postérité : c'est ce qui faisait désirer si vivement à la nation que notre jeune monarque se hâtât de donner, par un mariage saint et auguste , des héritiers à la couronne.
INos vœux , mes frères , sont exaucés , et son choix a surpassé même nos espérances. Les conseils de la chair et du sang, les grands intérêts de la terre, président d'ordinaire aux mariages des souverains : c'est la religion seule qui a proposé celui-ci , c'est elle qui l'a conclu. Le roi , en partageant son trône avec la princesse Marie, y a fait asseoir avec elle, à côté de lui, la sagesse, la piété, l'humanité, la clémence, et toutes les vertus qui en sont les appuis plus fermes et plus durables , que les alliances des plus puissants royaumes : c'est l'intérêt qui les forme, et c'est l'intérêt qui , un moment après, les désunit ; et il n'est pas nécessaire de parcourir nos annales pour savoir que les grands États qui nous ont donné des reines , ne nous ont pas toujours donné des amis et des alliés. La France n'a pas besoin de secours étrangers; il ne lui faut que de la vertu : et les malheurs du dernier règne nous ont appris qu'elle devait être plus attentive à ne pas réveiller la jalousie de ses voisins par une trop grande puissance, qu'à se mettre à couvert de leurs entreprises par des alliances, qui souvent endorment nos précautions , et qui n'augmentent jamais nos forces.
Rendons, mes frères , des grâces infinies à celui qui dispose des sceptres et des couronnes, et qui depuis tant de siècles, perpétue l'empire des Français dans la maison royale. Il nous a fait le plus grand de tous les dons , en nous donnant une reine sage , pieuse, éclairée, déjà maîtresse du cœur du prince et de ses sujets, et qui va faire revivre parmi nous les jours des Clotilde et des Blanche de Castiile. Demandons-lui que de cette sainte alliance , naissent des héros, qui mêlent au sang de saint Louis, avec
va encore l'ennoblir et le sanctifier : demandons-lui que par elle nous soient donnés des princes qui soient nos pères plutôt que nos maîtres; que notre jeune monarque , l'objet précieux de la tendresse et des espérances de la nation, en croissant en âge et en force , croisse aussi en grâce et en sagesse ; qu'il aime un peuple, dont les vœux, les larmes, et les prières, l'ont conservé à la France ; qu'il commence déjà à partager avec nous, nos misères et nos pertes, comme nous partagerons un jour avec lui ses prospérités et sa gloire. Tout est commun entre un bon prince et ses sujets : nos malheurs sont les siens , comme sa félicité doit être la félicité de son peuple ; il ne saurait être ni grand ni heureux tout seul : c'est la destinée des souverains; et ils ne seront jamais de grands rois, s'ils n'ont pas été de bons maîtres.
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Pour demander, par des prières publiques , la bénédiction de Dieu sur la résolution que le roi a prise de gouverner l'Étal par lui-même.
Dieu, dont les vues sur cette monarchie, mes très-chers frères, ont toujours été des vues de protection et de miséricorde, et qui n'a jamais semblé nous oublier, dans les temps de nos calamités et de nos afflictions , que pour nous combler de nouveaux bienfaits , rassure encore aujourd'hui nos espérances, et nous ouvre une nouvelle ressource à la situation triste et souffrante, où malgré les soins et la vigilance des précédents ministres, les guerres du dernier règne, et les changements survenus depuis dans l'Etat, nous avaient laissés.
Le roi vient de nous déclarer, qu'étant établi de Dieu pour gouverner ce vaste royaume , il veut le gouverner par lui-même. Les soins du père de famille sont en effet toujours plus tendres et plus éclairés que ceux de ses serviteurs, même ies plus fidèles. C'est son patrimoine et son héritage qu'il administre; c'est sa maison qu'il règle; ce sont ses enfants et ses sujets qu'il gouverne. Aussi dans ce projet inspiré d'en haut , le roi nous assure qu'il ne se propose que la félicité de ses peuples; que touché de leur amour et de leur fidélité, il veut payer leur tendresse de la sienne, et se donner tout entier à des sujets , que l'amour lui attache encore plus que le devoir; et sur le cœur desquels il règne plus
absolument, que sur leurs biens et sur leurs personles vertus qui lui sont héréditaires celles dont elle i nés. La Franco, mes chers frères , ne peut manquer
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d'être heureuse , dès que son amour pour ses maîtres, va devenir la mesure de son bonheur; il n'est pas pour nous d'augure plus sûr de notre félicité , que celui qui est attaché à notre fidélité.
Quelles actions de grâces ne devons-nous pas rendre à celui qui tient en ses mains le cœur des rois, comme leurs sceptres et leurs empires, d'avoir formé dans celui de notre jeune monarque une si haute résolution, en un âge où les autres princes sont à peine en état de se gouverner eux-mêmes; où les plaisirs deviennent leurs soins les plus importants ; et où , déchargés du poids de la souveraineté, il n'y a de sérieux dans leur vie et dans leur personne , que le titre auguste et sacré qui nous les a donnés pour maîtres!
Pour attirer du ciel sur son gouvernement les secours et les bénédictions dont il a besoin , le roi nous ordonne de vous demander pour lui vos vœux et vos prières. Et dans quelle occasion furent-elles jamais plus justement demandées? c'est pour nous que nous prions, en priant pour nos maîtres : ce sont des grâces que nous demandons pour nous, en demandant pour eux les vertus qui font les bons rois; un règne juste et saint est le plus grand don que Dieu puisse faire à la terre. Demandons -lui donc, mes très-chers frères, qu'il envoie du haut du ciel sur notre jeune monarque, cette sagesse qui préside aux conseils éternels; qu'il lui donne un cœur tendre pour ses peuples, cette humanité qui affermit toujours l'autorité; cette modération, qui en respectant les lois, rend le trône plus respectable; qui se renfermant dans la vaste étendue de ses États, est plus occupée d'en corriger les abus et d'en soulager les misères, que d'en étendre les bornes, et qui laisse à ses voisins le funeste honneur de commencer les guerres , et ne veut vaincre que pour avoir la gloire de les finir. Demandons à Dieu qu'il réunisse dans son âme royale toutes les grandes qualités des saints rois qui ont autrefois gouverné la France; que son règne nous rappelle la gloire du règne de son auguste bisaïeul , qu'il va se proposer pour modèle; qu'il voie comme lui autour de son trône les enfants de ses enfants; et qu'enfin un règne qui commence sous des présages si heureux , soit le règne de la paix, de la piété, de la gloire et de l'abondance.
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Pour faire chanter le Te Deum enactlo?is de grâces du rétablissement de la santé du roi.
Nous vous demandions il y a peu de jours, mes frères , des prières publiques , pour attirer les grâces et les secours du ciel sur les prémices favorables du gouvernement de notre jeune monarque. Hélas ! dans le temps même que nos temples retentissaient encore de supplications et d'acticns de grâces, la main de Dieu l'a frappé, et nos chants de joie se sont changés en deuil, et en des frayeurs mortelles. Il venait de se donner tout à nous, et de charger un âge encore tendre de tout le poids de la royauté; et à peine commencions-nous à le posséder, et à jouir des premiers fruits de son amour pour nous , que nous avons été menacés de le perdre.
Ce précieux reste de tant de princes; cette étincelle heureuse , seule échappée de l'extinction et du débris de toute la maison royale ; ce gage unique et auguste de l'affermissement du trône et de la tranquillité domestique; ce don de Dieu laissé à la nation pour la consoler de ses malheurs et de ses pertes; ce signe sacré, que le ciel, après un déluge de sang et de carnage , a montré à l'Europe , pour être comme le garant de la cessation des fléaux publics, et de la paix des peuples et des nations ; le Seigneur, qui nous l'avait donné dans sa miséricorde , a été déjà plus d'une fois sur le point de nous l'ôter dans sa colère.
Voudrait-il nous faire priser davantage son bienfait , en nous menaçant si souvent de le reprendre? Mais si notre amour pour le roi pouvait devenir la sûreté de sa vie; s'il ne fallait, pour le conserver toujours à son peuple, que sentir toute la grandeur du bienfait qui nous l'a laissé; si la durée de notre reconnaissance pouvait répondre de celle de ses jours; en un mot, si nos cœurs décidaient de ses destinées; hélas! que resterait-il à souhaiter pour lui, et que pourrions-nous avoir encore à craindre nous-mêmes ? la France serait le plus heureux peuple de l'univers; et le Seigneur nous comblerait tous les jours de nouvelles faveurs, s'il en mesurait l'abondance et l'excès sur celui de notre tendresse pour nos maîtres.
Dieu ne veut donc punir en les frappant , que notre peu de fidélité pour lui : ce sont nos crimes tout seuls, qui d'ordinaire font tous nos malheurs; eux seuls, dans ces jours de deuil, dont le souvenir est encore si récent, nous enlevèrent à la fois tant de princes, les appuis du trône , et l'espérance de la mo-
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narchie. Les successions des branches régnantes n'ont jamais manqué parmi nous , que dans les temps où la corruption des cours, et le débordement des mœurs publiques, attiraient sur nous la colère du ciel : le sang royal cessait alors de couler des pères aux enfants; Dieu livrait à l'esprit de révolte et de dissension les grands et le peuple, et la confusion publique expiait les crimes publics ; les tristes exemples des siècles passés doivent devenir une instruction pour Je nôtre. Dieu châtie toujours les iniquités des nations , en leur ôtant les bons rois , ou en leur en donnant dans sa colère ; il vient donc de sauver son peuple, en nous conservant le roi : Egressus es in salutem populi tui, in salutem cum Christo tuo (Oràt. Habac. m, 13 ); que la vivacité de nos actions de grâces réponde donc à celle de nos frayeurs. •
Mais souvenons-nous que notre fidélité envers Dieu, est la seule reconnaissance qu'il nousdemande. Il y a longtemps qu'il nous châtie , et nous nous en plaignons tous les jours ; il a versé sur nous successivement tous les fléaux de sa colère; il vient de nous montrer le seul et le plus formidable dont il restait , pour ainsi dire , encore à sa justice de nous affliger, en frappant le roi. N'attendons la fin de nos malheurs que de celle de nos crimes : les voies singulières par où il a conduit notre jeune monarque sur le trône, nous annoncent des desseins singuliers de miséricorde sur nous. C'est un nouveau Moïse, seul sauvé par une protection miraculeuse, de toute son auguste race, pour délivrer sans doute un jour son peuple du joug de l'oppression et de la misère. Déjà , comme un saint roi de Juda, ses yeux vont chercher des hommes fidèles , pour les faire asseoir auprès de lui : Oculi mei ad fidèles terrse , ut sedeant mecum ( Ps. c, 6 ) ; il veut que le sage modérateur de son enfance , le devienne aussi de son règne; que les mêmes principes d'humanité, de justice, de religion, qui ont formé ses premières mœurs, forment les règles de son gouvernement ; et que les mêmes mains qui lui ont montré les périls et les devoirs de la couronne, lui aident à la soutenir. Ne rendons pas inutiles, mes chers frères , des présages si heureux; et ne tournons pas contre nous, en continuant d'irriter le ciel, les grands avantages qu'ils nous promettent.
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Pour la publication du jubilé de l'année sainte.
3 février 1727.
Nous vous annonçons toujours , mes chers frères,
avec une nouvelle joie, les grâces et les remèdes que l'Église ne se lasse point d'offrir à notre faiblesse : que manquerait-il à notre consolation , si les fruits que vous en devez retirer , répondaient à nos vœux et à vos besoins?
Vous attendiez avec impatience ce tejnps heureux d'indulgence et de propitiation; et vous regardiez avec une sainte jalousie, les royaumes et les Églises qui en avaient déjà été favorisés. Le salut que vous attendiez, est enfin arrivé, mes chers frères : La grâce de Dieu notre Sauveur a paru au milieu de vous; mais c'est afin que, renonçant à tous vos désirs injustes et criminels , vous viviez au milieu du siècle avec cette piété, cette justice , cette sage sobriété (Tit. il, 11, 12), qu'exige la sainteté de votre vocation.
Sous la loi de Moïse, en cette grande année jubilaire que TÉglise appelle sainte, les terres se reposaient; les esclaves recouvraient leur liberté; les familles rentraient en possession de leurs biens aliénés ; toutes les dettes étaient anéanties ; chacun revenait à sa première condition. Ce n'étaient là , mes ehers frères , que les ombres de l'avenir : ces terres qui se reposaient, nous figuraient ce repos éternel, où nous serons délivrés de toutes les sollicitudes delà terre, et après lequel nous devons sans cesse soupirer : ces esclaves qui recouvraient leur liberté , c'est nous-mêmes quijusques ici sous la servitude du démon et du péché, allons rentrer dans la liberté des enfants de Dieu : ces biens aliénés qui revenaient à leurs maîtres , ce sont les biens de la grâce , que nous avions, pour ainsi dire, aliénés; l'innocence et la justice que nous avions perdues; notre patrimoine en Jésus-Christ que nous avions dissipé, et que la bonté de Dieu va nous rendre; enfin ces dettes anéanties, sont nos crimes qui nous rendent redevables à la justice divine, et que le sang de Jésus-Christ va effacer : nous allons rentrer dans notre première condition, dans cet état heureux où la grâce du baptême nous avait d'abord établis.
Voilà, mes chers frères, les dons inestimables que l'Église vous offre. Plus ils sontgrands, plus les dispositions pour les recevoir doivent être saintes : les dons de Dieu ne sont pas pour les âmes qui ne veulent pas revenir sincèrement à Dieu. Si notre pénitence n'est que sur notre langue, et dans la simple confession de nos fautes , comme peut-être elle l'a toujours été jusques ici ; si le cœur n'y a point de part , il n'en aura point aussi aux grâces de l'Église : le temps de miséricorde deviendrait un temps rigoureux de justice pour nous ; et nous ajouterions à nos crimes celui d'avoir abusé du remède qui devait les expier.
Mais nous avons de vous, mes chers frères, des
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espérances plus consolantes : Approchons donc avec confiance de ce trône de grâce, pour y trouver la miséricorde et le salut que nous attendons (Hebr. iv, 1G); offrons à Dieu les gémissements d'un cœur touché : ne bornons pas même nos prières et nos supplications à nos propres besoins; que les maux de l'Église nous touchent; que les périls de la foi et les tristes divisions qui l'affaiblissent, raniment notre zèle et affermissent notre soumission; que les calamités de la guerre, dont nous sommes menacés , et que nous n'avons déjà que trop longtemps éprouvées, réveillent encore nos vœux et nos soupirs. Désarmons le bras de la colère de Dieu , prêt à tomber sur nous ; demandons-lui cette paix que le inonde ne veut et ne peut pas donner : attirons sur les princes et sur les rois , cet esprit de concorde qui lie les cœurs, qui réunit les intérêts, qui calme les animosités, qui prévient les dissensions et les troubles.
Demandons pour le roi surtout, cette sagesse qui prévient les années; ce cœur docile aux bons conseils; cette sensibilité aux misères publiques, que de sages instructions lui ont de bonne heure inspirée, et lui inspirent encore tous les jours; la fécondité de son auguste mariage, et un règne qui soit plutôt le règne de la paix, de l'abondance et de la justice , que des guerres et des victoires.
Secondons les pieuses intentions, et les désirs fervents du saint pontife, que le Seigneur dans sa miséricorde a donné à son Église, et qui ne cesse de lever les mains au ciel, pour détourner les fléaux que la justice de Dieu semble nous préparer. Nous obtiendrons ce que nous demandons, si nous le demandons avec foi : les prières communes de l'assemblée des fidèles, ont un accès privilégié auprès du trône de la majesté divine; et l'Esprit saint qui les inspire et qui les forme dans les cœurs est toujours exaucé.
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Pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces de l'heureux accouchement de la reine.
Dieu répand la fécondité sur la maison royale, mes chers frères : il nous ouvre des espérances qui , en assurant un jour la succession du trône, assureront la tranquillité de la monarchie. La piété de notre auguste reine vient déjà d'être récompensée par la naissance de deux princesses : le ciel achèvera -l'exaucer ses vœux et les nôtres; et d'elle naîtra le
HASS1LI.ON. — TOME II
successeur de tant de grands rois, et l'héritier d'un si vaste et si florissant royaume. Les faveurs dont la bonté de Dieu vient de nous combler, en éloignant de nous le fléau de la guerre, nous répondent de celles qu'il nous prépare : hâtons-les , mes chers frères, par nos prières et par nos actions de grâces; demandons-lui qu'il nous conserve un roi qu'il nous a donné dans sa miséricorde ; qu'il continue à répandre ses bénédictions sur la reine; et qu'il prolonge les jours du ministre respectable qui préside à leurs conseils, et qui ne fait usage de l'autorité qui lui est confiée, que pour le bonheur de la France, et pour le soulagement et la consolation des peuples.
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Pour ordonner une procession générale, et faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la naissance d'un Dauphin.
Les vœux de la France, mes très-chers frères, sont enfin exaucés. Dieu, qui pour nous faire sentir l'instabilité des choses humaines, se plaît, ce semble, à faire passer sans cesse les sceptres et les empires d'une race à une race nouvelle, continue par une miséricorde singulière à perpétuer depuis un nombre étonnant de siècles, l'empire français dans la maison royale. Il vient enfin d'accorder un successeur au trône; un nouveau soutien à la monarchie; un gage de la paix et de la tranquillité à toute l'Europe. Le sang de saint Louis ne cessera pas de couler, la race des justes ne manquera pas; et leurs neveux posséderont jusqu'à la fin l'héritage que le ciel accorda dès le commencement à la piété et à la valeur de leurs augustes ancêtres. Toutes les nations qui nous sont connues, après une certaine révolution de temps et d'années, ont plus d'une fois changé de maîtres; de nouveaux noms y sont montés sur le trône à la place des anciens, dont la postérité était ou éteinte, ou chassée par des usurpateurs de l'héritage de ses pères. Les guerres, les dissensions domestiques, le renversement même de la foi ; en un mot , la désolation des peuples et des empires , a presque toujours été le fruit de ces tristes mutations. La France seule conserve encore ses anciens maîtres; et avec eux, elle conserve encore la foi de ses pères, les lois primitives de la monarchie, les maximes anciennes et respectables de l'Église et de l'État. Si les vices de la nation la rendent indigne d'une faveur si signalée, Dieu l'ac-
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corde sans doute à la fidélité et à l'amour qu'elle a toujours eu pour ses rois. Oui, mes très-chers frères, le nouveau prince que le ciel vient d'accorder à nos désirs, assure nos fortunes, la tranquillité de nos villes, l'étatde chaque citoyen, et fournit au ministre sage qui semble tenir en ses mains la destinée de toute l'Europe, des moyens sûrs de pacifier les rois et les nations, et de soulager les peuples à qui le malheur des temps, les soupçons et les préparatifs d'une guerre incertaine, n'ont pas encore permis de respirer de leurs calamités passées, et de jouir des douceurs et des avantages de la paix.
II serait inutile, mes frères, de vous exhorter de joindre vos actions de grâces à celles de l'Église pour le don inestimable dont la bonté de Dieu vient de nous favoriser. Vous l'aviez souhaité et demandé au ciel avec trop de zèle, pour ne lui en pas marquer la plus vive reconnaissance. Attirons donc nonseulement par nos actions de grâces, mais encore par la sainteté de nos mœurs , sur cet enfant précieux, toutes les bénédictions qui peuvent en faire un jour un prince selon le cœur de Dieu. Les bons rois sont toujours la récompense de la piété des peuples : rendons-nous dignes des faveurs du ciel ; il ne cessera pas de nous protéger, tandis que nous ne cesserons pas de lui être fidèles.
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Pour la seconde visite générale du diocèse.
1er février 1730.
Nous venons de terminer, mes très-chers frères, la première visite générale de ce vaste diocèse. Si nous y avons trouvé de la consolation dans le zèle de beaucoup de ministres, qui partagent avec nous la sollicitude pastorale, Dieu n'a pas permis que notre joie ait été pleine et entière : les besoins infinis du peuple immense que la Providence nous a confié ; la multitude d'ouvriers que nous avons établis pour le conduire, et parmi lesquels il est, difficile qu'il ne s'en trouve quelques-uns moins fidèles à l'esprit de leur vocation; les désordres publics qui sont toujours les tristes suites de leur infidélité; la misère même, les calamités des campagnes que nous avons visitées; tout cela a rempli notre cœur d'amertume. Nous avons tremblé sous le poids formidable de notre ministère et sous l'immensité de nos devoirs; et vous savez que nous avons paru au milieu de vous (pour parler avec l'Apôtre) , pénétrés de crainte et de frayeur à la vue de nos obligations «t des vôtres : In timoré , et trcmore multo fui
apud vos. ( i Cor. il, 3. ) Mais le fardeau qui alarme notre faiblesse n'abat point notre confiance : elle serait vaine, sans doute, si nous n'attendions de ressource que de nous-même : mais outre que toute notre confiance est en celui qui nous envoie, et qui nous a promis d'être avec nous jusques à la fin; tant de saints évêques qui ont été les premiers pasteurs de cette Église, et qui l'ont sanctifiée par leurs travaux et par leur sang, demanderont pour nous et pour les peuples qu'ils acquirent à Jésus-Christ, une partie de la force et de l'esprit épiscopal dont ils furent remplis. Ils ne permettront pas qu'une portion si illustre et si ancienne de l'héritage de Jésus- Christ, le fruit de leurs souffrances et de leur prédication apostolique, perde tout son éclat entre les mains d'un indigne successeur.
Ainsi, mes chers frères, nos soins doivent croître et se ranimer à mesure que, connaissant mieux les besoins de nos Églises , nous voyons multiplier nos devoirs. Nous vous annonçons donc une seconde visite générale : et c'est une nouvelle de paix et de charité que nous prétendons vous annoncer, afin que, selon le langage de l'Apôtre, Lorsque nous serons de nouveau présent parmi vous, nous trouvions en vous un sujet de nous glorifier de plus en plus en Jésus- Christ. (Philipp. ï, 25, 2G.) Car, mes frères, vous seuls pouvez être la gloire et la consolation de notre épiscopat, puisque vous seuls en êtes les coopérateurs : Ayez soin seulement (ibid. v, 27), pour continuer à nous servir des expressions de l'Apôtre, ayez soin de vous conduire d'une manière digne de l'Évangile de Jésus-Christ, afin que je voie moi-même, étant présent parmi vous, ou que j'entende dire, en étant absent , que vous demeurez fermes dans un même esprit , combattant tous d'un même cœur pour la foi de l'Évangile.
Renouvelons-nous donc tous ensemble, mes frères, dans cet esprit de zèle et de charité, qui fait toute la consolation comme tout le succès de nos fonctions. Rappelons-nous sans cesse, selon l'avis de l'Apôtre, le souvenir de ces saints pasteurs, qui annoncèrent les premiers la parole de l'Évangile à nos peuples; et en considérant quelles furent les bénédictions abondantes de leur ministère, et par quelle fin ils couronnèrent leurs travaux, imitons leur foi : Mementote prœpositorum vestronim , quorum intuentes exitumeonversationis, imitamini fidem. (Hebr. xiii, 7.) Confondons-nous de nous trouver si peu conformes à ces anciens modèles : ce n'est pas un reproche que nous voulons vous faire pour vous contrister; ce n'est qu'un nouveau motif que nous vous proposons, pour vous soutenir et
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vous encourager comme nous dans l'exercice pénible de nos fonctions.
Car, du reste, mes chers frères, pour finir avec le même Apôtre (Philipp. i, 8 et suiv.), Dieu m'est témoin avec quelle tendresse je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ; et ce que je lui demande, est que votre charité croisse de plus en plus en lumière et en toute intelligence, afin que vous sachiez discerner ce qui est meilleur et plus utile; que vous soyez purs et sincères, et que vous marchiez jusques au jour de Jésus-Christ (ce jour terrible de la visite du prince des pasteurs, dont la nôtre n'est que la préparation et l'attente), sans que votre course soit interrompue par aucune chute; et que pour la gloire et la louange de Dieu, vous soyez remplis des fruits de justice par Jésus- Christ.
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Pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la naissance de monseigneur le duc d'Anjou.
Nous demandions, mes cbers frères, et nous n'osions presque nous promettre que Dieu daignât encore favoriser la monarchie et la maison royale , de la naissance d'un nouveau prince. Ce sont là de ces dons singuliers que le ciel réserve dans sa miséricorde pour récompenser la piété des rois et des peuples , et assurer la tranquillité des empires. Que nous reste-t-il à désirer, mes cbers frères, sinon de nous rendre de plus en plus dignes des bienfaits de Dieu, et lui demander que la même protection miséricordieuse, de qui nous tenons ces gages précieux de notre sûreté, nous les conserve, et qu'elle verse dans le cœur de ces jeunes princes , la crainte de son nom, l'amour des peuples, et la sensibilité aux misères publiques, qui a toujours fait la gloire la plus sûre et la plus durable des bons rois.
Qu'ils vivent longtemps sous les yeux d'un père auguste et religieux , qui ne fait usage d'une puissance si redoutable autrefois à l'Europe, que pour la pacifier, et rendre ensuite ses peuples heureux ! Qu'ils jouissent jusques à l'âge le plus mûr des exemples et de la tendresse d'une reine pieuse, dont les vertus autant que l'heureuse fécondité comblent tous nos souhaits!
Ainsi élevés sous un règne heureux et pacifique, ils le transmettront à nos neveux; et la France, en voyant perpétuer le sang de saint Louis sur le trône, verra perpétuer avec lui sa gloire et sa félicite.
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Pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la prospérité des armes du roi.
7 janvier 1734.
Dieu vient de bénir, mes chers frères, les intentions pacifiques du roi et la justice de ses armes. Nous ne saurions assez en rendre nos actions de grâces au souverain dispensateur qui dispose du sort des batailles et des empires : mais comme les guerres sont d'ordinaire des fléaux destinés à punir nos crimes, et que les victoires les plus éclatantes sont toujours onéreuses aux peuples même victorieux; demandons-lui en même temps qu'il réunisse les cœurs et les intérêts des princes chrétiens ; sollicitons le retour d'une paix préférable à toutes les conquêtes; et obtenons de ses anciennes miséricordes sur la monarchie, que l'étincelle de dissension qui vient de se rallumer, et qui menace d'embraser toute l'Europe, s'éteigne dans sa naissance, et ne nous replonge pas dans des troubles sur lesquels les larmes que nos peuples ont versées , ne sont pas encore bien essuyées.
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Pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la prise du château de Milan.
28 janvier 1734.
Les nouvelles prospérités dont le Seigneur continue de favoriser la justice des armes du roi , exigent de nous, mes très-chers frères, de nouvelles actions de grâces. Il est juste que les marques publiques de notre reconnaissance suivent de près la rapidité de ses bienfaits : mais moins éblouis de nos succès , que touchés des calamités qu'entraîne toujours la guerre, mêlons à nos actions de grâces des désirs chrétiens de paix et de concorde. Entrons dans les sentiments de l'Église , cette mère commune qui ne voit jamais qu'avec douleur, les nations que la même foi et la même espérance réunit dans son sein, armées les unes contre les autres. Elle est toujours cette tendre Rachel qui pleure la perte de ses enfants. (Matth. ii, 18.) Unissons-nous à ses vœux, et demandons avec elle à celui qui tient en ses mains le cœur des rois, et qui inspire les bons conseils à leurs ministres, qu'il abrège ces jours de confusion et de colère, toujours funestes à tous les peuples armés, puisque les uns y gémissent de leur perte et de leurs défaites, et les autres des charges
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rt des efforts dont il leur faut acheter la victoire. En nous conformant ainsi aux vues de l'Église, nos actions de grâces et nos prières animées de son esprit, monteront avec plus de confiance devant le trône du Dieu de paix et de dilection : il regardera avec des yeux de protection et de miséricorde les intentions pures et pacifiques du roi; et s'il n'accorde pas à nos désirs et aux siens , la paix qu'il a toujours aimée, et qui est comme née avec lui , et a commencé de régner avec lui en Europe, il continuera à lui accorder des victoires qui en inspireront le désir aux puissances ennemies qui l'ont troublée.
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Tour faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la victoire remportée en Italie sur les Impériaux, par les troupes du roi et celles du roi de Sardaigne.
Laissons à ceux qui ne jugent jamais des événements que par les vues fausses et bornées de la sagesse humaine, à s'enorgueillir, et à ne chanter que des chants d'allégresse sur nos victoires. Pour nous, mes chers frères, instruits dans les lumières de la foi, pensons avec une sainte frayeur, que la colère de Dieu doit être bien irritée contre les hommes, puisque malgré le désir universel de la paix, que les longues calamités des dernières guerres avaient inspiré à tous les peuples de l'Europe, et aux souverains qui lesgouvernent ; le fléau terrible de la discorde leur a remis les armes à la main avec une nouvelle fureur, et inonde encore la terre du sang de ses habitants. Il est vrai que Dieu favorise visiblement la justice des armes du roi : tout victorieux qu'il est , il est encore un roi pacifique : il souhaite la paix pour ses peuples; et ses souhaits sont récompensés par des victoires : mais les victoires sont toujours des bienfaits d'un Dieu irrité contre les hommes.
Quel spectacle en effet , mes frères , nous offre celle même que nous venons de remporter! un carnage si affreux et si nouveau du côté des ennemis et du nôtre, qu'on n'en trouve presque d'exemple que parmi les peuples barbares. Eux seuls peuvent triompher d'une journée aussi sanglante et aussi meurtrière; pour nous,. elle couvre même de deuil l'éclat de notre victoire : elle accompagne nos témoignages publics de reconnaissance envers le Dieu des armées, d'une tristesse d'humanité et de religion, et mêle à nos actions de grâces les larmes que nous ne pouvons nous empêcher de verser sur la mort de
nos proches, de nos amis, et de tant de vaillants sujets, qui viennent de sacrifier généreusement leur vie pour la gloire du prince, et pour les intérêts de l'État.
Quels trophées pourrions-nous donc élever sur un champ de bataille tout couvert de corps entassés et des membres épars de tant de milliers de chrétiens? Transportons-nous-y en esprit, mes frères; et de ce lieu souillé de tant de ruisseaux de sang , et si lugubre même pour nous malgré notre victoire; de ce lieu, dont nous ne sommes demeurés les maîtres, que pour y lire et y méditer à loisir l'instabilité des choses humaines , et les malheurs inévitables des guerres; présentons au Dieu de paix ce spectacle si capable d'émouvoir ses entrailles paternelles : faisons monter jusques à lui la voix de tant de sang répandu ; et que cette voix , loin de solliciter comme autrefois sa vengeance , la calme et la désarme : arrachons de ses mains, par nos supplications, le glaive que sa justice fait de nouveau briller sur nos têtes : promettons-lui des mœurs plus saintes, et il nous accordera des jours plus tranquilles : faisons cesser les crimes qui l'irritent, et il suspendra les fléaux qui nous affligent. Les prières qu'on lui adresse pour la paix après la victoire, sont toujours plus sûrement exaucées : c'est la religion qui les inspire; c'est l'Église alors elle-même qui prie par notre bouche; c'est l'esprit de Dieu qui demande pour nous, et qui forme en nous ces gémissements secrets ; et le Seigneur ne rejettejamais des prières qu'il a formées lui-même dans nos cœurs.
Allons donc, mes chers frères, nous assembler au pied de ses autels , plus touchés des horreurs qu'entraîne la guerre , que de la gloire de nos succès. Ne demandons pas à un Dieu, qui n'est descendu sur la terre que pour y éteindre dans son sang toutes les inimitiés , et réconcilier l'univers; ne lui demandons pas que son glaive achève d'exterminer les nations armées contre nous ; ces prières de sang retomberaient sur nos têtes : demandons-lui cette paix, que les rois, que les victoires, que le monde ne saurait donner, et qui ne peut être l'ouvrage que de ses miséricordes infinies : demandonslui que les peuples et les rois réunis enfin, et réconciliés, ne soient plus occupés qu'à le servir; et que plus jaloux d'étendre le règne de la foi que les bornes de leur empire, ils ne prennent plus les armes, que pour porter ensemble l'étendard de la religion , et la gloire du nom chrétien jusqu'à ces nations infidèles, qui doivent être appelées un jour à la connaissance de l'Évangile : In conveniendo populos in vnum , et reges , ut serviant Domino. (Ps. ci, 23.)
MANDEMENTS
MANDEMENT
Pour faire chanter ZeTeDeum en actions de grâces de la prise de Philisbourg.
Les succès continuels qui accompagnent partout les armes du roi , mes chers frères , justifient tous les jours une guerre que les motifs trop ordinaires de gloire n'auraient jamais fait entreprendre à un jeune monarque , dont la sagesse et la modération , connue même de nos ennemis , ne se proposait que de rendre ses sujets heureux par un règne doux et pacifique. Il n'est armé que pour défendre la cause de l'innocent et de l'opprimé , et protéger la liberté d'une nation alliée, de tout temps en possession de se choisir ses maîtres.
Aussi Dieu protecteur de ces droits inviolables, qui font toute la sûreté des peuples et des empires, anime nos troupes d'une valeur au-dessus même de cette valeur si naturelle au sang français. Les difficultés des entreprises leur en facilitent le succès : les eaux conjurées ne semblent rendre leurs conquêtes impossibles, que pour les rendre plus glorieuses; et chaque jour est marqué par de nouvelles victoires. L'Espagne, notre alliée, et rentrée en possession de son ancienne valeur, recouvre rapidement les couronnes que le malheur des temps lui avait enlevées ; et le prince qui les avait usurpées, les perd, pour en avoir voulu mettre une étrangère sur la tête d'un usurpateur. Nos ennemis défaits en Italie, y trouvent à'peine un asile pour ramasser les débris de leur armée , et se mettre en sûreté : et le plus fameux de leurs généraux n'est venu se présenter à la nôtre en Allemagne , que pour être témoin de la valeur de nos soldats, et spectateur tranquille de la conquête qu'ils viennent de faire, à ses yeux, de la plus importante place de l'empire.
Des prospérités si suivies exigent d'autant plus de nous mes chers frères , des marques solennelles de reconnaissance envers le souverain dispensateur des événements , qu'elles pourront enGn ouvrir les yeux à nos ennemis sur l'injustice de leurs projets, et redonner à l'Europe une paix toujours préférable aux plus éclatantes victoires. Ne cessons pas, mes frères, de la demander à celui seul qui peut la donner ; et que cette prière, si digne de la religion , accompagne et sanctifie toujours la joie publique , et la célérité de nos actions de grâces.
MANDEMENT
Pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la victoire remportée en Italie sur les Impériaux, par les troupes du roi et celles du roi de Sardaigne.
22 OCTOBEE 1734.
La paix que l'Église ne cesse de demander pour ses enfants , et que nous devons , mes chers frères , sans cesse demander avec elle , semble s'éloigner tous les jours de nous. Dieu irrité contre les crimes des hommes, se sert des hommes mêmes, pour exercer envers eux ses vengeances ; et en les armant les uns contre les autres, il les punit, en les rendant eux-mêmes les instruments de ses châtiments et de sa colère. Tant de sang déjà répandu , n'apaise pas encore sa justice; un nouveau combat en Italie, encore plus sanglant que le premier, vient de donner un spectacle affreux à toute l'Europe. Mais au milieu de tant d'horreurs, le Dieu de Charlemagne et ae saint Louis , fait briller sur la France , et sur le successeur de leur couronne et de leur foi , des signes éclatants de protection et de bienveillance; la victoire nous suit partout; l'audace, les ruses, les efforts de nos ennemis finissent toujours par la honte de leur défaite : ils peuvent surprendre la vigilance de nos troupes ; mais ils ne peuvent résister à leur valeur, et ils sont battus, dès que nous sommes à portée de combattre. Nos frontières et l'intérieur du royaume sont à couvert des ravages et des autres calamités de la guerre : et tandis que nos ennemis voient leurs terres désolées, et tout leur pays en proie à la licence du soldat, le laboureur chez nous cultive en paix nos campagnes , et le citoyen tranquille autour de son foyer, en recueille les fruits, et se trouve heureux de les partager entre les besoins de sa famille, et ceux de l'État.
Ne nous glorifions pas , mes frères , de ces avantages ; ne mettons pas, comme nous exhorte le Prophète , notre confiance et notre sûreté, dans notre arc ni dans notre glaive. Nos armes ne sont victorieuses, et nos troupes invincibles, que parce que Dieu combat pour nous. La même main qui nous protège peut aussi nous abandonner; et d'autant plus que maigre nos victoires ,.nous devons toujours regarder la guerre comme un fléau que nos crimes nous ont attiré. Méritons la continuation des faveurs du ciel , en déplorant la triste nécessité qui nous arme contre nos frères; que nos victoires deviennent elles-mêmes pour nous de nouveaux motifs de souhaiter la paix; sanctifions toujours par ce désir nos
actions de grâces ; elles en seront bien plus agréables à celui qui est le Dieu et le Père de nos ennemis comme le nôtre. Sa tendresse se réveillera sur eux et sur nous ; il conciliera les intérêts qui nous divisent, et qui paraissent irréconciliables à la sagesse humaine; il éclaircira ce cbaos de prétentions opposées, où toute la raison de l'homme se perd, et qui semble nous annoncer une guerre éternelle. Les États et les empires, après tant de tristes convulsions qui les agitent, prendront enfin une consistance fixe et assurée : celui qui sut tirer du premier chaos l'harmonie et Tordre de l'univers, saura bien tirer du trouble même et de la confusion, où sont la plupart des peuples et des États de l'Europe, l'arrangement qui doit y établir l'ordre et la tranquillité : la paix descendue du ciel y réunira les cœurs et les intérêts , et nous bénirons avec nos ennemis les miséricordes infinies du Seigneur, qui aura bien voulu la donner à la terre.
MANDEMEiNTS.
MANDEMENT
Pour la troisième visite générale de son diocèse. 5 maes 1738.
MANDEMENT
Sur le retranchement de quelques fêtes.
L'Église toujours attentive à ménager à ses enfants de nouveaux moyens de salut , leur a proposé dès le commencement les exemples des saints dont les vertus avaient le plus éclaté sur la terre; et afin que ces grands exemples fissent sur nous encore plus d'impression, elle a consacré par un saint repos et par un culte public, les jours destinés à honorer leur triomphe. Mais à mesure que la foi des peuples s'est refroidie , et que ces solennités saintes se sont multipliées, une loi si sage et si utile n'a servi qu'à multiplier les transgressions : elle est devenue onéreuse et comme impraticable aux gens de la campagne en leur interdisant le travail, l'unique ressource de leur misère; et le repos ordonné dans ces jours saints, n'a été pour beaucoup d'autres qu'une occasion de les profaner par les jeux, la fréquentation des cabarets, et d'autres excès, suite ordinaire de l'oisiveté et de la grossièreté des peuples dans les campagnes. Ce sont ces inconvénients si publics et si bonteux à la religion, que nous avons résolu de prévenir, à l'exemple de la plupart des évéques de l'Église de France.
En vous annonçant aujourd'hui , mes très-chers frères, notre troisième visite générale, et vous disant, avec l'Apôtre aux fidèles de Corinthe : Ecce tertio venio ad vos (u Cor. xiii, 1); nous pouvons bien ajouter avec lui, lorsque, allant à Jérusalem il visitait les fidèles de l'Asie; que ce sera ici la dernière fois que nous aurons la consolation de passer par vos églises. La patience divine n'a déjà que trop prolongé la durée de notre épiscopat , et différé de vous donner à notre place un pasteur selon son cœur, qui répare nos fautes , qui coopère plus fidèlement que nous à ses desseins de miséricorde sur vous et achève en vous l'œuvre de l'Évangile, que nous n'avons encore que faiblement commencé : en attendant la fin de notre carrière, dont le terme ne saurait être loin , nous ne cesserons de vous porter dans nos entrailles paternelles ; et les infirmités de l'âge n'affaibliront jamais le tendre amour que nous avons toujours conservé pour nos peuples : trop heureux si notre tendresse vous avait été aussi utile, qu'elle a été réelle et sincère ! Préparez-vous donc , mes très-chers frères, à recevoir en notre personne Jésus-Christ lui même , le souverain pasteur et l'évêquede 7ios âmes (i. Petr. h, 25) : c'est lui dont nous ne sommes que les faibles organes , qui va vous visiter, vous consoler, et vous instruire par notre bouche. Quand même, comme le disait encore le même apôtre aux fidèles de Corinthe, notre présence n'aurait rien que de faible et de commun aux yeux des sens, et que notre discours paraîtrait vulgaire et contemptible (n. Cos. x, 10) à la fausse sagesse de l'orgueil ; c'est toujours Jésus-Christ qui vous parlera en nous; c'est lui qui vous apparaîtra en notre personne, et qui se cachera sous les dehors humiliants de nos faiblesses et de notre moralité. Préparez donc les voies à ce pontife des biens éternels, qui va élever au milieu de vos églises le trône de sa grâce (Hebb. iv, 16), pour la répandre abondamment sur tous ceux qui en approcheront avec cette confiance qu'inspire l'amour et le sentiment profond des misères et, des besoins qui nous la rendent si nécessaire.
Pour vous, nos vénérables frères, qui, associés à notre sacerdoce et à notre ministère, partagez avec nous les soins du troupeau immense qui nous est confié; nous nous confions dans le Seigneur, que les grâces de cette visite se répandront encore plus abondamment sur vous que sur vos peuples : plus vos do-
MANDEMENTS
voirs sont sublimes et périlleux, plus vous avez besoin de nouveaux secours, pour fortifier en vous ce qui commençait à s'affaiblir, affermir ce qui chancelait déjà, et rallumer ce qui était prêt à s'éteindre.
Nous-mêmes, chargés d'une sollicitude plus générale, et plus exposés à nous ralentir sous le poids que les desseins impénétrables delà Providence nous ont imposé; nous avons besoin que l'exemple de tant de bons ouvriers, que la miséricorde de Jésus- Christ conserve à ce diocèse, et que nous avons la consolation de retrouver dans nos visites, nous ranime, et prévienne en nous les affaiblissements inséparables de l'âge , et encore plus du fonds de notre corruption.
Nous espérons donc , nos vénérables frères , que vous aurez la même joie de nous revoir, que nous aurons nous-mêmes de vous retrouver à la tête de vos troupeaux, les nourrissant du pain de la parole sainte, les édifiant et les animant par vos exemples, les sanctifiant par les grâces et les secours des sacrements , et les préparant tous à porter un jour aux pieds du souverain Pasteur, le fruit de vos travaux et de vos peines , et de former avec vous une portion de l'Église éternelle des premiers-nés.
MANDEMENT
Four faire chanter le Te Deum en actions de grâces de la paix conclue entre le roi et l'empereur.
16 juin 1739.
Nous avions toujours gémi , mes chers frères , sur les horreurs et le carnage affreux qu'offrait à nos yeux la fureur de la dernière guerre : nos avantages mêmes ne pouvaient nous consoler de la déplorable effusion du sang chrétien ; et nos actions de grâces solennelles au pied des autels , étaient plutôt des vœux publics et pieux pour la paix , que des chants de joie sur nos victoires. L'esprit de sagesse et de modération qui gouverne la monarchie, s'était même emparé de nos armées ; et dans une guerre où elles n'avaient jamais donné des preuves plus éclatantes de valeur, on ne les vit jamais plus disposées à préférer le bonheur de n'avoir plus d'ennemis , à la gloire de les vaincre.
Mais s'il était louable alors de désirer la paix, il n'était ni sage ni possible de se la promettre. Deux maisons augustes, de tout temps rivales, et toujours occupées les armes à la main à se disputer la gloire de la principale autorité dans l'Europe, avaient mis les peuples et les nations, et presque l'univers entier,
dans leurs dissensions : les coeurs paraissaient aussi irréconciliables que les intérêts : la voix terrible de la colère de Dieu , irritée par nos crimes , avait , pour ainsi dire, sonné la guerre, mis en mouvement, et ébranlé toute la terre : Dédit vocem suam , mota est terra , conturbatx sunt g entes , et inclinata sunt régna (Ps. xlv, 7); tout était dans le trouble, ou dans le mouvement pour s'y jeter; et loin qu'une guerre si vive et si cruelle parût devoir finir, elle était sur le point de s'étendre et d'embraser le reste des États , qui n'en avaient été jusque-là que simples spectateurs.
Quel prodige, mes chers frères, que celui d'un calme universel, que le Seigneur a fait succéder à une guerre qui agitait l'Europe entière; et cela dans le temps où le feu de la discorde , plus enflammé que jamais, semblait ne devoir plus s'éteindre! Fenite, et videte opéra Domini , quxposuit prodigia super terram, auferens bella usque adjinem terrse. (Ps. xlv, 9, 10.)
Le long usage que vous avez déjà fait du bonheur de cette paix miraculeuse , vous on a diminué la surprise, et peut-être aussi la reconnaissance : mais rappelez ce moment à jamais mémorable, où moins que jamais attendue, elle vous fut annoncée comme sûre ; et rappelez avec ce souvenir les actions de grâces que chacun de vous , au milieu de la surprise et de la joie publique , rendit au Seigneur avec une acclamation générale.
Sans doute , mes chers frères , en nous comblant d'une faveur si peu attendue, le Seigneur avait été touché des dispositions pacifiques du roi , au milieu même de ses victoires. Les principes d'une sage éducation l'avaient accoutumé à regarder les guerres même les plus heureuses, comme des fléaux de la colère de Dieu sur les peuples : persuadé que les conquêtes affaiblissent et épuisent les monarchies mêmes qu'elles agrandissent; que les succès des armes les plus glorieux touchent peu, lorsqu'ils ne servent pas à soulager et à essuyer les larmes d'un peuple accablé de misère ; que les rois sont établis de Dieu plutôt pour être les pères et les protecteurs de leur peuple, que les vainqueurs de leurs voisins; et qu'en se soumettant , à force de sang et de subsides, de nouveaux sujets , ils perdent souvent l'amour et la confiance de leurs sujets propres.
Demandons à Dieu , mes chers frères , que des dispositions si heureuses et si héroïques, ne s'effacent jamais de l'âme d'un prince si cher à son peuple; et que le ministre sage qui les a gravées de si bonne heure dans son cœur royal , les y cultive aussi longtemps que l'amour et l'intérêt public de la nation , et celui de l'Europe entière, le demandent.
MANDEMENT
Pour les missions de son diocèse.
20 janvier 1742.
Comme la dureté de nos cœurs , mes très-chers frères, oppose tous les jours de nouveaux obstacles aux miséricordes infinies de Dieu sur nous; il semble que sa bonté paternelle ne se lasse point de son côté de tenter tous les jours de nouvelles voies pour nous rappeler de nos égarements. Il frappe nos terres de stérilité; il permet que les besoins de l'État augmentent le poids des cbarges publiques, tandis qu'il nous retranche une partie des moyens de les soutenir : il a répandu la maladie et la mort sur nos villes et sur nos campagnes; nous avons vu à nos côtés les pères enlevés aux enfants , et les enfants les plus tendrement aimés, à leurs pères; nous n'avons cessé , et nous ne cessons encore de nous plaindre de ces malheurs publics; mais nous ne pensons pas à faire cesser les infidélités et les crimes qui nous les attirent.
Nos pasteurs du haut des chaires chrétiennes ont beau nous annoncer que les temps deviendront plus heureux pour nous, si nos mœurs deviennent plus pures et plus saintes. En vain ils font retentir au milieu de nos temples les prières publiques de l'Église pour vous rendre le ciel plus favorable; vous y courez pour obtenir le changement des saisons , et non celui de vos cœurs : vous y demandez que cette terre périssable change sa stérilité en une heureuse abondance ; mais vous n'y demandez pas que celle de votre cœur devienne cette terre heureuse , inondée des rosées du ciel, qui rapporte au centuple : vous souhaitez par vos supplications de toucher un Dieu irrité; mais vous ne voulez toucher à rien de ce qui l'irrite dans vos mœurs; c'est-à-dire, que vous voulez qu'un Dieu saint favorise vos passions, en vous rendant l'abondance et la prospérité qui les ajusques ici toujours nourries et augmentées. Vos supplications publiques sont plutôt les clameurs charnelles d'une multitude de coupables qui gémissent de se voir enlever les objets de leurs crimes , qu'une assemblée de véritables pénitents , qui par leurs cris et leurs pieux gémissements, viennent témoigner le repentir sincère du mauvais usage qu'ils en ont toujours fait.
Et comment voulez-vous, mes chers frères, que des prières si souillées apaisent un Dieu qu'elles ne peuvent qu'irriter, et qu'elles obtiennent de sa bonté des biens dont vous abusez , et qu'il ne pourrait vous accorder que dans sa colère, et comme les occasions
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de votre perte éternelle? Usez de vos biens suivant les règles de la foi , si vous voulez que les prières publiques de l'Église pour leur conservation, soient exaucées.
C'est donc en vain, mes frères, que Dieu vous rappelle à lui par les fléaux publics dont il vous afflige, par les prières publiques qui en demandent la cessation , par les remontrances des pasteurs ordinaires qui devraient vous rendre vos malheurs et les supplications publiques de l'Église , utiles. Mais sa bonté ne se rebute point : à tous ces secours extérieurs dont vous abusez, il ajoute les secours secrets et continuels de sa grâce. Il n'est point de pécheur parmi vous, quelque plongé qu'il soit dans le vice, dont Dieu ne trouble de temps en temps la fausse paix par des impulsions saintes et secrètes : il permet que la satiété elle-même du crime les en dégoûte : il leur fait former mille désirs de sortir un jour de l'abîme affreux où ils se sont précipités; mais ces désirs eux-mêmes les calment, et les endorment toujours sur leur état présent, et se bornent pour tout fruit à faire que ces pécheurs se promettent à eux-mêmes un changement à venir, et qu'ils demeurent tranquilles tels qu'ils sont.
C'est ainsi , mes frères , que rien ne vous réveille de votre assoupissement, ni le malheur du temps, ni les secours publics de l'Église , ni les impulsions secrètes de la grâce; et la mort est toujours pour tous ceux qui vous ressemblent , le moment terrible où leurs yeux dégagés des ombres du corps , s'ouvrent enfin , mais inutilement pour eux , à la lumière delà vérité.
C'est donc pour prévenir un malheur si irréparable , et pourtant si commun, que la bonté ineffable du Père des miséricordes, va faire un dernier effort pour vous obliger de rentrer enfin en vous-mêmes. Il envoyait autrefois des anges vengeurs à son peuple, quand, sourd à tous ses avertissements, leurs iniquités étaient montées à leur comble ; il réduisait en cendre les villes criminelles : mais ce n'est plus ce feu de colère et de vengeance que son Fils est venu allumer sur la terre, c'est le feu de la charité; les anges qu'il vous envoie, et qui vont paraître au milieu de vous , sont les ministres de la paix et de la réconciliation ; il va mettre sa voix et sa parole sainte dans leur bouche.
Cette parole de vertu et de magnificence, qui loin de détruire les villes, et d'en exterminer les habitants, va créer au milieu de vous un monde nouveau , un nouveau ciel et une nouvelle terre : frox Domini in virtute et magnificentia. (Ps. xxvm, 4 et seq.)
Cette parole salutaire qui va remuer les eaux bourbeuses des vices, et en purifier son héritage qui en
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est inondé et infecté depuis si longtemps : Fox Domini super aquas ;
Cette parole toute-puissante qui va renverser les cèdres du Liban , tout l'édifice de l'orgueil , et de ces fortunes élevées sur la fraude et sur l'injustice : Fox Domini confringentis cedros Libani;
Cette parole tout embrasée du feu du zèle et de la charité, qui va éteindre toutes les flammes impures, et en allumer de chastes et de saintes dans vos cœurs : Fox Domini intercidentis flammam ignis ;
Cette parole féconde qui va faire enfanter le nouvel homme à ces âmes tardives , timides , irrésolues , et pressées depuis longtemps , par les mouvements de la grâce et les douleurs de l'enfantement, de le faire naître dans le cœur : Fox Domini prseparanti s cervos ;
Cette parole apostolique , cette voix tonnante des enfants de Zébédée, qui va ébranler les déserts, c'est, à-dire, les âmes les plus dures et les plus inébranlables dans l'iniquité, qui font une impie ostentation de leur endurcissement, et dans le sein desquelles nulleculture et nullesemence n'ajamais pu faire ger. mer que des ronces : Fox Domini concutientis desertum;
Enfin cette voix perçante qui va creuser jusque dans la profondeur des consciences criminelles, en éclairer les ténèbres les plus épaisses , et dissiper par une sincère révélation au tribunal sacré, le noir chaos dans lequel elles étaient depuis si longtemps enveloppées : Fox Domini revelabit condensa;
Ce sera une parole bienfaisante qui ne refusera son secours à aucune sorte de malades; qui offrira des remèdes aux maux les plus incurables et les plus désespérés; qui n'exclura personne de ses soins et de ses bienfaits , afin que vous puissiez tous ensemble chanter dans le temple du Seigneur la gloire de sa grâce, et le prodige qui a changé votre cœur : Et in templo ejus onmes dicent gloriam.
C'est donc ici , mes frères , comme la dernière ressource que Dieu tire des trésors de sa miséricorde pour vous sauver. Quel malheur pour vous, si vous alliez mettre le comble à votre endurcissement en la rendant inutile ! Hélas ! mes frères , je frémis en vous présageant cet anathème ; vous mettriez en même temps le comble à la patience et à la miséricorde de Dieu sur vous. Oui, mes frères, je le répète; c'est ici le moment qui doit décider de votre éternité.
Faites , grand Dieu , que ce soit aussi le moment marqué dans vos conseils éternels pour le salut de ce peuple! que l'excès de ses misères et de ses infidélités devienne pour lui le présage heureux de l'excès de vos miséricordes ! C'est l'extrémité même de leurs maux, qui nous fait espérer le succès des re-
mèdes que votre bonté leur prépare : conduisez vousmême la main des médecins charitables que vous leur envoyez pour les appliquer : conduisez leur langue, afin qu'ils en fassent goûter l'amertume salutaire à votre peuple , qui trouvera les délices de la paix et de la joie cachées sous cette amertume : donnez à leur ministère ce que vos ministres ne sauraient se donner eux-mêmes : adoucissez le poids de leurs travaux apostoliques en les rendant utiles. Ils le trouveront, ô mon Dieu , ce poids bien léger et bien doux, s'ils peuvent, revêtus de votre force et du titre honorable de vos envoyés, soulager les pécheurs qui vont les écouter, du fardeau de leurs crimes qui ies accable.
Nous recommandons aux curés des paroisses voisines d'exhorter leurs paroissiens à profiter de J'avantage que leur procure le voisinage de la mission , et d'assister aussi souvent qu'ils le pourront à ses exercices.
REMERCIMENÏ
a l'académie française,
Prononcé le jour qu'il y fut reçu à la place de M. l'abbé de Louvois.
23 février 1719.
Messieurs,
Il faut que l'amitié ait sur le cœur des droits plus vifs et plus intéressants que la gloire même , puisque l'honneur que vous me faites aujourd'hui , me laisse encore sensible au chagrin de ne le devoir qu'à la perte d'un ami et d'un de vos plus illustres confrères.
Vous ne me ferez pas un crime de cet aveu : la vanité est assez flattée de votre choix ; tout annonce ici ma reconnaissance, et ma douleur même la rend plus digne de vous.
Au sortir presque de l'enfance , et dès que M. l'abbé de Louvois fut en état de se choisir des amis, il me fit l'honneur de me mettre de ce nombre. Dès lors il laissait déjà voir tout ce qui lui attira depuis l'estime publique et les suffrages de la compagnie : une probité au-dessus de son âge , et digne d'un meilleur siècle ; un goût et un amour pour les lettres , né avec lui, et qu'une excellente éducation avait cultivé ; des talents auxquels il n'a manqué que des places ; une fidélité dans le commerce , encore plus estimable que les talents , des mœurs douces , le fruit de sa raison et de ses réflexions , et où l'on pouvait dire que le tempérament n'en avait pas tout l'honneur.
REMERC1MENT
une maturité d'esprit, capable de remplacer les grands hommes que sa famille avait donnés à l'État : il les vit passer devant lui comme des songes , et ne survécut à tant de pertes, que pour s'assurer par ses qualités personnelles, ces égards publics, qui ne survivent guère a la faveur. Sa modestie m'a élevé à une place, que le choix du prince lui avait d'abord destinée » : je ne m'attendais pas que sa mort me préparât celle que son mérite lui avait acquise depuis longtemps parmi vous. Mais je sens que je passe les bornes; l'amitié n'en connaît point : je ne pense qu'à rendre un hommage d'estime et de tendresse à sa mémoire; et c'est un remercîment que je vous dois. Vous m'associez aujourd'hui, messieurs, atout ce que notre siècle a vu et voit encore de plus illustre et de plus respectable : je disparais au milieu de tous ces grands noms : il n'est que la reconnaissance , qui puisse m'y faire remarquer; et vous souffrez que je la mette ici à la place du mérite.
Vous avez eu égard, en me choisissant, à quelques suffrages publics, que mon ministère m'avait attirés ; et vous n'avez pas voulu faire attention , que cette sorte de réputation , nous la devons moins à l'éloquence de nos discours, qu'à la piété de ceux qui nous écoutent.
J'augure trop favorablement des règnes futurs de la monarchie, pour soupçonner même qu'ils se refroidissent jamais sur l'utilité de votre établissement : ce tribunal élevé pour perpétuer parmi nous le goût et la politesse , est un secours qui avait manqué aux siècles les plus polis de Rome et d'Athènes; aussi ne se sauvèrent-ils pas longtemps de la fausse éloquence et du mauvais goût, et on les vit bientôt retomber presque dans la même barbarie d'où tant d'ouvrages fameux les avaient tirés.
Mais le cardinal de Richelieu , à qui il était donné de penser au-dessus des autres hommes , sut ménager à son siècle un secours si nécessaire : il comprit que l'inconstance de la nation avait besoin d'un frein; et que le goût n'aurait pas chez nous une destinée plus invariable que les usages, s'il n'établissait des juges pour le fixer.
Repassez sur les règnes qui précédèrent la naissance de l'Académie : la naïveté du langage suppléait, je l'avoue, dans un petit nombre d'auteurs, à la pureté du style , au choix et à l'arrangement des matières; et toutes les beautés dont notre langue s'est depuis enrichie, n'ont pu encore effacer les grâces de leur ancienne simplicité.
Mais, en général, quel faux goût d'éloquence! les astres en fournissaient toujours les traits les
1 il avait été nommé à l'évéché de Clermont , qu'il refusa.
plus hardis et les plus lumineux ; et l'orateur croyait ramper, si, du premier pas, il ne se perdait dans les nues : une érudition entassée sans choix décidait de la beauté et du mérite des éloges; et, pour louer son héros avec succès, il fallait presque avoir trouvé le secret de ne point parler de lui.
La chaire semblait disputer, ou de bouffonnerie avec le théâtre, ou de sécheresse avec l'école; et le prédicateur croyait avoir rempli le ministère le plus sérieux de la religion, quand il avait déshonoré la majesté de la parole sainte , en y mêlant , ou des termes barbares qu'on n'entendait pas , ou des plaisanteries qu'on n'aurait pas dû entendre.
Le barreau n'était presque plus qu'un étalage de citations étrangères à la cause; et les plaidoyers finis, les juges étaient bien plus instruits et plus en état de prononcer sur le mérite des orateurs , que sur le droit des parties.
Le goût manquait partout : la poésie elle-même malgré sesMarot et ses Régnier, marchait encore sans règle et au hasard : les grâces de ces deux auteurs appartiennent à la nature, qui est de tous les siècles, plutôt qu'au leur; et le chaos où Ronsard qui ne put imiter l'un , ni devenir le modèle de l'autre , la replongea , montre que leurs ouvrages ne furent que comme d'heureux intervalles , qui échappèrent à un siècle malade, et généralement gâté.
Je ne parle pas du grand Malherbe : il avait vécu avec vos premiers fondateurs ; il vous appartenait d'avance; c'était l'aurore qui annonçait le jour.
Cejour, cet heureuxjour, se leva enfin : l'Académie parut; le chaos se débrouilla ; la nature étala toutes ses beautés , et tout prit une nouvelle forme.
La France ne vit plus rien qu'elle dût envier aux meilleurs siècles de l'antiquité : le théâtre , la satire, la poésie lyrique, la Fable, l'histoire, l'éloquence, la philosophie, le style épistolaire, les traités de piété jusque-là informes, les traductions nobles et hardies eurent parmi vous leurs héros : dans tous les genres , on vit sortir de votre sein des hommes uniques, dont Rome et la Grèce se seraient fait honneur.
La chaire elle-même rougit de ce comique indécent, ou de ces ornements bizarres et pompeux, dont elle s'était jusque-là parée; et substitua l'instruction à une pompe vide et déplacée , la raison aux fausses lueurs , et l'Évangile à l'imagination. Partout le vrai prit la place du faux.
Notre langue devenue plus aimable , à mesure qu'elle devenait plus pure, sembla nous réconcilier avec toute l'Europe, dans le temps même que nos victoires l'armaient contre nous : un Français ne se trouvait étranger nulle part, son langage était le