‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 139 sur 235 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Dans la préface qui est en tête du premier volume , nous avons déjà dit un mol de ces paraphrases sur les psaumes , par lesquelles nous terminons l'édition des œuvres de Massillon. Il y a tout lieu de croire qu'il avait poussé son travail beaucoup plus loin , et que nous aurions la plus grande partie du psautier paraphrasé de la même manière, si tout ce qu'il en a fait était parvenu jusqu'à nous.

Au reste , le titre seul de l'ouvrage annonce que ce n'est point ici un commentaire sur les psaumes ; ce n'est ni le sens historique, ni le sens prophétique, que l'auteur prétend expliquer ; ce n'est pas même une paraphrase proprement dite : car la simple paraphrase n'ajoute rien au texte lorsqu'il est clair; elle ne fait que développer les sens ou les expressions obscures par de légères additions. Mais ce n'est point en cela que se borne l'auteur ; son but est de fournir aux chrétiens des modèles des différentes sortes de prières qu'ils doivent adresser à Dieu , suivant les occasions et les situations différentes où ils se trouvent. La lettre du psaume est en quelque sorte comme le texte de son discours , dans lequel ensuite il fait entrer tout ce qui peut convenu' à son sujet. Or, comme la prière est spécialement l'ouvrage et l'action du cœur, et que personne n'a peut-être jamais mieux connu que Massillon la nature du cœur humain , et les ressorts les plus propres à le mettre en mouvement , l'on peut assurer qu'il a parfaitement exécuté son dessein , et que l'on a dans ces paraphrases des modèles excellents de toutes sortes de prières. Ceux qui se donneront la peine de les lire , en seront bientôt convaincus. Si c'est un pénitent qui parle dans la paraphrase , il n'est personne qui n'avoue que tels sont les sentiments qu'il voudrait, et qu'il devrait avoir dans le cœur, pour bien marquer à Dieu la douleur et le regret de ses fautes. Si c'est une prière d'action de grâces, personne qui ne dise : C'est ainsi que la reconnaissance doit s'exprimer. En un mot, le cœur y parle toujours le langage propre et naturel aux différentes situations où il se trouve ; et c'est en quoi ces paraphrases peuvent être d'une très-grande utilité; parce qu'elles ne contiennent pas seulement des prières très-touchantes , mais des instructions très-solides , où les fidèles apprendront à connaître les dispositions dans lesquelles ils doivent se présenter devant Dieu s'ils veulent en être exaucés.

Pour le style, il est ce me semble, assez superflu d'en parler. On sait maintenant que Massillon écrivait toujours d'une manièçe intéressante , noble , et digne de la majesté de la religion. Cependant l'on s'apercevra que dans cet ouvrage il a voulu assortir son style aux différents sujets qui y sont traités. Par exemple , dans les psaumes vme et xvme, il veut célébrer la grandeur et la beauté des ouvrages du Tout-Puissant, tant dans l'ordre de la nature que dans 1 l'ordre de la grâce ; c'est une élévation et une noblesse de style, une magnificence d'expressions que rien n'égale, c'est le grand Bossuet que l'on croit entendre parler. 11 prend un autre ton lorsque c'est un pénitent qui gémit sur les égarements de sa vie passée : il lui prête des expressions fortes et énergiques, telles qu'elles conviennent à un homme que le sentiment de sa misère pénètre et confond. Au contraire, rien de si doux et de si coulant que son discours , lorsque se rappelant tous les bienfaits que la bonté divine n'a cessé de répandre sur tout le cours de sa vie, il s'excite à lui en témoigner sa reconnaissance, parce que le langage de la reconnaissance doit être tendre et affectueux.

Mais ne prévenons point le jugement du public : nous osons nous flatter qu'après avoir lu cet ouvrage, il croira devoir partager avec nous les justes regrets que nous cause la perte de la plus grande partie.

4«iei««#

Page 1