‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 141 sur 235 · PSAUME IV · texte numérisé non relu

PSAUME IV

Sentiments d'une âme chrétienne qui vient d'éprouver une disgrâce.

t. I. Cùm invocarem , exaudivitme Dcus juslitiœ meœ ; in tribulatione dilatasti mihi.

1. 1. Le Dieu de ma justice m'a exaucé dans le temps que je l'invoquais; lorsque j'étais dans l'angoisse, vous m'avez dilaté le cœur.

En vain, ô mon Dieu! je vous protestais tous les jours que je regardais le monde et toute sa gloire comme un monceau de boue, et que vous seul suffisiez à une âme qui a le bonheur de vous posséder : je ne connaissais pas mon cœur, et je me séduisais moi-même. Je tenais encore par mille liens secrets et insensibles à ce monde trompeur que je semblais mépriser; j'aimais encore ses biens, ses honneurs, et tout cet amas de fumée qui s'est dissipé en un instant. Mais l'accablement profond où la perte de ces objets frivoles vient de me jeter, me découvre enfin ces dispositions criminelles que je me cachais à moi-même, et que vous voyiez depuis si longtemps au fond de mon cœur. Il me fallait un grand coup pour me réveiller de cet assoupissement funeste. Vous l'avez frappé, grand Dieu, ce coup de miséricorde; et, fortifié, éclairé par votre grâce, j'ai plus senti de honte de mon erreur et de mon infidélité, que de douleur de mon infortune. Vous vouliez être, ô mon Dieu! mon tout, mon unique ressource; aussi, dès que je me suis tourné vers vous dans l'amertume de mon cœur, et que je vous ai invoqué , vous n'avez pas consulté votre justice, qui demandait qu'ayant cherché de vains appuis hors de vous , vous m'abandonnassiez à moi-même. Vous êtes venu promptement à mon secours, Dieu de bonté; et un rayon de joie et de lumière a lui aussitôt au milieu de la sombre tristesse de mon cœur, et en a dilaté et adouci le serrement et l'amertume.

t. 2. Miserere mei, et exaudi orationem meam! *. 2. Ayez pitié de moi , et exaucez ma prière !

Ne vous lassez pas, grand Dieu, de vous communiquer à votre créature, et de soutenir ma faiblesse. Pour moi, je ne me lasserai point d'implorer votre secours. Continuez, grand Dieu, de me regarder avec ces yeux de miséricorde qui ne mesurent pas vos bienfaits sur l'indignité, mais sur les besoins de ceux qui vous prient. Ayez pitié de ma misère , et faites-moi sentir encore plus vivement, que la perte de tout ce que le monde donne n'est rien ; qu'on a tout lorsqu'on est à vous ; et qu'on ne saurait rien perdre tandis qu'on vous possède encore.

PARAPHRASE MORALE

■» . 3. Filii hominum , vsquequo gravi corde ? ut qitid diligilis vanitatem, et quœritis mendacium?

*. 3. Jusques à quand , ô enfants des hommes! aurez-vousle cœur appesanti? pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge?

O enfants des hommes ! qui courez avec tant d'empressement après une fortune qui vous échappe toujours, et qui vous laisse encore mille choses à désirer quand vous l'avez trouvée, jusquesàquand votre cœur se laissera-t-il séduire par une illusion , dont votre expérience devrait vous avoir détrompés ? jusques à quand aimerez-vous vos inquiétudes et vos chaînes? Le bonheur que vous cherchez, n'est plus qu'un poids qui vous accable, dès que vous y êtes parvenus. Vous sentez multiplier vos soucis , à mesure que le monde vous multiplie ses faveurs ; de nouveaux désirs naissent de ceux que vous venez de voir accomplis. Le monde vous croit heureux : mais la jalousie, mais la prospérité d'autrui , mais ce qui manque encore à votre ambition, mais le vide même de tout ce que vous possédez , et qui ne saurait jamais satisfaire l'immensité d'un cœur que Dieu seul peut remplir; mais le dégoût même, qui suit toujours la possession de ce qu'on avait le plus désiré; mais le cri de la conscience , qui vous reproche sans cesse et les voies injustes par où vous êtes parvenus à ce que vous désiriez, et l'usage criminel que vous en faites; mais la pensée même que tout s'enfuit, que la vie la plus longue n'est qu'un instant rapide, et que demain on va vous redemander votre âme ; mais tout cela ensemble est un ver secret qui vous dévore sans cesse, et qui empoisonne toute cette vaine félicité qui trompe les spectateurs, tandis qu'elle ne peut vous rendre heureux , et vous séduire vous-mêmes. Pourquoi sacrifiez-vous donc votre âme , votre salut éternel , votre Dieu , à des objets dont vous ne pouvez vous empêcher de sentir vous-mêmes le faux, la vanité et le néant? Aimez celui seul qui peut donner tout ce que l'on désire, et dont l'amour tout seul fait le véritable bonheur de ceux qui l'aiment.

V. 4. Etscitote quoniam mirificavit Dominus Sanctum suum : Dominiis cxaudiet me, quum clamavero ad eum.

*. 4. Sachez que c'est le Seigneur qui a rempli son Saint d'une gloire admirable : le Seigneur m'exaucera, quand j'aurai crié vers lui.

Quenepuis-jem'appelerici moi-même en témoignage? Depuis que revenu des erreurs et de l'indignité des passions, je me suis efforcé de conformer ma vie à la sainteté du christianisme, dont je suis encore si éloigné , le Seigneur n'a pas laissé d'opérerdans mon Sme des merveilles inconnues auxama-

teurs du monde. J'ai senti au dedans de moi la paix, la joie , le calme que le monde et tous ses plaisirs n'avaient jamais pu me donner. Le monde lui-même a vu le prodige de mon changement, et il s'en est moqué; et il a cherchédans la faiblesse et la légèreté de mon esprit, les raisons d'un événement qui ne prenait sa source que dans les lumières descendues d'en haut, et dans la force et dans la douceur de la grâce. Le Dieu de miséricorde ne m'a pas fait même attendre longtemps cette faveur signalée. A peine me suis-je tourné vers lui ; à peine touché de mes égarements, ai-je fait entendre au pied de son trône, mes cris, mes prières et mes larmes, qu'il s'est rendu à moi : il a consolé mon affliction, ou plutôt il m'a fait trouver des douceurs ineffables dans l'amertume de mon repentir et de ma douleur.

*. 5. Irascimini, et nolite peccare : quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.

t. 5. Mettez-vous en colère , mais gardez- vous de pécher : soyez touchés de componction dans le repos de vos lits.

Enfants des hommes, esclaves du monde et des passions, imitez mon exemple. Entrez en indignation contre vous-mêmes, de vous être laissé si longtemps abuser par des illusions qui ne peuvent séduire que des enfants et des insensés; regardez avec horreur l'opprobre et l'indignité des liens dont vous vous faisiez autrefois une gloire déplorable, mais dont vous ne sentez plus depuis longtemps que la pesanteur et l'infamie. Tournez contre ceux qui vous ont séduits par leurs persuasions, ou par leurs scandales , l'aversion que vous témoigniez pour les gens de bien , lorsqu'ils vous donnaient de saints exemples, ou des a vis charitables. Changez cet amour excessif d'un corpsque vous avez fait servir jusques ici à l'ignominie en une hainesalutaire. Vous ne pécherez plus, dès que vous haïrez la source et l'instrument de tous vos crimes. Mais souvenez-vous que ce n'est ni le dégoût, ni la lassitude, qui forment ces dispositions saintes. On peut être lassé des plaisirs sans les détester; on peut en sentir le vide , sans en sentir l'énormité et l'infamie. Interrogez votre cœur : il peut être rassasié du crime, sans être changé et touché de la vertu. Mais si la miséricorde de Dieu a opéré en vous ce changement sincère; mais si vous sentez , et l'outrage que vos passions ont fait à Dieu , et l'avilissement où elles vous ont fait tomber vous-mêmes , ah ! alors vous ne garderez plus de mesures dans votre douleur ries jours ne suffiront pas même à l'amertune et à l'abondance de vos larmes; elles suspendront votre sommeil durant le silence de la nuit. Ce temps paisible, dont vous aviez fait autrefois un temps de dissolution et de tumulte, et dont le repos et les té-

DU PSAUME IV

nèbres avaient fourni tant de facilités à vos crimes , ne servira plus qu'à laisser plus de cours et plus de loisir à votre douleur.

*. C. Sacri/lcate sacrificiumjuslitiœ , et sperale in Domino.

t. 6. Offrez à Dieu un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur.

Mais souvenez-vous que Dieu n'aime pas les sacrilices imparfaits : rendez-lui tout votre cœur, que vous aviez prostitué avec tant d'abandonnement aux créatures : ne ménagez point vos démarches en le servant, comme vous ne les avez point ménagées en servant le monde : portez sur le bûcher la victime tout entière. Le démon vous a possédé si longtemps sans partage : et vous ne vous donneriez qu'à demi au Seigneur à qui vous appartenez, et qui réclame sa créature! Vous ne le servirez avec plaisir que lorsque vous le servirez sans réserve. Mais aussi , dès que vous l'aurez rendu maître de tout votre cœur, la joie, l'espérance, la confiance naîtront au fond de votre âme. Le souvenir de vos crimes ne s'offrira à vous qu'avec le souvenir des miséricordes éternelles qui vous en ont inspiré le repentir et l'horreur : et plus l'abîme où vous étiez enseveli depuis tant d'années vous paraîtra affreux , et sans espérance de retour, si vous eussiez été abandonné à vous-même , plus vous serez touché de la clémence d'un Dieu dont la main toute-puissante a bien voulu vous en retirer. Vous lirez dans l'histoire de vos égarements, l'histoire de ses miséricordes infinies sur votre âme; et plus vous vous trouverez pécheur, plus le Seigneur, vous paraîtra bon , miséricordieux et aimable.

*. 7. Multi dicunt : Quts ostendit nobis bona?

*. 7. Plusieurs disent : Qui nous fera voir les biens que l'on nous promet?

Mais , ô mon Dieu! les hommes enivrés de leurs passions n'écoutent qu'avec mépris ces avis utiles. Ils nous demandent avec insulte où est donc cette joie , ce contentement , ce bonheur que nous promettons ici-bas même à ceux qui veulent revenir à vous. Ils voudraient qu'on leur fit voir des yeux du corps des biens invisibles que l'œil de l'homme n'a point vus , et que la chair et le sang ne sauraient comprendre. Us ne voient rien que de triste et de rebutant dans votre service , parce qu'ils n'y voient rien qui flatte les sens ou l'orgueil ; la seule félicité qu'ils connaissent et qu'ils cherchent, cette félicité qui les fuit toujours; qu'ils désirent sans cesse, quoiqu'ils n'y puissent jamais atteindre, et dont le désir chimérique est la source de tous leurs chagrins les plus réels, et de leurs troubles les plus acca-

blants. Ils sentent à tout moment, malgré eux , que le monde ne fait point d'heureux; et ils ne veulent pas essayer si vous n'êtes pas assez puissant pour en faire. Us aiment un maître qui les rend malheureux ; l'illusion de ses promesses , dont ils ont si souvent éprouvé la vanité et le mensonge, leur adoucit la pesanteur actuelle de son joug : et ils craignent celui avec lequel on ne doit plus rien craindre , dans le service duquel on ne connaît plus ni peine, ni deuil , ni douleur, et dont le joug fait toute la consolation et la félicité de ceux qui le servent!

t. 8. Sianatum est super 7ws lumen vultus lui, Domine : de~ disli lœtitiam in corde meo.

t. 8. La lumière de votre visage est gravée sur nous , Seigneur : vous avez fait naître la joie dans mou cœur.

Oui, grand Dieu, vous avez gravé au fond de nos cœurs cette lumière éternelle; cette voix secrète qui nous crie sans cesse , que vous êtes le seul bonheur de l'homme ; qui nous rappelle à vous malgré nous-mêmes; cette voix qui se fait entendre au milieu du tumulte de nos passions; qui nous suit jusque dans l'abîme du désordre , et qui ne nous permet pas d'ignorer qu'étant faits à votre image, nous ne sommes faits que pour vous. Aussi tout ce qui souille et déshonore cette auguste ressemblance, et nous sépare de vous, fait en même temps tous nos malheurs et tous nos crimes. Et c'est , ô mon Dieu ! cette lumière née avec nous , et que votre main seule a pu placer dans nos cœurs , qui , devenant un ver secret et dévorant pour les pécheurs, est une source continuelle de joie et de consolation pour ceux qui ont le bonheur de vous servir. Us sentent qu'en revenant à vous, ils reviennent à la première institution de la nature humaine ; que leur vie devient conforme aux lumières les plus inséparables du fond de leur cœur ; et qu'ils sont dans la situation où la créature raisonnable doit être. En vain l'homme corrompu cherche à se persuader que nous sommes faits pour le plaisir, et que des penchants nés avec nous ne sauraient être des crimes. C'est le langage de ses passions; c'est le désir brutal de son cœur : mais ce n'en est pas le sentiment le plus profond, et la persuasion la plus intime. Il trouve au dedans de lui une contradiction éternelle a ce dogme impie. Il s'en fait honneur; mais il ne peut s'en faire une ressource. Sa langue le publie, mais son cœur le désavoue.

*. 9. A fructu frumenti , vini et olei sui , multiplicati sunt

t. 9. 113 se sont accrus et enrichis par l'abondance de leurs fruits , de leur froment , de leur vin et de leur huile.

Ainsi , ô mon Dieu ! le bonheur dont les pécheurs semblent, jouir, ne me dégoûtera jamais de l'obser-

;so.

PARAPHRASE MORALE

vance de votre loi sainte. Ce n'est qu'une vaine montre, qui cache les remords les plus cruels, et les inquiétudes les plus tristes. Multipliez entre leurs mains les biens de la terre ; comblez-les de ces faveurs périssables qui ne sont pas dignes de vos serviteurs. Ce sont des dons réservés aux enfants du siècle , et que vous faites presque toujours dans votre colère. Vous punissez le crime et l'ambition de leurs désirs en les exauçant. Le royaume de vos saints n'est pas de ce monde; une récompense plus durable les attend.

*. 10 et II. In pace in id ipsum dormiam et requiescam : quoniam tu, Domine, singulariter in spe constiluisti me.

V. 10 et II. Pour moi, je dormirai en paix, et je jouirai d'un parfait repos , parce que vous m'avez , Seigneur, affermi d'une manière toute singulière dans l'espérance.

Pénétré de ces vérités saintes; quand toutes les disgrâces du monde fondraient de nouveau sur moi ; quand l'envie ou l'injustice des hommes me dépouilleraient de tout ce que je possède encore ici-bas : pourvu que vous soyez encore avec moi, et que mon cœur vous possède encore , ô source unique de tous les biens ! la paix de mon âme n'en sera point troublée. Conservez en moi cette ferme espérance que vos miséricordes y ont fait naître ; et je serai tranquille au milieu de toutes ces révolutions passagères. Je verrai arriver la mort avec joie; cette mort qui n'est qu'un doux sommeil pour les justes; et mes cendres attendront en paix dans la nuit du tombeau le jour de la lumière et de la révélation, cette vie nouvelle et immortelle que vous promettez à ceux qui vous ont aimé sur la terre.

PSAUME VI

Sentiments d'un pécheur touché depuis peu de ses égarements , qui en gémit devant Dieu, et qui implore sa miséricorde pour en obtenir le pardon , et sortir de cet état déplorable.

t. I. Domine, ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me.

*. I. Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur, et ne me punissez pas dans votre colère.

Grand Dieu! tous vos foudres pourraient-ils suffire pour punir un malheureux tout couvert de crimes et de souillures? quand vous armeriez contre moi toute la fureur de votre bras , toute la sévérité de vos châtiments , ne laisserait-elle pas encore impunis des désordres dont le souvenir me confond et m'accable? Ainsi, grand Dieu, ne consultez pas ce que votre colère et votre justice demandent de vous à mon égard ; et puisque vous ne sauriez me

punir autant que je le mérite, laissez tomber de vos mains le glaive prêt à frapper. Regardez-moi avec des yeux de pitié et de clémence. Ne fermez point vos entrailles paternelles à mes prières et à mes douleurs. Les rigueurs de votre justice sur moi, seraient trop peu proportionnées à mes iniquités, pour être dignes de votre gloire. Ce n'est qu'en me pardonnant, que toute votre grandeur et votre puissance peuvent éclater; et vos miséricordes sur moi manifesteront, bien plus que vos châtiments , tout ce qu'il y a d'adorable et d'incompréhensible dans votre majesté infinie.

t. 2. Miserere mei, Domine, quaniam infirmus sum : sana me, Domine!

v. 2. Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que Je suis faible; Seigneur, guérissez-moi.

Je ne viens , grand Dieu , chercher le motif de vos miséricordes à mon égard , que dans vos miséricordes elles-mêmes. Je pourrais vous alléguer le malheur d'avoir apporté en naissant un cœur faible et sensible, auquel il n'a fallu que des exemples et des occasions pour succomber. Cette faiblesse et cette sensibilité elle-même ont toujours fait tout mon crime ; comment pourraient - elles devenir mon excuse? Vous ne m'aviez donné un cœur tendre et sensible que pour vous, pour être plus aisément touché de vos bienfaits , pour offrir moins de résistance aux douces inspirations de votre grâce, pour goûter plus vivement le saint plaisir de vous aimer : et cependant, grand Dieu, j'ai tourné ces avantages que je tenais de vous seul, contre vous-même; ces facilités de salut que vous aviez mises en moi , ont accéléré ma perte : j'ai abusé de vos dons, et prostitué aux créatures tout ce qui devait me rappeler à celui dont elles sont l'ouvrage !

*. 3. Quoniam conturbata sunt ossa mea, et anima mea tur-

bata est val de.

+. 3. Mes os sont tout étonnés , et mon àme est toute troublée.

A ce souvenir, grand Dieu , je me sens pénétré de terreur; le trouble, le découragement s'emparent de mon âme. Tout ce que je puis donc vous alléguer en ma faveur, c'est que tout en moi réclame vos vengeances. L'horreur de ma vie passée me jette dans des saisissements d'effroi qui brisent mes os , et me laissent sans force et sans courage : mon esprit s'abat et se confond : à force d'être frappé de toute la profondeur de ma misère , je demeure immobile, et ne fais aucune démarche pour chercher le remède. Mais vous, grand Dieu , qui voyez toute ma faiblesse, et tout le danger de mon état, jusques à quand me laisserez-vous entre les mains

DU PSAUME VI

de ma faiblesse et de mes craintes? Sed tu, Domine, usquequo ? jusques à quand me laisserez-vous dans cet état ?

*. 4. Convertere, Domine, et eripe animant mcam : salvum mefac propter misericordiam tuant.

*. 4. Tournez-vous vers moi , Seigneur, et délivrez mon-àme : sauvez-moi en considération de votre miséricorde.

Tournez-vous vers moi, Dieu de bonté! que l'infection de mes plaies n'en détourne pas plus longtemps la sainteté de vos regards. Voyez plutôt dans mon cœur ces désirs qui le pressent de. retourner à vous. C'est votre miséricorde, grand Dieu, qui les crée dans mon âme; c'est un rayon qui précède, et qui m'annonce la présence de votre lumière et de votre majesté au dedans de moi : ne me la faites pus attendre plus longtemps, de peur que les ténèbres qui sortent encore du fond de mes passions , ne reprennent le dessus : délivrez mon âme de ces tristes agitations qui la font encore flotter entre la mort et la vie : fixez un cœur qui semble balancer encore, mais qui tient plus à ses frayeurs et à ses défiances qu'à ses égarements : achevez en moi l'ouvrage de mon salut, que vous y avez déjà commencé : rendez-vous maître d'un cœur que je n'ose vous présenter, tout couvert qu'il est encore de souillures, mais que vous rendrez digne de vous, dès que vous l'aurez purifié.

Ce sont là, ô mon divin Sauveur! les prodiges que vous aimez d'opérer. Les grands maux sont réservés à vos grandes miséricordes. Il vous faut des Lazare ensevelis , pourris, exhalant l'infection et la puanteur, pour manifester, en leur redonnant la vie , toute l'immensité de votre douceur, et toute la puissance de votre grâce.

*. 5. Quoniam non est in morte qui memorsit tui : in inferno autem , qttis conjilebitur tibi ?

*. 5. Il n'y a personne qui se souvienne de vous dans la mort , et qui est celui qui vous louera dans l'enfer?

Au fond , grand Dieu , quoique votre gloire n'attende rien de la vile créature , et que vous la trouviez toute en vous-même, vous voulez cependant que l'homme vous glorifie. Ce n'est pas que sa fidélité et sa soumission augmentent votre bonheur, c'est parce qu'elles le rendent digne de participer au vôtre. Or, mon Dieu , comment pourrai-je vous rendre l'hommage et la gloire qui vous est due , tandis que je croupirai dans cet état de mort et de péché où je me trouve encore ? L'enfer n'a que le blasphème et le désespoir en partage : et comment pourrai-je confesser votre saint nom , et chanter les louanges de votre grâce, dans un état qui me lie à ces malheureux que vous avez pour toujours précipités dans les flammes?

*. 6. Laboravi in gemitu mco : lavabo per singulas noctes lectum meum : lacrymis meis stratumineum rigabo.

*. 6. Je me suis épuisé à force de soupirer : je laverai toutes les nuits mon lit de mes pleurs : j'arroserai de mes larmes le lieu ou je suis couché.

En attendant, grand Dieu, l'heureux moment de ma délivrance , et dans la confiance que vous créerez en moi un cœur nouveau , je ne cesserai de gémir : j'arroserai la nuit mon lit de mes larmes; je ne donnerai point de relâche à mes cris et à ma douleur. Vous aimez, ô Père des miséricordes! qu'on vous importune; je ne craindrai donc point de lasser votre patience. Mes larmes, mes prières, mon silence, mes frayeurs, ma confiance, seront autant de voix qui monteront sans cesse vers vous.

t. 7. Turbatus estafurore oculus meus : inveteravi inter omîtes inimicosmeos.

*. 7. La fureur a rempli mon œil de trouble : je suis devenuvieux au milieu de tous mes ennemis.

Dans les moments où toute l'horreur de mes crimes s'offrira à moi, et où toute la pensée de votre fureur et de votre justice me jettera dans le trouble et dans le découragement ; dans ces moments terribles où mon œil ne pourra soutenir la sévérité de vos jugements; dans ces moments où les ennemis de mon salut, témoins secrets et auteurs en même temps de mon abattement et de mes défiances , croi-. ront que je vais me dégoûter d'un changement où ils ne me laissent point voir de ressource; ce sera alors, grand Dieu, que j'espérerai contre l'espérance, et que plus vous me paraîtrez un juge terrible, plus je confesserai que votre justice demande ma mort et ma perte éternelle, et que je n'ai plus rien à attendre que de vos miséricordes infinies et de votre grâce.

t. 8 et 9. Discedite a me , omîtes qui operamini iniquitatem , quoniam exaudivit Dominus vocem Jletus mei : exaudivit Dominas deprecaiionem tneam, Dominus orationem mcam suscepil.

*. 8 et 9. Éloignez-vous de moi , vous tous qui commettez l'iniquité, parce que le Seigneur a exaucé la voix de mes larmes : le Seigneur a exaucé l'humble supplication que je lui ai faite , le Seigneur a agréé ma prière.

Je sens déjà, grand Dieu! que ces dispositions me rendent d'avance la confiance et la paix : je trouve en moi plus de courage et plus de force; je commence à comprendre qu'on doit tout espérer, quand on veut sincèrement se repentir, et qu'on n'outrage pas moins votre gloire, quand on présume de votre bonté, en persévérant dans le crime, que lorsqu'on en désespère, ou même qu'on s'en défie , en répandant des larmes de pénitence. C'est vous, grand Dieu! qui venez de verser dans mon âme ces douces images au milieu des trouMes ei

des terreurs dont elle était agitée, et qui suspendaient l'éclat des premières démarches qu'exige mon changement. Vous vous êtes laissé toucher de mes peines : les esprits qui sont devant votre trône, et qui se réjouissent de la conversion d'un pécheur, vous ont présenté mes prières, et vous les avez exaucées : votre sein paternel s'est ouvert à la persévérance de mes cris. C'en est fait, grand Dieu! je vais commencer dès ce moment à dire au monde un adieu éternel, à rompre tous les liens que mes passions y avaient formés, à me séparer de tous les ohjets , de toutes les sociétés qui me creusaient tous les jours de nouveaux précipices.

Je renonce à vos liaisons insensées et honteuses, vous, dont la licence et la débauche forment le seul nœud qui vous lie : je ne veux avoir désormais pour amis, que les amis de Dieu : je ne veux plus tenir aux créatures par d'autres liens que par ceux de la charité, qui demeurent éternellement : je ne veux aimer que ce que je dois aimer toujours.

*. 10. Embescant et conturbentur vehemcnter omîtes inimici mei, converlantur et erubescanl valde velocitcr.

*. 10. Que tous mes ennemis rougissent et soient remplis de trouble , qu'ils se retirent très-promptement et qu'ils soient couverts de confusion.

Tout ce qui me reste à vous demander, ô mon Dieu! c'est que les complices de mes passions, dont mon changement va faire autant de censeurs et d'ennemis de ma nouvelle vie , en deviennent enfin les imitateurs : c'est qu'ils soient touchés du prodige que votre miséricorde a opéré en moi : c'est que mon exemple les couvre de honte et de confusion, et les rappelle à eux-mêmes, où plutôt à vous, ô mon Dieu ! à qui ils se doivent par tant de titres, et de qui l'homme ne peut s'éloigner sans se précipiter dans un abîme de misère : c'est que m'ayant toujours vu le plus déterminé d'entee eux, le plus vif, le plus dévoué au crime , ils ne désespèrent pas d'obtenir la miséricorde que j'étais moins en droit d'espérer qu'eux , et qu'ils ne se figurent pas la vie de vos serviteurs comme une vie faible, insoutenable , puisque le pécheur le plus abîmé dans la volupté, le plus esclave de tous les attraits des sens, tel que j'ai été, y trouve dès maintenant tant de joie et tant de nouveaux charmes.

PSAUME VII

Prière d'une âme innocente qui souffre l'oppression et la calomnie.

t, 1, Domine Deus meus, in te speravi : sctlvum mefac ex omnibus penequentibus me , et libéra me!

*. 1. Seigneur mon Dieu, c'est en vous que j'ai espéré : »auvez-moi de tous ceux qui me persécutent , et délivrez-moi !

Grand Dieu ! livré à la calomnie et à la mauvaise foi de mes persécuteurs, couvert d'opprobre devant les hommes toujours faciles à se laisser persuader tout ce qui déshonore vos serviteurs ; à qui puis-je avoir recours qu'à vous seul, à qui rien n'est caché ; qui , seul, nous voyez tels que nous sommes? Vous seul , grand Dieu , pouvez manifester la malice et l'artifice de ceux qui m'accusent, confondre leur imposture, et me mettre à couvert des traits empoisonnés qu'ils ne cessent de lancer contre moi. Il est même de votre gloire de ne pas souffrir que votre saint nom soit blasphémé , et que le monde fasse retomber sur la piété les outrages dont on couvre ceux qui en font une profession publique.

t. 2. Ne quando rapiat ut leo animam meam, dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.

t. 2. De peur qu'enfin il ne ravisse mon âme comme un lion , lorsqu'il n'y a personne qui me tire d'entre ses mains, et qui me sauve.

S'il ne s'agissait que de ma cause seule, vous m'avez appris, ô mon Dieu! à marcher courageusement dans la voie du salut par l'ignominie, comme par la gloire. Je me consolerais d'être rendu digne de participer aux opprobres de votre Fils et de vos saints ; mais c'est vous-même, grand Dieu , c'est la religion qu'on attaque et qu'on insulte. Ne permettez donc pas qu'on me déchire, comme un lion affamé déchire sa proie : et ne laissez pas croire à ceux qui vous haïssent , et qui me calomnient , que le juste n'a pas plus de part ici-bas à votre bienveillance et à votre protection , que l'impie.

v. 3. Domine Deus meus, si/eci istud , si est iniquitas m mimibus mets.

*. 3. Seigneur mon Dieu , si j'ai fait ce que l'on m'impute, si mes mains se trouvent coupables d'iniquité.

Il serait inutile, ô mon Dieu! de venir me justifier ici en votre présence. Je porte devant vous assez d'autres iniquités que je ne puis désavouer, et que je ne cesserai d'expier par mes larmes. Mais pour celles dont l'injustice de mes persécuteurs m'accuse, vous savez, grand Dieu, que j'en suis innocent, et que mes mains n'ont jamais été souillées des crimes qu'ils m'imputent. Ce n'est pas, grand Dieu, que la dépravation profonde de mon cœur ne m'en rende capable; mais votre grâce m'en a préservé, et je ne fais que publier vos dons en protestant hautement de mon innocence.

*■. 4. Si reddidi rctribucntibits mihi mata, decidam merito ttb inimicis mets inanis.

*. 4. Si j'ai rendu le mal à ceux qui m'en avaient fait, je consens de succomber sous mes ennemis frustré de mes espérances.

DU PSAUME VJI.

Si je rendais à mes calomniateurs injure pour injure; si j'allais fouiller dans l'histoire la plus secrète de leur vie, pour en publier la honte et l'infamie; si je cherchais à décréditer leur imposture, en apprenant au public que leurs mœurs doivent faire perdre toute créance à leurs discours ; si pour me justifier devant les hommes, je les accablais d'invectives , et me rendais coupable de haine et de vengeance devant vous; alors, grand Dieu, je mériterais que votre justice me laissât entre les mains de leur fureur et de leurs impostures. Je n'aurais pas à me plaindre, si le mensonge et la calomnie prévalaient contre moi. Je n'aurais plus droit de m'adresser à vous, si je me trouvais abattu, sans appui , sans ressource, au milieu de mille ennemis, tous les mains levées pour achever de m'écraser.

*. 5 Perseqitatur inimicits animant meam , et comprehendat, et conculcet in terra vitam meam, , et gloriam meam in pulvenm deducat.

*. 5. Que l'ennemi poursuive mon âme , et s'en rende maître ; qu'il me foule aux pieds sur la terre en m'ôtant la vie , et qu'il réduise toute ma gloire en poussière.

L'humiliation que je souffrirais alors serait la juste peine de l'emportement de mon orgueil et de ma colère. Aussi je consens , ô mon Dieu ! si vous voyez jamais ces dispositions criminelles dans mon cœur envers les calomniateurs de mon innocence, je consens qu'ils redoublent contre moi leur haine et leurfureur; qu'ils ajoutent encore des calomnies plus noires et plus déshonorantes à celles dont ils m'accablent; qu'ils me foulent aux pieds comme de la boue, et me rendent le rebut et l'opprobre de votre peuple : et s'il me reste encore quelque qualité glorieuse et honorable devant les hommes à laquelle ils n'aient pas osé toucher, je consens , ô mon Dieu ! qu'ils me ravissent encore cette gloire , qu'ils la réduisent à rien , que le souffle de leurs langues envenimées la dissipe comme de la poussière, et que je, n'aie plus pour partage que le mépris et l'opprobre universel dont ils s'efforcent de me couvrir.

*. 6. Exsurge , Domine , in ira tua , et exaltare infinibus inimicorum meorum.

t. e. Levez-vous , Seigneur, dans votre colère , et faites éclater voire grandeur au milieu de mes ennemis.

Mais puisque, grand Dieu, malgré le déchaînement de mes persécuteurs, mon cœur a toujours conservé pour eux cette charité que nous devons à ceux mêmes qui nous outragent; puisque les prières que je vous adresse tous les jours pour leur conversion, sont la seule vengeance que je me permets : levez-vous donc, grand Dieu, accourez à ma défense. Exercez sur eux des châtiments visibles et salutaires, qui les rappellent à la vérité et

à la justice, et qui soient plutôt les effets de votre miséricorde, que les signes de votre colère. Manifestez votre grandeur et votre puissance à ceux qui se persuadent que la force ou l'artifice gouverne les choses d'ici-bas , et que rien de ce qui se passe sur la terre n'intéresse votre providence et votre sagesse éternelle : faites sentir à ces ennemis de votre gloirequevousêtesleDieu du siècle présent, comme le Dieu de l'éternité, et que si vous souffrez quelquefois quel'impie prévale quelque temps sur le juste pour éprouver sa foi , et perfectionner sa vertu , tôt ou tard, les choses reprennent leur place; et après vous être servi quelque temps de l'impie pour châtier et purifier vos serviteurs , quand vos desseins éternels sont accomplis, vous le rejetez et le brisez comme un vase d'ignominie et de colère, et lui faites sentir à la fin, ici-bas même dans l'humiliation et dans l'opprobre, la peine due à ses violences et à son orgueil.

t. 7. Et exsurge, Domine Deusmeus, inprœcepto quodmandasti , et synagoga populorum circumdabit te.

*. 7. Levez- vous , Seigneur mon Dieu , suivant le précepte que vous avez établi , et l'assemblée des peuples vous environnera.

Ne nous commandez-vous pas , grand Dieu , de prendre en main la défense de l'innocent? ne nous faites-vous pas une loi de ne point souffrir que la force et l'injustice oppriment la faiblesse? Je réclame, grand Dieu, cette loi sainte en ma faveur : et je vous demande pour mon innocence, les mêmes secours dont vous nous ordonnez de protéger et de défendre celle de nos frères. Oui , grand Dieu, que tous les peuples voient que vos serviteurs ont un protecteur dans le ciel, toujours prêt à se déclarer pour eux. Faites-leur connaître sensiblement que toute la malice des hommes ne peut rien contre ceux que vous mettez à couvert sous l'ombre de vos ailes ; et que vous savez, quand il faut, faire éclater votre puissance par les signes les plus visibles de votre protection sur eux. Les peuples , frappés de ces merveilles , viendront en foule environner vos autels; le nombre de vos admirateurs se multipliera; la foi des justes, si faible et si languissante parmi les peuples, se rageillera et se fortifiera ; ils ne craindront plus la piété, comme un parti méprisé et abandonné; et la confiance dans vos promesses les rendra dignes d'en voir un jour l'accomplissement.

+. 8. Et propter hanc in ait uni regredere ; Dominus judicat populos.

*. 8. Remontez en haut à cause d'elle; le Seigneur jugera les peuples.

N'attendez pas toujours, grand Dieu, le jour de vos vengeances pour exercer vos jugements sur la<

PARAPHRASE MORALE

terre, et rétablir l'ordre que la violcnceet l'injustice ne cessent de troubler. Il est des maux qui demandent un prompt remède. Montrez-vous du haut de votre gloire le vengeur de l'innocence, le protecteur des faibles et des petits. Nous savons que vous jugerez un jour les peuples, et que vous rendrez à chacun selon ses œuvres : mais, grand Dieu! vous nous avertissez aussi que votre jugement commence dès ici-bas même.

* t>. Judica me, Domine, secundum justifiant meam et secundum iunocenliam meam super me.

*. 9. Jugez-moi , Seigneur, selon la jusUce et selon l'innocence qui est en moi.

Jugez donc ma cause , grand Dieu ! Je ne demande pas que vous me jugiez sur ce que je suis devant vous : hélas! comment pourrais-je soutenir, chargé d'iniquités et de souillures, je ne dis pas la rigueur de vos jugements, mais un seul regard de votre justice? Mais jugez-moi sur l'innocence et l'intégrité que je conserve du moins devant les hommes.

♦. 10. Consumctur nequitia peccatorum , et diriges justum, scrutons corda et renés, Deus.

*. 50. Faites que les méchants soient consumés par leur malice, et affermissez le juste, vous, ô juste Dieu! qui sondez les cœurs et les reins.

Oui, grand Dieu, je puis ici les défier. Qu'ils épuisent toutes les recherches dont leur malice et leur animosité peuvent s'aviser : qu'ils se consument en vains efforts pour découvrir dans ma conduite les prévarications dont ils tâchent de me noircir. Plus ils chercheront, plus ils se couvriront eux-mêmes de l'opprobre qu'ils me préparent; plus ils verront que votre protection m'a préservé du moins de ces chutes grossières qui déshonorent aux yeux des hommes , et que mes mœurs publiques ne se sont jamais écartées de la droiture et de l'équité que le monde lui-même exige. Il ne leur appartient pas d'aller plus avant. Ce n'est pas à eux à examiner si mes dispositions secrètes répondent à ces apparences de vertu ; et si mon cœur n'est pas corrompu , tandis que ma vie paraît irréprochable. Vous seul , grand Dieu , seul scrutateur des cœurs et des reins, pouvez voir ce qui s'y passe. A vous seul est réservé le jugement des désîrs et des pensées les plus secrètes des hommes ; c'est là-dessus que je demande d'être jugé selon votre grande miséricorde. Mais pour les œuvres qui ont eu les hommes pour témoins , elles sont à couvert de leur censure, quoiqu'elles ne le soient pas de leurs calomnies.

V. II. Justum adjutorium meum a Domino, qui salvosfacit rectos corde.

». il. Mon bouclier est Dieu même, qui sauve ceux qui ont le cœur droit.

Peut-être que l'orgueil et l'amour d'une vaine réputation ont eu plus de part à cette régularité extérieure, que le désir de vous plaire, et l'amour de votre loi sainte; cependant, grand Dieu , malgré ces faiblesses secrètes que vous voyez dans mon cœur, j'espère que la droiture et la sincérité avec laquelle je les confesse en votre présence vous rendra plus sensible aux tribulations et aux peines qu'on me suscite. Il est juste que vous veniez au secours de ceux qui ne peuvent l'attendre que de vous seul. Je sais, grand Dieu , que vous ne vous hâtez pas de punir ceux qui oppriment vos serviteurs , pour les attendre plus longtemps à pénitence. Les châtiments qu'exerce votre justice, sont éclatants et terribles ; mais la patience et la longanimité les précèdent toujours.

*. 12. Deus jndex justus , fortis etpatiens : numquid irasciturper singulos dies?

t. 12. Dieu est un juge également juste, fort et patient : se metil en colère tous les jours ?

Vous êtes un juge juste, un Dieu puissant; mais vous êtes encore plus patient que sévère. Votre colère n'est pas une colère de tous les jours : vous attendez longtemps avant de frapper. Vous vous hâtez , ce semble , grand Dieu , de répandre sur nous vos bienfaits divins ; mais dans vos châtiments vous usez toujours de remise et d'une lenteur adorable. Ce n'est qu'à l'extrémité qu'ils éclatent. Il faut , pour ainsi dire, que la main des hommes les arrache de votre sein paternel. Aussi les effets de votre indignation sur eux sont toujours bien plus rares que ceux de votreclémence ; et ce n'est que lorsque toutes les ressources de votre bonté sont épuisées, et que l'homme endurci dans l'injustice et dans le crime en a toujours abusé, que vous vous déterminez enfin à le punir.

t. 13. Nisi conversi fuerilis , gladium suum vibrabit.

t. 13. Si vous ne vous convertissez , Dieu aiguisera son épée.

Ainsi, ô vous qui ne cessez de flétrir mon innocence! souvenez-vous que ceux qui percent leurs frères du glaive de leurs langues, périront par le glaive. La bonté du Seigneur a souffert assez longtemps la malignité de vos impostures. Plus il diffère de punir, plus ses châtiments sont terribles. Reii" dez-moi ce que vos discours empoisonnés m'ont ôté devant les hommes. Faites rentrer dans votre cœur à mon égard, la vérité et la charité que la haine et le mensonge semblent en avoir bannies pour toujours. Si vous différez à vous convertir, vous n'y serez plus à temps. Les trésors de la patience et de la miséricorde divine sur vous, sont épuises. Le

DU PSAUME VII

Dieu vengeur de l'innocence a le bras levé. Le glaive de sa fureur brille déjà sur vos têtes.

t. 14. Arcum stium tetcndit, clparavit illum : et in eo paravil vasa morlis; sagillas suas ardentibus effccit.

*. 14. Son arc est tendu , il l'a préparé : il y tient tout prêts des instruments de mort; il s'est fait des flèches brûlantes.

Son arc est tendu, et les flèches ardentes, embrasées du feu de sa colère, sont toutes prêtes à fondre sur vous : c'est là tôt ou tard le destin de ceux que l'ardeur et la violence de la haine rendent injustes et cruels envers les autres hommes. Ils s'amassent des charbons de feu sur leur tête. Le Seigneur prend à leur égard les sentiments de dureté , de haine et de mort qu'ils nourrissent envers leurs frères.

*. 15. Ecce parluriit injusïdiam : concepit dolorcm, etpeperit iniquitatem.

+. 15. Le méchant a travaillé avec peine à faire éclore l'injustice : il a conçu la douleur, et a enfanté le mensonge.

On n'en vient pas tout d'un coup, grand Dieu, à ces excès de haine, de mauvaise foi et de calomnie , que vous ne laissez jamais impunis. L'humanité , l'honneur, un reste de droiture , le cœur enfin , pas encore familiarisé avec le crime, se refuserait à ces noirceurs , et en serait effrayé. Ce n'est que par degrés , que l'on parvient à s'y livrer avec une fermeté et une impudence qui ne sait plus rougir de rien. On commence pas nourrir dans son cœur des sentiments injustes de jalousie contre son frère. Ses talents, sa réputation , sa prospérité sont autant de vers qui nous rongent et nous dévorent en secret.. Plus sa gloire ou sa fortune croissent, plus notre aversionsefortifieets'allume. Elle devient au dedans de nous , comme un poison qui nous déchire , une racine d'amertume qui nous flétrit le cœur. Ce sont là comme les douleurs et le prélude du plus affreux enfantement. Quand l'âme est une fois imbibée de ce venin , qu'elle ne peut plus le renfermer dans son sein, il ne lui en coûte plus rien d'enfanter des monstres : elle se soulage même en produisant au dehors les fruits les plus honteux de l'iniquité et de la haine; c'est-à-dire l'imposture , l'artifice, la violence, l'inhumanité, la calomnie.

*. 16. Lacum aperuit , et ejjodit eum , et incidit in foveam quam fecit.

t. 16. Il a creusé la terre , pour y faire une ouverture , et il est tombé dans la fosse qu'il a faite.

Mais , ô mon Dieu ! du haut de votre justice vous voyez les pièges secrets que le calomniateur tend à l'innocence, et vous les tournez contre lui-même, ïl se donne bien de la peine pour creuser un précipice à son frère; et c'est un abîme qu'il se prépare à

lui seul. C'est un nouvel Aman : vous réservez à sa haine et à son orgueil la croix et les ignominies que ses intrigues et ses artifices destinaient à Mardochée.

1. 17. Converti tur dolorejus in caput ejus, et in vertieem ipsius iniquitas ejus descendet.

t. 17. La douleur qu'il a voulu me causer retombera sur luimême, et son injustice descendra sur sa tête.

II a enfin la douleur et la honte de voir toute la malignité de ses efforts inutile. L'innocence et la vertu triomphent enfin de l'imposture. Il ne reste plus au calomniateur que l'opprobre de son iniquité manifestée , qui le couvre. On ne le voit plus , la tête levée, se prévaloir de son crédit pour accabler l'innocent : sa seule ressource est de se dérober aux yeux du public, et d'aller cacher sa confusion dans l'obscurité d'une retraite. C'est ainsi , grand Dieu , que votre justice ne perd jamaisses droits. iVous dissimulez longtemps ; vous laissez briller, triompher l'homme calomniateur, et accabler et flétrir l'innocent. II semble que vous vous êtes retiré dans le sein inaccessible de votre gloire , et que vous ne daignez plus regarder ce qui se passe sur la terre. Mais votre patience divine a ses bornes. Plus longtemps l'impie en a abusé, plus une juste et sévère indignation lui succède; et les châtiments de votre justice ne sont jamais plus terribles, qu'après que votre bonté les a tenus longtemps suspendus.

*. 18. Confitebor Domino secundum justiliamejus , etpsallam nomini Domini Allissimi.

v. 18. Je rendrai gloire au Seigneur à cause de sa justice , et je chanterai des cantiques au nom du Seigneur Très-Haut.

Ainsi , grand Dieu, au lieu de me plaindre, que vous me livrez à la haine des méchants, je ne dois que publier vos louanges, et adorer les secrets de votre justice. Que vous veniez à mon secours, ou que vous me laissiez plus longtemps exposé à la persécution et à la calomnie, ce sont des mystères de conduite cachés dans les raisons adorables de votre sagesse , qui doivent faire toute ma consolation, et le sujet continuel de mes actions de grâces. Je vous bénirai donc , Seigneur, dans l'affliction comme dans la joie; dans les opprobres, comme dans les applaudissements; et plus mes persécuteurs publieront contre moi des impostures, plus je me consolerai en publiant de mon côté la gloire et les louanges de votre saint nom.

PARAPHRASE MORALE

PSAUME VIII

Prière d'une âme qui adore la grandeur et la toute-puissance de Dieu, visiblement tracées dans les créatures , et qui lui rend grâces de la magnificence de ses bienfaits sur l'homme.

t. i. Domine Dominus noslcr quam admirabile est nomcn tutim in universa terra!

1. 1. Seigneur notre souverain Maitre, que la gloire de votre nom parait admirable dans toute la terre !

Grand Dieu, souverain Maître de l'univers , quel lieu de la terre pourrais-je parcourir, où je ne trouve partout sur mes pas les marques sensibles de votre présence, et de quoi admirer la grandeur et la magnificence de votre saint nom ? Si des peuples sauvages ont pu laisser effacer l'idée que vous en aviez gravée dans leur âme , toutes les créatures qu'ils ont sous les yeux , le portent écrit en caractères si ineffaçables et si éclatants, qu'ils sont inexcusables de ne pas vous y reconnaître. L'impie lui-même a beau se vanter qu'il ne vous connaît pas, et qu'il ne retrouve en lui-même aucune notion de votre essence infinie ; c'est qu'il vous cherche dans son cœur dépravé , et dans ses passions , Dieu très-saint , plutôt que dans sa raison. Mais qu'il regarde du moins autour de lui, il vous retrouvera partout; toute la terre lui annoncera son Dieu ; il verra les traces de votre grandeur, de votre puissance et de votre sagesse imprimées sur toutes les créatures; et son cœur corrompu se trouvera le seul dans l'univers , qui n'annonce et nereconnaisse pas l'Auteur deson être.

*. 2. Quoniam éleva ta est magnificentia tua super cœlos. t. 2. Car votre grandeur est élevée au-dessus des cieux.

L'homme, devenu tout charnel, ne sait plus admirer que les beautés qui frappent ses sens ; mais s'il voulait faire taire ces pensées de chair et de sang qui offusquentsa raison ; s'il savait s'élever au-dessus de lui-même, et de tous les objets sensibles : ah! il reconnaîtrait bientôt que tout ce qu'il y a de plus grand et de plus magnifique dans l'univers, n'est, ô mon Dieu ! qu'un trait grossier, une ombre légère de la grandeur et de la gloire qui vous environne. Les cieux eux-mêmes, dont la hauteur et la magnificence nous paraît si digne d'admiration, disparaissent, comme un atome, sous les yeux de votre immensité. Ces globes immenses et si infiniment élevés au-dessus de nous , sont encore plus loin des pieds de votre trône adorable , qu'ils ne le sont de la terre. Tout nous annonce votre grandeur, et rien ne peut nous en tracer même une faible et légère image. Élevez donc mon âme, grand Dieu, au-dessus de toutes les choses visibles. Que je vous voie et vous

aime tout seul au milieu de tous les objets que vous avez créés. Qu'ils ne sortent jamais à mon égard de leur destination et de leur usage. Ils ne sont faits que pour manifester jusques à la fin aux hommes la puissance de celui qui les a créés, et lui former des adorateurs; et non pas pour s'attirer eux-mêmes notre amour et nos hommages.

t. 3. Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem propter inimicos tuos , ut destruas inimicum et ullorem.

*. 3. Vous avez formé dans la bouche des enfants et de ceux qui sont encore à la mamelle une louange parfaite pour confondre vos adversaires , et pour détruire l'ennemi et celui qui veut se venger.

En effet vous avez, grand Dieu! si visiblement gravé dans tous les ouvrages de vos mains la magnificence de votre nom , que des enfants mêmes qui sont encore à la mamelle ne sauraient vous y méconnaître. Il ne faut pour cela ni les lumières sublimes, ni une science orgueilleuse; les premières impressions de la raison et de la nature suffisent : il ne faut qu'une âme simple et innocente qui porte encore en elle ces traits primitifs de lumière que vous avez mis en elle en la créant , et qui ne les a pas encore obscurcis ou éteints par les ténèbres des passions, ou par les fausses lueurs d'une absurde et insensée philosophie. Vous ne vous manifestez, grand Dieu , qu'aux humbles et aux petits. Ce sont eux seuls qui vous connaissent, et qui vous rendent le seul hommage digne de vous, en vous aimant, et en publiant les louanges de votre grâce. Mais vous aveuglez les impies; vous livrez ces ennemis de votre nom, à la vanité et à l'égarement de leurs pensées. Vous les laissez précipiter d'abîme en abîme , de ténèbres en ténèbres; et parce qu'ils ont voulu, par leurs recherches orgueilleuses , s'élever à des connaissances inconnues au reste du genre humain, vous avez permis que leur raison s'obscurcît , et qu'ils fussent privés de ces lumières mêmes qui sont communes à tous les hommes. Ne m'abandonnez pas , grand Dieu, à cet orgueil détestable, qui n'aboutit qu'à vous méconnaître et à vous outrager : donnezmoi cette science humble et soumise, qui ne veut connaître de vos secrets adorables, que ce que vous nous en avez vous-même révélé; qui trouve dans la voix seule de votre Église, et la règle infaillible qui fixe les incertitudes de sa raison , et la lumière qui en éclair? les doutes ; et qui croit savoir tout ce qui est nécessaire , quand elle sait que l'homme n'est qu'ignorance et que ténèbres.

v. 4. Quoniam videbo cœlos tuos, opéra digilorum tuoriun , liatam et stellas quœ tufundasti.

t. 4. Quand je considère vos cieux, qui sont les ouvrages de vos doigts ; la lune et les étoiles que vous avez affermies

Et qu'est-il besoin en effet, mon Dieu , de vaines

DU PSAUME VIII

recherches et de spéculations pénibles pour connaître ce que vous êtes ? Je n'ai qu'à lever les yeux en haut : je vois l'immensité des cieux , qui sont l'ouvrage de vos mains ; ces grands corps de lumière qui roulent si régulièrement et si majestueusement sur nos têtes, et auprès desquels la terre n'est qu'un atome imperceptible : quelle magnificence, grand Dieu ! Qui a dit au soleil : Sortez du néant, et présidez au jour; et à la lune : Paraissez, et soyez le flambeau de la nuit? Qui a donné l'être et le nom à cette multitude d'étoiles qui décorent avec tant de splendeur le firmament, et qui sont autant de soleils immenses attachés chacun à une espèce de monde nouveau qu'ils éclairent? Quel est l'Ouvrier dont la toute-puissance a pu opérer ces merveilles, où tout l'orgueil de la raison éblouie se perd et se confond ? Eh ! quel autre que vous , souverain Créateur de l'univers, pourrait les avoir opérées? seraient-elles sorties d'elles-mêmes du sein du hasard et du néant? et l'impie sera-t-il assez désespéré pour attribuer à ce qui n'est pas, une toute-puissance qu'il ose refuser à celui qui est essentiellement, et par qui tout a été fait ?

*. 5. Qukl est homo, quod memores ejus; autfilius hominis , quoniam visitas eum?

*. 5. Je m'écrie : Qu'est-ce que l'homme, pour mériter que vous vous souveniez de lui ; ou le lils de l'homme , pour être digne que vous le visitiez?

Pour moi , grand Dieu ! abîmé à la vue de tant de gloire et de magnificence , je m'écrie : Est-il possible qu'un Dieu si grand et si puissant veuille s'abaisser jusques à penser à l'homme , et en faire l'objet de ses soins? Mais ce n'est encore rien, grand Dieu! que je ne sois devant vous que cendre et poussière, j'offre encore à vos yeux les prévarications d'un cœur infidèle , et les souillures dont j'ai tant de fois sali mon néant et ma boue. Cependant un ver de terre révolté tel que je suis , s'est attiré vos regards ; et il ne vous a pas paru indigne de votre gloire de vous souvenir de lui, et de le visiter dans votre grande miséricorde!

*. 6. Minuisti eum paulo minus ab angelis; gloria et honore coronasti eum, et constituisli eum super opéra manuum tuarum.

t. 6. Vous ne l'avez qu'un peu abaissé au-dessous des anges; vous l'avez couronné de gloire et d'honneur, et vous l'avez établi sur l'ouvrage de vos mains.

+. 7 et 8. Omnia subjecisii sub pedibus ejus , oves et boves universas, iti super et pecora campi ; volucres cœli ctpisces maris, qui perambulant semitas maris.

+. 7 et 8. Vous avez mis toutes choses sous ses pieds , et les lui avez assujetties, toutes les brebis et tous les bœufs, et même les bètes des champs ; les oiseaux des cieux et les poissons de la mer, qui se promènent dans les sentiers de l'Océan.

Mais je cesse, ô mon Dieu! d'en être surpris,

quand je rappelle ce premier état de gloire et d'innocence où vous aviez créé l'homme. Vous aviez imprimé en lui l'image glorieuse de votre divinité. Vous aviez soufflé dans sa boue un esprit de vie , une âme spirituelle et immortelle, capable de vous connaître et de vous aimer. Vous l'aviez orné des dons lumineux de la science , de la sainteté et de la justice. Seul de toutes les créatures visibles, il avait le droit de s'élever jusques à vous , de parler à son Seigneur, de lui rendre grâces , et d'entretenir un commerce familier avec lui. Les anges eux-mêmes, ces intelligences si pures et si sublimes, n'avaient presque rien au-dessus de lui; et ce qu'il avait pardessus elles, c'est que vous vous étiez comme démis entre ses mains de votre domaine sur toutes les créatures. Vous l'aviez établi le maître et le seigneur de tous les ouvrages sortis de vos mains; vous aviez soumis à son empire les animaux qui rampent sur la terre , les oiseaux qui volent dans les airs , et les poissons qui se font un sentier sous la profondeur des eaux de la mer. De combien d'honneur et de gloire , grand Dieu , aviez-vous revêtu cet homme au sortir de vos mains ! vous aviez comme couronné en le créant , et mis le dernier degré de perfection à tous vos autres ouvrages , dont il était le chef-d'œuvre.

Mais il ne sut pas jouir longtemps de vos divins bienfaits. Il succomba bientôt sous ce poids de gloire et de bonheur où vous l'aviez élevé. Il se rendit l'esclave des créatures dont il était auparavant le maître. La mort et le péché prirent en lui la place de l'innocence et de l'immortalité ; et dans cet état affreux de misère où il était tombé, votre miséricorde , grand Dieu , lui prépara une ressource encore plus glorieuse pour lui, que tous les avantages dont il était déchu. Votre Verbe éternel descendit du sein de votre gloire , pour s'unir à sa nature. Il en prit sur lui les infirmités et les crimes, pour en devenir l'expiation et la victime. La nature humaine avec lui monta à la droite de votre immense Majesté; elle se vit élevée au-dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances célestes. Votre Fils adorable fit entrer tous les hommes dans les droits de sa filiation éternelle. Nous reçûmes tous le titre glorieux de ses frères, et il ne fut que notre premier-né. Vous étiez notre Dieu, vous voulûtes être notre père. Nous n'étions que votre ouvrage , et nous devînmes vos enfants. Grand Dieu , souverain maître de l'univers! ce n'est pas en tirant du néant toutes les créatures, que votre puissance et la grandeur de votre nom a paru le plus admirable sur la terre : c'est en y faisant descendre votre propre Fils, la splendeur de votre gloire, revêtu de

la bassesse et des infirmités de notre nature : c'est en nous manifestant le grand mystère de piété que vous prépariez depuis le commencement des siècles, et qui doit faire la consolation et l'étonnement de tous les siècles à venir. Votre nom , grand Dieu , était autrefois ce nom terrible que la bouche de rhomme n'osait prononcer : mais depuis que vous êtes devenu notre père, c'est-à-dire le père commun de tous les frères de votre Christ; ce n'est plus qu'un nom de tendresse, que l'amour filial nous donne droit de prononcer, et que nous mettons avec confiance à la tête de toutes les supplications qui montent vers vous de tous les endroits de l'univers. Seigneur, notre souverain Maître, que la gloire de votre nom paraît admirable dans toute la terre! Domine Dominus noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terra !

PSAUME IX

Prièred'une âme chrétienne qui rend grâces à Dieu des prospérités qu'il a accordées à l'Église, et des victoires qu'il lui a fait remporter dans tous les temps sur les ennemis de son nom et de son culte.

*. I. Confilebortibi, Domine , in toto corde mco : narrabo omnia mirabUia tua.

t. I . Je vous louerai , Seigneur, de toute l'étendue de mon cœur : je raconterai toutes vos merveilles.

Grand Dieu, toutes les puissances de mon âme, mon cœur et mon esprit, peuvent à peine suffire pour admirer, pour célébrer les merveilles que vous avez opérées dans tous les temps, afin d'empêcher que les portes de l'enfer ne prévalussent contre votre Église. Vous ne leur avez opposé d'abord que des hommes simples et obscurs , mais remplis de votre esprit de force et de sagesse; et ils ont élevé sur les débris des autels profanes, soutenus de toute la puissance des césars , et des nations les plus formidables, répandues dans tout l'univers; ils ont élevé eux seuls l'opprobre de la croix , et le signe adorable du salut de tous les hommes. Un culte impie autorisé par la majesté des lois , par la pompe de ses superstitions et de ses cérémonies, par l'antiquité respectable de ses erreurs, par la science et la sagesse de ses sectateurs, par des préjugés communs à tous les peuples , et qui paraissent avoir pris leur naissance presque avec le monde même ; ce culte impie a disparu de dessus la terre, à la vue de douze pauvres pêcheurs qui en sont venus manifester aux hommes l'extravagance et l'impiété , et qui ont substitué à la place de ces idoles pompeu-

ses, et des dissolutions consacrées à leur culte, le mystère d'un Dieu anéanti, et la sévérité de son Évangile. Il fallait, grand Dieu, qu'une doctrine descendue du ciel , trouvât tout l'univers armé contre elle , qu'elle partit sur la terre sans force et sans secours humain, et triomphât cependant de toutes les doctrines humaines répandues sur la face de l'univers , pour persuader aux hommes que c'était là votre seul ouvrage ; que le crédit, la force, l'éloquence , l'intérêt , c'est-à-dire un bras de chair, ne l'avait point établie. C'est ainsi que vous avez formé une nouvelle Jérusalem : et les grandes merveilles que vous opérâtes autrefois , pour établir l'ancien peuple dans la Jérusalem terrestre , et y fixer un culte et un temple; ces merveilles que chante ici votre prophète, n'étaient qu'une figure, ou plutôt une prophétie des merveilles que vous deviez opérer pour l'établissement de votre Église.

*. 2. Lœtabor et exsullabo in te : psallam nomihi tuo , Altissime !

t. 2. Je me réjouirai en vous, et je ferai paraître ma Joie au dehors : je chanterai à la gloire de votre nom , vous qui êtes le Très-Haut!

Quellejoie, grand Dieu, et quelle consolation pour ceux que vous avez appelés à la connaissance de votre Fils et de ses mystères ! quelle joie de sentir que leur espérance n'est pas vaine ; et que leur foi , qui humilie la raison par l'obscurité sainte de ses mystères, la console et la rassure par sa certitude et parla merveille de son établissement! Ces grands objets devraient faire l'unique motif de nos hommages et de nos cantiques d'actions de grâces, et nous ne nous réjouissons, grand Dieu, que des prospérités temporelles que vous répandez presque toujours sur nous dans votre colère; tandis que nous ne rappelons qu'avec indifférence le bienfait de la foi et la vocation à l'Évangile, dont vous favorisâtes nos pères, qui n'étaient pas votre peuple, qui n'avaient aucune part aux promesses, et qui, dans des contrées reculées, et à peine connues de vos premiers diseiples, étaient assis dans les ténèbres de l'idolâtrie et dans les ombres de la mort, et paraissaient éloignés pour toujours de la voie de Dieu, et delà voie de la vérité et du salut ! Pour moi , grand Dieu , transporté de joie à ce souvenir , je ne veux plus le perdre de vue. Vous parûtes puissant, sage, grand et magnifique dans la formation de l'univers; mais vous l'avez paru, si je l'ose dire , encore davantage dans l'établissement de votre Église.

*. 3. In converlendo inimicum meum relrorsum, infirmabuntur eiperibunt afacic tua.

v. 3. Quand vous aurez renversé et fait tourner en arrière mon ennemi, ceux qui me haïssent tomberont dans la dernier» faiblesse et périront devant votre l'ace.

DU PSAUME IX

En vain chaque siècle a enfanté des docteurs de Terreur et du mensonge, des esprits rebelles et audacieux, qui ont conspiré contre elle : en vain les siècles à venir en verront encore naître ; tous leurs efforts se briseront contre la pierre qui lie et qui soutient cet édifice saint. Ils pourront faire quelque progrès ; car l'erreur offre d'abord les charmes de la nouveauté , qui flattent l'orgueil , et qui lui forment des sectateurs : mais ils perdront tôt ou tard ce vain avantage : la première séduction se dissipera peu à peu : la nouveauté perdra ses charmes , et ne paraîtra plus qu'avec les vaines couleurs de l'erreur et de la rébellion : les hommes rentreront dans le sentier d'où ils s'étaient égarés ; et l'on verra ses partisans les plus célèbres et les plus outrés, qui resteront encore, languir dans l'obscurité, oubliés ou méprisés , et disparaître enfin de la face de la terre , avec la douleur déplorable de voir périr avec eux le dogme réprouvé, cet enfant de ténèbres, ce fruit de l'orgueil et de la fausse science de leurs maîtres.

t. 4. Quoniam fecisti judicium meiim et caitsam meam; sedisti super thronum ,quijudicas justitiam.

*. 4. Parce que vous m'avez rendu justice, et que vous vous êtes déclaré pour ma cause , vous vous êtes assis sur votre trône, vous qui jugez selon la justice.

C'est ainsi, grand Dieu, que du haut de votre trône vous avez toujours soutenu la cause de votre Église; et cette protection visible et non-interrompue affermit toujours les fidèles dans la soumission pleine et entière qu'elle exige d'eux. Vous êtes trop juste et trop fidèle dans vos promesses, pour permettre que les illusions de l'esprit humain prennent jamais la place des vérités dont votre Église est la dépositaire incorruptible. La stabilité de sa chaire sera aussi durable et aussi éternelle que celle du trône majestueux sur lequel vous êtes assis. C'est de là qu'elle prononcera toujours ses lois et sesjugements infaillibles. Toutes les lumières de ma science, toute la sagesse de ma raison se borneront à les écouter; et ma cause n'aura jamais rien à craindre de la rigueur de votre justice et de vos jugements, tandis qu'elle sera confondue avec la sienne.

t. 5. Increpasti gentes , et periit itnpius : nomen eorum delesti in œlernum et in sœculum sœculi.

*. 5. Vous avez repris et traité avec rigueur les nations, et l'impie a péri ; vous avez effacé leur nom pour toute l'éternité et dans tous les siècles des siècles.

Cette espérance , ô mon Dieu ! devient encore plus ferme , quand je rappelle tout ce que votre bras a opéré d'éclatant et de merveilleux pour soutenir les commencements faibles et timides de votre Église

naissante. L'univers n'était peuplé que de nations fières et idolâtres , ennemies de votre nom et de votre culte : l'empire, la puissance, les richesses, la force , tout était entre leurs mains. Vos fidèles ne formaient sur la terre qu'un petit troupeau de brebis dispersées au milieu de ces loups furieux , sans cesse exposées à leur rage, et qui ne pouvaient s'assouvir de leur sang. Et cependant , grand Dieu , vous avez dissipé comme de la poussière toutes ces nations idolâtres , si nombreuses et si puissantes : il n'en reste plus de vestiges : vous en avez éteint et effacé jusques au nom de dessus la terre. L'impie persécuteur, un Néron , un Dioclétien , qui avaient rougi toutes les contrées de l'empire du sang de vos martyrs , ont péri , et expié par une mort funeste et tragique , par des guerres et des calamités, qui ont enfin renversé leur empire, les maux dont ils avaient affligé votre Église.

t. 6. Inimici dcfeccrunl framete in finem , cl chvitates eorum destruxisti.

t. 6. Les armes de l'ennemi ont perdu leur force pour toujours, et vous avez détruit leurs villes.

Oui , grand Dieu , le glaive, que vos ennemis avaient tenu si longtemps levé sur la tête de vos saints, s'est tourné enfin contre eux-mêmes. Lassés d'immoler ces saintes victimes , et leurs mains encore sanglantes , ils ont vengé sur eux la mort de vos serviteurs. Votre justice a soufflé au milieu d'eux la division et la guerre : vos fidèles n'ont pas eu besoin de s'assembler pour les détruire. Hélas! la foi et la patience étaient le seul glaive que vous leur aviez mis entre les mains , et les seules armes aussi qu'ils opposaient à la fureur des tyrans. Vous ne vous êtes servi que d'eux-mêmes pour les exterminer. Le monde devint un théâtrs d'horreur, où les rois et les nations conjurés les uns contre les autres ne semblaient conspirer, en se détruisant tour à tour, qu'à purger l'univers de cette race impie et idolâtre qui couvrait alors toute la face de la terre. C'était un nouveau déluge de sang dont votre justice se servait, pour la punir et la purifier encore. Leurs villes, si célèbres autrefois parleur magnificence, par leur force et encore plus par leurs crimes et leurs dissolutions, ne furent plus que des monceaux de ruine. Ces asiles fameux de l'idolâtrie et de la volupté furent renversés de fond en comble. Ces statues si renommées qui les embellissaient, que l'antiquité avait tant vantées, la faiblesse de leurs dieux ne put les mettre à couvert; et elles furent ensevelies dans les débris de leurs villes et de leurs temples. Il ne reste donc plus rien de tous ces superbes monuments de l'impiété.

PARAPHRASE MORALE

*. 7. Pcriit mcmoria eorum cum sonitu : et Dominas in œternmn pcrmanet.

*. 7. Leur mémoire a péri avec grand bruit : mais le Seigneur demeure éternellement.

Que sont devenus ces césars qui faisaient mouvoir l'univers à leur gré, ces protecteurs d'un culte profane et insensé, ces oppresseurs barbares de vos saints et de votre Église ? A peineen reste-t-il quelque souvenir sur la terre : leur nom même ne s'est conservé jusques à nous qu'à la faveur du nom des martyrs qu'ils ont immolés, et que les fêtes de votre Église feront passer d'âge en âge jusques à l'avènement de votre Fils. La gloire et la puissance de ces tyrans s'est évanouie avec le bruit que leur ambition , leur cruauté, leurs entreprises insensées, avaient fait sur la terre. Semblables au tonnerre qui se forme sur nos têtes, il n'est resté de l'éclat et du bruit passager qu'ils ont fait dans le monde , que l'infection et la puanteur. C'est le destin des choses humaines , de n'avoir qu'une durée courte et rapide, et de tomber aussitôt dans l'éternel oubli d'où elles étaient sorties. Mais votre Église, grand Dieu, mais ce chefd'œuvre admirable de votre sagesse et de votre miséricorde envers les hommes, mais votre empire, Maître souverain des cœurs, n'aura point d'autres bornes que celles de l'éternité. Tout nous échappe, tout disparaît, la figure du monde change sans cesse autour de nous : c'est une scène sur laquelle, à chaque instant , paraissent de nouveaux personnages qui se remplacent ; et de tous ces rôles pompeux qu'ils ont joués pendant le moment qu'on les a vus sur le théâtre , il ne leur reste à la fin que le regret de voir finir la représentation, et de ne se trouver réellement que ce qu'ils sont devant vous.

*. 8. Paruvit itljudicio thronum suum , et ipse judicabit orbem terrœ in œquiUite : judicabit populos in jnstilia.

*. 8. 11 a préparé son trône poifr exercer son jugement, et il jugera lui-même toute la terre dans l'équité : il jugera Les peuples avec justice.

Vous ne pouviez plus, juste Juge des hommes, souffrir les impiétés et les abominations dont la terre était couverte. Les plus viles créatures y avaient usurpé les hommages qui ne sont dus qu'à vous seul. Des aute«!s impies étaient élevés partout à des animaux sans raison, ou à des divinités impures et criminelles , et encore plus méprisables que la boue; et l'homme insensé prostituait ses hommages à des dieux qui étaient l'ouvrage de ses mains. Ce n'est pas assez : touché de l'égarement des peuples de la terre, vous fîtes luire, Dieu de bonté, au milieu de ces ténèbres, la lumière de votre Évangile; et non-seulement ils ne voulurent pas ouvrir les yeux à la vérité qui se montrait enfin, mais ils

s'armèrent comme des furieux contre elle. Ils inventèrent de nouveaux supplices, sous lesquels ils faisaient expirer les hommes apostoliques qui venaient la leur annoncer. Toutes les nations semblèrent conjurées pour la bannir encore une fois de la terre. Alors , ô mon Dieu ! voyant que leurs iniquités étaient montées à leur comble, et que la lumière même que votre miséricorde venait de faire luire sur tout l'univers achevait de les aveugler, vous montâtes sur le trône de votre justice; vous y préparâtes les fiéaux et les châtiments que votre clémence avait longtemps suspendus. Vous frappâtes les peuples de la terre; vous vengeâtes le sang de vos serviteurs : vous crûtes devoir exterminer des nations qui ne semblaient subsister que pour s'efforcer d'abolir la gloire de votre nom et la sainteté de votre culte; et vous leur substituâtes un nouveau peuple fidèle, qui vous adore en esprit et en vérité.

t. 9. Etfactus est Dominns refugium pauperi , adjutor in opporlunitatibus , in tribulationc.

t. 9. Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre; et il vient à son secours, lorsqu'il en a besoin, et qu'il est dans l'affliction.

Le monde, universellement plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie et des dissolutions les plus monstrueuses , eut beau s'élever contre ce nouveau peuple : en vain la puissance et la barbarie des persécuteurs paraissaient sur le point de l'engloutir : en vain proscrits de tous lieux, les terres, les mers, leurs proches, leur patrie, tout semblait leur refuser un asile; vous devîntes, grand Dieu, le refuge de ces pauvres opprimés. Ils étaient abjects aux yeux du monde, sans crédit, sans appui, sans richesses périssables : mais dépositaires des véritables biens, des richesses éternelles de la grâce et de la vérité, dont vous les aviez auparavant enrichis et comblés euxmêmes , ils les répandaient avec profusion sur les hommes. Vous attendîtes que tout parût déchaîné contre eux; et lorsqu'il ne paraissait pour eux plus de ressource ; que la persécution était plus générale et plus violente; que leurs tribulations semblaient ne devoir finir qu'avec eux : ce fut alors, grand Dieu, que vous rendîtes à votre Église la paix et la tranquillité. Votre secours , qui arrive toujours dans le temps convenable, se fit sentir lorsque tout semblait le plus désespéré. Vous suscitâtes un prince selon votre cœur, qui purgea la terre des tyrans. La pourpre des césars, jusque-là rougie du sang de vos serviteurs, devint leur bouclier et leur asile. Le signe sacré de votre croix parut à la tête de ces mêmes troupes qui avaient encore les mains souillées du sang et du carnage des martyrs : vous re-

DU PSAUME IX

devîntes le Dieu des armées. Les lois de l'empire s'unirent avec celles de l'Évangile, auquel elles avaient été jusque-là si contraires. Les démons furent chassés des temples superbes et profanes que la superstition leur avait élevés; et vous y rentrâtes dans vos droits. Votre culte saint sortit de l'obscurité et des ténèbres , où la fureur des persécutions l'avait retenu. L'Église de la terre parut revêtue de gloire et de magnificence, et devint une image de celle du ciel ; et l'univers entier fut étonné de se trouver chrétien.

*. 10. Et sperent in te qui noverunt nomen tuum, quoniam non dereliquisti quœrentes te , Domine.

t. io. Que ceux-là espèrent en vous qui connaissent votre saint nom , parce que vous n'avez point abandonné , Seigneur, ceux qui vous cherchent.

Au souvenir de ces merveilles, ô mon Dieu! et d'une protection si éclatante sur votre Église, quel aveuglement de vouloir se persuader qu'elle peut manquer, et douter de son éternelle durée! Aussi l'enfer a eu beau se déchaîner contre elle dans la suite. Des temps de trouble, d'obscurité et d'erreur, se sont élevés en vain , et ont tenté de faire chanceler l'ancienne foi. Les siècles eux-mêmes de nos pères ont en vain enfanté des doctrines étrangères, qui vous ont envahi une portion considérable de votre héritage. L'Église a gémi de voir ses propres enfants se révolter contre leur mère, qui les avait engendrés dans le Seigneur : mais en pleurant leur perte, elle nTa pas laissé de subsister, et d'être cette épouse unique et fidèle, avec laquelle vous avez fait une alliance éternelle. Leur séparation a pu diminuer quelque chose de son étendue , mais elle n'a pu lui ravir ni la charité , ni la vérité ; elle a toujours été depuis , comme elle était auparavant , cette montagne élevée, sur laquelle sont rassemblés tous vos vrais adorateurs. C'est elle qui depuis vous a engendré cette multitude d'enfants dans ce monde nouveau inconnu à nos pères, tandis que les branches séparées du tronc , privées du suc et de la sève qui pouvaient les rendre fertiles , demeurent depuis leur retranchement dans une honteuse stérilité. En vain, dans la paix même et dans l'unité de votre bercail , l'homme ennemi a-t-il soufflé un esprit de guerre et de dissension; ceux qui sont instruits, ô mon Dieu ! de la sainteté et de la vérité de votre doctrine, et qui connaissent la puissance de ce nom redoutable qui veille sur la conservation du dépôt, s'affligent, mais ne s'alarment pas de ces tristes contentions. Ils savent que la vérité sort toujours plus brillante des nuages dont elle semble quelquefois s'envelopper ; et plus les maux semblent inonder,

plus ils attendent le signe du ciel qui va rendre la paix et la sérénité à la terre.

t. il. Psallile Domino, qui habitat in Sion : annuntiate inter génies studia ejus.

t. il. Chantez des cantiques au Seigneur, qui demeure dans Sion : annoncez parmi les nations la sagesse de ses conseils.

Quel nouveau motif pour nous, grand Dieu, de chanter sans cesse les louanges de votre grâce ! vous la répandez avec profusion sur votre Église. Ce n'est que dans cette sainte Sion , que vous avez établi votre demeure. Tous ces autres temples qui se vantent de vous posséder, ne renferment dans leur enceinte que des figures vaines et stériles. Us ne sont que le siège de l'orgueil et de l'erreur; et vous n'habitez point au milieu d'eux. Ce sont des temples de Dagon, où vous ne pourriez paraître que pour en renverser les autels profanes. Ce sont là les vérités consolantes que nous ne cessons d'annoncer a ces nations qui ont élevé des autels étrangers au milieu d'elles. Vous les avez livrées à un esprit d'erreur; chaque siècle y en a enfanté de nouvelles; et depuis qu'elles ont déchiré le sein de votre Église, et se sont détournées du droit sentier, chaque pas qu'elles ont fait leur a creusé de nouveaux précipices : mille sectes sont nées d'une seule; chacun y est à soi-même sa loi et la règle de son culte : et à force de vouloir épurer la religion , elles ont fini après par n'en avoir plus. La protection visible dont, selon votre promesse, vous favorisez votre Église, la met à couvert de ces tristes variations. Comme vous, elle ne connaît point de changement. Des monstres d'erreur y peuvent naître; mais à peine les a-t-elle découverts, que, comme une mer irritée, elle s'élève, s'enfle et les rejette tôt ou tard hors de son sein. Dépositaire de l'ancienne doctrine , tout ce qui est nouveau lui est étranger : la nouveauté a beau se couvrir des apparences de la piété, ou d'une austère régularité, elle lui arrache tôt ou tard le masque; et à mesure qu'elle en approche le flambeau de la vérité qui préside à tous ses jugements, l'illusion tombe et s'évanouit. Elle peut, pour quelque temps, suspendre ses censures contre l'erreur; mais elle ne peut jamais lui donner son suffrage.

*. 12 Quoniam requirens sanguinem eorum recordatus est, non est oblitus clamorem pauperum.

1. 12. Parce qu'il s'est souvenu du sang de ses serviteurs pour en prendre la vengeance, il n'a point mis en oubli le cri des pauvres.

Voilà , grand Dieu , le privilège perpétuel et divin qui distinguera toujours votre Église des superstitions et des sectes. Et n'est-il pas juste , ô mon Dieu ! qu'étant fondée sur le sang de tant d'apôtres et de

martyrs, qui ont livré leur âme pour elle, vous en fassiez l'objet continuel de votre souvenir et de votre tendresse? Pourriez-vous jamais oublier les cris et les prières ferventes que ces hommes humbles et si vénérables faisaient monter vers vous, sur les échafauds , au milieu des supplices , pour vous demander la conservation et la durée éternelle de l'Église, à laquelle leurs souffrances rendaient un témoignage si héroïque ? nous sommes encore , grand Dieu , les enfants et les successeurs de ces pauvres selon le monde, mais de ces héros chrétiens; et si nous ne sommes pas les héritiers de leur sainteté et de leur courage, nous le sommes du moins de leur foi. Vengez leur sang, à la bonne heure , sur ceux qui ont dégénéré de cette simplicité de foi et de doctrine qu'ils nous ont transmise. Faites-leur sentir l'opprobre dont ils se couvrent, de ne tenir plus à la succession de tant de martyrs et de pasteurs dont nous descendons de siècle en siècle ; de renoncer à la noblesse et à l'ancienneté de leur extraction; d'avoir mieux aimé s'être fait des pères et des chefs nouveaux, et être une race toute nouvelle, que les enfants des prophètes, des martyrs, des apôtres et de leurs légitimes sucesseurs. Ou plutôt, grand Dieu, rendez-nous nos frères égarés, que le malheur de leur naissance plutôt que leur choix, a séparés de nous. Remontez jusques aux siècles où leurs ancêtres , disciples dociles et fervents de votre Église , vous offraient encore des louanges pures. Que la piété des pères ne soit pas inutile aux enfants. Que les monuments de leur ferveur, étalés encore de toutes parts dans nos temples, sollicitent votre miséricorde. Accomplissez, grand Dieu, votre promesse. Appelez encore à votre festin sacré , ceux qu'il faut aller chercher dans les chemins écartés et fort éloignés de votre maison sainte. Rassemblez les dispersions d'Israël; et faites qu'ils n'aient plus qu'un bercail et qu'un pasteur.

*. 13. Miserere mei , Domine! vide humilitatem meam de inimicis meis.

*. 13. Ayez pitié de moi , Seigneur ! voyez l'état d'humiliation où mes ennemis m'ont réduit.

Mais, grand Dieu, en sollicitant votre clémence pour ceux que le schisme et l'erreur ont séparés de votre Église, j'en ai encore plus de besoin moimême. Il est vrai que vous m'avez fait naître dans la voie de la vérité et du salut. Mais n'en suis-je pas plus coupable d'abuser de votre bienfait, et de rendre inutiles à ma sanctification tous les secours que votre Église m'offre sans cesse ? Tyr et Sidon auraient fait pénitence, si vous les aviez favorisées d'une partie des grâces et des lumières dont j'abuse tous les jours. Ayez donc pitié, Seigneur,

de ma faiblesse; ne permettez pas que je périsse dans le port même. Mes passions, ces ennemis irréconciliables de mon âme, m'y font éprouver tous les jours des orages , où je me vois à chaque instant sur le point de céder à leur violence. Fortifiez mon cœur, grand Dieu , ou affaiblissez des ennemis qui en connaissent les endroits faibles, et qui s'en prévalent. Voyez, grand Dieu, toute ma misère, et combien je suis peu capable de leur résister. Hélas! loin de combattre mes passions, je les ménage, je les aime, je les défends contre votre grâce, et je suis toujours d'intelligence avec elles dans tous les assauts qu'elles me livrent. Vous voyez, grand Dieu, le péril qui me menace; rendez-vous maître de mon cœur. Les passions le déchirent, quand une fois elles s'en sont emparées : mais pour vous, 6* mon Dieu!. dès que vous en avez pris possession, tout y est en paix : la joie et la tranquillité y entrent avec vous.

*. 14. Qui exaltas me de port is mortis, ut annunliem omnet laudalioncs tuas in portisfiliœ Sion.

t. 14. Vous qui me relevez et me retirez des portes de la mort, afin que j'annonce toutes vos louanges aux portes de la lillfl de Sion.

Vous délivrâtes , grand Dieu, nos pères des portes de la mort. L'hérésie était sur le point d'engloutir votre héritage. Armée contre ses souverains, elle entraînait les peuples et les grands dans la révolte contre les puissances et contre votre culte. Tout semblait, ou s'armer pour elle, ou disposé à suivre ses étendards. Vous l'arrêtâtes , grand Dieu, au milieu de sa course : vous combattîtes pour votre peuple et pour votre loi sainte. Elle devint, cette loi toujours immuable, victorieuse de l'erreur. Nous sommes les enfants de ceux dont vous conservâtes la foi pure ; et par là vous m'avez préservé moi-même des portes de la mort, en me faisant naître d'une race fidèle, et ne permettant pas que mes ancêtres me transmissent , avec leur sang , le venin d'une doctrine profane. Puis-je assez, grand Dieu, reconnaître ce bienfait? et ne dois-je pas employer mes soins et mes veilles pour animer les véritables enfants de Sion à redoubler envers vous leurs actions de grâces, et publier tous les jours vos louanges dans les temples eux-mêmes que votre miséricorde nous a conservés ?

t. 15 et IG. Exsultabo in salutari tuo : infixœ sunl gentes in interitu quemfecerunt : in laqueoisto quem absconderunt, comprehensus est pes eorum.

t. 15 et 16. Je serai transporté de joie, à cause du salut que vous m'aurez procuré . les nations se sont elles-mêmes en ■ gagées dans la fosse qu'elles avaient faite pour m'y faire périr: leur pied a été pris dans le même piège qu'ils avaienttenda en secret.

DU PSAUME IX

Plus je rappelle le péril qui menaçait alors votre héritage, et le salut et la délivrance dont nous vous filmes redevables , plus mon cœur se livre à de saints transports de joie. Vous ne vous êtes pas contenté de sauver votre peuple , et de le préserver de la contagion de l'erreur. Vous avez percé ses sectateurs des mêmes armes qu'ils avaient préparées contre nous. Cette liberté qu'ils nous vantaient tant, en nous reprochant notre soumission à l'autorité respectable de vos pasteurs , comme une crédulité aveugle et superstitieuse , cette liberté les a elle-même rendus esclaves d'une doctrine toujours changeante et incertaine, et qui n'a plus de règle que les variations éternelles de l'esprit humain. Les pièges qu'ils tendaient à la foi des simples , se sont tournés contre eux-mêmes. Leur conjuration unanime contre votre Église , les a divisés ; et du même principe qui avait formé leur désobéissance et leur révolte est sorti le dogme monstrueux qui secoue toute autorité, et qui autorise chaque particulier à se soulever contre la doctrine de ses faux apôtres, à devenir luimême l'interprète de vos Écritures et de vos lois, et à se faire une religion selon le caprice et les égarements déplorables de son esprit. C'est parla, grand Dieu , que vous détruirez enfin ces ennemis de votre culte ; et vous vous servirez , pour anéantir l'erreur, de la doctrine elle-même qui lui donna naissance.

*. 17. Cognoscelur Dominas judicia faciens : in opcribus manuum suarum comprehensus est peccator.

*. 17. Le Seigneur sera reconnu en exerçant ses jugements : le pécheur a été pris dans les œuvres de ses mains.

C'est ainsi , grand Dieu , que vous manifestez tous les jours votre justice et votre puissance à votre Église, en n'employant, pour détruire ses ennemis, que les mêmes armes qu'ils avaient préparées contre elle. On sent bien dans les jugements que vous exercez sur les peuples et sur les nations séparées de l'unité, qui se sont fait de nouveaux dieux, et un nouveau culte; on sent bien que vous êtes le Seigneur, et quel est l'autel et le temple où vous voulez être adoré. Vous avez permis que ces censeurs téméraires de votre doctrine se soient jetés euxmêmes dans des contradictions inexplicables, où ils se trouvent pris, comme dans un piège, d'où ils ne sauraient se tirer. C'est la destinée de l'erreur, de forgei de ses propres mains le glaive qui doit lui porter le coup mortel. Il n'y a qu'à la laisser faire elle même. Toutes les machines qu'elle élève à grands frais pour ébranler l'édifice auguste de la foi , retombent enfin sur sa tête orgueilleuse , et achèvent de l'écraser.

MASSIU.ON.

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