PSAUME XIV
Prière pour ceux qui se destinent à être les ministres du tabernacle , ou qui le sont 'déjà , par laquelle ils demandent à Dieu les vertus nécessaires aux fonctions saintes de leur ministère.
* l . Domine , quis habitabil in labernaculo tuo ? nul guis rcquiescel in monte sancto tuo?
* . 1 . Qui sera digne , Seigneur, de demeurer dans votre taberoacle, et de se reposer sur votre montagne sainte?
Grand Dieu! plus je considère devant vous la sainteté que vous exigez de ceux que vous destinez a être les ministres de votre tabernacle, plus je me sens pénétré d'une juste frayeur. Les premiers âges de la foi n'ont tous fourni à votre Église, que des prêtres et des pasteurs qui s'immolaient eux-mêmes comme des hosties vivantes pour le salut de leur peuple. Cet esprit de sacerdoce , de sainteté , de charité s'est perpétué , il est vrai , de siècle en siècle. Chaque âge, chaque nation a vu successivementdcs ministres d'une piété éclatante ; et leurs noms sont venus jusqu'à nous avec les vertus qui les rendirent si respectables. Ce même esprit a même paru revivre et se renouveler dans la dépravation de ces derniers temps. La science des lois et des règles canoniques a succédé à l'ignorance des devoirs du ministère, où le malheur des temps avait laissé nos prédécesseurs. Mais, grand Dieu, plus les lumières croissent, plus on est instruit sur les qualités sublimes qu'exige le sacerdoce , et plus les terreurs augmentent pour ceux qui doivent s'en approcher, ou qui ont été déjà marqués de ce caractère sacré et redoutable. Grand Dieu! où trouverez-vous quelqu'un qui soit digne d'entrer dans le sanctuaire terrible, de vous y offrir les vœux des peuples et le sang de votre Fils , et de faire de votre tabernacle saint, et de l'enceinte de vos autels, où les anges ne sont qu'en tremblant, sa demeure ordinaire? où trouverez-vous des ministres pour qui le monde soit un lieu d'ennui et de contrainte, et qui ne goûtent de joie et de repos qu'à l'écart et sur la montagne sainte; éloignés des spectacles delà vanité , et uniquement occupés dans la retraite à se remplir à vos pieds de l'esprit et des vérités qu'ils doivent porter à votre peuple?
*. 2. Qui ingredilur sine macula, et operatur justiiiam.
*. 2. C'est celui qui marche dans l'innocence, et qui remplit tousses devoirs.
Vous nous les marquez vous-même , grand Dieu , les qualités que vous exigez de ceux que vous appelez à un ministère si saint. Vous voulez que l'entrée en soit innocente , et qu'une vie sans tache et irréprochable nous ait préparés à l'honneur du sacerdoce. Nonseulement vous exigez qu'une réputation déjà flétrie par des excès publics ne vienne pas témérairement se mêler parmi vos ministres, et deshonorer dans l'esprit des peuples un caractère qui n'annonce que la pudeur et l'innocence (quelle confiance en effet pourraient avoir en un ministre de vos autels , des fidèles qui ont été depuis peu témoins de ses dérèglements et de ses scandales? ) ; mais il ne suffit pas même, ô mon Dieu! que notre vie ait été sans reproche aux yeux des hommes, si elle ne l'a pas été devant vous. L'innocence seule des premières années peut nous ouvrir les portes du temple saint, et nous faire asseoir parmi ses ministres. Des mains déjà souillées uont plus droit de venir toucher et offrir le sang des vierges et le pain des anges. Les larmes mêmes de la pénitence, en expiant nos souillures, semblaient encore autrefois laisser un reste d'odeur de mort que l'Église ne jugeait pas à propos d'introduire au milieu des parfums du sanctuaire, et n'effaçaient pas une flétrissure secrète qui paraissait déshonorer la beauté de votre maison. La rareté de l'innocence en ces jours mauvais a rendu , ô mon Dieu! aux expiations de la pénitence, un droit dont les premiers âges de la foi l'avaient privée. L'Église, toujours plus indulgenteàmesure que ladépravation des mœurs oblige sa prudence à relâcher de ses règles, mais toujours conduite par votre esprit, dans sa sévérité comme dans sa clémence; l'Église se contente, dans le choix de ses ministres, qu'un long repentir de leurs fautes ait précédé l'imposition des mains; pourvu que leur énormité, leur durée et leur scandale n'y ajoute pas un caractère ineffaçable d'indignité, qui leur ferme pour toujours l'entrée du sacerdoce. Les motifs qui nous y conduisent doivent être aussi purs, ô mon Dieu ! que les mœurs qui nous y préparent. L'intérêt , l'ambition , toutes les vues humaines forment des mercenaires et des intrus qui s'appellent eux-mêmes à l'autel, plus touchés des honneurs , que des fonctions et des devoirs attachés au saint ministère. Ce n'est pas vous, grand Dieu , qu'ils viennent chercher dans la temple; ce n'est pas l'instruction et le salut des peuples que l'Église leur eonfie ; ils n'y cherchent ou qu'un titre qui flatte leur vanité, ou qu'une opulence qui puissefournir à leur sensualitéetà leur mollesse. Le crime de leur entrée souille toujours toute la suite de leurcarrière. L'ambition les a donnés à votre Église ; elle les rend bientôt après au monde, à ses
DU PSAUME X<1V
pompes et à ses dérèglements. Us ont commencé par usurper le saint ministère, ils continuent et finissent par le déshonorer. Comment pourraient-ils opérer la justice dant un état où des désirs injustes et illégitimes les ont placés? Celui-là seul qu'une vocation sainte et pure établit ministre de vos autels, remplit avec fidélité les devoirs de son ministère. Votre grâce, ô mon Dieu! qui l'a chargé de ce fardeau redoutable, lui aide elle-même à le porter.
*. 3. Qui loquilur veritatem in corde suo ; qui non egit dolum in lingud sud.
*. 3. C'est celui qui a le cœur droit et sans déguisement , et qui est toujours sincère daûs ses paroles.
La principale vertu que vous exigez de vos ministres, 6 mon Dieu! qui sont les dépositaires de la vérité, c'est qu'ils l'aiment et la publient sans crainte. Leur cœur doit être le sanctuaire de la vérité, et comme un fort inaccessible dont la crainte, l'espérance , les faveurs , les disgrâces temporelles , et tous les efforts humains, ne sauraient jamais la bannir. C'est un trésor précieux que vous leur avez confié : c'est à eux à le défendre contre toutes les entreprises de l'erreur, à le transmettre à leurs successeurs aussi pur, aussi brillant, tel enfin qu'ils l'ont reçu de leurs pères; et à le perpétuer sur la terre à travers tous les brouillards et tous les orages qui s'élèvent de siècle en siècle, ou pour l'obscurcir, ou pour l'éteindre. La duplicité, la dissimulation, un lâche silence même tout seul , quand il est temps de parler, souillerait, profanerait leur langue consacrée à la vérité. Us portent avec une noble fierté sur le front cette vérité sainte qu'ils ont dans le cœur : c'est par elle que leurs prédécesseurs ont vaincu le monde; c'est avec elle qu'ils méprisent encore ses efforts impuissants, et qu'ils conservent à votre vérité, ô mon Dieu! toute la gloire de ses anciens triomphes. Us laissent au prince du monde les artifices, les souplesses, les ménagements, les ruses, le mensonge dont il est le père. Ce sont des armes faibles et méprisables , mais dont il ne peut se passer pour perpétuer ses illusions parmi les hommes : et vous ne leur avez donné pour toutes armes, que le bouclier de la foi, contre lequel tous les traits les plus enflammés de l'erreur viennent s'émousser et s'éteindre; et le glaive de la vérité, avec lequel ils abattent , ils terrassent toute hauteur qui s'élève contre votre science. O mon Dieu ! toute la force de vos ministres est dans la vérité; avec elle ils peuvent défier toutes les puissances de la terre : mais dès qu'ils l'abandonnent, ou qu'ils n'osent plus en faire usage, ils ne sont plus que des hommes vils et méprisables; et le monde lui-même sent diminuer
son respect pour eux, à mesure qu'il en obtient plus de complaisances lâches aux dépens de la vérité.
t. 4. Nccfecit proximo suo malum, et opprobrium non accepil advcrsùs proximos suos.
t. 4. C'est celui qui ne fait jamais tort au prochain , et qui ue souffre pas même qu'on en dise du mal.
Après l'amour de la vérité, le zèle de la charité est comme l'âme du sacerdoce. Nous sommes, ô mon Dieu! les vicaires de la charité de votre Fils envers les hommes. Nous sommes chargés de leur distribuer ses bienfaits; c'est-à-dire, les inarques les pi us tendres et les plus magnifiques de son amour pour eux. Nos fonctions dans leur diversité ne 9ont que les différentes démarches de la charité , qui regarde comme étrangères sans doute toutes celles que nous ne faisons pas pour le salut de nos frères. La haine , la jalousie qu'inspire souvent la concurrence des talents et des œuvres saintes , le désir secretde se nuire, de se décrier, de se supplanter les uns les autres; voilà, ô mon Dieu! des plaies qui déshonorent tous les jours votre sanctuaire, ce lieu de paix et de charité. Le zèle lui-même, ce fruit de la piété, nous prête souvent des armes contre elle. On décrie en public ceux qu'il faudrait se contenter de reprendre en secret : en gémissant tout haut de leurs vices, on déshonore leur personne. Ce n'est pas là, grand Dieu, cette charité sacerdotale que vous répandez dans le cœur de vos ministres avec l'onction sainte qui les consacre: ils ne cherchent pas à nuire à leurs frères; ils ne travaillent qu'à les sauver. Les pécheurs leur sont encore plus chers que ceux qui n'ont pas besoin de pénitence. Le seul mal qu'ils voudraient attirer sur leurs têtes, c'est l'infusion de votre esprit, et cette fontaine de larmes qui efface toutes leurs souillures. Ils ne peuvent souffrir la langue empoisonnée qui les déchire en leur présence, et qui publie et exagère l'opprobre de leur dérèglement et de leur conduite. Ils savent qu'ils ne faut pas aigrir la plaie, quand on veut guérir le malade. Ils espèrent toujours que votre grâce, ô mon Dieu! les changera en de nouveaux hommes; et dans cette attente , ils respectent en eux d'avance les biens que votre sagesse peut tirer un jour de leurs crimes.
*. 5. Ad nihilum deducius est in cmispcciu ejus malignus, limenles autem Dominum glorifiait.
+. 5. C'est celui qui n'a que du mépris pour l'impie, pendant qu'il honore ceux qui craignent le Seigneur.
Ce ne sont pas, grand Dieu, des vues humaines qui inspirent à vos ministres ces ménagements charitables pour les pécheurs : ce n'est pas la puissance, l'autorité, l'éclat des titres et des dignités.
àOG
PARAPHRASE MORALE
Quelque élevé que soit l'impie, toute son élévation ne leur paraît qu'un néant et une boue abjecte : il serait maître de l'univers, qu'ils ne le regarderaient que comme un vil esclave. Ils ne trouvent rien d'estimable, et de digne d'admiration dans les hommes, que les dons de votre grâce, que la justice et l'innocence. Ils rendent aux puissances que vous avez établies, le respect et les hommages extérieurs que les devoirs de la société, et les ordres éternels de votre providence exigent d'eux; mais l'éclat qui les environne ne les éblouit pas, si leur vie déshonore leur rang; si leurs passions sont encore plus éclatantes que leurs places, ils ne leur paraissent que les derniers et les plus méprisables des hommes ; ils n'ont que les yeux de la foi pour voir tous les objets et tous les spectacles que leur offre la figure du monde. A ussi un juste obscur qui vous craint, qui vous aime, qui ne vit que pour vous, ô mon Dieu ! est pour eux un spectacle plus grand, plus magnifique que toutes les grandeurs les plus brillantes de la terre rassemblées en un seul homme. Ils ne voient de réel dans le monde , que la piété, qui seule doit durer plus que le inonde même ; tout le reste n'est à leurs yeux qu'une ombre qui fuit, et une vapeur empestée, brillante de mille fausses couleurs, mais qui s'élève et se dissipe ?.u même instant. Ils ne connaissent de véritable gloire, que celle qui vient de vous, 6 mon Dieu! parce qu'elle demeure éternellement ; et que le monde qui ne la donne pas , ne peut aussi nous en priver. Ils découvrent au milieu de toutes ses pompes, et de ses décorations superbes et éclatantes, un monde invisible composé de vos justes seuls, où règne la paix, la charité, la vérité, l'innocence; où vous opérez tous les jours des prodiges de grâce et de miséricorde; où se passent des événements plus glorieux, et des actions plus héroïques que toutes celles que les passions tâchent d'immortaliser dans nos histoires. Aussi, grand Dieu, seront-elles écrites de votre doigt même dans les livres de l'éternité; tandis que toutes les révolutions de la terre seront ensevelies dans un éternel oubli avec elle.
*. G. Qui jurât proximo suo, et non decipit; qui pecuniam suam non dédit ad usuram, et munera super innocentent non accepit.
*. 6. C'est celui qui garde inviolablement la foi du serment ; qui ne prête point à usure; qui ne peut être corrompu par les présents , pour opprimer l'innocent.
Le désintéressement de vos ministres fidèles, ô mon Dieu, est toujours une suite du mépris qu'ils font des choses présentes. Ils s'engagent au pied de vos autels , par les liens les plus sacrés et les plus solennels, à consacrer au salut de leur pro-
chain leurs talents , leurs veilles , leurs soins , leurs biens, leur vie tout entière; et l'on ne peut jamais leur reprocher de démentir ce saint engagement par des mœurs opposées à leurs promesses. Ils ne trompent pas l'attente des peuples, qui croient toujours trouver des pères, des consolateurs, des guides fidèles dans ceux que votre Église a honorés de votre sacerdoce. Le zèledu salut de leurs frères les lie encore plus que la religion du serment qu'ils ont fait lorsqu'ils ont reçu l'imposition des mains , de n'être plus à eux-mêmes , mais uniquement dévoués à l'utilité des fidèles. Ils ne cherchent pas à s'enrichir aux dépens du troupeau. Comment se permettraientils des gains sordides et injustes, eux qui se refusent tout pour soulager leurs frères, qui regardent leur propre bien comme le bien des pauvres ; eux, ô mon Dieu ! pour qui l'établissement de votre règne dans les cœurs, est le seul prix qu'ils attendent de leurs travaux, et l'unique gain où ils aspirent? Ils gémissent sur cet esprit mercenaire , qui ne se glisse que trop dans les fonctions saintes, et qui déshonore vos autels. Ils voient avec douleur votre maison devenue pour plusieurs ministres infidèles, un lieu de trafic et de négoce honteux : ils les voient chercher avidement dans le ministère, non votre gloire, ô mon Dieu! mais leur gloire propre; non vos intérêts, mais les leurs; non le salut des hommes , mais leurs applaudissements , leurs faveurs et leurs dons : ils les voient mesurer la sainte sévérité des règles dont ils sont dépositaires, non sur l'énormité des crimes, mais sur la qualité des coupables; avoir pour ceux dont ils attendent des bienfaits, de quelques souillures dont ils soient chargés, la même indulgence, les mêmes égards qu'ils auraient pour des innocents; en devenir les adulateurs et les apologistes publics; et corrompus par des largesses iniques , se déclarer contre les justes mêmes qui ont le malheur de déplaire aux grands, dont ils reçoivent ou espèrent des grâces. Mais la magnanimité héroïque de vos ministres fidèles, ô mon Dieu! rend à votre Église la gloire que ces indignes prévaricateurs de leur ministère ne cessent de lui ravir dans l'esprit des peuples. Rien sur la terre, ni honneurs, ni dignités , ni richesses , n'est capable d'ébranler, ni même d'affaiblir la fermeté sacerdotale qu'ils doivent à la vérité et aux règles saintes. Défenseurs généreux de la justice et de l'innocence, ils regardent comme une fortune éclatante l'honneur de la délivrer de l'oppression et de la calomnie. Inébranlables dans leurs promesses, ils ne frustrent pas l'attente de leur prochain malheureux qui réclame leur secours; et toutes les oppositions du monde ne peuvent les
DU PSAUME XV
obliger à se départir de la protection qu'ils lui avaient jurée.
t. 7. Qui/acit hœc, non movebitur in œternum.
*. 7. Un homme de ce caractère sera à jamais heureux.
Voilà, ô mon Dieu! quels sont ceux que vous avouez pour vos ministres, et auxquels vous avez choisi vous-même votre tabernacle saint pour le lieu de leur demeure. Voilà les colonnes du temple qui s'achève tous les jours sur la terre, à l'épreuve des vents et des orages; immobiles au milieu des changements que la succession des temps et le relâchement des mœurs a introduits dans votre héritage, ils ne savent point se courber pour s'accommoder aux usages des siècles et aux passions des hommes. La vérité, toujours la même, trouve toujours en eux le même zèle : et comme ils n'ont jamais connu sur la terre ces variations indécentes, qui de la vérité nous font passer à l'erreur, et de l'erreur nous ramènent à la vérité; vous leur préparez dans le sein de l'éternité un partage qui ne pourra plus changer, et qui les fixera pour jamais dans l'amour de la vérité.
PSAUME XV
Prière d'une âme fidèle engagée dans le monde , qui remercie Dieu de l'avoir jusque-là préservée des tentations et des périls au milieu desquels elle vit.
*. I. Conservante, Domine, quoniam speravi in te; dixi Domino : Deus meus es tu, quoniam bonorum mcorum non eges.
*. I. Conservez-moi , Seigneur, puisque j'ai toujours espéré en vous. Je l'ai dit souvent au Seigneur : Vous êtes mon Dieu , el vous n'avez aucun besoin de mes biens.
Seigneur, obligée de vivre au milieu d'un inonde qui ne vous connaît pas , exposée tous les jours à ses séductions, n'y trouvant pour soutenir ma foi que des exemples capables de la corrompre; Seigneur, toute ma sûreté est dans la confiance que j'ai en vous. Vous préservâtes les trois Hébreux au milieu des flammes; continuez, grand Dieu, à me protéger, et à préserver mon âme pure parmi tous les objets contagieux , toujours prêts à l'infecter. Chaque moment fournit au monde de nouveaux pièges pour me séduire; et ma faiblesse chaque moment fournit à vos miséricordes de nouveaux motifs de ne pas la laisser un seul instant à elle-même. Vous avez de bonne heure versé votre amour et votre crainte dans mon âme; conservez-moi, Seigneur, ce précieux trésor, et abrégez mes jours si vous pré-
voyez qu'en les prolongeant j'aurai enfin le malheur de me le laisser ravir et de le perdre. Je sais, grand Dieu, que vous suffisant à vous-même, et trouvant en vous seul toute votre gloire et toute votre félicité, vous n'avez besoin ni de mon amour, ni de ma fidélité, ni de mes hommages. Ce n'est pas pour vous, grand Dieu, que vous secourez les âmes qui ont recours à vous. Eh! que pourraient contribuer à votre bonheur de faibles créatures , qui ne sont que ce que vous les avez faites; qui ne subsistent que par vous, et qui retomberaient toutes dans le néant d'où vous les avez tirées, si cet œil tout-puissant qui les conserve allait un seul instant se fermer sur elles? Mais, Seigneur, vous êtes mon Dieu, mon refuge, mon bonheur, ma fin et mon principe; etsi vous pouvez vous passer de mes prières et de mes hommages, mes besoins me pressent de vous les offrir sans cesse. Vous ne seriez pas mon Dieu, si les hommes pouvaient être nécessaires à votregloire; mais vous ne le seriez pas aussi, si étant vous-même seul nécessaire à leurs besoins, vous fermiez vos oreilles à leurs supplications les plus touchantes, et si après les avoir placés sur la terre , vous ne daigniez plus vous mêler de tout ce qui les regarde. Je ne cesserai donc de vous dire : Seigneur, vous êtes mon Dieu; ce nom adorable dit tout : il dit, et que vous n'avez pas besoin de la créature, et que vous vous devez pourtant à la créature qui vous aime, qui vous adore et qui vous réclame.
v. 2. Sanctis qui suntin terra ejus, mirificavil omnes voluntates meas in eis.
+.2. Mais il m'a inspiré un amour surprenant pour ses serviteurs qui sont sur la terre.
Et en effet, grand Dieu, vos serviteurs pourraient-ils mener sur cette terre de malédiction la vie sainte et merveilleuse qu'ils mènent, si vous n'étiez sans cesse avec eux, et s'ils ne trouvaient dans votre protection puissante des secours supérieurs à leurs faiblesses et à toutes les tentations qui les environnent ? C'est leur exemple, grand Dieu, qui soutient ma confiance, et qui m'est un gage toujours présent de vos miséricordes envers ceux qui vous servent : je respecte leur vertu; je la regarde comme un prodige que vous opérez en ces jours de dissolution et de ténèbres pour rendre les pécheurs inexcusables; je cherche à m'unir à eux, et à les avoir sans cesse pour témoins et pour censeurs même de mes infidélités. Vous savez, grand Dieu, que le commerce des méchants me déplaît et me gêne : leur rang et leurs titres, qui rendent leur société si honorable aux yeux des hommes , ne changent rien à l'état violent où je me trouve, quand des raisons de bienséance m'obligent de vivre au
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PARAPHRASE MORALE
milieu d'eux; et au sortir de là, je ne trouve de délassement et de joie véritable, que dans la conversation innocente des âmes fidèles. C'est là, Seigneur, où mon cœur vient respirer de toutes les vaines agitations du monde d'où il sort, c'est là où il m'est permis d'en déplorer la folie, et de parler avec effusion de cœur, de la sagesse, de la beauté de votre loi sainte, et des consolations qui en accompagnent toujours ici-bas même l'observance. Et qu'importe, grand Dieu, que vos serviteurs soient obscurs selon le siècle, et n'offrent rien qui les distingue aux yeux des hommes ? la piété n'est-elle pas un titre plus éclatant que les sceptres et les couronnes? n'est-elle pas le prix d'une gloire immortelle, et d'un royaume qui ne verra jamais de fin? et que sont toutes les dignités de la terre, comparées à la justice et à l'innocence, que des lueurs passagères qui ne laissent rien après elles, ou du moins qui ne laissent souvent que des crimes que les justes euxmêmes, ces hommes si vils aux yeux de la chair, assis sur des trônes de lumière , jugeront pourtant un jour à la face de l'univers ?
*. 3. MultipUcatœ sunt infirmitates eorum ; posteà , acceleraverunt.
*. 3. Les ayant vus accablés du nombre de leurs infirmités , je n'ai rien omis pour les soulager, afin qu'Us puissent aller à lui avec plus de promptitude.
Vous permettez presque toujours , grand Dieu , que ces justes soient accablés de maux et d'infirmités ici-bas. Ce n'est pas en effet ici le lieu de leur repos et de leur triomphe; c'est celui de leur exil et de leurs combats. Le monde qu'ils méprisent, les méprise à son tour; il les croit indignes de ses faveurs, parce qu'il n'est pas lui-même digne d'eux : il joint à son oubli et à ses mépris les mauvais traitements et les calomnies; tous les maux paraissent se rassembler sur leur tête pour les ébranler : leurs faiblesses mêmes, en ces moments dangereux, semblent se multiplier, et conjurer leur perte avec les ennemis du dehors qui les attaquent. Mais , grand Dieu , revenus de cet instant de découragement, avecquellc rapidité regagnent-ils ce que la pesanteur de leur croix leur avait fait perdre de chemin dans votre voie sainte ! Leur force naît de leur faiblesse même. Rien n'est plus capable d'arrêter l'impétuosité de votre esprit qui les pousse. Honteux d'avoir pu un seul instant chanceler sous le poids, ils réparent cette honte par des efforts héroïques. Jamais plus fervents, plus généreux, plus disposés à courir à pas de géant dans la carrière , qu'au sortir de ces tribulations et de ces dégoûts , qui avaient paru les ralentir. Et c'est ainsi , ô mon Dieu ! que vos épreuves sont de nouveaux bienfaits pour vos élus, et que
les tentations dont vous les affligez, ne servent qu'à leur préparer de nouvelles grâces.
t. 4. Non congregabo conventicula eorum de sanguiiribus , nec memor ero nominum eorumper labia mea.
t. 4. Pour les pécheurs qui s'unissent afin de pouvoir répan dre le sang, je n'ai jamais autorisé leurs complots, ni fait honneur à leur nom dans mes discours.
Mais, Seigneur, autant que je cherche avec empressement la société de vos serviteurs , autant je me dérobe à celle des hommes livrés au monde et à leurs passions, dès que je le puis sans blesser les règles de la bienséance , ou les devoirs de la charité. Et comment pourrais-je aller grossir leurs assemblées criminelles, et m'y trouver avec goût? La réputation de leurs frères y est déchirée sans pitié : la vertu même de vos serviteurs n'y est pas à couvert de la malignité de leurs censures, et leurs traits les plus sanglants portent sur eux. Ce sont des assemblées de sang, où les plaies que leurs langues font à l'innocence la plus pure, deviennent un spectacle qui amuse leur oisiveté, et qui réjouit leur ennui. Ils nous rappellent les horreurs du paganisme, où les hommes se faisaient un divertissement public de s'assembler sur des théâtres infâmes , pour y voir d'autres hommes qui se faisaient des plaies mortelles , et s'entre-donnaient la mort pour amuser les spectateurs. Quel plaisir barbare, grand Dieu, pour des chrétiens ! il faut qu'il en coûte le sang et la réputation à leurs frères pour les délasser; et celui qui enfonce le poignard avec plus d'habileté et de succès , c'est celui qui emporte les suffrages publics, et les acclamations de ces assemblées d'iniquité. Des occasions imprévues et indispensables m'y ont quelquefois conduit : mais , grand Dieu , loin d'applaudir à leurs discours cruels, il me semblait recevoir moi-même les plaies qu'ils faisaient à leurs frères ; et toute l'indulgence que ces hommes de sang peuvent attendre de moi, c'est d'effacer de mon souven ir ces tristes images; c'est de n'en parler qu'à vous seul, ô mon Dieu, et d'oublier jusqu'à leurs noms, qui peuvent être illustres aux yeux des hommes, et embellir la vanité des histoires, mais qui ne peuvent que souiller la mémoire de vos serviteurs.
t. 5. Dominus pars hereditatis meœ , elcalicis met; tu es qui restitues hereditatem meam mihi.
t. 6. Le Seigneur fut toujours mon héritage ; et cet héritage , ô mon Dieu! vous me le conserverez à jamais.
Oui, Seigneur, que ces esclaves insensés du monde se fassent une gloire de leurs noms , de leurs titres , de l'étendue et de la magnificence de leurs héritages; qu'ils s'élèvent du partage des biens et des honneurs dont le monde les a favorisés; tout cet
DU PSAUME XV
amas de fumée ne sert qu'à nous cacher les biens éternels , et n'est pas plus solide que le monde luimême qui le distribue. C'est là, grand Dieu, le vil partage des enfants de la terre. J'y renonce dès à présent, Seigneur : dépouillez-moi, j'y consens, de tout ce que j'ai recueilli de la succession de mes ancêtres, si vous voyez que mon cœur y tienne trop encore : renversez cet édifice de boue, que leurs soins et leurs services rendus à la patrie ont élevé et transmis à leur postérité; si jamais ébloui de son éclat, ou amolli par les délices qu'il offre, je suis assez malheureux que de m'y faire une cité permanente. Mes pères selon la chair, ne m'ont laissé qu'un partage de chair et de sang. Cendre et poussière, ils ne m'ont transmis que ce qui doit y retourner comme eux. Mais vous , grand Dieu , vous êtes le Père immortel de mon âme : l'héritage que vous promettez à vos enfants, c'est vous-même : c'est une éternité de paix et de joie dont ils jouiront dans votre sein; c'est une magnificence de gloire et de bonheur qui ne craindra plus de révolution, et qui durera autant que vous-même. Voilà le partage des enfants du ciel; et voilà, grand Dieu, celui que je choisis : je n'en veux point d'autre que vous seul ; parce que tout le reste fuit, fond à nos yeux, nous échappe , et que vous seul demeurez éternellement; parce que tout le reste nous souille , nous agite , n'est qu'une révolution fatigante, de craintes, de désirs, d'espérances, de jalousies, de sollicitudes, de chagrins, et que vous seul fixez les inquiétudes du cœur, et lui rendez la paix et les consolations que le inonde ne donne pas, et même ne connaît pas. Ce n'est pas, grand Dieu, que ces consolations soient toujours sensibles à une âme fidèle, et que votre calice ne se trouve souvent mêlé d'amertume. Mais cette amertume n'est répandue que sur la surface : le fond est inépuisable en douceurs et en délices saintes. Et d'ailleurs, grand Dieu , vous nous le rendrez un jour, ce calice , dégagé de tout ce qu'il y a encore d'amer ici-bas : nous y boirons à longs traits ce torrent de volupté pure dont vous enivrez vos élus. C'est là, Seigneur, l'héritage des enfants après lequel je soupire : réservez-le-moi , Père clément et miséricordieux; ne permettez pas que je m'en rende jamais indigne; disposez à mon égard, selon votre bon plaisir, des biens passagers et du partage que vous m'avez assigné sur la terre : mais restituez-moi le partage éternel de vos enfants, que le sang de votre Fils nous a acquis, c'est là mon héritage. Mais en vous exposant mon droit, ô Père des miséricordes ! j'attends de votre bonté seule les vertus qui peuvent m'en assurer la possession éternelle.
t. 6. Funes ceciderunt mihi in prœclaris, etenitn hereditas mea prœclara est mihi.
t. 6. Je suis bien échu dans mon partage : mon héritage est charmant.
Non, Seigneur, plus je compare la paix, la douceur et le plaisir secret que l'on goûte dans l'observance de vos commandements, aux troubles, aux remords, aux inquiétudes inséparables de ceux qui se livrent aux passions et à toutes les illusions du monde ; plus je m'applaudis de mon choix, plus mon sort me paraît digne d'envie, plus je suis surpris que tous les hommes, accablés sous le joug de leurs crimes et sous la tyrannie de leurs passions, sous l'ennui mortel des plaisirs mêmes après lesquels ils courent, ne viennent pas s'offrir à la douceur de votre joug si consolant, si aisé à porter, et qui nous décharge du poids insupportable de tous les autres. Pour moi, Seigneur, je me trouve si heureux de vous avoir choisi pour mon partage , que toutes les fortunes de la terre ne me paraissent pas même dignes des regards d'une âme qui a le bonheur de vous posséder. Qu'il est beau, Seigneur, qu'il est grand, qu'il est digne de l'homme de vous servir ! que cette glorieuse servitude élève l'homme au-dessus de tous les trônes et de toutes les grandeurs de l'univers! et qu'elle le rend supérieur à ses passions, à ses prospérités, à ses disgrâces, à tous les événements qui agitent sans cesse à leur gré le reste des hommes ! Voilà, grand Dieu, les héros de la grâce et de l'éternité : ceux du monde ne sont que de vils esclaves, et des personnages de théâtre revêtus d'un nom, d'un éclat, d'une décoration passagère, et qui n'a rien de plus réel que la scène puérile qu'ils représentent, qu'ils vont déposer au sortir de la représentation , reprenant pour paraître devant vous, leurs viles parures et leurs véritables noms, c'est-à-dire les faiblesses et les passions honteuses qui seules leur appartiennent.
*'. 7. Benedicam Dominum qui Iribuit mihi intellectwm : insuper et usque ad noctem increpueruntme renés mci.
t. 7. Je bénirai le Seigneur, de m'avoir donné assez d'intelligence pour faire un choix si heureux : toujours jusque pendant la nuit je suis excité par les mouvements de mon cœur à lui en rendre des actions de grâces.
Quelles actions de grâces puis-je vous rendre , ô mon Dieu! de m'avoir donné l'intelligence de ces vérités éternelles? Quand je considère qu'elles sont cachées à la plupart des hommes , et que toutes leurs lumières, tous leurs soins, tous leurs travaux, se bornent à se faire ici-bas une félicité chimérique ; quand je les vois, un bandeau fatal sur les yeux, courir comme des insensés au précipice sans examiner où se terminera leur course; quand je me dis à moi-même : Comment est-il possible qu'ils soient
TARAPIIRASE MORALE
si habiles, si clairvoyants, si judicieux pour ménager leurs intérêts temporels; et que pour ceux de leur éternité, toutes leurs lumières les abandonnent, qu'ils ne daignent pas même en faire usage , et qu'ils ne croient pas l'intérêt de leur salut, cet intérêt si grand, si sérieux, cet intérêt unique qu'ils ont sur la terre, qu'ils ne le croient pas digne non-seulement de leurs soins, mais même de leurs réflexions : l'aveuglement incompréhensible où ils vivent , met encore dans mon cœur de nouveaux transports d'amour et de reconnaissance pour vous , ô mon Dieu ! qui m'avez ouvert les yeux sur des vérités si essentielles, si palpables, et que la plupart des hommes ignorent, parce qu'ils ne veulent pas les connaître. C'est au milieu du monde même, où tout est erreur et illusion, que je sens encore plus le bienfait inestimable qui a fait luire sur moi la lumière au milieu de ces ténèbres. C'est lorsque j'entre dans cetle nuit profonde, où je vois les enfants du siècle ensevelis, que mon cœur me reproche de ne vous bénir pas encore assez , ô mon Dieu ! d'avoir dissipé en ma faveur le nuage épais qui les enveloppe. Ce sentiment de reconnaissance ne saurait plus s'effacer pour un instant même de mon cœur. Je le porte partout avec moi ; et la nuit même mon cœur se réveille, et dérobe à la nature les moments destinés au sommeil , pour se répandre devant vous, et vous renouveler ses actions de grâces.
*. 8. Providebam Dominum in conspectu meo semper, quoniam à dextris est mini ne commovear.
+. 8. J'ai toujours eu le Seigneur devant les yeux , persuadé qu'il était sans cesse à ma droite pour me soutenir.
Et comment pourrais-je perdre de vue un seul moment vos miséricordes sur moi, ô mon Dieu ! c'est là toute la consolation de mon exil. Cette vie si pleine de chagrins et de misères serait-elle supportable , si vous n'étiez sans cesse présent à mon cœur pour en adoucir l'amertume ? pourrais-je marcher longtemps avec sûreté à travers tant de pièges et de périls, si je ne marchais toujours en votre présence ? Aussi, grand Dieu, au milieu de toutes les révolutions que le monde offre sans cesse à mes yeux, de ces vicissitudes journalières qui élèvent les uns sur les ruines des autres; de ce tourbillon de soins, d'inquiétudes, de concurrences dont l'agitation éternelle entraîne et met en mouvement tous les enfants du siècle : au milieu de tant d'objets tumultueux, je ne vois que vous seul , grand Dieu, qu'un Modérateur invisible qui règle tout; qui rapporte par des voies divines et inexplicables, tout ce qui se passe sur la terre, à l'accomplissement de ses desseins éternels de miséricorde sur ses élus , et qui fait servir
à leur salut les crimes mêmes et les passions du reste des hommes. Oui, grand Dieu, vous êtes plus visible dans l'univers, que tous les objets qui frappent nos sens. Je vous y retrouve et vous y reconnais partout, dans les amertumes secrètes que vous mêlez aux plaisirs des pécheurs , dans les obstacles ou les facilités que vous semblez ménager à leurs passions, dans l'élévation ou la décadence subite et éclatante de leur fortune, dans les peines et les assujettissements qu'il leur avait fallu dévorer pour y parvenir. J'y vois votre sagesse et votre bonté qui dispose de tous les événements, qui n'en permet aucun que pour sagloire, pour l'instruction des justes, pour la conversion ou la punition des méchants ; et qui ménage à tous les hommes dans les objets même qui les séduisent, des ressources de grâces et des moyens de salut.
t. 9. Propler hoc lœtatum est cor meum , et exsultavit lingua mea ; insuper et caro mca requiescetinspe.
*. 9. C'est ce qui m'a rempli le cœur de joie, ce qui m'a fait chanter vos louanges avec tant de plaisir, et ce qui me fait encore regarder la mort comme un paisible sommeil en attendant le moment de ma résurrection.
Et voilà, grand Dieu , ce qui remplit mon cœur d'une joie indicible. Je vois que le hasard n'a aucune part à tout ce qui arrive sur la terre , et que tous les événements les plus fortuits en apparence , les plus surprenants , sont préparés dans les conseils éternels de votre providence. Les enfants du siècle qui attendent uniquement de leurs soins et de leurs mesures le succès de leurs projets , sont sans cesse déchirés par des craintes , ou par des espérances : leur cœur n'est jamais tranquille, parce qu'au lieu de le mettre entre vos mains, ils le laissent à la merci de l'incertitude des événements. Mais pour moi , Seigneur, je veux me reposer absolument sur vos vues sages et paternelles , de tout ce qui me regarde , et de ce qui pourra me regarder à l'avenir. Je suis entre vos mains , et c'est assez pour voir d'un œil tranquille toutes les situations qu'il vous plaira de me ménager sur la terre : tristes ou agréables , j'y trouverai une source intarissable de joie et de consolation, parce que je me dirai à moi-même , que ce n'est ni la malice , ni la ferveur des hommes , mais vous seul, ô Père bon et miséricordieux! qui m'y avez placé. Je vous y chanterai des cantiques de joie et de louange : je recevrai avec une égale paix les biens et les maux passagers que vous répandrez sur moi. Tout vient de vous, grand Dieu, et tout ce qui vient de vous est toujours une grâce et un bienfait pour nous. C'est dans cette douce confiance, Seigneur, que je verrai couler paisiblement les jours de mon exil sur la terre, que j'en
DU PSAUME XVI
adoucirai les peines et les ennuis, que j'attendrai la r +•"• Bientôt vous me ferez revoir le chemin de la vie: la joie
de vous voir tel que vous êtes passera alors jusque sur mon
mort avec paix , que je la regarderai comme un doux repos , comme la délivrance de tous les périls et de toutes les tentations qui nous affligent, et le tombeau qui recevra en dépôt les dépouilles de ma mortalité ; comme un asile assuré qui me les rendra au jour de la révélation , afin que vous les rendiez vousmême conformes au corps glorieux de votre Fils ressuscité.
*. 10. Quoniam non derelinques animant meam in inferno, nec dabis sanctum tuum videre corruptionem.
*. 1 0. Car vous ne me laisserez pas longtemps dans le tombeau, et vous préserverez votre serviteur de la corruption.
Que de consolations, ô mon Dieu! dans cette bienheureuse espérance! Les enfants du siècle, qui bornent à cette vie tous leurs désirs et tout leur espoir, n'ont rien qui les console des malheurs qu'ils y éprouvent. Le siècle à venir est pour eux une chimère, un chaos qui ne leur offre que les ténèbres et le néant. Ils se hâtent de jouir du présent : mais comme mille chagrins en empoisonnent la jouissance, et que souvent le monde même, où ils cherchent une injuste félicité, les méprise, les abandonne pour toujours, les accable de rigueurs et de mauvais traitements, ils se trouvent malheureux sans ressource : il n'y a plus qu'une noire tristesse; que des plaintes amères sur l'injustice du monde; ou un affreux dés'espoir caché sous le nom spécieux de philosophie et de mépris des hommes , qui puisse les consoler. La mort ne finit leurs peines passagères , que pour leur en laisser entrevoir au delà de plus cruelles et de plus durables. Ils ne savent si leur âme sera la pâture des vers comme leur corps; ce qu'ils deviendront dans ce séjour ténébreux et éternel, où leur raison se perd, et où la religion ne leur montre que des objets affreux et désespérants. Mais pour ceux qui espèrent en vous, grand Dieu , ils peuvent être frappés , méprisés , affligés en cette vie; l'avenir, qui est proche, et qui est sans cesse ouvert à leurs yeux, essuie toutes leurs larmes; ils savent qu'unis à Jésus-Christ, leur chef, ils ressusciteront comme lui, et que leur âme, comme la sienne, sortira glorieuse du tombeau pour retourner dans votre sein, d'où elle était sortie; et que si leur chair n'a pas le privilège, comme la chair divine de votre Fils, d'être exempte de la corruption dans le séjour de la mort, du moins leurs cendres se ranimeront un jour; cette boue se changera encore en une chair vivifiée , brillante d'éclat et d'immortalité , et que pas un cheveu de leur tête ne périra.
t. 1 1 . Notas mihifecisti vias vitœ , adimplebis me lœtitiâ cum vultu iuo, delectiones in dextera tua usque injlnem.
corps ; placé enfin à votre droite , je goûterai pendant toute l'éternité des délices toujours nouvelles.
Soyez à jamais béni, Seigneur, de ne pas permettre que je perde un seul moment de vue ces vérités consolantes et cette dernière heure qui doit me conduire à la vie et à l'immortalité. Les objets des sens, les soins de la terre, l'éloignent de notre pensée, et nous la dérobent sans cesse : mais à travers ce nuage, je vous vois , grand Dieu , qui êtes à la porte , et qui demain m'allez redemander mon âme. Le compte terrible que j'aurai à vous rendre me trouble , il est vrai, et me pénètre de frayeur : mais, ô Dieu! pasteur de nos âmes , vous ne m'avez pas retirée des voies de l'égarement, et mise sur vos épaules , pour me rejeter et me laisser en proie au loup dévorant. Vous m'avez cherchée , lorsque je vous fuyais : vous ne m'abandonnerez pas lorsque vous m'avez retrouvée, et que par les marques de tendresse que j'ai reçues de vous, par les consolationsquej'ai trouvées à revenir à vous , et à vous demeurer unie , vous n'avez pas voulu me laisser ignorer combien mon retour vous avait causé de joie. Ouvrez donc sans cesse, Seigneur, aux yeux de ma foi ces portes éternelles qui nous cachent les délices et les biens inestimables que vous préparez à vos élus. Tout est ennui et tristesse sur la terre ; lors même que je m'y abandonnais avec tant d'aveuglement à tous les plaisirs, j'y trouvais partout un vide, une satiété, une inquiétude secrète qui les empoisonnait. Non, Seigneur, nous ne sommes faits que pour vous; et ce n'est que dans votre sein adorable que nous pouvons goûter ce repos, ce parfait bonheur que les hommes cherchent en vain depuis si longtemps sur la terre. Nous ne vous voyons ici-bas qu'à travers les nuages de notre mortalité. Nous vous voyons assez, ô source éternelle de lumière et de vérité! pour vous aimer, mais nous ne vous voyons pas assez pour que cet amour saint remplisse tout notre cœur, le fixe, et anéantisse tous les attachements qui le partagent encore. Ce sera lorsque nous vous verrons faceà face, et votre Fils assis à votre droite, que votre amour seul régnera dans notre cœur, qu'il l'absorbera tout entier; et que cet amour saint, toujours satisfait et toujours réveillé par votre présence adorable, nous fera goûter dans toute l'éternité des délices toujours nouvelles.
PSAUME XVI
Prière d'une âme qui se trouve à la veille de perdre, par la malice des hommes, ou sa fortune ,
PARAPHRASE MORALE
ou son innocence , ou sa réputation , et qui s'adresse à Dieu dans la confiance qu'il la protégera dans une occasion si périlleuse.
*. I. Exaudi, Domine , justifiant meam , inlende deprecationem meam.
*. I. Laissez-vous fléchir, Seigneur, par mon innocence, et écoutez ma prière.
Je ne vous offre, grand Dieu, pour obtenir votre secours dans le péril qui me menace , que la droiture de mon cœur. Je me vois à la veille ou de perdre les trésors de votre grâce, si je succombe aux sollicitations des méchants , ou d'être opprimée par la calomnie , et livrée à toute leur malignité, si je vous demeure fidèle. Je ne balance pas sur le choix , 6 mon Dieu ! mais je sens ma faiblesse , et j'implore votre protection. Écoutez ma prière ; et ne m'abandonnez pas dans une extrémité, où la justice du secours queje vous demande semble me répondre que vous ne tarderez pas de me l'accorder.
*. 2. Aurïbus percipe orationem meam , non in labiis dolosis. *. 2. Prêtez l'oreille aux vœux sincères que je vous adresse.
Vous voyez dans mon cœur, grand Dieu , la sincérité de ma prière. Mes lèvres ne viennent pas ici vous tenir un langage trompeur; et avec un dessein secret de me rendre à la séduction , et de trahir mon âme pour me dérober au péril qui me menace , je ne viens pas ici vous faire de vaines protestations comme pour excuser par avance la défection honteuse déjà toute résolue au dedans de moi. Et que gagnerais-je , grand Dieu , en venant ici par des paroles artilicieuses vous dissimuler mes plus secrètes pensées : et vous honorer des lèvres , tandis que mon cœur se serait déjà éloigné de vous? N'y êtesvous pas plus présent que moi-même? n'en percezvous pas d'un seul regard toutes les profondeurs ? et vos yeux, qui voient tout, sont-ils des yeux de chair et de sang comme ceux de l'homme?
*. 3. De vultu tuo judicium tuum prodcat; oculi tui vidcant œquitates.
* 3. Prononcez en ma faveur; que vos yeux soient attentifs à la justice de ma cause.
C'est, Seigneur, ce qui redouble ma confiance. On peut en imposer aux hommes , qui ne jugent que sur ce que nous leur paraissons : mais pour vous, grand Dieu, qui sondez nos cœurs, vous ne jugez de nous que sur ce que nous sommes. Je ne veux donc que vos yeux seuls pour témoins de ma peine, et pour juges de l'équité de ma cause. Ce n'est ni mon imprudence, ni des complaisances criminelles pour les hommes, qui m'ont jeté dans
les périls et dans les perplexités où vous me voyez. Je ne me les suis pas attirés moi-même, pour excuser ensuite ma chute par la difficulté d'y conserver mon innocence, si je venais à succomber. Le danger m'a toujours fait autant d'horreur que le crime , et j'ai toujours cru que c'était chercher à périr, que de chercher soi-même à combattre. Ce sont les artifices des méchants , qui m'ont tendu les pièges qui m'environnent; et c'est votre sagesse qui l'a permis, ou pour éprouver ma fidélité, ou pour réveiller ma tiédeur et ma négligence.
<■ . i. Probasti cor meum, et visitasli nocte : igné me examinasti, et non est inventa in me iniquitas.
* . 4. Vous avez éprouvé mon cœur, en me visitant dans ces temps sombres delà persécution : vous m'avez fait passer par le feu de la tribulation , et vous m'avez trouvé juste.
Vous savez , grand Dieu , que ce n'est pas ici la première épreuve que je souffre, 11 suffit de se déclarer sans ménagement pour vous dans le monde pour être en butte à ses contradictions et à ses censures. Vous avez permis plus d'une fois qu'il se déchaînât contre moi : vous exigiez de mon cœur ces tribulations, comme des preuves douloureuses de ma fidélité ; comme un feu au travers duquel vous vouliez me faire passer pour purifier mon âme des restes d'attachement qu'elle conservait encore pour les choses de la terre. Il est sans doute bien étonnant, Seigneur, que vos serviteurs ayant à essuyer tous les jours tant de dégoûts et de mépris de la part du monde, puissent y tenir cependant encore par des affections secrètes et souvent imperceptibles à eux-mêmes. Vous avez trouvé dans mon cœur la même faiblesse : mais du moins , Seigneur, il s'est soumis avec confiance aux calamités et aux traverses dont vous m'avez affligé. J'ai adoré et baisé la main qui me frappait : il a pu m'échapper quelques plaintes que l'affliction arrache malgré nous à la nature; mais dans le temps même qu'elles sortaient de ma bouche, mon cœur les désavouait, se soumettait avec joie à votre conduite adorable sur ma personne, vous en rendait même grâces, regardait ces rigueurs apparentes comme des bienfaits véritables. Oui, Seigneur, vous avez pu trouver mon cœur faible et abattu dans l'adversité , mais vous ne l'avez jamais trouvé révolté et infidèle.
t. 5. Ut non loquatur os meumopera hominum , propter verba labiorum tuorum ego custodivi vias duras.
t. 5. Afin de m'interdlre les plaintes sur ce que les hommes me faisaient souffrir, j'ai pensé à vos volontés et à vos promesses, et j'ai suivi avec soumission la route pénible deg souffrances.
Les plaintes même que j'accordais à ma douleur, je les adressais à vous seul , ô mon Dieu ! Ma lan-
DU PSAUME XVI
>iî
gue n'a jamais cherché un adoucissement criminel T celer un seul moment , une âme qui combat avec à mes peines , en décriant les actions et la conduite des hommes qui en étaient les auteurs. Je ne cherchais point à m'attirer de la compassion en excitant contre eux la haine publique; je respectais en eux, grand Dieu , les instruments dont vous vous serviez pour accomplir sur moi vos desseins de miséricorde ; je m'imposais un silence rigoureux sur l'injustice même de leurs procédés à mon égard. Je n'ignorais pas là-dessus , ô mon Dieu ! les lois saintes que vous nous avez données, et qui nous ordonnent, nonseulement d'épargner, mais même de bénir ceux qui nous maudissent; non-seulement de ne pas leur rendre le mal pour le mal, mais même de les combler de biens , et d'amasser par ces marques héroïques de charité, des charbons de feu sur leur tête. Cette voie , que vous nous prescrivez de suivre paraît dure à la nature ; tant notre cœur pétri de chair et de sang, se révolte d'abord contre elle : mais quand une fois, grand Dieu, on a étouffé par le secours de votre grâce , l'impétuosité de ces premiers mouvements; quelle consolation ne trouve-t-on pas de s'en être rendu le maître, d'avoir rétabli la paix dans son cœur, d'en avoir banni l'aigreur et l'amertume qui le déchirait , et qui nous punit toujours de notre haine par les troubles et les fureurs qu'elle laisse au dedans de nous ! Quelle joie de jouir de sa victoire, et de cette supériorité sur nous-mêmes, dont le seul semblant flattait tant autrefois l'orgueil des philosophes ; mais qui fait seulement sentir à une âme humble et chrétienne, combien votre grâce peut l'élever au-dessus de la nature!
*. 6. Pcrftce gressus meos in semitis tuis, ut non moveantur vesligia mea.
*. 6. Affermissez mes pas dans le chemin qui mène à vous , de peur que je ne vienne à chanceler.
Continuez , grand Dieu , à me favoriser des mêmes secours dans les nouveaux combats où je me trouve exposée. Tous les pièges et tous les artifices du démon semblent se réunir pour m'affaiblir ou .pour me surprendre : mes amis, mes proches eux-mêmes, par une tendresse trop humaine se joignent à cet ennemi de mon salut , et paraissent avoir conjuré ma perte. Mais votre grâce , ô mon Dieu ! abonde toujours à mesure que les périls se multiplient. Donnezmoi donc une nouvelle force, non-seulement pour affermir mes pas dans vos voies , mais encore, afin que j'y marche avec plus de ferveur et de perfection. Tirez votre gloire de la malice même des hommes, qui espèrent, en m'affligeant , d'ébranler la fidélité que je vous ai jurée. Montrez, grand Dieu, que rien n'est capable de vaincre , ni même de faire chan-
MASSfU.ON. — TOME H.
vous. Quand tout favorise ici-bas vos serviteurs, le monde n'admire point en eux les dons de votre grâce ; leur prospérité diminue à ses yeux le mérite de leur vertu; il ne leur tient pas compte d'une piété que les biens, les honneurs, les applaudissements, la faveur semblent récompenser ici-bas. Mais quand , malgré les mépris , les opprobres , les adversités , ils vous demeurent fidèles, c'est alors, grand Dieu, que le monde est forcé de rendre gloire à votre grâce, et de reconnaître qu'elle peut élever les hommes à un degré de grandeur et de supériorité de perfection où toutes les vertus humaines ne sauraient jamais atteindre.
*. 7. Ego clamavi quoniam exaudisti me, Deus ! inclina aurem tuammihi, exaudiverba mea.
t. 7. Comme vous m'avez toujours exaucé, ô mon Dieu! je vous appelle a mon secours : écoutez-moi et exaucez ma prière.
J'ai éprouvé si souvent jusques ici votre secours, grand Dieu , dans mes tentations et dans mes peines : j'ai trouvé tant de consolation, tant de force, en m'adressant à vous , et en réclamant votre protection , que votre bonté ne sera pas importunée , si je redouble aujourd'hui mes cris et mes supplications dans un péril plus pressant; vos faveurs passées sont pour moi des gages bien consolants de celles que j'attends en cette occasion. Cette confiance seule n'est-elle pas déjà elle-même, grand Dieu, le secours que je demande? n'est-ce pas vous seul qui la mettez dans mon cœur; n'est-ce pas vous qui me faites sentir mon impuissance, et le besoin que j'ai de votre grâce ? Oui , grand Dieu , toute la force qui me rassure , c'est que je reconnais devant vous ma faiblesse , et que j'attends tout de vos miséricordes infinies. Voilà, Seigneur, la seule prière qui trouve toujours vos oreilles ouvertes pour l'écouter ; voilà le langage de la foi et de la piété, que vous aimez à entendre : c'est vous qui nous l'avez appris ; et vous exaucez toujours les prières que vous avez vous-même formées dans nos cœurs.
t. 8. Mirifica misericordias tuas, qui salvasfacis sperantes in te.
♦. 8. Vous qui sauvez ceux qui espèrent en vous , faites éclater sur moi vos miséricordes.
Il est vrai , grand Dieu , qu'il faut que votre puissance opère une espèce de prodige en ma faveur, pour me délivrer du péril extrême qui me menace ; et toutes les ressources me manquant , il n'y a d'espérance pour moi que dans un de ces coups éclatants de vos miséricordes, que vous réservez toujours aux maux désespérés. Mais c'est alors, pro-
PARAPHRASE MORALE
tecteur tout-puissant de ceux qui espèrent en vous, que vous aimez à faire éclater la force de votre bras ; peut-être même n'avez-vous permis que je fusse accablée de tant d'adversités, et que toute voie pour en sortir me fût fermée, que pour éprouver si l'extrémité du danger n'affaiblirait pas ma confiance : mais non , Seigneur, je la sens croître à mesure que le péril augmente. Que le monde entier se soulève contre moi , je serai plus forte que le monde , quand vous serez avec moi. Vous avez toujours pourvu à la sûreté de ceux qui ont mis en vous toute leur espérance, par des ressources inespérées et merveilleuses. L'histoire de vos serviteurs n'est que l'histoire des merveilles admirables que vous avez , dans tous les temps , opérées pour eux ; cette suite de prodiges est devenue depuis le commencement , comme la conduite ordinairede votre providence à leur égard : vous ne les avez menés que par des voies singulières et miraculeuses. Voilà, ô mon Dieu! le grand motif de ma confiance. Il faut un prodige éclatant pour me délivrer des maux qui m'environnent, et dont je ne puis échapper; mais c'est pour cela même que je l'attends, ce prodige, ô mon Dieu! et ce n'est point là présumer de vos miséricordes; c'est leur offrir l'objet quelles ont toujours choisi pour se manifester avec éclat : c'est espérer en vous contre l'espérance; et voilà, grand Dieu, jusques où vous voulez que nous espérions, pour nous faire sentir un moment après , que ce n'est pas en vain qu'on espère en vous.
*. 9. A resistentibus dexterœ tuœ custodi me , ut pupillam oculi.
* . 9. Gardez-moi comme la prunelle de l'œil , de ceux qui semblent mesurer leurs forces avec les vôtres.
Il est vrai , grand Dieu , que vous permettez les maux et les traverses dont je suis accablée ; mais la malice de ceux qui en sont les auteurs contredit votre loi sainte. Ils entreprennent de renverser en moi , par leurs séductions ou par leurs violences , l'ouvrage de vos miséricordes que la force de votre droite y a commencé ; ils ne veulent , à force de contradictions, que me dégoûter de votre service, ils s'opposent à vos desseins éternels sur mon âme. Grand Dieu , les hommes pourront-ils détruire ce que vous avez édifié ? vos volontés adorables sur vos élus trouvent-elles quelque résistance dans les vaines oppositions des méchants? à quoi peuvent aboutir leurs faibles efforts, qu'à faciliter l'accomplissement de ce que vous avez résolu? Plus ils s'efforcent de résister à mon égard aux ordres de votre sagesse, plus ces ordres immuables auront leur effet : leurs oppositions me répondent de votre secours et de la victoire: je vous deviens plus chère
et plus précieuse à mesure que je suis plus exposée , et que vos desseins éternels sur moi trouvent plus de contradictions de la part des hommes. C'est votre gloire, Seigneur, qu'on attaque ; c'est Pauvrage chéri de votre grâce , que vous avez à défendre. Ne me regardez pas moi-même, vous n'y verriez rien qui ne dût vous éloigner de moi : mais regardez-y, Seigneur, ce que vous y avez vous-même opéré , la foi , l'amour, la componction, la confiance; le cœur nouveau que vous avez créé au dedans de moi. Vous défendrez vos dons inestimables, ô mon Dieu ! vous me garderez comme la prunelle de l'œil; vous environnerez cette nouvelle lumière que vous avez répandue dans mon âme , de tant de remparts , que ni le vent des tribulations , ni la vaine poussière des prospérités et des richesses ne sera jamais capable de l'éteindre.
1. 10. Subumbrâ alarum tuarum protège me a facieimpiorum qui me ajjtixerunt.
t. io. Couvrez-moi de vos ailes à la vue de ces impies qui me persécutent sans cesse.
Regardez-moi , grand Dieu , comme un oiseau faible qui ne fait que d'éclore ; c'est sous vos ailes seulement que je puis être en sûreté ; c'est sous la chaleur divine de cet abri , que mes forces croîtront de jour en jour, et que je serai enfin en état de me dégager de tous les filets tendus autour de moi pour me surprendre. Mais en attendant, ô mon Dieu! que vos ailes saintes demeurent toujours étendues sur moi , ne vous éloignez pas d'un moment. Quelle honte pour ceux qui m'affligent , quand ils me trouveront invincible sous cet asile! Ils auront beau m'attaquer de toutes parts; à leur vue même je mépriserai leurs efforts impies ; ils auront la confusion et la douleur de voir ma faiblesse victorieuse de toute leur puissance ; ils seront forcés d'être témoins du triomphe de votre grâce. Ainsi , grand Dieu, en me protégeant, vous les confondrez, et vous leur ferez sentir que l'homme est bien faible contre Dieu.
v. II. Inimiei met animam meam circumdederunt , adipem suum concluserunt ; os eorum locutum est superbiam.
v. il. Mes ennemis m"environnent de toutes parts; ils ont fermé leurs entrailles à la compassion ; tiers de leur puissance , ils insultent même à ma faiblesse.
Ces grandes vérités, ô mon Dieu! sont cachées aux yeux de mes oppresseurs : ils ne comptent pour rien votre protection envers vos serviteurs, qu'ils entreprennent de perdre ; ils ne voient que leur faiblesse et le dénûment où ils sont de tout secours humain : ils ne voient pas la main invisible qui les défend et qui les protège; ils croient n'avoir affaire qu'à l'homme, et ne savent pas qu'ils s'en prennent à vous-même. Vous le voyez, grand Dieu, comme
DU PSAUME XVI
ils s'acharnent tous les jours avec plus de fureur à ma perte. Ils s'assemblent autour de moi comme pour m'investir, de peur que je ne leur échappe; ils tentent tous les moyens que la malice peut inventer pour séduire mon âme : quand les caresses et les sollicitations n'ont pas réussi , ils ont recours aux mauvais traitements et aux outrages. C'est tantôt un serpent qui vient s'insinuer avec souplesse pour m'empoisonner de son venin ; et puis un lion furieux qui s'élance sur moi , pour faire de mon âme la pâture de sa rage et de sa férocité. Leurs entrailles alors sont fermées à toute compassion; ils s'applaudissent même des maux qu'ils me font souffrir; ils insultent avec un orgueil impie à la confiance que j'ai en vous, ô mon Dieu ! ils en font le sujet de leurs dérisions et de leurs blasphèmes; ils me défient de trouver dans mon recours à votre seule protection, un asile qui me mette à couvert de l'inhumanité de leurs poursuites ; ils n'ouvrent leur bouche que pour m'exalter leur puissance, leur crédit, leur élévation, et m'intimider par le peu de ressources que le malheur de ma situation me fournit pour m'en défendre. Mais, grand Dieu, loin d'être éblouie de leur grandeur et de leur prospérité, je la regarde comme un don que vous leur avez fait dans votre colère : elle endurcit le cœur; elle allume toutes les passions; elle en rassemble autour de nous tous les attraits les plus inévitables : les plaisirs sensuels marchent, toujours à sa suite; et le crime, grand Dieu, suit toujours de près les plaisirs. Elle est comme une graisse fatale qui étouffe bientôt en nous la vie de la grâce et de la foi, et qui bouche toutes les avenues par où les influences de votre Esprit saint pourraient se communiquer à nos âmes.
*. 12. Projicientes me nunc circamdederunl me ; oculos suos statuerunt declinare in terram.
*. 12. Après m'avoir abandonné, leur haine s'est réveillée; ils m'ont investi de nouveau : détournant les yeux du ciel , ils s'appliquent uniquement à ma perte.
Ainsi, grand Dieu, ces hommes fiers de leur élévation et de leur puissance, mais vils et méprisables à vos yeux , ont beau me proscrire, me fouler aux pieds comme de la boue; ne me laisser voir autour de moi que des maux à venir encore plus cruels que ceux que je souffre; m'interdire même la consolation de me plaindre : ils ne m'ôteront pas , ô mon Dieu! celle de me consoler avec vous. Quand je me présente à eux pour leur exposer mon innocence, ils ne daignent pas même détourner leurs regards sur moi : leurs yeux fixés à terre avec un dédain orgueilleux, croiraient s'avilir s'ils se levaient pour voir ma douleur et ma misère. Mais , grand Dieu, ce ne sont pas les regards des hommes que
je cherche d'attirer sur moi : regardez-moi seulement, vous, ô mon Dieu! mais regardez-moi de cet œil de miséricorde et de tendresse, qui change toutes les peines que nous endurons en des plaisirs secrets et indicibles. Que les pécheurs n'aient des yeux que pour la terre; c'est d'elle qu'ils attendent tout leur bonheur, et il est juste qu'ils ne la perdent jamais de vue : mais pour ceux qui souffrent en votre nom, ô mon Dieu! ils les ont toujours levés au ciel , parce que c'est de là qu'ils attendent leur délivrance, et qu'ils savent qu'elle est proche.
*. 13. Susceperunl me sicul leo paralusad prœdam: et sicut calulus leonis habitans in abdilis.
1. 13. Les voilà qui viennent fondre sur moi , comme un lion s'élance, du lieu où il est caché , sur la proie qui se présente.
Les animaux les plus féroces, grand Dieu, sont quelquefois capables d'humanité : ils ont autrefois respecté un de vos prophètes dans la fosse même où il devait leur servir de pâture, et rendu à leur manière les devoirs funèbres au saint patriarche de vos anachorètes. Mais les hommes en qui toute crainte de votre nom est effacée, ne sentent jamais ces heureux intervalles de tendresse et de compassion ; la douleur elle-même, qui désarme la férocité, les irrite et les rend plus cruels. Je l'éprouve tous les jours, grand Dieu : plus mes ennemis m'écrasent, et me rendent un objet digne de pitié, plus leur haine contre moi s'aigrit et s'enflamme; mes maux, qui devraient les satisfaire, ne servent qu'à m'en attirer de nouveaux ; ce sont toujours des lions furieux , qui , après avoir déchiré leur proie , n'en sont que plus avides pour la dévorer tout entière. Leur fureur même ne meurt pas avec eux : leurs exemples la transmettent à leurs enfants dans l'âge le plus tendre; ils sucent presque avec le lait la cruauté de leurs pères ; ils héritent de leurs vices encore plus que de leurs noms et de leurs biens : l'on voit de père en fils une succession de dureté, d'inhumanité envers les malheureux , qui infectent ces races maudites.
*. 14. Exsurge, Domine! prœveni eum, et supplanta eum : eripe animam meam ab impio , frameam tuam ab inimicis manûs tuœ.
*. 14. Levez-vous , ô mon Dieu ! prévenez-les , confondez leur espérance : lirez-moi des mains de ces impies ; désarmez-les, en leur étant cette puissance qu'ils tiennent de vous, et qu'ils n'emploient qu'à traverser vos desseins.
Il y a trop longtemps, grand Dieu, qu'ils abusent de leur crédit et de leur puissance : vengez votre gloire , en vengeant l'innocence de vos serviteurs. Vous m'avez jusques ici soutenu dans mes peines par des consolations secrètes : c'en est assez pour affermir ma faiblesse; mais ce n'en est pas assez pour
PARAPHRASE MORALE
manifester avec éclat votre puissance. Les hommes charnels ne sont pas frappés des prodiges de grâce que vous opérez dans les cœurs; il faut parler à leurs sens, et vous montrer à eux par des coups éclatants d'indignation, où ils soient forcés de reconnaître votre doigt. Levez-vous donc , grand Dieu, paraissez à découvert; ils sont sur le point de m'accabler : toutes les mesures qu'ils ont prises contre moi paraissent infaillibles ; faites-les évanouir, grand Dieu , dans le moment même où ils comptaient s'applaudir du succès. Prévenez leurs noirs desseins par les moyens mêmes qu'ils ont choisis pour les accomplir : laissez-leur jusques au bout goûter l'erreur de leur espérance barbare, pour la confondre en un clin d'oeil avec plus d'éclat ; attendez que je leur sois livré, qu'ils me tiennent enfin absolument sous leur puissance, et qu'ils soient les maîtres de ma vie et de mon salut, pour me délivrer de leurs mains. Suscitez-leur alors des concurrents qui les supplantent dans la faveur des princes et des grands dont ils abusent; qu'ils voient leurs places occupées par leurs envieux ; que tout cet édifice d'orgueil, de crédit, d'opulence, que tant de crimes avaient élevé, s'écroule tout d'un coup à leurs yeux, lorsqu'ils le croient le plus affermi; arrachez-leur des mains le glaive, cette autorité que vous ne leur aviez confiée que pour protéger les faibles et les innocents , et dont ils ne se sont jamais servi que pour les opprimer. Ce sont les prospérités et les faveurs dont vous les avez comblés , qui en ont fait les ennemis de notre nom ; peut-être, grand Dieu, qu'ils feront un usage plus chrétien de l'adversité, et que les châtiments ramèneront à vos pieds ceux que vos bienfaits en avaient éloignés.
v. 15. Domine, àpaucis de terra divide eos in vilà eorum : de absconditis tuis adimpletus est venter eorum.
1. 15. Mettez , Seigneur, même pendant la vie , de la différence entre les impies et ce petit nombre de serviteurs que vous avez sur la terre; ceux-là sont comblés de biens qui sont cachés dans vos trésors.
Mais, grand Dieu, si vos châtiments doivent leur être inutiles, laissez-les jouir de leur prospérité; ils n'aiment que les biens périssables; punissez-les en les en comblant : discernez-les par la continuité de ces faveurs funestes, du petit nombre de vos serviteurs , que vous éprouvez toujours icibas par des tribulations et des traverses. Vous leur réservez des biens plus solides et plus durables; vous vous réservez vous-même, grand Dieu, tandis que les heureux du monde reçoivent ici-bas leur récompense; vous faites creuser dans les entrailles de la terre, et en arracher l'or dont ils sont avides,
pour en rassasier leur avidité. Il faut bien, grand Dieu , que les richesses soient méprisables à vos yeux , puisque vous les destinez presque toujours pour être le partage de ceux que vous n'aimez pas. En effet , Seigneur, ces bienfaits temporels dont vous les surchargez jusques à la satiété, cachent une main rigoureuse qui les rejette , et les punit en même temps qu'elle semble les favoriser : ce sont des victimes que vous laissez engraisser, et qui vont être incessamment immolées à votre vengeance.
*. 16. Saturati suntfilii , et dimiser tint reliquias suas parvulis suis.
1. 16. Us se voient une nombreuse postérité , à laquelle ils laissent en mourant de grands héritages.
Oui , Seigneur, qu'ils voient leurs années prolongées sur la terre au delà même des bornes qui terminent la vie des autres hommes; qu'ils aient le plaisir passager de voir autour d'eux les enfants de leurs enfants; qu'une nombreuse postérité flatte leur vieillesse, et leur promette que leur nom passera avec eux jusques aux âges les plus reculés ; qu'ils laissent à leurs descendants les biens immenses qu'ils ont amassés , et qui sont les restes criminels de leurs rapines et de leur avarice. Voilà, grand Dieu, l'unique bonheur où ils aspirent : ils veulent jouir longtemps ici-bas de leur opulence, et Rétablir sur des fondements si solides, que lorsque la mort les forcera enfin de s'en arracher, elle passe avec tout son éclat à leurs héritiers : c'est là où aboutissent tous leurs souhaits et tous les soins pénibles qui les dévorent pendant leur vie : voilà les heureux du siècle.
*. 17. Ego autem in justifia apparebo conspectui tuo : satiaborcùm appartient gloria tua.
+. 17. Pour moi , ô mon Dieu ! Je tacherai de paraître toujours pur à vos yeux , et je serai content si je puis revoir votre tabernacle.
Pour moi , grand Dieu , je ne leur envie point cette vaine félicité : mes supplications ne monteront jamais jusques à votre trône pour solliciter des dons si dangereux, et que vous accordez presque toujours dans votre colère. Ce serait vous outrager, grand Dieu , que de vous demander autre chose que vous-même. L'unique objet de mes vœux est que leur prospérité et leur crédit ne me suscite plus des contradictions , qui peuvent devenir l'écueil de mon innocence et de ma faiblesse. Je ne vous demande pas de partager avec eux le faux éclat qui les environne ; je ne vous demande que toute la force dont j'ai besoin pour n'en être pas ébloui; et malgré toutes leurs sollicitations , de conserver toujours au dedans de moi la justice et l'innocence, qui sont
DU PSAUME XVII
les seules richesses de l'âme , et le seul éclat qui les suit au delà du tombeau , et les rend agréables à vos yeux. Sauvez mon âme , grand Dieu , des séductions continuelles que ces hommes corrompus assemblent autour de moi. Qu'ils me traitent d'insensé , qu'ils regardent ma fidélité pour vous comme une simplicité et une faiblesse d'esprit; que je paraisse à leurs yeux digne de pitié et de risée : que m'importe, grand Dieu , pourvu que vous me trouviez juste, et digne de votre bienveillance, quand je viendrai paraître devant vous? Le monde, qui vous hait, peut-il estimer ceux qui vous aiment? Le monde , qui ne connaît que les biens présents , peutil se persuader que ceux qui en sont comblés , et qui n'en usent que pour la félicité de leurs sens, soient malheureux? Mais pour moi , Seigneur, vous m'avez appris que le monde ne fait point d'heureux : aussi ce n'est pas de lui que j'attends le bonheur où j'aspire ; c'est de vous seul , ô mon Dieu ! Vous nous en faites déjà goûter ici-bas les heureuses prémices par les consolations secrètes de votre grâce, par la paix du cœur et la joie de la conscience inséparables de la vertu. Le poids de la corruption, les périls répandus ici-bas, les peines de cet exil , troublent encore cette joie sainte : nous ne la goûtons qu'à demi , et à travers mille amertumes qui en diminuent la douceur ; mais le peu que vous nous en faites goûter sur la terre , irrite notre soif et enflamme nos désirs. Si la suavité seule de vos saintes inspirations est capable de nous soutenir au milieu des peines et des malheurs les plus cruels de cette vie; que sera-ce, grand Dieu, quand nous en serons délivrés , et que vous nous communiquerez à plein toute la magnificence de votre gloire? que sera-ce , quand échappés de toutes les misères qui nous environnent sur la terre, nous serons plongés dans le sein immense de votre amour, pénétrés de l'éclat immortel de votre majesté , et fixées dans la jouissance de ce bien suprême , qui ne laisse plus rien à désirer à vos élus? C'est alors, grand Dieu, que ma joie sera pleine, que tous mes désirs seront remplis, que je ne serai plus occupé qu'à contempler votre gloire , que cette occupation sera pour moi un plaisir ineffable et toujours nouveau , que ce bonheur parfait n'aura plus d'autres bornes que celles de votre éternité.
PSAUME XVII
Prière d'une âme qui , après avoir été longtemps livrée au monde et aux passions les plus criminelles , remercie Dieu d'avoir enfin rompu ses
chaînes, et rappelle avec de grands sentiments d'amour et de reconnaissance tous les événements singuliers et presque miraculeux , qui ont précédé et facilité sa conversion.
t. I. Diligam le, Domine , fortitudo rtiea : Dominus firmamentum meum, et refugium meum, et liberator meus.
+. I . Je vous aimerai , Seigneur, vous qui éles toute ma force : le Seigneur est mon appui , mon refuge , mon libérateur.
Quand je rappelle devant vous, ô monseigneur! l'état déplorable et invétéré de crime et de dérèglement d'où vous m'avez retirée , tout mon amour peut-il suffire pour vous en témoigner ma reconnaissance? Ma faiblesse ne rencontrait presque plus de péril où elle ne succombât : mon âme était devenue comme le triste jouet de tous les objets des passions; il leur suffisait de se montrer à moi pour me vaincre : mais, grand Dieu , vous avez été vousmême ma force ; et l'empire que le monde et ces illusions avaient pris sur ma faiblesse, n'a fait qu'embellir le triomphe de votre grâce. De faibles désirs de salut obtenaient de temps en temps de moi des démarches encore plus faibles de conversion ; mais à peine avais-je fait un pas vers vous , ô mon Dieu , que je chancelais et retournais en arrière : vous seul , grand Dieu , avez enfin affermi et fixé ma légèreté et mon inconstance. Tout s'opposait au dehors à la résolution d'une nouvelle vie ; tout ce qui m'environnait , loin de me tendre la main , ne m'offrait que des contradictions et des censures; le monde entier paraissait soulevé contre moi : vous seul , grand Dieu , avez été mon refuge ; et tandis que tout m'abandonnait, j'ai trouvé un asile dans votre sein, que vous m'avez ouvert avec une tendresse paternelle. Mille liens de passion, de bienséance, de respect humain, m'attachaient au monde; plus je tentais de m'en débarrasser et de les rompre , plus ils se resserraient : ma servitude était si invétérée , qu'elle paraissait sans ressource : vous m'avez regardée, grand Dieu; et à ce seul regard de miséricorde, mes liens sont tombés. Que vous rendrai-je, ô mon divin Libérateur! pour tant de bienfaits? c'est à vousmême à vous payer de vos mains : pénétrez mon cœur de votre saint amour; je m'y livre sans réserve, ô mon Dieu! et ce nouveau don que vous me faites , est la seule reconnaissance que vous exigez de votre créature.
t. 2. Deus meus, udjutormeus, speraboineum.
*. 2. C'est mon Dieu qui est mon défenseur ; je mettrai en lui toute mon espérance.
Que pouvais-je tout seul , accablé sous le poids de mes chaînes? Mon cœur aimait son esclavage bon-
PARAPHRASE MORALE
teux , et il se refusait à tout ce qui aurait pu le délivrer : il ne trouvait de bonheur, de sagesse, de noblesse de sentiments, que sous ce joug funeste. Que serais-je devenu, grand Dieu, si vous m'aviez laissé à moi-même? vous êtes venu à mon secours, et je me suis dégagé. Quel prodige de grâce , ô mon Dieu! et en quelle situation puis-je me trouver désormais , où je ne doive espérer en vous, réclamer votre assistance, et tout attendre de vos miséricordes infinies ?
*. 3. Protactor meus, et cornu salutis meœ, et susceptor meus.
*. 3. II me protège , il assure mon salut , il prend en main tous mes intérêts.
Vous ne les avez pas bornées , grand Dieu , ces miséricordes , à me retirer de l'abîme où je croupissais; vous avez pris en main ma défense contre toutes les attaques que j'ai eu à soutenir de la part des hommes. Mon retour à vous m'a suscité des ennemis et des persécuteurs; vous avez rendu tous leurs efforts inutiles; vous avez dissipé , comme la poussière, tous les vains projets qu'ils avaient formés contre mon salut. L'orage qui me menaçait, s'est calmé sans que je m'en sois mêlé moi-même : ceux qui paraissaient les plus irrités de mon changement , ont été forcés d'y applaudir et de m'en féliciter. Quand on veut de bonne foi se donner à vous, grand Dieu, il n'y a qu'à s'en remettre à votre bonté pour toutes les suites que peut avoir cette grande démarche; c'est votre grâce qui la commence, c'est elle qui la soutient et qui l'achève.
*. 4. Laudans invocabo Dom'uium , et ab inimicis mcis salvus ero.
*. 4. Je louerai, j'invoquerai le nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.
Aussi c'est à votre grâce seule, ô mon Dieu! que j'en rends la gloire et les louanges qui lui sont dues. Que pourrais-je en effet m'attribuer à moi-même? Vous savez, grand Dieu, ceque vous y avez trouvé : quel fonds de misère et de dépravation ! mais je vous ai invoqué , et vous êtes venu , et tout a changé de face au dehors et au dedans de moi. Quelle est votre bonté pour les hommes, ô mon Dieu ! de leur avoir laissé une ressource si facile de salut! ils n'ont qu'à vous invoquer et s'adressera vous : votre secours est toujours prêt ; vous ne savez pas vous refuser aux prières et aux cris d'un cœur touché. Quel aveuglement de ne faire aucun usage d'un moyen de salut si consolant et si aisé ! Pour moi , Seigneur, tant qu'il me sera permisde vous réclamer, d'invoquer votre saint nom, j'userai de ce privilège heureux que vous avez bien voulu accorder à vos créatures. Que les enne-
mis de mon salut continuent à s'armer contre moi ; qu'ils emploient les menaces et les artifices pour m'ébranler : je vous invoquerai, grand Dieu, et ma prière fera toute ma sûreté.
t. 5 Circumdedcruntme doloresmorlis, et lorrentes miquitatis conturbaverunt me.
*•. 5. Les douleurs de la mort m'ont environné , et les torrents de l'iniquité m'ont rempli de trouble.
C'est à elle , grand Dieu , que je dois le bienfait inestimable qui m'a retiré du désordre. Les remords du crime, plus cruels que les douleurs mêmes de la mort, me suivaient partout : j'avais beau changer de situation , je les trouvais toujours autour de moi ; c'étaient comme des furies attachées à mes côtés, qui me poursuivaient, et ne me permettaient pas d'être un moment tranquille. La multitude innombrable de mes iniquités se rassemblait sans cesse sous mes yeux, et comme un torrent impétueux fondait sur mon cœur, et y excitait des troubles et des ravages qui me laissaient dans un état affreux. J'avais avalé le crime comme l'eau : mais ces eaux fatales, en grossissant, avaient inondé toutes les puissances de mon âme, y avaient éteint et ravagé tous vos dons, et laissé un fonds de boue et d'amertume, qui ne pouvait plus servir d'asile et de repaire qu'aux cruelles morsures des aspics et des serpents.
*. 6. Dolores inferni circumdederuntmc ; précoce upaver mit me laquei morlis.
t. 6. Les horreurs du tombeau m'ont environné de toutes parts ; j'ai vu des pièges tendus de tous côtés pour m'ôter la vie.
Dans cette situation déplorable, grand Dieu, la pensée continuelle des supplices que. vous préparez aux pécheurs, redoublait ma douleur et mes craintes : l'horreur du tombeau s'offrait sans cesse à mes yeux : je médisais à moi-même, que la mort, comme un piège terrible, surprend toujours ceux qui n'en ont pas prévenu la surprise par de sages précautions : ma perte éternelle me paraissait inévitable, si je persévérais dans le dérèglement où j'avais jusque-là vécu.
*. 7. In tribulatione meâ invocavi Dominum, et ad Detim meum clamavi.
t. 7. Au milieu de mon affliction , j'ai appelé le Seigneur à mon secours; j'ai poussé des cris vers mon Dieu.
Ah! ce fut alors, grand Dieu, que ne pouvant plus soutenir le poids de mes crimes et de mes peines ; ce fut alors , ô Père tendre et miséricordieux ! que je me tournai vers vous : les cris de ma douleur et de mon repentir montèrent à votre trône. Après avoir essayé longtemps de l'insuffisance de toutes les créatures , pour calmer les agitations de
mon cœur, je compris que je ne pouvais trouver qu'en vous seul , ô mon Dieu ! ce que je cherchais en vain depuis tant d'années au milieu du monde. Je levais ma voix vers vous , Seigneur, de l'abîme de tribulations et d'angoisses où mon cœur était plongé ; je crus que les supplications d'un pécheur, non-seulement désarmeraient votre colère prête à éclater sur moi, mais qu'elles réveilleraient même votre tendresse. Mes crimes, il est vrai, devaient m'imposer devant vous, ô Dieu saint ! un silence de honte et de confusion : mais les besoins pressants ne consultent pas l'indignité de celui qui prie; et d'ailleurs, ô mon Dieu! plus nos misères sont extrêmes, plus elles nous donnent droit de vous appeler à notre secours.
DU PSAUME X\ll 519
protection des grands et des puissants; je croyais être en sûreté à l'abri de ces montagnes si élevées et si profondément enracinées dans les entrailles de la terre : ces appuis de chair et de sang ouvraient tous les jours à mon ambition de nouvelles vues opposées à celles que vous aviez sur moi , ô mon Dieu ! vous avez renversé ces montagnes si hautes et si fières de leur élévation ; vous avez soufflé sur le crédit et sur la faveur de ces grands de la terre ; vous l'avez ébranlée jusques aux fondements , et ces niasses énormes ont chancelé : et me trouvant comme écrasé sous leurs ruines, mes espérances terrestres ont disparu avec elles ; et j'ai cherché en vous un protecteur plus puissant avec lequel je n'ai plus de révolution à craindre.
*. 8. Et exaudivit de lemplo sancto suo vocem meam , et clamor meus in conspeclu ejus introivit in aures ejus.
*. 8. Ma voix a su pénétrer jusque dans son temple ; mes cris sont parvenus jusqu'à lui, et il les a entendus.
En effet , mon espérance ne m'a pas trompé : ô source de toute bonté! vous avez ouvert à mes cris vos entrailles paternelles; du haut du temple de votre gloire, vous vous êtes abaissé jusques à écouter le langage de ma douleur : cette voix mêlée de soupirs et de larmes n'a pas inutilement frappé vos oreilles ; elle a pénétré jusque dans votre cœur ; vous me l'avez ouvert de nouveau; vous vous êtes rendu à moi , grand Dieu , malgré les crimes qui vous en éloignaient depuis si longtemps; et vous êtes rentré en possession d'une âme destinée à être votre temple , mais qui avait été jusque-là la demeure des esprits immondes.
*. 9. Commota est et contremuit terra ; fundamenta montium conturbata suni, et commota sunt, quoniam iratus est eis.
*. 9. Oui, ce Dieu qui dans sa colère fait trembler la terre, et qui ébranle jusques aux fondements des montagnes.
Mais , grand Dieu , comment pourrais-je rappeler ici toutes les merveilles que vous avez opérées pour faciliter ma conversion? Vous ébranlez quand il le faut le monde entier pour sauver un seul élu; vous faites trembler la terre, et en ouvrez les abîmes; vous frappez les montagnes jusque dans leurs fondements , et vous ensevelissez sous les ruines de leurs masses énormes les villes et les campagnes : et voilà, ô mon Dieu! la figure des prodiges que vous avez renouvelés en ma faveur. J'avais de grands établissements sur la terre qui m'attachaient encore trop à elle, et suspendaient mon changement; ils paraissaient élevés sur des fondements inébranlables : vous les avez rendus chancelants et fait écrouler peu à peu, afin qu'instruit de leur peu de solidité, il m'en coûtât moins de m'en détacher. Je comptais sur la
t. 10. Ascendit j'umus in ira ejus, etitjnisù facie ejusexarsit; carbones succensi sunt ab eo.
1. 10. Ce Dieu qui de ses regards allume des feux vengeurs , et change en brasiers ardents les villes entières.
Vous avez autrefois, dans votre colère, fait descendre le feu du ciel sur des villes criminelles : j'étais assez coupable pour mériter le même châtiment; vous vous êtes contenté, ô mon Dieu! de l'exercer sur mes possessions et sur mes édifices; mais vous l'avez exercé comme à l'égard de Job , dans votre miséricorde. Il me fallait des malheurs et des adversités pour me rappeler à vous : j'ai vu les flammes allumées de votre main, ne faire de la magnificence de mes maisons qu'un monceau de cendres ; et alors j'ai pensé à m'édifier une maison durable dans le ciel. Ce feu bienfaisant, en consumant mes héritages, a consumé en même temps tout ce qu'il y avait encore de terrestre dans mon cœur ; et n'a servi qu'à y rallumer le feu divin de votre amour, qui était comme étouffé sous cette multitude de matières viles, mais chères et précieuses à mes yeux , qui en ralentissaient la sainte activité.
t. il. Inclinavit ccelos etdesccndit ; et caligo sub pedibus ejus.
*. 1 1. Ce4)ieu qui abaisse les cieux et qui descend porté sur les nuées.
Vous descendiez autrefois sur une nuée pour conduire votre peuple à travers les routes pénibles e*. dangereuses du désert ; et voilà, ô mon Dieu! la protection visible que vous m'avez accordée au milieu des peines et des obstacles que je trouvais dans la nouvelle voie où vous m'aviez fait entrer, et où j'étais à tout moment sur le point de m'égarer; vous avez toujours marché devant moi pour me marquer ma route.
^. 12. Et ascendit super cherubim , et volavit : volavil super, punnas ventorum.
♦ . 12. Ce Dieu qui, appuyé sur les chérubins, se fait traîner par les vents dans les airs.
enfanté pour moi que le calme et la tranquillité dont je jouis.
Je n'ai pas attendu longtemps cette assistance miraculeuse : dès que vous vous êtes aperçu que la difficulté du chemin commençait à me lasser ; que les obstacles qui s'offraient encore à moi décourageaient ma faiblesse : que désespérant d'avancer, j'étais presque résolu de reculer, et de retourner aux abominations de l'Egypte ; vous avez volé , grand Dieu , à mon secours, monté sur les ailes de vos chérubins ; la rapidité de votre course pour venir à moi a imité celle des vents : le péril et le secours se sont toujours trouvés au même instant ensemble.
*. 13. Et positif tenebras latibulum suum, in circutlu ejus tabernaculum ejus, tenebrosa aqua in nubibm aeris.
*. 13. Ce Dieu qui ne peut nous rendre sa présence sensible qu'à travers les nuages épais dont il est obligé de s'envelopper, et se former comme un tabernacle , pour dérober sa majesté à nos yeux.
Vous êtes, Seigneur, un Dieu caché pour les enfants du siècle : vous ne vous montrez à eux qu'au milieu des ténèbres qui vous dérobent à leurs yeux; votre gloire, votre sainteté, votre puissance, votre justice , n'est pour eux qu'un nuage épais , où ils ne voient rien qui les frappe et qui les intéresse : ils vous regardent comme si vous n'étiez pas , parce qu'il n'y a de réel pour eux que ce qu'ils voient des yeux du corps. Mais , grand Dieu , de quelques ténèbres que vous enveloppiez votre majesté , n'éclatet-elle pas en tous lieux dans l'univers? Vous nous cachez l'éclat ineffable de votre gloire : mais les ouvrages de vos mains que nous admirons ; mais l'immensité même des cieux et des nuées qui vous cachent , ne nous la manifestent-elles pas assez? C'est dans ces ténèbres respectables que vous êtes plus grand, plus terrible, et plus digne de nos hommages.
*. 14. Prœfidgore inconspectuejus /tubes transierunt, grando et carbones ignis.
t. H. Ce Dieu qui dissout les nuées de l'éclat de son visage, et les fait se résoudre en une grêle mêlée de feu.
Vous vous êtes , grand Dieu , rendu assez visible à mes yeux dans les secours inespérés que j'ai reçus de vous. Dès le premier pas que je voulus faire dans votre service, je ne voyais devant moi que des nuages affreux; le monde soulevé contre moi ne m'annonçait que des orages et une grêle de malheurs prêts à fondre sur ma tête. Vous parûtes alors, grand Dieu, et tous ces brouillards s'évanouirent à l'éclat de votre présence : elle dissipa les vaines frayeurs qui m'alarinaient, et tout cet appareil bruyant de tempête n'a
*. 15. Et intonuil de cœlo Vuminus , et Altissimus dédit voce m suam.
t. 15. Ce Dieu qui du haut du ciel parle aux timides mortels par l'effroyable tonnerre qu'il fait gronder sur eux.
Oui, Seigneur, en me délivrant de mes terreurs, vous en frappâtes ceux qui voulaient ébranler ma résolution en les jetant dans mon âme. Vous fîtes gronder du haut du ciel votre tonnerre sur leurs têtes; vous leur montrâtes de loin les signes les plus funestes et les plus effrayants de votre colère ; vous leur fîtes sentir que la joie du ciel pour la conversion d'un pécheur, se tourne en indignation et en vengeance contre ceux qui veulent lui enlever le plaisir et la gloire de sa nouvelle conquête : toutes les calamités les menaçaient à la fois ; et c'étaient autant de voix dont vous vous serviez, afin de les détourner de tout ce qu'ils entreprenaient pour me rentraîner dans les illusions du monde.
t. 16. Et misit sagittas suas , etdissipavit eos; fulguramultiplicavit, et conlurbavit eos.
*. 16. Ce Dieu qui consterne ses ennemis par les éclairs redoublés dont 11 leur frappe les yeux , qui les dissipe par la foudre qu'il lance comme des flèches sur leurs tètes.
Mais vos menaces , ô mon Dieu ! n'excitent dans les cœurs corrompus que des frayeurs passagères : les objets séduisants du monde les calment aussitôt. J'aurais trouvé dans les démarches que vous demandiez de moi des obstacles insurmontables de la part des hommes, si vous vous étiez contenté de leur faire entrevoir le glaive prêt à les frapper et à me défendre. Il fallait , grand Dieu , que votre main s'appesantît sur eux en effet : tant qu'ils auraient joui de leur crédit et de leur puissance, j'avais tout à craindre de l'usage qu'ils étaient résolus d'en faire contre moi. Ils rassemblaient leurs forces et leurs conseils pour m'attaquer avec plus de succès : il était temps, grand Dieu, de frapper. AuSsi les flèches de votre colère lancées sur eux, les ont dissipés : des malheurs soudains et inattendus, comme des coups de foudre multipliés , les ont terrassés. Vous les avez affligés par des pertes , des contre-temps , des infirmités, des disgrâces : vous avez mis le trouble et l'amertume dans leurs maisons ; et occupés de leurs propres malheurs, ils n'ont plus pensé à ceux qu'ils me préparaient. Que vos conseils sont profonds et adorables , ô mon Dieu ! vous faites servir au salut de vos serviteurs , les pièges même dressés pour les perdre.
t. n. Etapparuerunt fontes aquarum, et revelata sunt fundamenta orbis terrarum.
DU PSAUME XVII
*. 17. Enlin ce Dieu qui autrefois fit voiries sources les plus cachées des eaux et les abîmes les plus profonds.
Vous avez armé , ô puissant protecteur de ceux qui vous servent ! toute la nature en ma faveur : les éléments ont semblé prendre ma défense contre mes persécuteurs ; les eaux sont sorties de leurs abîmes profonds pour inonder leurs terres et leurs campagnes. Toutes les créatures , 6 mon Dieu! sont entre vos mains des instruments dont vous vous servez , quand il vous plaît, pour exercer vos vengeances contre ceux qui s'opposent à vos desseins éternels sur les justes.
+. 18. Abincrepalione tuâ , Domine, ab inspiratione spiritûs ira luœ.
*. 18. Par un effet de vos menaces , Seigneur, et par le souffle impétueux de votre colère.
Vous ne paraissez jamais plus irrité, et vous n'opérez jamais des prodiges plus effrayants, que lorsqu'il s'agit de frapper ceux qui dressent des embûches à vos serviteurs : c'est alors que toute l'impétuosité de votre colère éclate. Eh! que n'avez-vous pas fait autrefois pour délivrer votre peuple de l'oppression de l'Egypte ! Vous avez soufflé sur les eaux de la mer ; et les mêmes abîmes qui se sont découverts pour laisser un passage libre à votre peuple, ont submergé la multitude innombrable de ses ennemis : vous avez ouvert les entrailles de la terre pour engloutir les murmurateurs : vous avez fait descendre le feu du ciel, et ceux qui contredisaient Moïse et Aaron vos serviteurs ont été dévorés. Ce n'étaient là, grand Dieu, que les images consolantes et admirables de ce que vous deviez opérer un jour en faveur du nouveau peuple , et de la protection que j'ai éprouvée en effet dans les contradictions que les enfants du siècle m'ont suscitées.
+ . 19. Misit 'de summo , etaccepitme;et assumpsitme deaquis mullis.
t. 19. C'est ce Dieu même qui du haut du ciel a daigné me tendre la main , et qui m'a tiré comme du milieu des ondes où j'allais périr.
Oui, grand Dieu, je n'en saurais assez renouveler le souvenir et ma reconnaissance devant vous. Vous m'avez tendu la main du haut du ciel, lorsque j'étais plongé le plus avant dans le fond de l'abîme ; vos regards miséricordieux se sont arrêtés sur moi dans un temps où je n'étais presque plus que comme un de ces infortunés que les flots ont engloutis, et dont ils agitent ensuite à leur gré les tristes cadavres. Vous m'avez retiré du milieu de ces eaux amères ; vous m'avez essuyé du naufrage et ranimé en moi cet esprit de vie, cette chaleur divine éteinte si absolument depuis si longtemps dans mon cœur,
que rien n'y palpitait plus , et n'y laissait plus d'espérance de retour à la vie que j'avais perdue.
*. 20. Eripuit me de inimicis mets fortissimis , et ab Us qui oderunt me, quoniam confortati sunl super me.
t. 20. Voyant que je ne pouvais plus résister à des ennemis également puissants et animés contre moi , il m'a Uré de leurs mains.
Il ne vous a pas suffi , ô mon Dieu ! de me retirer du milieu des ondes, et de me conduire au port; j'y ai trouvé des dangers encore plus à craindre que ceux dont vous veniez de me délivrer. Tandis que j'étais livré à la violence des flots et à l'impétuosité de mes passions , mon malheur n'était qu'un spectacle agréable pour le monde : il applaudissait à ma perte ; il donnait des noms honorables à l'infamie de mes dérèglements. Mais dès qu'il m'a vu sortir de ce gouffre puant , et marcher dans les voies de la pudeur et de la vertu, je suis devenu pour lui un objet de haine et de mépris; il s'est prévalu de son crédit et de sa puissance pour m'attirer des disgrâces ; il a tout mis en usage, ou pour m'accabler, ou pour me décourager. Mais vous étiez avec moi, grand Dieu : tous les efforts des ennemis de mon salut n'ont abouti qu'au crime de leur mauvaise volonté; et votre secours plus puissant que leur malice m'a délivré de leurs mains.
t. 21. Prœvenerunt me in die a/flictionis meœ, etfactus est Dominus protector meus.
t. 21. Pendantle temps de mon affliction ilsontsouventessayé de me surprendre , et le Seigneur m'a toujours protégé.
Que vos ennemis, grand Dieu, sont infatigables et ingénieux, quand il s'agit de nous séduire! pourquoi ne le sommes-nous pas autant pour les attirer à vous ? Quand ils me voyaient accablé sous le poids des afflictions dont ils avaient été les seuls auteurs; dans l'espérance que je me lasserais enfin de mes peines, ils venaient m'en promettre la délivrance si je voulais adhérer à leurs pernicieux conseils : voyant que je n'allais pas implorer leur secours, parce que je comptais sur le vôtre , ô mon Dieu ! ils faisaient les premières démarches ; ils me prévenaient par des paroles douces et artificieuses : ils tâchaient de me persuader que mon intérêt seul les faisait agir, et qu'ils étaient touchés des malheurs que je m'attirais moi-même; ils m'en laissaient entrevoir encore de plus grands, si je m'obstinais dans le parti singulier que j'avais pris. Mais vous étiez à mes côtés, grand Dieu ; vous veilliez à ma sûreté, et la douceur apparente de leurs artifices me trouvait aussi insensible que la dureté de leurs mauvais traitements,
♦.22. Eteduxit me in latitudinem ; salvum me fecit, quoniam voluit me.
roT2
PARAPHRASE MORALE
+ 22. Parce que j'ai trouvé grâce auprès de lui , il a achevé ma délivrance par la ruine entière de mes ennemis , et il m'a mis en pleine liberté-
Enfin, grand Dieu, à travers tant d'obstacles, tant de pièges , tant de persécutions, me voilà tranquille et en état de vous servir avec liberté. Plus }e repasse sur toutes ces marques singulières de votre bonne volonté pour moi, plus je sens mon indignité et la gratuité incompréhensible de vos bienfaits. Vous , grand Dieu , qui êtes le père commun de tous les hommes, vous avez toujours eu les yeux sur moi seul ; vous avez suivi tous mes pas , comme si vous n'aviez que moi seul à protéger, et à sauver sur la terre parmi cette multitude innombrable d'enfants d'Abraham qui vous adorent. Une vile créature souillée de tant de crimes, que pouvait-elle attendre de vos regards, que des châtiments et des foudres?
"*. 23. Etrelribuet niihi Domimis sccundàmjustitiam meam, et secundùm puriiatem manuum meanim relribuet mihi.
*. 23. C'est ainsi que le Seigneur récompensera toujours la droiture de mon cœur et la pureté de mes actions.
Si vous avez pu, grand Dieu, me regarder d'un œil favorable lorsque je ne vous offrais que des mains souillées, et un cœur livré à l'iniquité et à l'injustice; quel secours et quelles marques de bonté ne dois-je pas attendre de vous, si je persévère dans les voies de la justice et de l'innocence où vous m'avez fait entrer? Vous avez été, ô mon Dieu! si riche et si libéral en miséricordes à mon égard, dans un temps où je ne méritais que votre indignation : suspendrez-vous le cours de vos grâces et de vos bienfaits aujourd'hui , où je tâche de lever vers vous des mains pures , et un désir sincère d'accomplir toute justice? Il a fallu toute la force de votre bras pour m'arracher des mains de votre ennemi qui me retenait captif par des liens que le temps avait rendus presque indissolubles : que ce prodige de votre puissance, grand Dieu, ne soit pas inutile : vous n'en opérez jamais en vain. Conservez ce qui vous a tant coûté pour le recouvrer ; et si la reconnaissance d'un bienfait en attire toujours de nouveaux , vous ne cesserez jamais, grand Dieu, de me favoriser, parce que je ne cesserai pas de sentir le prix inestimable du don qui m'a délivré.
t. 24. Quia custodivi vias Domini, nec impie gessi a Dco mco.
*. 24. Car je ne me suis point écarté de ses voies : jamais je ne me suis souillé de la moindre impiété.
Aussi, grand Dieu, et je puis le confesser ici en votre présence, puisqu'en vous rappelant ce que vous avez opéré en moi je ne fais que publier vos
miséricordes; depuis ce moment heureux qui changea mon cœur, vous savez que j'ai tâché de ne pas m'écarter de vos voies. Non-seulement j'ai eu horreur de ces discours d'impiété qui avaient autrefois si souvent souillé mes lèvres; non-seulement je me suis banni de la société de ces hommes corrompus dans l'esprit et dans le cœur, qui trouvent les plaisirs criminels insipides, s'ils n'y mêlent un langage d'incrédulité et de blasphème; non-seulement j'ai respecté les vérités de la foi , et soumis ma raison à la sainte obscurité de ses mystères : j'ai médité aussi ses conseils et ses préceptes , pour en faire la règle de mes mœurs. Ce qui me paraissait autrefois si incompréhensible dans ce que votre Église nous propose de croire, fait aujourd'hui ma plus ferme espérance; et les maximes de votre loi, que je ne croyais propres qu'à nous jeter dans le désespoir par l'impossibilité prétendue de les observer, ne sont plus pour moi qu'un joug doux et aimable , et plus je le porte, plus il devient léger et consolant.
+. 25. Quoniam omniajudicia ejus in conspectu meo ; ctjustias cjus non repuli a me.
t. 25. Ayant sans cesse ses jugements devant les yeux, j'ai toujours plié sous le joug de sa loi.
Pour m'affermir dans l'observance de votre loi . ô mon Dieu! et ne pas me rebuter des difficultés qu'elle offre aux sens et à Pamour-propre, j'ai sans cesse devant les yeux la justice et la terreur de vos jugements. Pouvez-vous trop exiger, grand Dieu, d'une créature qui vous doit tout, et qui a passé la plus grand partie de sa vie à vous méconnaître et à vous outrager? Pouvez-vous lui trop interdire l'usage des biens et des commodités de la terre , elle qui n'en a jamais usé que pour insulter le bienfaiteur de qui elle les tenait? N'est-il pas juste que mon corps , qui avait si longtemps servi à l'ignominie , serve à la justice; et que je traite avec quelque rigueur un ennemi que ma molle indulgence pour lui m'avait rendu si funeste , et dont tous les mouvements me présagent encore ma perte ? Puis-je me plaindre , grand Dieu , s'il m'en coûte quelque chose pour observer vos commandements, eu égard aux supplices affreux que l'énormité de mes crimes me préparait , et dont votre justice a bien voulu me quitter pour quelques violences passagères? Mes passions avaient été elles-mêmes si pénibles ; j'avais dévoré tant d'amertumes et de difficultés dans les* voies criminelles du monde et des plaisirs : pourrai-je me laisser rebuter des peines légères qui accompagnent la vertu ? O du moins , grand Dieu , vous nous en tenez compte, de ces peines légères! elles entrent dans l'économie de notre salut , et dans
DU PSAUME XVII
les expiations que vous exigez de nos iniquités : en-, lin votre grâce les adoucit, au lieu que les peines que j'éprouvais dans mes passions étaient de nouveaux crimes ; et que la tristesse , le remords , le désespoir, étaient la seule consolation qu'elles laissaient dans le cœur après elles.
t. 2G. Eteroimmaculatus cum eo, et observabo me ah iniquitale meâ.
*. 26. Résolu plus que jamais de conserver mon innocence, j'emploierai dans la suite tous mes soins à éviter le mal.
Non, Seigneur, dans la vive confiance où je suis que vous ne m'abandonnerez pas , si je ne vous abandonne le premier, je me propose plus que jamais de mener une vie pure et innocente. Pour y parvenir, grand Dieu, je connais maintenant les pièges et les occasions qui m'ont autrefois séduit; les familiarités qui m'ont conduit au crime; les sociétés qui avaient été pour moi une école de vice et de dissolution; les plaisirs que le monde appelle innocents , et d'où je ne sortais jamais qu'avec un cœur souillé et plus coupable; ces soins efféminés sur ma personne , que je croyais ne donner qu'à la bienséance , et que je n'accordais qu'à la passion et à des désirs injustes. Voilà, grand Dieu, les sources fatales qui ont infecté tout le cours de ma vie passée : il m'en a trop coûté de les avoir connues, pour ne pas mettre à profit à l'avenir une si triste expérience. Je m'observerai avec tant de sévérité , que tout ce qui avait été pour moi une occasion de cbute , je l'éviterai avec le même soin que la chute même. Ce n'est pas , grand Dieu , à un malade comme moi , encore faible et tout chancelant de ses blessures, d'aller affronter le péril. Les justes affermis dans vos voies, peuvent mépriser les attaques d'un ennemi que leur seule présence confond et désarme : mais pour moi , Seigneur, il connaît trop les endroits faibles de mon cœur, et il a un trop long usage de me vaincre , pour que j'aille imprudemment essayer mes forces naissantes contre les siennes. Le plus sûr moyen de m'en défendre , c'est de fuir : la fuite est la victoire des faibles : vous avez promis un secours puissant, toujours présent , à leur faiblesse ; mais vous ne l'avez pas promis à leur témérité.
t. 27. Etretrïbuet mihi Dominus secundùm justitiam meam , etsccundùm puritatem manuummearum in conspectu oculurum ejus.
*. 27. Ainsi le Seigneur voyant toujours en moi un cœur droit et des intentions innocentes, il m'en fera recueillir lefruit.
Oui , Seigneur, ma fidélité à fuir les écucils où j'ai tant de fois péri, m'attirera de nouveaux secours pour échapper à ceux que je trouverai sur mes pas : à mesure que vous me verrez avancer dans la jus-
tice , vous me comblerez de plus en plus de vos bienfaits. J'ai la consolation de servir un Maître qui tient compte de tout à ceux qui le servent , d'une violence , d'un soupir, d'un verre d'eau froide donné en son nom. Et il faut bien que vous ne cherchiez, grand Dieu, qu'à nous trouver à vos yeux dignes de vos largesses, puisque vous récompensez en nous vos propres dons. Je n'ai donc , Seigneur, qu'à conserver mes mains pures, et je ne les lèverai jamais en vain vers vous ; et votre secours suivra toujours de près mes supplications et mes prières. Vous êtes si disposé , ô Père des miséricordes ! à faire du bien à vos créatures , que vous nous ordonnezde ne pas nous lasser de vous demander ; vous exigez nos importunités, comme si ce n'était pas assez de les souffrir : vous voulez seulement que l'innocence, ou un commencement sincère de repentir, fasse tout le mérite comme tout le succès de nos demandes.
v. 28. Cum sancto, sanctus eris; et cum viro innocente , innocens eris.
*. 28. Oui, Seigneur, vous êtes miséricordieux avec celui qui a de la miséricorde, et vous ne faites point de mal à celui qui n'en fait point.
N'est-il pas juste qu'en venant vous supplier, grand Dieu , nous n'offrions rien à vos yeux , qui , loin d'attirer vos grâces, excite votre colère, ou du moins que nous commencions à détester ce qui peut en nous vous déplaire? n'est-il pas juste que nous ne vous trouvions bon et miséricordieux , qu'autant que nous le sommes pour nos frères; et que nous n'obtenions de vous la délivrance des maux qui nous menacent, et que votre justice nous réserve , qu'à mesure que vous nous voyez disposés à suspendre ceux que nous préparions à ceux qui nous ont offensés ? Quoi ! grand Dieu ! nous conserverions le souvenir d'une légère offense qui a blessé notre orgueil, et nous viendrions vous demander d'oublier les outrages dont nous avons tant de fois déshonoré votre majesté suprême? nous fermerions nos entrailles aux cris et aux besoins de nos frères affligés , et vous nous ouvririez les vôtres? nous serions durs et cruels envers les autres hommes, et vous seriez tendre et bienfaisant à notre égard ? Non , Seigneur, nos dispositions envers nos frères seront toujours celles que vous aurez pour nous ; et ne sommes-nous pas heureux que vous ayez bien voulu que les sentiments de nos cœurs pour eux deviennent pour nous la règle et la mesure des vôtres?
t.29.£< cumclccto, eleclus cris;etcumpcrvcrso,pcrverlcri$.
t. 29. Vous êtes bon envers le bon , et vous êtes méchant envers le méchant.
Mais, Seigneur, ce ne sont pas les seules apparences
PARAPHRASE MORALE
de la douceur et de la charité, que vous exigez de nous : vous détestez ces cœurs doubles et pervers, qui sous les dehors de l'amitié cachent l'amertume de la jalousie et de la haine envers leurs frères ; vous leur rendez dissimulation pour dissimulation, des faveurs trompeuses et extérieures pour les signes faux et extérieurs de bienveillance qu'ils accordent aux autres : vous les comblez souvent des biens de la terre ; mais la bonté et la tendresse de votre cœur, 6 mon Dieu! n'a aucune part à ces faveurs superficielles. Dans le temps même que vous les répandez sur eux , vous les réservez au jour de vos vengeances ; vous ne dissimulez leurs crimes , que pour leur en préparer une punition plus longue et plus sévère. Ce n'est qu'aux cœurs droits et simples , ô mon Dieu ! que vous vous communiquez sans réserve : si vous les châtiez ici-bas, ces châtiments sont des faveurs réelles qui assurent leur salut ; si vous les y favorisez , ces faveurs temporelles sont encore des moyens et des facilités effectives que vous leur ménagez pour se rendre plus dignes et plus sûrs de leur élection éternelle : tout entre vos mains coopère au bien de ceux qui vous aiment ; et tout, au contraire , se change en occasion de perte pour ceux qui se livrent à leurs passions. Ils corrompent, ils pervertissent, ils emploient contre vous , ô mon Dieu ! tout ce qui aurait dû les rappeler à la connaissance et à l'amour du Bienfaiteur souverain qu'ils outragent.
* 30. Quoniam tu populum humilem salvum faciès , et oculos superborum humiliâtes.
*. 30. Vous prenez soin de secourir un peuple soumis à vos volontés , pendant que vous confondez nos superbes ennemis.
Telle a été dans tous les temps , grand Dieu, votre conduite adorable envers les hommes. Les cœurs doux et humbles onttoujours été l'objet le plus tendre de vos soins : s'ils ont ressenti quelquefois les tristes effets de leur propre faiblesse, vous n'étiez pas loin d'eux ; et ils se relevaient de leurs chutes , plus forts , plus vigilants et plus fidèles : si vous permettiez aux méchants de les affliger, vous mettiez des bornes àcesjours d'épreuve et d'affliction ; elles ne duraient qu'autant qu'elles pouvaient leur être utiles : et quand ils en avaient fait tout l'usage que vous vous étiez proposé, vous leur rendiez la paix, la gloire, la liberté et tous les autres biens , dont vos ennemis se flattaient de les avoir dépouillés pour toujours. Mais les enfants de l'orgueil, mais ces cœurs vains et j présomptueux qui ne mesurent leurs desseins ambitieux que sur leur puissance, qui ne daignent pas même lever les yeux vers vous, comptant venir à bout tout seuls de leurs entreprises, votre justice
leur prépare toujours des événements et des revers qui les humilient ; ils finissent toujours par la confusion et par l'opprobre , et leur gloire passée ne sert qu'à rendre plus amère et plus honteuse leur ignominie présente. Mais les justes eux-mêmes , dès qu'ils présument trop de leurs forces ; qu'ils négligent les précautions auxquelles vous avez attaché leur persévérance, qu'ils se flattent que rien ne sera capable d'ébranler leur fidélité, et qu'ils méprisent les périls que vous leur avez ordonné de fuir et de craindre : ah! vous permettez que leur orgueil soit toujours confondu et humilié par quelque chute honteuse : ils regardaient leurs frères avec des retours de complaisance sur leur propre vertu ; mais l'humiliation dont ils sont couverts est si profonde, qu'ils n'osent plus se regarder eux-mêmes. C'est de vous , grand Dieu , que nous tenons toutes nos vertus; et elles deviennent des vices, dès que nous n'en rapportons la gloire qu'à nous-mêmes.
+ 31. Quoniam lu illuminas lucernam meam , Domine : Deus meus, illumina tenebras meas.
*. 31. Vous avez fait luire sur moi, Seigneur, votre divine lumière pour m'éclairer : ne me laissez pas retomber dans les ténèbres , ô mon Dieu !
Voilà, grand Dieu, des lumières et des vérités que vous me montrez sans cesse au fond du cœur. Je les ignorais autrefois : de profondes ténèbres étaient répandues sur mon âme. Je vous connaissais à peine, ô source éternelle de lumière! comment aurais-je pu connaître les voies de votre grâce dans les cœurs? Faites-moi croître de jour en jour dans la connaissance de ces vérités saintes : je les publierai ; je ferai luire votre lumière divine aux yeux de ceux qui vivent dans les ténèbres , et qui ont été autrefois témoins de mes erreurs et de mes égarements. Je leur avais servi de guide et de modèle dans les voies ténébreuses des passions ; vous vous servirez peut-être de moi , grand Dieu , pour leur ouvrir les yeux et les ramener aux sentiers de la vérité. Achevez de dissiper jusques aux plus légers nuages que mes anciens désordres ont laissés dans mon âme ; pénétrezla tout entière des lumières de la vérité : que tous les préjugés du monde; que toutes les erreurs qu'on y honore des noms de la sagesse ; que toutes les fausses lueurs qu'on y prend pour la vérité, s'éclipsent devant elle au fond de mon cœur. Nous ne sommes jamais que ténèbres sur ce qui nous regarde. Montrez-moi à moi-même, grand Dieu, faites que je me connaisse dans votre lumière : plus je serai éclairé sur mes misères, plus je sentirai le bienfait qui m'en a délivré , et le besoin continuel que j'ai de votre secours pour ne pas m'y rengager à l'avenir.
DU PSAUME XVII
*. 32. Quoniam in te eripiar à tentatione, etinDeomeo transgrediar murum.
*. 32. Avec vous j'éviterai tous les dangers ; appuyé du secours de mon Dieu , il n'est point de rempart que je ne force.
Je sais , grand Dieu , que cette vie est pour les plus justes mêmes une tentation continuelle, et qu'elle est toute semée d'écueils et de précipices; mais je sais aussi , ô mon Dieu ! qu'on y marche avec sûreté quand on vous a pour guide et pour soutien. Vous permettez qu'on trouve dans vos voies des obstacles qui paraissent insurmontables à la faiblesse humaine ; mais ces montagnes que le démon grossit à nos yeux pour nous décourager, s'aplanissent , et votre présence seule les fait disparaître-, mais ces murs formidables que le monde élève sur notre route , et qui semblent nous ôter toute espérance d'avancer, s'écroulent et laissent le passage libre , dès que vous nous précédez pour nous faciliter votre voie sainte. Le monde ne promet que des plaisirs, et on n'y trouve que des chagrins et des amertumes; au contraire , vos voies n'offrent d'abord que des ronces et des épines , et on n'y marche , grand Dieu , que sur des fleurs.
*. 33. Deus meus, impolluta via ejus; cloquia Domini igné examinata.
*. 33. La voie de mon Dieu est irrépréhensible ; la parole du Seigneur est purifiée par le feu.
En effet , que nous ordonne votre divine loi , ô mon Dieu! que la vérité , l'ordre , la justice , la sainteté? Eh quoi! l'homme innocent se rendait heureux par la pratique de ces vertus; elles étaient pour lui la source d'une joie ineffable ; et ce n'est qu'en cessant de les pratiquer, qu'il a perdu la félicité dans laquelle vous l'aviez créé : et maintenant la pratique de ces mêmes vertus me rendrait malheureux ! et je ne pourrais goûter de bonheur qu'en me livrant aux erreurs , au désordre, aux penchants vicieux et injustes que le péché a mis en moi , et qui y défigurent l'ouvrage du Créateur! Non, mon Dieu, votre loi n'est pas seulement une loi pure et sainte, c'est une loi aimable qui ne rebute que les cœurs corrompus ; c'est le vrai remède à nos maux; et loin d'être un joug qui accable nos âmes, elle seule peut nous tirer de ce dur esclavage sous lequel le péché nous faitgémir : elle nous délivre de ces inquiétudes , de ces troubles , de ces agitations inséparables du vice ; elle rend notre cœur tranquille, et dès lors heureux, parce qu'elle le met dans l'état où il doit être.
Protector est omnium sperantium in se.
Il est le protecteur de tous ceux qui espèrent en lui.
*. 34. Quoniam quis deus prteler Dominum? aut quis deus pra-ter Deum nostrum?
t. 34. Cary a-t-il un aulre dieu que le Seigneur? y a-t-il un autre dieu que notre Dieu?
+. 35. Deus qui prœcinxit me virtule, et posuit immaculatam viam meam.
t. 35. C'est ce Dieu qui m'a revêtu de force, et qui m'a fait marcher dans l'innocence.
A la vérité , nous sommes trop aveugles , ô mon Dieu ! pour apercevoir de nous-mêmes la beauté de votre loi sainte ; nous sommes trop corrompus pour l'aimer, et trop faibles pour la pratiquer. Mais le secours de votre grâce, Dieu de bonté, ne manque jamais à ceux qui espèrent véritablement en vous. Maître de nos cœurs et de nos esprits , vous les tournez, vous les éclairez comme il vous plaît ; lorsque vous voulez nous faire marcher dans la voie de vos commandements, bientôt vous dissipez nos ténèbres, vous purifiez nos inclinations , vous fortifiez notre faiblesse, et nous éprouvons, avec une surprise mêlée de joie, que ce qui nous effarouchait le plus dans la piété, c'est ce qui en fait toute la douceur et toute la consolation.
t. 36. Qui perfecit pedes meos tanquàm cervorum, et super excelsa slaluens.
t. 36. Il m'a donné l'agilité des cerfs , lorsque pour me dérober à la fureur de mes ennemis, j'ai été obligé de gagner la cime des montagnes.
Je n'aurais jamais cru qu'appesanti par ce poids de corruption qui me rentraîne sans cesse vers la terre , je pusse y marcher avec tant de légèreté : mais quand on est porté sur vos ailes , grand Dieu , la vitesse des cerfs n'égale pas celle des justes qui marchent dans vos voies; ils arrivent sans peine à la plus haute perfection et à la pratique la plus sublime de vos conseils.
t. 37. Qui docet manus meas ad prœlium : et posuisti ut arcum œreum brachia mea.
*. 37. C'estce Dieu qui m'a appris l'artde la guerre : c'est vous , Seigneur, qui m'avez donné comme un bras d'airain pour combattre.
Pour moi , grand Dieu, avant d'aspirer à cet état sublime de vertu et de tranquillité parfaite; avant de goûter les douceurs ineffables qui suivent toujours la victoire entière sur nos passions; il me reste encore bien des ennemis à combattre. Mais, ô mon Dieu! vous m'apprendrez vous-même l'art divin de cette guerre spirituelle; je m'y trouverai de jour en jour plus habile et plus aguerri : et quel progrès ne faiton pas, grand Dieu, quand on vous a pour docteur et pour maître? J'ai déjà vaincu par votre secours les ennemis visibles de mon salut, les partisans du monde, les complices de mes anciens désordres, qui me faisaient une guerre cruelle pour me rentraîner dans leurs assemblées de plaisir et de crimes :
PARAPHRASE MORALE
vous me donnâtes comme un bras d'airain, nonseulement pour me parer de leurs coups , mais pour les ébranler et les ramener presque dans vos voies. On parle, grand Dieu, avec bien plus de force et de succès des abus du monde, quand on en a fait soimême une longue et funeste expérience.
*. 38. Et dedisti mihi protectionem salutis tuœ tua suscepit me.
et dextera
t. 38. C'est vous qui , me protégeant , m'avez délivré de tant de dangers : c'est votre main toute-puissanle qui m'a soutenu.
Qu'il est difficile de s'en déprendre, quand on y tient depuis tant d'années ! Vous le savez, grand Dieu, il vous a fallu toute la force de votre droite pour m'en arracher : mon salut y paraissait désespéré, si vous n'aviez fait en ma faveur de ces prodiges de protection réservés dans les trésors de vos miséricordes. Et comment aurais-je pu m'y attendre, grand Dieu! l'affreuse singularité de mes désordres ne semblait me promettre que des châtiments plus sévères et plus singuliers ; votre abandon était la seule distinction terrible que je pouvais espérer de vous , ô mon Dieu ! et vous ne m'avez distingué que par l'abondance et la singularité de vos grâces!
*. 39. Et disciplina tua correxil me in finem ; et disciplina tua ipsa me docebit.
t, 39. Vous avez eu toujours soin de m'instruire et de me redresser ; aussi ne veux-je jamais suivre que vos leçons.
Je compte, ô mon Dieu! parmi ces grâces singulières, les afflictions et les chagrins que vous me ménagiez , lorsquej'étais le plus livré à nies passions : vous permettiez que mes passions mêmes en fussent la source funeste ; elles me jetaient tous les jours dans de nouveaux malheurs : je n'avais jamais pu parvenir à jouir tranquillement de mes crimes; chaque nouvelle passion était marquée par quelque nouveau contre-temps. C'était votre miséricorde, grand Dieu , qui me préparait à la vérité par ces corrections salutaires ; vous me corrigiez en père : vous répandiez des amertumes sur mes plaisirs, pour m'en dégoûter peu à peu. Si j'étais assez malheureux, grand Dieu, que de m'y abandonner de nouveau, et d'oublier vos divines leçons, donnez-m'en, Seigneur, de plus sévères et de plus douloureuses; si je suis jamais capable de vous oublier un seul moment, ô mon adorable Bienfaiteur! redoublez à l'instant vos coups, faites fondre sur moi tous les malheurs qui peuvent accabler les hommes : frappez-moi dans mes biens, dans ma personne, dans tout ce que j'ai de plus cher ; écrasez-moi , perdez-moi dans le temps pour me sauver dans l'éternité.
t. 40. Dilatasti gi-essus meos sublùs me; et non suni infirma ta vestigia mea.
t. 40. Lorsque je marchais dans un chpmin trop serré, vous avez eu la bonté d'élargir mes pas , et de prévenir par là mea chutes.
Quelle serait mon ingratitude, grand Dieu, si je pouvais jamais oublier vos miséricordes, jusques à renouveler mes misères! des châtiments temporels ne suffiraient pas pour punir un si indigne et si affreux retour. Et comment pourrais-je jamais perdre le souvenir des grâces et des consolations dont vous me comblez , depuis que je suis entré dans vos voies saintes? J'avais toujours marché dans les voies du monde et des passions, par des voies pénibles et amères : les perfidies , les dégoûts , les contre-temps , les obstacles, les pertes, les dérangements y avaient toujours empoisonné tous mes plaisirs. Et depuis que je suis revenu à vous , ô mon Dieu , quelle paix , quelle douceur, quelle joie sainte! votre voie est étroite, il est vrai; mais il semble qu'elle s'élargit sous mes pas : j'y marche tous les jours avec un nouveau plaisir. Si j'y éprouve quelquefois ces dégoûts, ces lassitudes, ces répugnances inévitables dans votre service, vous les adoucissez à l'instant par des consolations secrètes, par de nouvelles lumières dont vous soutenez ma faiblesse; et loin de me sentir moins ferme et plus chancelant dans vos voies, j'y avance avec un nouveau courage, et je ne sors jamais de ces légères épreuves que plus fort et plus résolu de vous sacrifier ce qui me reste de vie.
t. 41. Persequar inimicos meos, et comprehendam illos ; et non convertar donec deficiant.
t. 41. J'ai dit, plein de confiance en vous : Je poursuivrai mes ennemis , je les joindrai ; et je ne reviendrai du combat qu'après leur entière défaite.
*. 42. Con/ringam illos, nec poterunt stare ; cadent subtùs pedes meos.
t. 42. Je les renverserai , sans qu'ils puissent se relever ; je les foulerai aux pieds.
Je n'ignore pas, grand Dieu, que je dois m'attendreadesattaquesplusrudesdelapartdespuissanc.es des ténèbres ennemies de mon salut. Il suffit, ô mon Dieu! de se déclarer tout haut disciple de votre fils, pour exciter leur haine et leur rage .-déchus pour toujours de la félicité pour laquelle ils avaient été créés . c'est une affreuse consolation pour ces esprits réprouvés d'entraîner les hommes dans l'abîme où ils se sont précipités , et d'avoir des compagnons de leur supplice et de leur infortune éternelle. Je sais encore mieux, ô mon Dieu! que ce sont des ennemis irréconciliables; qu'on ne peut avoir la paix avec eux qu'en devenant leur proie; et que vouloir même les ménager, c'est leur donner contre nous de nouvelles forces. Aussi, grand Dieu, armé de votre secours puissant , je leur rendrai guerre pour guerre : je
DU PSAUME XVII
les poursuivrai jusque dans les lieux où ils se croient le plus cachés pour me tendre plus sûrement des pièges ; et comme ils ne cesseront jamais de conjurer ma perte , je ne cesserai pas aussi de les combattre. Au fond, Seigneur, ils ne sont redoutables , que parce que nous les rendons tels : c'est notre faiblesse qui fait toute leur force; c'est nous seuls qui leur mettons à la main les armes dont ils se servent pour nous perdre : il n'y a qu'à les mépriser pour les vaincre : ils n'osent plus paraître dès qu'on les connaît ; et ils sont abattus et terrassés , dès qu'on ne leur donne pas la main pour les aider à nous abattre nous-mêmes.
t. 43. Et prœcinxisti me virtute ad hélium : et supplantasti insurgeâtes in me subtùsme.
*. 43. Vous m'avez revêtu de force, Seigneur, pour faire la guerre ; vous avez abattu sous mes pieds ceux qui s'élevaient contre moi.
Je l'ai éprouvé, grand Dieu, depuis que vous m'avez revêtu de force pour soutenir cette guerre continuelle que nous fait l'ennemi de notre salut. Fier de ses victoires passées sur mon âme, il venait à moi comme à une conquête assurée; mais il ne m'a pas trouvé seul accompagné de mes seules faiblesses. Vous étiez à mes côtés, grand Dieu; et malgré les signes funestes de tant de défaites qu'il voyait encore sur moi, et qui lui paraissaient des gages certains de son nouveau triomphe, je l'ai foulé aux pieds comme un vil reptile dont le venin n'est à craindre que pour ceux qui veulent s'en laisser infecter.
#. 44. Et inimicos meos dedisti mihi dorsum : et odientesme disperdidisti.
*. 44. Vous avez fait tourner le dos à mes ennemis, et vous avez fait périr ceux que votre haine avait armés contre moi.
Aussi , voyant qu'il ne pouvait plus rien par luimême, il m'a suscité d'autres ennemis : il a armé contre moi ses partisans , il a soufflé dans leur cœur sa haine et sa vengeance contre mon âme; ils ont tout tenté pour me pervertir. Mais, ô mon Dieu! ils n'ont retiré de leurs efforts impies que la honte de les avoir inutilement tentés; leur haine n'a été pernicieuse qu'à eux seuls, et ils se sont perdus en travaillant en vain à me perdre moi-même.
*. 45. Clamaverunt, nec crut qui salvos faceret ; ad Dominum, necexaudivit eos.
*. 45. Dans leur déroute, ils ont appelé à leur secours , et il ne s'est trouvé personne pour les délivrer : ils ont invoqué le Seigneur; mais il ne les a point exaucés.
Il n'est point de crime en effet, ô mon Dieu ! qui laisse moins d'espérance de pardon, et qui ferme plus les entrailles de votre miséricorde, que celui
de ces hommes corrompus, de ces instruments de Satan , qui s'efforcent d'ébranler et de décourager ceux qui désabusés enfin du monde et de ses plaisirs, commencent à vous servir. Ils participent d'avance à la réprobation du démon, dont ils partagent ici-bas les fonctions : s'ils paraissent quelquefois touchés de leurs crimes, c'est un faux repentir qui ne les change point. Us crient vers vous, ô mon Dieu ! lorsque vous les frappez dans leurs biens ou dans leurs personnes ; mais c'est une voix de chair et de sang, qui sort de leur amour pour les choses de la terre, et non de la componction de leurs fautes : ils sentent la pesanteur de vos coups; mais ils ne sentent pas l'énormité des prévarications qui les leur ont attirés : ils vous demandent le retour de leurs prospérités temporelles, au lieu de vous demander le retour de votre bienveillance et leur salut éternel ; et de là vient que vous ne leur accordez ni l'un ni l'autre. Et en effet, ô mon Dieu ! quand on a été assez malheureux que de vous perdre, peut-on vous demander quelque autre chose que vous-même?
t. 46. El comminuwm eos ut pulverem ante faciem venti, ut littum platearum delebo eos.
*. 46. Comme le vent emporte la poussière , et dessèche la boue des rues , j'ai dissipé mes ennemis , je les ai fait disparaître.
Aussi, grand Dieu, s'ils recommencent encore leurs efforts impies pour ébranler la fidélité que je vous ai jurée ; j'espère, avec le secours de votre grâce, les dissiper comme le vent dissipe la poussière des chemins : en vain ils mettront en usage l'éclat de leur nom, leur puissance, leur crédit, leurs bienfaits pour me séduire; je regarderai tous ces vains avantages comme la boue qu'on foule aux pieds. Et qu'y a-t-il, grand Dieu, qui puisse être comparé au bonheur de vous servir et de vous posséder? Je sais ce qu'il en coûte pour rompre les attachements criminels du monde, lorsqu'une longue habitude les a fortifiés : et comment pourrais-je m'y rengager après que votre main puissante et miséricordieuse en a heureusement délivré mon âme!
+. 47. Eripies me de conlradictionibus populi : constitues me in caput gentium.
t. 47. Vous avez réuni tout Israël sous mes lois , et vous avez joint les nations à mou empire.
Il n'y a , grand Dieu , qu'à soutenir ces premières attaques que le monde nous livre, lorsque nous commençons à vous servir. Il ne faut attendre d'abord de sa part que des dérisions, des contradictions et des censures : mais à la fin , tout injuste qu'il est, il rend justice à la vertu ; il est forcé de la respecter. La persévérance, la douceur, le courage,
528 PARAPHRASE MORALE
l'intégrité incorruptible d'une âme fidèle dans la pratique de tous ses devoirs, sa charité pour ses frères, frappe enfin les hommes les plus dissolus; ils ne peuvent lui refuser leur estime et leur admiration; ils envient en secret son sort. Si leurs passions et leurs intérêts les divisent, ils s'en rapportent à son équité et à sa sagesse pour les concilier; ils lui donnent sur eux un empire que les noms et les dignités ne donnent point. Oui, mon Dieu, je n'ai qu'à laisser passer ce premier orage , que mon changement a excité contre moi ; vous réunirez enfin tous les suffrages, non pas en ma faveur, mais à la louange de votre grâce : et peut-être , grand Dieu , vous vous servirez de mon exemple pour ramener ceux que j'ai autrefois séduits; et comme j'ai été autrefois leur chef et leur modèle dans les voies de l'iniquité, vous m'établirez pour l'être dans celles de l'innocence et de la justice.
*. 48. Populus quem non cognovi, servivii mihi; in auditu auris obedivit mihi.
*. 48. Des peuples que je ne connaissais pas pour mes sujets me sont maintenant soumis, et me rendent une parfaite obéissance.
L'exemple de votre Fils, ô mon Dieu! sera dans tous les temps une source inépuisable de consolation pour ses disciples. Les contradictions qu'il eut à soutenir de la part des Juifs, ont fait éclater sa gloire : ils refusèrent de le reconnaître pour roi, et il est devenu le Chef et le Libérateur des nations. Son peuple, au milieu duquel il était né, et auquel il avait été promis, le rejeta; et tous les peuples de l'univers , qui étaient comme étrangers à l'égard de son alliance et de ses promesses, se sont soumis à sa doctrine et à son empire. Nos proches selon la chair sont toujours les plus grands obstacles à vos desseins de miséricorde sur nos âmes : c'est d'eux que nous devons attendre le plus de traverses et d'oppositions, quand nous voulons renoncer aux abus du monde et des passions. Des étrangers, des inconnus nous louent, nous aident, favorisent nos désirs; et nous ne trouvons dans ceux que le sang et la nature nous à unis, que des ennemis et des contradicteurs à combattre.
*. 49. Filii alieni mentiti sunt mihi ; filii alicni invelerali sunt, et claudicaverunt a semilis suis.
*. 49. Des enfants étrangers m'ont manqué de iidélité : ils ont vieilli dans leur aversion pour moi ; ils ont boité , et n'ont plus marché dans leurs voies.
Voilà, ô mon Dieu! ce que j'ai éprouvé moimême. Ceux que le sang m'unissait de plus près, sont devenus comme étrangers à mon égard : les sentiments les plus communs de la nature se sont démentis dans leurs cœurs : il a semblé que je ne leur
appartenais plus, dès que je commençais à voas appartenir, ô mon Dieu ! et qu'ils ne nie connaissaient pas , lorsque j'avais enfin le bonheur de commencer à vous connaître. Ils m'ont regardé comme perdu pour eux et pour le monde, dans le temps que vous me gagniez pour l'éternité, ô mon divin Libérateur! Je n'étais plus pour eux que comme une pierre de rebut, lorsque vous me faisiez entrer dans l'édifice éternel de la céleste Jérusalem! Rien n'a été capable de leur ouvrir les yeux : le prodige de mon changement, loin de les toucher, n'a servi qu'à les endurcir; et au lieu de me suivre dans les voies de la grâce , ils se sont même éloignés des voies de la tendresse naturelle que le sang semblait leur montrer à mon égard.
t. 50. Vivit Dominus! et benedictus Deus meus! et exaltetur Deus salutis meœ !
t. 50. Vive donc à jamais le Seigneur ! et béni soit le Dieu que j'adore ! loué soit le Dieu qui m'a délivré de tant de dangers !
Voilà, grand Dieu, les dangers dont vous m'avez délivré. Vous avez permis que mes proches selon la chair dépouillassent à mon égard les sentiments de la nature, pour éteindre dans mon coeur toutes les affections de la chair et du sang, qui auraient pu m'attacher trop à eux, et ne laisser en moi pour eux que ces affections épurées de la grâce, et ces sentiments de charité qui font monter tous les jours vers vous des vœux et des prières pour leur conversion et pour leur salut. Soyez donc , grand Dieu , béni dans le temps et dans l'éternité! et que toutes les bouches se réunissent pour publier à jamais les louanges et les merveilles de votre grâce!
*. 51. Deus qui das vindictas mihi, et subdis populos meos sub me; liberator meus de inimicis meis iracundis !
t. 51. Soyez loué, ômon Dieu! vous qui soumettez les peuples à ma domination , qui me vengez de mes ennemis , et qui m'arrachez à leur fureur !
C'est la seule vengeance , grand Dieu , que je vous demande contre eux. Changez leur cœur : ne les iivrez pas jusques à la fin à un sens réprouvé ; ouvrez leurs yeux à la vérité qu'ils haïssent sans la connaître. Vous m'aurez vengé alors, et ma douleur sera satisfaite : c'est ainsi que vous me soumettrez mes ennemis, en les soumettant à votre joug; et que vous me garantirez de leur haine, en les mettant à couvert de la vôtre.
*. 62. Et abinsurgentibus in me exaltabis me : a viro iniquo eripies me.
t. 52. Vous m'avez mis hors des atteintes de ceux qui s'élevaient contre moi; vous avez rendu leur malice et leurs mauvais desseins inutiles.
C'est ainsi que vous me ferez triompher de toutes
DU PSAUME XVIII
leurs attaques, en les faisant triompher de ieurs passions injustes; et que je ne craindrai plus la malignité de leurs desseins, quand ils commenceront à craindre la sévérité de votre justice.
t. 53. Proptereà confitebor tibi in nationibus, Domine : et nomini tuo psalmum dicam.
t. 53. Pour cela, Seigneur, faisant entendre ma voix aux nations les plus éloignées, je chanterai des psaumes à la gloire de -votre nom.
Rendez-vous propice , grand Dieu , aux vœux que je fais pour leur salut; et si les actions de grâces d'une vile créature pouvaient être de quelque prix auprès de vous, je publierai devant tous les hommes les merveilles de votre miséricorde. Je serai au milieu du monde un témoin éclatant de la magnificence de vos dons et de votre bonté envers les pécheurs touchés de leurs crimes; et j'emprunterai la voix de vos saints et de vos prophètes pour chanter la gloire de votre nom.
^. 64. Magnijicans salutes régis ejus : etfaciens misericordiam tuarn Christo suo David, et semini ejus wquè in sœculum.
t. 54. Je publierai qu'ayant choisi David roi de votre peuple, vous l'avez délivré de mille périls ; et qu'après avoir déployé sur lui votre miséricorde , vous avez encore promis de l'étendre à jamais sur sa race.
Ce ne fut pas assez pour vous autrefois , ô mon Dieu! d'avoir délivré David, ce roi selon votre cœur, de mille périls, et de lui avoir tendu même une main favorable pour le relever de sa chute : vous versâtes pour l'amour de lui des bénédictions abondantes sur toute sa race : des larmes de sa pénitence coula de siècle en siècle sur ses descendants une source continuelle de grâce. Recevez, grand Dieu, les pleurs qui ne cessent de couler de mes yeux pour attirer vos miséricordes sur la race dont vous m'avez fait naître; que la crainte de votre nom s'y transmette avec le sang de génération en génération ; que les enfants recueillent jusques à la fin cette sainte succession de leurs pères; que l'innocence et la justice soient les titres héréditaires et domestiques qui ne sortent jamais de leur maison ; et que la magnificence de vos dons les distingue toujours plus que celle de leurs dignités et de leurs richesses.
PSAUME XVIII
Prière d'une âme chrétienne, laquelle pour s'affermir déplus en plus dans le mépris du monde et dans la fidélité qu'elle doit à Dieu, adore sa grandeur et sa magnificence qui éclate dans l'immensité des deux, et sa sainteté qu'on ne peut
MASSILLON. — TOME H
s'empêcher de reconnaître dans la beauté, la justice et la sublimité de sa loi.
t. I. Cœli marrant gloriam Dei, et opéra manuum ejus annuntiatfirmamentum.
*■. I. Les cieux publient la gloire de Dieu : en exposant à nos yeux ce qu'ils contiennent de merveilles, ils nous apprennent quel est celui qui les a formés.
Que les impies qui se piquent de supériorité d'esprit et de raison, sont méprisables, ô mon Dieu! de ne pas reconnaître votre gloire, votre grandeur et votre sagesse dans la structure magnifique des cieux et des astres suspendus sur nos têtes! Ils sont frappés de la gloire des princes et des conquérants qui subjuguent les peuples et fondent des empires ; et ils ne sentent pas la toute-puissance de votre main , qui seule a pu jeter les fondements de l'univers. Us admirent l'industrie et l'excellence d'un ouvrier qui a élevé des palais superbes que le temps va dégrader et détruire ; et ils font honneur au hasard de la magnificence des cieux : ils ne veulent pas vous reconnaître dans l'harmonie si constante et si régulière de cet ouvrage immense et superbe que la révolution des temps et des années a toujours respecté, et respecterajusques à la fin ! N'est-ce pas assez vous manifester à eux, que de leur montrer tous les jours ces ouvrages admirables de vos mains? Les hommes de tous les siècles et de toutes les nations instruits par la seule nature, y ont reconnu votre divinité et votre puissance : et l'impie aime mieux démentir tout le genre humain, taxer de crédulité le sentiment universel, et ses premières lumières nées avec lui, de préjugés de l'enfance , que de se départir d'une opinion monstrueuse et incompréhensible, à laquelle ses crimes seuls, ces enfants de ténèbres, ont forcé sa raison d'acquiescer, et que ses crimes seuls ont pu rendre vraisemblable.
*. 2. Dics diei éructât verbum , et nox nocli indicat scienliam.
t. 2. Chaque jour apprend à louer le Seigneur au jour qui le suit; chaque nuit instruit la nuit suivante à chanter les louanges du Créateur.
Si le Seigneur n'avait montré qu'une fois aux hommes le spectacle magnifique des astres et des cieux, l'impie pourrait y soupçonner du prestige; il pourrait peut-être se persuader que ce sont là de ces jeux du hasard et de la nature, de ces phénomènes passagers qui doivent leur naissance à un concours fortuit de la matière, et qui formés d'euxmêmes, et sans le secours d'aucun être intelligent, nous dispensent de chercher les raisons et les motifs de leur formation et de leur usage. Mais, ô mon Dieu ! ce grand spectacle s'offre à nos yeux depuis l'origine des siècles : la succession des jours et des
PARAPHRASE MORALE
nuits n'a jamais été interrompue, et a toujours eu un cours égal et majestueux depuis que vous l'avez établie pour la décoration de l'univers, et l'utilité des hommes. Le premier jour qui éclaira le monde, publia votre grandeur par la magnificence de ce corps immense de lumière , qui commença à y présn der; et il transmit avec son éclat à tous les jours qui devaient suivre, ce langage muet, mais si frappant , qui annonce aux hommes la puissance de votre nom et de votre gloire. Les astres qui présidèrent à la première nuit , ont reparu et présidé depuis à toutes les autres, et font passer sans cesse avec eux par la régularité perpétuelle de leurs mouvements, la connaissance de la sagesse et de la majesté de l'Ouvrier souverain qui les a tirés du néant.
*. 3. Non sunt loquelce, neque sermones, quorum non audiantur voces corum.
=r. 3. Ces louanges qui ne sont jamais interrompues , sont dans un langage intelligible à tous les peuples de la terre.
Oui , Seigneur, les peuples les plus grossiers et les plus barbares entendent le langage des cieux , dont la magnificence publie votre gloire. Vous les avez établis sur nos têtes comme des hérauts célestes , qui ne cessent d'annoncer à tout l'univers la grandeur du Roi immortel des siècles : leur silence majestueux parle la langue de tous les hommes et de toutes les nations ; c'est une voix entendue partout où la terre nourrit des habitants; l'impie seul se bouche les oreilles; et il aime mieux écouter le croassement impur de ses passions qui blasphèment en secret contre la souveraineté de votre Être, que la voix éclatante de ces chefs-d'œuvre de vos mains, qui la publient depuis la naissance du monde.
*. 4. In omnem terram exivit sonus eorum; et influes orbis Urrœ , verba eorum.
*. 4. La voix des ouvrages du Seigneur se répand dans tout l'univers; elle retentit jusques aux extrémités de la terre.
Qu'on parcoure jusques aux extrémités les plus reculées de la terre et les plus désertes , la magnificence des cieux y annonce votre gloire comme dans les régions les plus habitées et les plus connues. Nul lieu dans l'univers, quelque caché qu'il soit au reste des hommes , ne peut se dérober à l'éclat de votre puissance qui brille au-dessus de nos têtes dans ces globes lumineux qui décorent le firmament. Voilà , grand Dieu , le premier livre que vous avez montré aux hommes pour leur apprendre ce que vous étiez : c'est là où les enfants d'Adam étudièrent d'abord ce que vous vouliez leur manifester de vos perfections infinies; c'est à la vue de ces grands objets, que, frappés d'admiration et d'une crainte respectueuse , ils se prosternaient pour en adorer l'Auteur tout-
puissant. Il ne leur fallait pas des prophètes pour les instruire sur ce qu'ils devaient à votre Majesté suprême : la structure admirable des cieux et de l'univers le leur apprenait assez. Ils laissèrent cette religion simple et pure à leurs enfants : mais ce précieux dépôt se corrompit entre leurs mains; à force d'admirer la beauté et l'éclat de vos ouvrages, ils les prirent pour vous-même : les astres qui ne paraissaient que pour annoncer votre gloire aux hommes , devinrent eux-mêmes leur divinité. Insensés! ils offrirent des vœux et des hommages au soleil et à la lune , à toute la milice du ciel , qui ne pouvait ni les entendre ni les recevoir ; et ils ne vous connurent plus, grand Dieu, vous qui n'avez posé ces masses éclatantes au-dessus de nous que pour être les signes et les témoins perpétuels de votre puissance, et conduire les hommes par ces objets visibles à la connaissance et au culte de vos perfections suprêmes et invisibles. Telle fut la naissance d'un culte impie et superstitieux qui infecta tout l'univers; la beauté de vos ouvrages fit oublier aux hommes ce qu'ils devaient à leur Auteur. Ce sont toujours vos dons eux-mêmes, grand Dieu, répandus dans la nature, qui nous éloignent de vous ; nous y fixons notre cœur, et nous le refusons à celui dont la main bienfaisante répand sur nous ses largesses : et vos ouvrages et vos bienfaits, les biens, les talents du corps et de l'esprit, sont nos dieux ; c'est à eux seuls que se bornent tous nos hommages. Ils n'étaient destinés qu'à élever nos cœurs jusques à vous par les sentiments continuels de l'amour et de la reconnaissance : et l'unique usage que nous en faisons est de les mettre à votre place, ô mon Dieu ! et de les employer contre vous-même.
t. 5. In sole posuit tabernaculum su uni : et ipse tanquàm sponsus procedens de thalamo suo.
*. 5. Mais c'est principalement dans le soleil, que Dieu se découvre à nous , et qu'il semble avoir établi sa demeure : aussi charmant qu'un nouvel époux qui sort de sa chambre nuptiale.
*. 6 et 7. Exsultavit ut gigas ad currendam viam; a summo cœlo egressio ejus , et occursus ejus usquè ad summum ejus: nec est qui se abscondat a calore ejus.
t. 6 et 7. Ce bel astre, comme un géant, s'élance dans sa carrière; et va chaque jour, d'une extrémité du monde à l'autre , répandre sa lumière et sa chaleur.
La grande leçon, ô mon Dieu! que le ciel, et le soleil surtout, devait donner aux hommes, c'est sa régularité dans la course que vous lui avez marquée. Fidèle à suivre la voie que vous lui avez tracée dès le commencement , ce bel astre ne s'en est jamais départi : son éclat, où il semble que vous avez manifesté principalement votre gloire et votre puissance, lui a attiré autrefois des hommages impies et
DU PSAUME XVIII
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insensés : on a adoré cette tente superbe, où il semble que vous avez établi votre demeure et caché votre majesté; et on n'a pas compris qu'en obéissant à vos ordres par l'uniformité constante de sa carrière , il criait aux hommes que toute leur grandeur consiste à remplir leur destination, et à ne jamais s'écarter de la voie que vous leur avez tracée en les tirant du néant. Les créatures insensibles vous obéissent, grand Dieu : c'est dans le cœur de l'homme seul, que vos ordres éternels trouvent de l'opposition et de la révolte. Le soleil , comme un époux éclatant qui sort de sa chambre nuptiale, se lève et parcourt régulièrement tout ce vaste univers : il répand partout sa chaleur et sa lumière, et recommence chaque jour sa course majestueuse; et l'homme inconstant, et ne ressemblant jamais d'un moment à l'autre à lui-même, n'a point de route fixe et assurée : il se dément sans cesse dans ses voies; tous ses jours ne sont marqués que par des changements et des inégalités qui le font perdre de vue. Sa course ressemble à celle d'un insensé qui va et revient, et retourne sans savoir où ses pas doivent le guider : il se fatigue, il s'épuise, et n'arrive jamais au but. Son inconstance lin est elle-même à charge , et il ne peut la fixer : elle devient un poids qui l'accable , et dont il ne saurait se débarrasser; elle fait tous ses crimes et elle fait aussi tout, son malheur et son plus cruel supplice.
t. 8. Lex Domini immaculata, convertens animas; lestimonium Domini fidèle, sapientiam prœstans parvulis.
*. 8. Telle est la loi du Seigneur : belle et pure comme le soleil , elle ravit tous ceux qui la contemplent : elle est lidèle en ses promesses ; elle donne la sagesse aux plus simples.
Le langage muet, mais si intelligible, des deux et des astres, qui manifestaient votre grandeur à l'univers, et lui apprenaient à vous rendre le culte et les hommages qui vous sont dus, n'a pas été entendu de la plupart des hommes, ô mon Dieu! il a fallu que vous leur parlassiez encore par vos prophètes, et à la fin des temps par votre Fils.
Que n'avez-vous pas fait; que de merveilles n'avez-vous pas opérées pour les ramener aux voies de la vérité et du salut, dont ils s'étaient égarés? Vous leur avez parlé vous-même; vous leur avez marqué les devoirs et les observances que vous exigiez d'eux; vous avez renfermé dans la pratique de votre loi sainte tout ce qui pouvait les rendre heureux sur la terre, et dignes de posséder un jour l'héritage que vous leur prépariez dans le ciel. Que les préceptes de cette loi , grand Dieu , sont purs ! qu'ils sont saints et dignes de l'homme! ils ne ressemblent pas au faste des leçons et des dogmes des philosophes, qui ne prêchaient que l'orgueil, et ne
réglaient que les dehors capables d'attirer des louanges à leurs superbes sectateurs. Votre loi sainte règle le cœur ; elle en corrige les affections vicieuses : elle change réellement l'homme , et le rend tel au dedans qu'il paraît au dehors. Un culte extérieur et superficiel ne serait pas digne de vous , grand Dieu : vous qui êtes le Dieu de nos cœurs , et qu'on ne peut honorer qu'en vous aimant, vous ne comptez pour de véritables hommages que ceux que le cœur vous rend. Les docteurs d'une science orgueilleuse promettaient la sagesse à leurs disciples : quelle sagesse, grand Dieu, qui laissait à l'homme toutes ses misères , et ne se proposait que de le rendre estimable aux yeux des autres hommes ! quelle sagesse qui était l'ouvrage pénible de l'orgueil et des recherches curieuses et inutiles de l'esprit! La véritable sagesse, ô mon Dieu ! ne se trouve que dans l'observance de votre loi sainte : ce ne sont pas les savants seuls et les génies sublimes, qui ont droit d'y prétendre ; elle devient le partage des simples et des ignorants comme des plus doctes : elle est communiquée aux petits comme aux grands, aux souverains comme aux sujets, au Grec comme au Scythe, aux Barbares comme aux Romains, et aux peuples les plus polis : vous l'offrez à tous les hommes, que vous voulez tous sauver; elle rend témoignage à la fidélité de vos promesses, et de votre amour pour eux : et loin que les sciences et les dignités y donnent plus de droit , il faut devenir humble et petit pour parvenir à cette sublime sagesse, et en être un disciple accompli.
t. 9. Jusliliœ Domini recta:, lœtificantcs corda ; prœceptum Domini lucidum , illuminans oculos.
t. 9. La loi du Seigneur nous trace le droit chemin du bonheur ; elle bannit la tristesse de nos cœurs , elle dissipe les ténèbres de nos esprits.
Les doctrines humaines laissaient toujours des doutes et des ténèbres dans l'esprit; elles laissaient au cœur ses inquiétudes et sa tristesse , parce qu'elles y laissaient toutes ses passions : mais votre loi sainte, ô mon Dieu! en bannissant du coeur toutes les affections criminelles , en bannit le trouble , et y rétablit la tranquillité. L'homme livré à ses passions est en proie à mille ennemis secrets qui le troublent et qui le déchirent; son âme est le séjour affreux de l'ennui, des remords cruels, des plus tristes agitations : la paix est le fruit de l'innocence seule, et l'innocence est un bienfait que l'homme ne peut devoir qu'à l'amour et à la pratique de votre loi : c'est elle qui fait tout notre bonheur sur la terre, parce que c'est elle qui rétablit l'ordre dans nos cœurs ; et avec l'ordre, la paix et la joie qui en sont inséparables. Les sciences humaines engageaient les hommes
PARAPHRASE MORALE
dans des recherches continuelles et laborieuses , qui n'aboutissaient jamais qu'à augmenter leurs inquiétudes et leurs doutes : chaque chef de secte se glorifiait d'avoir trouvé la vérité; ils se la disputaient les uns aux autres, et leurs disputes elles-mêmes montraient assez que nul d'eux ne l'avait trouvée. Aussi , grand Dieu , ce n'est pas aux efforts orgueilleux de l'esprit que vous l'avez promise ; plus les hommes ont travaillé à sa recherche par cette voie , plus ils s'en sont éloignés. Votre loi seule pouvait éclairer tous les esprits ; la vérité si longtemps inutilement cherchée, s'y montre au premier coup d'oeil : il ne faut que l'aimer pour la connaître ; il n'y a qu'à vous écouter, grand Dieu, quand vous nous parlez par la bouche de votre Église, qui est l'interprète infaillible de votre loi sainte : on n'a pas besoin de recherches ; se soumettre à ses décisions , c'est avoir trouvé la vérité : la foi est la science la plus sûre de l'homme.
*. 10. Timor Domini sanclus , permanensinsœculumsœculi; judicia Domini vera , justiflcatain semeptisa.
*. 10. La loi du Seigneur est sainte, elle ne s'altérera jamais; elle est juste, et se justiiie elle-même.
Les doctrines humaines varient sans cesse; les disciples ajoutent aux découvertes de leurs maîtres : votre loi seule, grand Dieu, est toujours la même. Le ciel et la terre passeront, les siècles et les mœurs changeront; les monuments de l'orgueil seront détruits, on en élèvera d'autres sur leurs ruines : la révolution des temps effacera les titres et les inscriptions les plus superbes, mais ellen'effecera jamais un seul iota de votre loi divine. C'est le caractère de la seule vérité, de demeurer toujours , et d'être toujours la même ; cette immutabilité l'a toujours justifiée, et la défend contre toutes les entreprises de l'erreur et de la nouveauté : elle rend toujours inexcusables les enfants de rébellion et d'indocilité, qui ont abandonné la stabilité de sa doctrine , et se sont laissé entraîner à tout vent des doctrines flottantes et étrangères.
+.11. Desiderabilia super aurum et lapidem pretiosum multum, et dulciora svper mel etfavum.
* . il. Elle est plus désirable que l'or, que toutes les pierres précieuses du monde ; elle est plus douce que le miel le plus délicieux.
On n'a pas de peine à se soumettre à la vérité quand on l'aime : mais l'amour de la vérité est un amour humble et docile. L'orgueil nous fait souvent mettre nos fausses lumières à la place de la vérité : nous croyons l'aimer, et nous n'aimons que nos préjugés et nos propres pensées ; nous croyons tout sacrifier pour elle , et nous ne sommes les victimes
que de notre orgueilleux entêtement. Il n'y a de désirable sur la terre que cette docilité humble et constante aux oracles de votre loi, ô mon Dieu ! La fausse gloire où l'on peut parvenir en les combattant, se change tôt ou tard en opprobre ; tous les trésors de la terre deviendraient le prix de notre indocilité et de nos prévarications, que ce ne seraient que des monceaux de boue que nous amasserions sur nos têtes , et qui saliraient tout l'éclat de nos talents. La foi sanctifiée par la charité est cette pierre précieuse devant votre Évangile, ô mon Dieu! avec laquelle on a tout ; et sans laquelle on aurait tout ce que les hommes désirent le plus, qu'on n'a rien.
Donnez-moi, grand Dieu, cette docilité d'esprit et de cœur, qui soumet la raison aux^vérités de votre loi, et le cœur à l'amour et à l'observance de ses préceptes ; c'est le seul trésor, ce sont les seules richesses après lesquelles je soupire. L'or et les pierres précieuses peuvent embellir le corps, mais elles n'enrichissent pas l'âme; les plaisirs des sens peuvent nous surprendre, mais ils ne sauraient nous satisfaire : ils laissent toujours un vide et un aiguillon dans le cœur. Il n'est que la douceur qui accompagne l'innocence et la fidélité à vos commandements, qui mette dans notre âme, ô mon Dieu! une paix et une joie supérieure à tous les plaisirs et à toutes les vaines félicités de la terre.
*. 12. Etenim servustuus custodit ea .
retribu tio multa.
in custodiendis illis
*. 12. Mon expérience me fait parler de la sorte : je la garde, ô mon Dieu ! cette divine loi , et je trouve une douceur infinie à la garder.
Je puis, ô mon Dieu! rendre moi-même ce témoignage à votre grâce : depuis qu'elle m'a retiré des égarements du monde, et qu'elle a mis dans mon cœur la résolution d'observer votre loi , je goûte une paix et des douceurs que je n'avais jamais goûtées dans l'ivresse des passions : je m'applaudis tous les jours d'avoir trouvé en obéissant à vos préceptes le bonheur que je cherchais en vain dans le monde. Que vous êtes riche en miséricordes , grand Dieu , de récompenser si libéralement ici-bas même ceux qui vous servent! Tous les biens, tous les honneurs leur arrivent avec la sagesse; la paix de la conscience, la soumission dans leurs peines, votre protection dans leurs périls, la modération dans l'abondance, la prudence dans toutes leurs démarches , l'usage chrétien de tous les événements , votre bénédiction dans toutes leurs entreprises; voilà, grand Dieu, ce qu'on gagne à garder votre loi sainte.
*. 13. Delktaquis intelligit? ab occultismcis munda me, et ab alienis parce servo tuo.
f 13. Cependant qui pourrait connaître parfaitement tout ce
DU PSAUME XVIII
qui le rend coupable devant vous? purifiez donc mon âme i des taches que je n'aperçois pas, et préservez-moi surtout des péchés de malice.
Mais, ô mon Dieu ! quel est le juste sur la terre qui puisse se flatter d'observer votre loi comme il faut? Cette plénitude de justice, cette exemption de toute tache n'est pas donnée ici-bas. Et en effet, ô mon Dieu! quoique ma conduite paraisse irréprochable aux yeux des hommes , puis- je me promettre qu'elle l'est à vos yeux? puis-je connaître tous les mouvements déréglés de mon cœur, qui m'échappent presque à mon insu? Que sais-je, grand Dieu, si dans les œuvres saintes où il semble que je ne me propose que de vous plaire, il n'y entre pas quelque secret orgueil et quelque recherche imperceptible de moi-même? Que sais-je , si les louanges des hommes ne souillent pas les démarches de piété que je ne puis dérober à leurs yeux , et si elles n'en sont pas quelquefois le motif secret? Que saisje, si dans ma douleur à la vue des fautes de mes frères , dont je me crois exempt , il n'y entre pas quelque secrète complaisance dans moi-même ? Que sais-je, si la pratique d'une vie régulière, et la fuite des plaisirs et du tumulte du monde, n'est pas plutôt en moi une paresse et un amour du repos , qu'un véritable amour de l'ordre et de la justice ? Que sais-je enfin, si mon zèle à corriger ceux que vous m'avez soumis n'est pas à vos yeux une impatience, une rudesse d'humeur et d'orgueil , bien plus qu'un mouvement d'une charité tendre et chrétienne? Comment démêler ce chaos , grand Dieu ! et quel est l'homme qui puisse connaître clairement tout ce que les ténèbres de son cœur et de son amourpropre lui cachent? Notre seule consolation, grand Dieu , c'est de nous adresser à vous , et de vous demander sans cesse de nous purifier de ces souillures secrètes que nous ne saurions presque ni connaître ni éviter sur la terre. Mais un nouveau motif de frayeur, et bien plus terrible pour ceux qui vous servent, ô mon Dieu! ce sont les péchés étrangers auxquels ils ont pu donner occasion lorsqu'ils suivaient encore les voies du monde et des passions; voilà, grand Dieu, ce qui fait tous les jours devant vous le juste sujet de mes frayeurs et de mes larmes. Combien d'âmes ont péri par mes séductions ou par mes exemples? mon rang, mon élévation n'a servi qu'à rendre mes désordres plus éclatants; ceux qui dépendaient de moi, en ont été non-seulement les témoins, mais encore les ministres infortunés. J'étais devenu un modèle public de dissolution, moi que vous aviez élevé pour être un modèle de vertu et d'innocence : la fidélité des aines faibles a été ébranlée par le crédit que mon nom
donnait à mes crimes ; et les pécheurs y ont trouvé une nouvelle autorité à leurs dérèglements. Comment réparer, grand Dieu! cette multitude innombrable de péchés étrangers que je ne saurais même connaître? mon repentir et mes larmes pourrontelles jamais les effacer, si votre clémence ne m'en accorde le pardon? Il est vrai, Seigneur, qu'un cœur profondément touché , trouve toujours accès auprès du trône de votre miséricorde : augmentez dans le mien, ô mon Dieu! la vivacité de sa componction; vous nous accordez le pardon de nos crimes , lorsque vous nous en inspirez un sincère repentir.
t. H. Simei nonfuerint dominati, tune immaculatus ero : et emundabor a delicto maximo.
1. 14. Si je suis assez heureux pour ne leur point donner d'empire sur moi; évitant les grandes chutes, je ne laisserai pas d'être pur à vos yeux.
Tout ce que vous exigez de moi , grand Dieu , dans cette multitude de misères secrètes que vous voyez dans mon cœur, c'est qu'elles ne s'en rendent plus les maîtresses ; c'est que la cupidité ne l'emporte pas en moi sur votre grâce ; c'est que cet orgueil enraciné dans la nature, et cet amour- propre secret, ne me domine pas à un point que je lui sacrifie mes obligations essentielles, et les préceptes immuables de votre loi; c'est que ces infidélités légères ne me conduisent pas à une grande chute, et ne laissent pas dans mon âme une de ces souillures fatales qui vous séparent d'elle, et la rendent indigne d'être votre temple et votre demeure. Alors, grand Dieu, en gémissant tous les jours sur ces fautes inévitables, que chaque jour voit recommencer, mes gémissements les purifieront, et je conserverai à vos yeux la pureté et l'innocence qui donnent droit à vos promesses.
+. I5et 16. Et erunl ut complaceant eloquia oris niei, et méditatif) cordis mei in conspeclu tuo semper; Domine , Adjutor meus et Redemptor meus.
*. 15 et 16. Alors vous verrez avec complaisance mon esprit méditer vos perfections, et ma bouche vous louer, Seigneur, qui êtes mon appui et mon libérateur.
Alors, grand Dieu, vous écouterez avec bonté les vœux et les prières que je vous adresserai pour être délivré de ce fonds de corruption qui me rend si lâche et si infidèle dans vos voies. Vous embraserez mon cœur d'un nouveau feu, quand je méditerai en votre présence vos miséricordes éternelles et mes misères infinies : vous m'aiderez à les connaître et à m'en délivrer ; car vous seul , ô mon Dieu êtes mon appui et toute ma force. Vous ne permettrez pas qu'elles prennent une possession entière de mon âme ; car elle vous appartient par trop
PARAPHRASE MORALE
de titres , ô mon Dieu ! vous l'avez tirée du néant ; vous l'avez rachetée de tout le sang de votre Fils; vous l'avez purifiée de toutes les iniquités qui lui avaient rendu le prix de ce sang inutile : ô mon divin Libérateur ! vous avez trop fait pour moi , pour me laisser désormais entre les mains de ma propre faiblesse.
PSAUME XXI
Prière de Jésus-Christ sur la croix, appliquée à un pécheur nouvellement converti, et violemment tenté de se rengager dans le monde, far les dégoûts et les contradictions qu'il éprouve dans sa nouvelle vie.
* . I . Dens , Deus meus , respice in me : quare me dereliquisli ? longé a salute mea verba delictorum meoritm.
1. 1. Mon Dieu, mon Dieu, considérez l'état où je suis : pourquoi m'avez-vous abandonné à la rage de mes ennemis? les péchés dont j'ai voulu me charger vous demandent justice contre moi.
O mon Dieu , mon Libérateur , vous qui venez de briser les chaînes fatales des passions dont j'avais été si longtemps lié! vous repentez-vous aujourd'hui de vos miséricordes sur mon âme? m'avezvous abandonné après m'avoir délivré de la mort du péché ? le prodige qui a changé mon cœur , deviendrait-il inutile à votre gloire et à mon salut? Mes crimes, que vous sembliez avoir oubliés en me les faisant expier par mes larmes , reparaissentils encore devant vous? les retirez-vous de nouveau du fond des eaux où vous les aviez ensevelis, pour exciter encore votre indignation contre moi , et vous faire de nouveau résoudre ma perte que votre clémence semblait avoir rétractée ? Vos dons , grand Dieu , seraient-ils sujets à l'inconstance et au repentir, comme ceux de l'homme?
*. 2. Deus meus , clamaboperdiem, et non exaudics ; et nocte : et non ad insipientiam mihi.
*. 2. Pendant le jour, ô mon Dieu ! je vous appelle à mon secours, je vous y appelle pendant la nuit; et vous êtes toujours également sourd à mes cris : ma prière , après tout , n'a rien que de raisonnable.
Que puis-je faire , grand Dieu! Livré à la faiblesse d'un tempérament malheureux, et tenté à chaque moment de me livrer encore à des penchants que mes larmes n'ont pas encore éteints ; que puis-je faire, que de m'adresser à vous dans les dégoûts et les contradictions que j'éprouve au dehors et au dedans de moi dans ma nouvelle vie? Cependant, grand Dieu, depuis que je me sens dans ces tristes agitations, et à chaque moment à la veille de re-
tomber, vous savez qu'il ne s'est pas passé un seul jour où je ne vous aie appelé à mon secours, et que je n'aie interrompu mon sommeil pour renouveler ma prière dans le silence de la nuit. Le péril presse; ma fragilité me fait tout craindre : mes passions se réveillent, la vertu ne m'offre qu'une tristesse et une aridité qui m'accablent; le monde , par ses censures et ses contradictions , s'unit à mes penchants pour m'en dégoûter. Dans cet état si périlleux, je crie sans cesse vers vous, ô mon Dieu! regarderez-vous mes cris comme ceux d'un insensé? et ne serez -vous pas plus attendri du malheur qui me menace, qu'irrité de la faiblesse qui va m'y rentraîner ?
*. 3. Tu autem in sancto habitas, laus Israël.
t. 3. Malgré cela , vous demeurez tranquille dans votre sanctuaire , sans songer à me venir secourir, vous dont Israël célébra tant de fois les miséricordes à son égard.
Votre temple saint, ô mon Dieu! est tous les jours témoin des prières que je vous adresse , prosterné au pied de ses autels, pour obtenir votre secours. N'y avez-vous pas établi votre demeure, grand Dieu , pour y écouter nos vœux , et recevoir nos faibles louanges ? N'est-ce pas là où vous nous avez promis d'avoir toujours les yeux ouverts sur nos besoins, et les oreilles attentives à nos cris? Plein de cette confiance, ô mon Dieu ! je viens vous y invoquer, et mon cœur n'en est pas plus affermi dans vos voies ; et mes forces pour résister à la séduction, toujours également affaiblies, ne semblent m'annoncer qu'une chute : et vous ne vous rendez pas à moi , ô mon Dieu ! vous vous êtes éloigné , et je sens ce que c'est que l'homme entre les mains de sa propre faiblesse.
+. 4. In te speraveru ht patres nostri; speraverunt, et liberastt eos.
v. 4. Nos pères espérèrent en vous dans leurs afflictions, et vous les en avez délivrés.
Mais, grand Dieu, quoique vous tardiez à me secourir, je me crains moi-même, mais je ne désespère pas encore de votre protection. Les justes de tous les temps ont éprouvé les périls et les tribulations qui m'environnent; mais ils ont espéré en vous , et vous êtes venu à leur secours. Nos pères se sont vus exposés à la fureur des lions , aux flammes d'une fournaise ardente, à l'impétuosité des flots de la mer ; à l'édit barbare d'un roi infidèle , qui les dévouait tous à la mort : à ces périls inévitables ils n'opposèrent qu'une confiance vive en vos miséricordes, et ils furent délivrés. Voilà, grand Dieu, l'unique ressource qui me reste, et qui me rassure encore : les périls qui me menacent sont aussi formidables; mais mon espérance en vous
DU PSAUME XXI
n'est pas moins ferme que la leur : elle leur valut et leur salut et leur délivrance ; héritier de leur foi , je le serai aussi des prodiges de protection et de miséricorde que vous opérâtes en leur faveur.
*. 5. Ad te clamaverunt , et salvifacti sunt ; in te speraverunt, et non sunt confusi.
t. 6. Ils poussèrent des cris vers vous, et vous accourûtes à leur secours ; ils espérèrent en vous : ils n'espérèrent pas en vain.
Étaient-ils plus dignes de compassion que moi ? qu'avaient-ils à vous offrir, grand Dieu, qui pût mériter la grâce d'un secours si miraculeux? Le désert retentissait encore de leurs murmures contre vous : le pied de la montagne était encore infecté des cendres du veau d'or que Moïse fit brûler, et auquel ils venaient d'offrir des hommages impies et insensés : les tentes des filles de Madian étaient encore souillées de leurs fornications et de leurs débauches : établis dans la terre que vous leur aviez promise , ils avaient oublié mille fois le Dieu de leurs pères , élevé de hauts lieux , sacrifié leurs enfants à Moloch , et imité toutes les abominations des nations. Cependant, 6 Père des miséricordes! dès qu'ils revenaient à vous , et que vous entendiez les cris de leur affliction et de leur repentir, vous les délivriez de leurs calamités : ils n'avaient qu'à lever les mains vers vous , confesser leurs fautes , reconnaître en votre présence la vanité et l'impuissance des dieux étrangers , et n'attendre du secours que de vous seul ; ils ne l'attendaient pas longtemps, 6 mon Dieu ! et des infidélités tant de fois renouvelées , au premier signal d'un repentir sincère semblaient multiplier sur eux vos bienfaits et vos merveilles. Vous retrouvez en moi, grand Dieu, les mêmes prévarications, et le même retour vers vous; ne vous démentez point dans les voies de votre miséricorde, et que la grâce abonde encore où le péché avait abondé.
*. 6. Ego autem sum vermis, et non homo; opprobrium hominum, et objectio plebis.
*. 6. On me regarde plutôt comme un ver de terre , que comme un homme : je suis devenu l'opprobre des hommes et le rebut du peuple, qui méjuge indigne de vivre.
Anéanti devant vous, ô mon Dieu! à la vue de votre sainteté infinie et de la corruption de mes mœurs passées , j'avoue que je ne mérite pas d'être regardé comme un homme animé d'un souffle de votre Divinité , et fait à votre ressemblance : je ne suis qu'un ver de terre, qu'un vil animal pétri de boue, et qui a toujours rampé en se traînant sur ce qu'il y a de plus sale et de plus impur; j'ai infecté la terre que j'habite, j'ai laissé partout les tra-
ces venimeuses et puantes de mon passage : je méritais d'être écrasé, foulé aux pieds et d'expirer dans l'ordure sur laquelle je n'avais cessé de me rouler. Cependant ma honte cachée n'était connue que de vous seul ; et les dehors trompeurs qui la couvraient me conservaient dans le monde, que j'aimais, les distinctions et les honneurs dont le monde est toujours libéral envers ceux qui l'aiment : mais depuis que j'ai paru vouloir rompre avec lui , quel déchaînement, quelles contradictions! Vous le voyez, grand Dieu , et vous voyez en même temps à quel point mon peu de foi m'y rend sensible; vous voyez les agitations et les dégoûts du bien que ce soulèvement des esprits laisse dans mon âme, et combien il est à craindre que je n'y succombe. On me regarde comme le dernier des hommes, on me traite comme le rebut et l'opprobre de mon peuple; on invente de nouveaux termes de mépris pour m'en accabler : on me fuit comme un homme couvert d'une lèpre honteuse; on se croirait déshonoré, de conserver avec moi les liens mêmes de la bienséance et de la société.
v. 7. Omncs videntes me , deriserunt me ; locuti suntlabiis, et moverunt caput.
*. 7. Ceux qui me voyaient se sont tous moqués de moi ; ils en parlaient avec outrage, et ils m'insultaient en remuant la tète.
Je sais , grand Dieu , qu'en vous exposant les mépris et les dérisions que ma nouvelle vie m'attire de la part des hommes , je ne fais que rappeler les opprobres que votre Fils adorable eut à souffrir sur la croix ; car le monde le persécute encore en la personne de ses serviteurs : je serais heureux de partager avec lui ses ignominies, si je pouvais partager ses dispositions saintes, et sa soumission aux ordres de votre justice. Les outrages des méchants ajoutaient un nouveau prix à la patience et au sacrifice de cet Agneau divin; et je les souffre avec tant de répugnance, et mon orgueil les trouve si insupportables, qu'ils sont sur le point de me faire perdre tout le mérite du mien. Hélas .'je ne saurais plus paraître nulle part dans le monde , qu'on ne me montre au doigt comme un insensé , et qu'on ne m'accable de dérisions et de censures. Le parti que j'ai pris de vous servir, est traité de faiblesse et d'extravagance ; il faut que je me condamne à vivre seul, et que je renonce au commerce des hommes si je ne veux plus servir de jouet à leurs entretiens : dès que je me montre, toutes les langues ne paraissent occupées qu'à me donner du ridicule; et ceux qui gardent le silence m'insultent par des gestes de mépris encore plus outrageants que les discours.
PARAPHRASE MORALE
+.8. Speravitin Domino, eripiateutn : salvum facial eum , quoniam vult vum.
*.8. Il a mis, disent-ils, son espérance dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre donc : puisque le Seigneur l'aime , qu'il nous l'enlève des mains.
S'il me survient, ô mon Dieu! des contre-temps et des afflictions capables d'attendrir les spectateurs les plus insensibles, ils en prennent occasion d'insulter avec plus d'inhumanité à mes malheurs et à ma nouvelle vie. Les serviteurs de Dieu comme lui, disent-ils d'un ton moqueur, sont trop heureux de souffrir : il n'a qu'à continuer de prier du matin au soir; c'est ainsi qu'on remédie à ses affaires : il n'a qu'à s'en remettre à la Providence et demeurer tranquille; tout ira de soi-même : Dieu n'abandonne pas les siens; qu'il espère toujours en lui, et nous verrons où le mènera cette nouvelle façon de conduite.
*. 9. Quoniam tu es qui cxlraxisti me de ventre, spesmea ab uberibus nui tris mece.
*. 9. C'est vous , mon Dieu , qui par un miracle de votre puissance, me tirâtes du sein où vos divines mains m'avaient formé : je sus espérer en vous aussitôt que je sus sucer la mamelle.
Est-il possible, grand Dieu, que ce langage de blasphème et d'impiété soit devenu le langage commun des hommes auxquels votre nom a été annoncé ! Mais n'est-il pas plus étonnant que ces discours impies soient capables de m' ébranler et de me décourager dans votre service, et qu'ils puissent faire sur moi quelque autre impression que celle de l'horreur et de l'indignation qu'ils méritent? N'est-ce pas vous seul, grand Dieu, dont la main invisible m'a formé dans le sein de ma mère, et tiré de ses entrailles pour me faire jouir de la lumière du jour? n'est-ce pas vous qui avez pris soin de mon enfance, et qui , par des accroissements imperceptibles , m'avez conduit jusque à la force de l'homme parfait? Avais-je dans ce premier état de faiblesse, lorsque vous disposiez avec une sagesse infinie la structure de mes membresdans lesein où vous me formiez ; avaisje d'autre protecteur que vous, ô mon Dieu! qui est-ce qui présidait alors à cet arrangement si merveilleux, que vous-même?
*. 10. In te projectus sum ex utero, de ventre mairis mece Deus meus es tu; ne discesseris a me.
*. 10. Du sein de ma mère je fus reçu entre vos bras; je vous reconnus alors pour mon Dieu , et je vous adorai toujours depuis : ne me délaissez donc pas aujourd'hui , Seigneur.
Au sortir du sein de ma mère, où vous veniez de construireavec un artifice incompréhensible le corps dont vous m'avez revêtu , vous me reçûtes entre vos bras comme mon premier père; on m'apprit dès lors à vous invoquer; et à peine ma langue commençait
à se délier, qu'on l'instruisit a nommer votre saint nom, et à vous appeler mon Dieu, et le Dieu de mes pères. Puis-je donc craindre aujourd'hui que vous ne m'abandonniez à ma propre faiblesse? puisje me défier de votre protection? Je ne suis moimême, dans l'ordre de la nature et de la grâce, que l'ouvrage de votre puissance et de vos miséricordes ; je vous dois tout ce que je suis : vos bienfaits, grand Dieu , devraient suffire pour me répondre de votre secours; vous m'avez délivré jusques ici de trop de périls ; vous m'avez fait survivre, par une protection singulière, à tous les accidents qui, depuis mon enfance , ont menacé ma vie ; vous m'avez ménagé trop de secours de vertu dans les exemples domestiques, et dans la piété de mes pères : vous avez trop fait pour moi, grand Dieu, pour me voir périr sans me tendre une main secourable.
*. II. Quoniam tribulalio proxima est, quoniam non est qui adjuvet.
*. II. Mes maux sont bien pressants; et je n'ai personne que vous, dont je puisse attendre du secours.
Il est vrai, grand Dieu, que le danger de ma situation me fait tout craindre. Je sens au dedans de moi une révolution si continuelle de dégoûts , de résolutions, de découragement, que je tremble avec raison qu'un moment fatal de faiblesse et d'ennui ne m'abatte sans ressource : le trouble ne sort pas de mon cœur ; tout ce qui m'environne, tout ce que je vois , et tout ce que j'entends autour de moi , le nourrit et l'augmente sans cesse : et dans cet état de tribulation , si vous ne calmez l'orage , ô mon Dieu ! qui agite mon âme ; si vous ne me donnez pas cette foi généreuse qui regarde les discours et les jugements des hommes comme le langage des insensés ; si vous ne me mettez sans cesse devant les yeux, que tout ce qui paraît méprisable aux yeux du monde, est précieux devant vous ; qu'il est impossible de vous servir et de lui plaire ; et qu'on n'est jamais plus assuré de vous être agréable, que lorsque le monde nous hait et nous réprouve : si vous ne venez à mon secours, ô mon Dieu ! avec toutes les forces et les lumières de votre grâce, ma perte paraît certaine, et je ne vois plus de ressource à tous les malheurs qui me menacent.
*. 12. Circumdedcrunt me virluli multi ; lauri pingues obsederunt me.
*. 12. Mes ennemis, comme autant de taureaux furieux, m'ont environné de toutes parts.
*. 13. Aperuerunt super me os suum, sicutleo rapiens et ru-
giens.
*.I3. Ils se sont venus jeter sur moi comme des lions que la faim fait rugir de fureur, et qui s'élancent la gueule ouverte sur leur proie.
DU PSAUME XXI
11 semble, ô mon Dieu! que je suis devenu un anathème parmi les hommes , en commençant à fuir et à détester tout ce qui allume leurs passions. Ils sont sans cesse autour de moi , comme des animaux furieux, toujours prêts à me dévorer par leurs mépris outrageants ; ils n'ouvrent la bouche que pour tourner en dérision vos miséricordes inUnies sur mon âme ; ils me regardent comme une proie qui leur a échappé , et qu'ils s'efforcent d'arracher de vos mains , pour en faire encore la pâture des passions les plus furieuses et les plus criminelles. Ils se couvraient autrefois à mes yeux de la peau d'agneau, et sous les apparences de la douceur et de la tendresse ils m'entraînaient avec eux dans des pâturages empestés, et dans les voies de la dissolution et du crime : je m'étais laissé séduire aux faux semblants de leur dangereuse amitié : mais depuis qu'éclairé de vos lumières, j'ai connu le danger de leur société, et que je m'en suis séparé , ils sont devenus à mon égard comme des lions furieux qui rugissent sans cesse contre moi, qui m'accablent de dérisions et d'invectives , et qui ne cherchent plus qu'à me ravir la vie de la grâce. Les mêmes passions , 6 mon Dieu! qui lient les hommes entre eux les divisent : leurs haines ou leurs amours prennent également leur source dans la dépravation de leur cœur; et il n'y a de véritables liens sur la terre, que ceux que la charité forme parmi les observateurs fidèles de votre loi.
*. \4. Sicutaqitaeffusussum, et dispersa suntomnia osaamca.
*. 14. Je me suis répandu comme l'eau ; tous mes os se sont déplacés.
Cependant , grand Dieu , et cet aveu me couvre de confusion en votre présence , les contradictions que j'éprouve dans votre service de la part des hommes , m'abattent et me découragent : je me sens languissant et sans force; toutes mes résolutions n'ont pas plus de consistance que la faiblesse de l'eau, qui ne saurait demeurer un instant suspendue sans s'écouler et se répandre. Cette fermeté que je me promettais loin des périls , m'abandonne dès qu'ils se présentent : semblable à un homme dont tous les os sont déplacés, je ne saurais me soutenir, ni faire un seul pas sans craindre une chute.
*. 15. Factum est cor meum lanquàm ccra liquescens in medio venlris mei.
*. i 5. Je sens au dedans de moi mes forces s'écouler comme la cire qui se fond.
Mon cœur, qui avait soutenu autrefois avec tant de courage les amertumes et les contre-temps dont les passions sont toujours accompagnées , ne trouve
plus en lui aucune force pour supporter celles qui sont inséparables de la vertu : il n'est plus qu'une cire molle sur laquelle tout fait des impressions , et où les derniers objets effacent successivement celles que les premiers venaient d'y faire. Je ne saurais répondre un instant de moi-même; et à chaque nouvelle situation, je me trouve presque un nouvel homme.
*. 16. Aruit tanquàm testa virtus mea; et lingua mea adhœsit faucibus mcis; et in pulverem mortis deduxisli me.
t. 16. Toute ma force est desséchée, comme la terre qui est cuite au four; et ma langue est demeurée attachée à mon palais; et vous m'avez conduit jusques à la poussière du tombeau.
Ce goût que je sentais d'abord , ô mon Dieu ! dans les pratiques de la piété, est tout à fait tombé ; cette onction que je trouvais dans la méditation de votre loi sainte, s'est changée en une affreuse sécheresse. Je ressemble à une terre cuite et desséchée au feu : cette aridité a gagné toutes les puissances de mon âme ; et dès que j'en veux faire usage pour vous bénir, un fatal dégoût les lie , et si elles ne se refusent pas à mes efforts, elles ne s'y prêtent qu'à regret et comme malgré elles. Ma langue n'éprouve plus en chantant vos louanges ces douces consolations qui ranimaient autrefois ma fidélité , et enivraient mon cœur d'une joie sainte : il semble qu'elle estattachée à mon palais, quand je veux l'employer à joindre sa voix à celle de l'Église et célébrer vos miséricordes. Tout me coûte , grand Dieu , tout me révolte , tout ne m'offre qu'une triste aridité dans la voie de vos commandements : voulez-vous donc me laisser retomber dans la poussière hideuse et dans l'infection du tombeau dont vous m'avez retiré ? et cette langueur ne me menace-t-elle pas d'une mort prochaine?
*. 17. Quoniam circumdederunt me canes multi; concilium malig nantium obsedit me.
*. 17. Car un grand nombre de chiens m'a environné : l'assemblée des méchants m'a assiégé.
Les hommes donnaient autrefois au dérèglement de mes mœurs, de vaines louanges : il est juste, grand Dieu , que j'expie aujourd'hui par l'humiliation où me laisse leur mépris, la complaisance secrète que je trouvais dans leurs applaudissements. En effet, 6 mon Dieu ! ce n'est pas assez pour eux de me mépriser, ils s'acharnent sur moi comme des chiens que la rage met en fureur ; ils font sans cesse à ma réputation les morsures les plus cruelles ; ils ne s'assemblent que pour me déchirer : je deviens lo sujet ordinaire de leurs entretiens et de leurs piquantes railleries; ils ne me perdent pas de vue; et
PARAPHRASE MORALE
c'est de pure lassitude, et pour recommencer le endemain, qu'ils lâchent enûn prise.
if. 18. Foderuntmanusmeas et pedes meos ; dinumeraverunt oninia ossa mea.
*. 18. Ils ont percé mes mains et mes pieds ; ils ont compté tous mes os.
Un peuple incrédule perça autrefois les mains et les pieds à votre Fils adorable : il ne brisa pas ses os, mais il semble qu'il les compta pour leur faire souffrir à chacun quelque nouveau tourment : et voilà , grand Dieu, une figure des peines que j'endure de la part de vos ennemis ; ce parallèle devrait me consoler, grand Dieu , et il m'afflige. lis ne percent pas mes mains avec le fer, mais avec le glaive de leur langue; ils me reprochent des biens injustement acquis, et des rapines dont je suis innocent ; la bénédiction que vous répandez sur mes affaires temporelles, ne leur paraît que le fruit de mes malversations et de mes injustices : que je serais heureux, grand Dieu, si ma vie avait été aussi innocente que ma fortune, et si je n'avais pas fait plus de tort à moimême, qu'aux autres hommes! Ils ne clouent pas mes pieds sur la croix , mais ils me font un crime de toutes mes démarches : ils attribuent à ostentation , à une ambition secrète, à un désir de me concilier l'estime et l'amitié des grands , les œuvres publiques que je crois être obligé de faire pour votre gloire, ô mon Dieu ! et pour l'honneur de la vertu. Ils comptent tous mes pas ; et vont sonder en détail jusques à mes intentions les plus secrètes pour les décrier, comme si elles leur étaient parfaitement connues.
*. 1 9. Ipsi vero consideraverunt et inspexerunt me ; diviserun t sibi vestimen ta mea, et super vestem mewm miserunt sorttm.
*. 19. Ils se sont appliqués à me considérer et à me regarder ; ils se sont partagé mes habits, et ils ont jeté le sort sur ma robe.
Que vous dirai-je, grand Dieu? ils vont fouiller jusque dans ma vie passée, et en rappellent avec un vain triomphe, des événements qui devraient faire le sujet de leurs larmes, comme ils le feront toujours des miennes : enfin ils examinent , ils épluchent avec des yeux censeurs, et ma personne, et tout le détail de ma conduite ; rien ne leur échappe. La prospérité dont vous me favorisez, aigrit leur jalousie et leur malignité ; ils regardent mes biens comme des biens mal acquis , et se les partagent d'avance , dans la folle espérance que l'autorité ou la justice m'en dépouilleront un j our. A peine , dans leurs projets chimériques, me laissent-ils un vêtement pour me couvrir : encore voudraient-ils laisser à la décision du sort à qui d'eux il demeurera. Insensés, de m'envier des biens fragiles que je méprise, et de ne
pas souhaiter plutôt de partager avec moi les grâces et les lumières que vous avez répandues dans mon âme ! mais plus insensé moi-même , ô mon Dieu ! de me laisser ébranler par des discours dont je connais si bien la puérilité et la folie!
t. 20. Tuautem, Domine, ne elongaveris auxilium tuum à me ; ad defensionem meam conspice.
t. 20. Mais pour vous , Seigneur, n'éloignez point votre assistance de moi; appliquez-vous à me défendre.
Je connais là-dessus , grand Dieu, toute ma faiblesse : mais vous , Seigneur, qui la voyez encore mieux que moi dans mon cœur, et avec des yeux moins favorables (car nous nous diminuons toujours nos infidélités, et notre amour-propre entre pour beaucoup dans tous les jugements que nous portons de nous-mêmes) ; vous , Seigneur, qui voyez mes irrésolutions et ma lâche timidité, et qui connaissez encore tout ce que mon cœur m'en cache à moi-même , ne différez pas de venir à mon secours. Plus je suis faible, plus je suis digne de votre protection , ômon Dieu, le protecteur des faibles, et l'asile toujours assuré de ceux qui vont périr et qui vous réclament ! Vous n'avez, grand Dieu, qu'à jeter les yeux sur moi : l'état périlleux où je me trouve, me répond de votre assistance; il ne vous permettra pas de la différer un seul moment.
* 2i. Erue àframeâ, Deus, animam meam; etde manucanis unicam meam.
t. 21. Délivrez mon âme de l'épée, ô mon Dieu ! délivrez-la de la puissance du chien.
Je n'ignore pas, grand Dieu, à quel point je suis indigne des grâces queje vous demande ; et que, loin de venir à mon secours, vous devriez m'abandonner, et me livrer au glaive de votre justice pour punir mon peu de fermeté, et ma trop grande sensibilité aux discours et aux jugements du monde. Je l'ai assez connu , ô mon Dieu ! pour le mépriser ; et je vous ai assez longtemps outragé pour ne craindre que vous seul. Qu'ai-je à espérer du monde, grand Dieu , pour avoir encore la faiblesse de vouloir lui plaire ? qu'ai-je reçu de lui , pour le ménager encore, que les penchants et les passions criminelles qui avaient donné la mort à mon âme? et que n'ai-je pas reçu de vous , grand Dieu ! que n'avez-vous pas fait pour moi ! et quels biens immenses et éternels n'en attends-je pas pour m'obliger à vous être fidèle! Retirez donc, grand Dieu, le glaive de votre colère suspendu sur ma tête; ne permettez pas que mon âme retourne à son vomissement comme un animal immonde. Je n'ai qu'elle seule à sauver, grand Dieu; et si je viens à la perdre , cette perte infinie ne peut plus être remplacée :
DU PSAUME XXI
vous ne m'en donnerez pas une nouvelle pour réparer les crimes et les ingratitudes de la première. Mais quand même vous auriez uni à mon corps toutes celles qui animent les corps des autres hommes, en aurais-je trop, ô mon Dieu! pour célébrer les miséricordes de mon Bienfaiteur ? y en auraitil uneseulequejevoulussesoustraire à votre empire? et oserais-je, par une noire ingratitude, livrer à voire ennemi une âme qui vient de vous, et qui n'est faite que pour vous ?
*. 22. Salva me ex ore leonis , et a cornibus unicornium humilitatem meam.
*. 22. Sauvez-moi de la gueule du lion, et des cornes des licornes, dans l'état d'humiliation où je suis.
L'ennemi de mon salut, grand Dieu, furieux que vous lui ayez enlevé sa proie, rugit comme un lion autour de moi pour me dévorer : il n'a fait autrefois qu'une trop longue et trop funeste expérience de ma faiblesse; il connaît tous les endroits de mon cœur par où l'on peut me surprendre; il les voit presque tous à couvert depuis que vous m'aviez mis sous les ailes de votre grâce : il en reste encore un qui flatte sa haine et sa vengeance , et par où il espère de me porter le coup mortel ; c'est ma crainte insensée des discours publics, et l'abattement où me jettent les mépris et les dérisions que m'attirent mon changement et mon retour à vous. Dissipez, grand Dieu, ces frayeurs puériles : revêtez-moi de ce bouclier d'une foi ferme et généreuse, contre lequel tous les traits des langues insensées viennent s'émousser. Sauvez-moi, grand Dieu, de ma propre faiblesse; j'ai plus à craindre de moi-même , que de toute la rage et de tous les efforts du lion dévorant.
*. 23. Narrabo nomen tuum fra tribus me is , in mcdio ecclesiœ laudabo te.
* 23. Je ferai connaître votre saint nom à mes frères , je publierai vos louanges au milieu de l'assemblée.
Alors, grand Dieu, loin de rougir de votre nom devant les hommes, je chercherai leurs assemblées les plus nombreuses pour y publier vos merveilles; je ne les craindrai plus comme mes censeurs; je les regarderai comme mes frères sortis du même sein, régénérés dans les mêmes eaux, enfants d'un même Père, héritiers d'un même royaume, unis à moi par des liens plus indissolubles que ceux de la chair et du sang : et touché de leurs égarements et de leurs malheurs, comme des miens propres, je leur raconterai vos miséricordes sur mon âme; je leur apprendrai quelles sont les richesses de votre bonté envers les pécheurs qui reviennent à vous : et témoins des merveilles que vous avez opérées en moi ,
comme ils l'avaient été autrefois de mes égarements , ils vous offriront peut-être un cœur touché de repentir; ils vous rappelleront dans leur âme, d'où le monde et le démon vous avaient chassé; et délivrés du joug honteux et accablant de leurs passions, ils uniront leurs voix à la mienne pour chanter les louanges de votre grâce.
t. 24. Qui timetis Dominum, laudate eum; universum semen Jacob , glorificate eum.
*. 24. Vous qui craignez le Seigneur, louez-le; glorifiez-le tous , vous qui êtes la race de Jacob.
Je sens déjà, grand Dieu, que vous n'avez pas dédaigné mon humble prière : il me semble qu'une nouvelle force est entrée dans mon cœur. Je ne sais , grand Dieu, si je ne présume pas trop de moi-même , mais il me semble que dans ce moment je défierais, non -seulement le monde avec toutes ses censures et tous ses mépris , mais encore avec ses persécutions, ses outrages, et tous les maux qu'ils pourraient rassembler sur ma tête : je le défierais de me séparer de la charité de Jésus-Christ votre Fils. Vos saints, grand Dieu, ont paru intrépides devant les tyrans; ils vous ont confessé au milieu des roues et des feux: et je n'oserais vous rendre gloire au milieu de votre peuple par la crainte de quelques vaines censures! Je ne rougis plus, grand Dieu, devant vous, que d'avoir été assez ingrat et assez peu affermi dans la foi, pour rougir de vous devant les hommes. Et si vos serviteurs , grand Dieu , si ceux qui vous aiment et qui vous craignent, n'osent pas vous bénir et vous glorifier en public; et où sera donc, grand Dieu , l'honneur, l'hommage et la gloire qui vous est due sur la terre? si la race sainte de Jacob, si les véritables enfants d'Abraham craignent de vous rendre en public le culte et les devoirs dont ils sont les seuls fidèles observateurs; sera-ce donc l'impie et le pécheur qui racontera vos justices ? faudra-t-il donc, grand Dieu, aller chercher dans les îles les plus éloignées et chez les nations les plus inconnues, des hommes qui osent vous servir et vous adorer publiquement? Vous les avez distinguées et prévenues, les âmes fidèles, par des bénédictions si singulières ; vous les avez choisies et séparées au milieu d'un monde corrompu, tandis que vous laisser égarer dans leurs voies criminelles le reste des hommes : ne doivent-elles pas des marques publiques et continuelles de reconnaissance à un bienfait si signalé? Quelle autre peine pourraient-elles sentir, que celle de ne pouvoir appeler toutes les créatures , le ciel et le terre, les hommes de toutes les notions, pour les rendre témoins des hommages d'amour, de louange et d'actions de grâces, que leur bouche et leur cœur ne doivent cesser de vous rendre?
PARAPHRASE MORALE
'i5. Timcat eum omne semen Israël ; quia non sprevit , neque despexit deprecationem paupcris.
*. 25. Que toute la postérité d'Israël s'attache au Seigneur : il L»t l'asile des aflligés ; jamais il ne rejettera leurs prières.
Que toute la race des justes, grand Dieu, méprise donc les censures et les jugements d'un monde que vous avez réprouvé; qu'elle ne craigne que vous seul , qui tenez en main leur destinée éternelle, et non des hommes qui ne peuvent rien pour elle. Quand on a la crainte et l'amour de votre nom gravé dans le cœur ; que tout ce qui n'est pas vous , grand Dieu, ou qui ne conduit pas à vous, paraît méprisable ! et quand toutes les créatures s'uniraient contre nous, et conjureraient notre perte, que pouvons-nous perdre , grand Dieu , tandis que nous conservons votre grâce ? Les peines et les outrages que le zèle de votre gloire nous attire delà part des hommes, nous rendent un objet encore plus digne de vos soins et de votre complaisance. C'est alors, grand Dieu, que loin d'être insensible à nos gémissements, et de dédaigner nos prières, vous venez au-devant de nous avec toute l'abondance de vos consolations et de vos grâces : qu'on est riche , grand Dieu , quand on n'est pauvre et affligé que pour vous avoir été fidèle!
*. 26. Nec avertit faciem suam à me . eum, exaudivit me.
et cùm clamarem ad
*. 26. Il m'a regardé dans mon affliction : il a été touché des cris que je lui ai fait entendre.
Je l'éprouve dans ce moment, ô mon Dieu! eh! qui pourra désormais se laisser abattre par des craintes humaines? L'abîme de dissolutions où j'avais croupi si longtemps, mes irrésolutions, ma lâcheté, mon peu de reconnaissance depuis que votre main miséricordieuse m'a retiré de ce gouffre , semblaient éloigner de moi pour toujours de nouveaux secours de votre grâce. Cependant, ô Dieu plein de bonté! vos entrailles paternelles se sont encore émues sur moi; vous m'avez regardé avec des yeux de pitié et de tendresse : vous avez été touché des périls dont j'étais environné , et que ma faiblesse seule allait me rendre funestes : vous avez réveillé ma foi, j'ai connu mon infidélité et mon ingratitude; je vous ai appelé à mon secours : effrayé de mon état et du danger qui nie menaçait, j'ai redoublé mes cris vers vous , et vous m'avez exaucé ; vous avez calmé mes agitations, dissipé mes vaines frayeurs, fait succéder le courage à l'abattement , et la sérénité à l'obscurcissement et aux ténèbres qui s'étaient emparées de mon âme.
* ?.7. Apud te tous mca in eeclesid magnâ ; vota mca reddam in conspectu timentium eum.
t. 27. Je vous adresserai mes louanges dans une grande assemhlée : je rendrai mes vœux à Dieu en présence de ceux qui le craignent.
O mon Dieu! pourquoi tous les hommes ne peuvent-ils pas être témoins des sentiments de mon amour et de ma reconnaissance ? pourquoi le monde, dont les louanges et les censures faisaient sur moi de si funestes impressions, ne peut-il pas voir dans mon cœur à quel point je méprise la vanité de ses jugements ? Non , grand Dieu , éprouvez-moi seulement ; que je sois trouvé digne à vos yeux de célébrer vos louanges , et d'être associé à l'assemblée des justes dont la fidélité glorifie votre saint nom et honore la religion au milieu du monde. Je ne me propose plus de plaire à ce monde misérable qu'en le méprisant; à vous seul, grand Dieu, est due la gloire et la louange : qui suis-je? et qu'y a-t-il en moi de louable pour chercher les applaudissements des hommes? s'ils me connaissaient tel que je suis, ô" mon Dieu ! j'en devrais être l'opprobre et le rebut. Multipliez, grand Dieu, vos serviteurs sur la terre, faites croître en ces jours mauvais le nombre de vos élus ; rendez féconde en saints une nation qui autrefois en a tant donné à votre Église, augmentez-y l'assemblée de ceux qui vous craignent : voilà, grand Dieu, les seuls censeurs et les seuls juges que je veux avoir de ma conduite : eux seuls sont dignes de publier vos miséricordes sur mon âme, et de s'unir à moi pour vous en rendre des actions de grâces proportionnées à ce bienfait.
t. 28. Edent pauperes , et saturabuntur : et laudabunt Dorninum , qui requirunt eum; vivent corda eoritm in sœculum sœculi.
*. 28. Je ferai asseoir les pauvres à ma table, et ils seront rassasiés : et ceux qui chercheront le Seigneur, le loueront ; leurs cœurs vivront dans toute l'éternité.
Pour mettre un chaos immense entre le monde et moi, je retrancherai toutes les profusions et les folles dépenses, qui sont devenues comme l'unique lien de la société parmi ses partisans. N'est-il pas juste d'ailleurs, grand Dieu, que je répare par des largesses saintes, l'usage criminel que j'ai fait jusques ici des biens que je ne tiens que de vous, et que vous ne m'aviez donnés que pour soulager ceux qui souffrent dans la faim et dans la misère? Les pauvres seront donc désormais l'objet le plus cher et le plus indispensable de mes soins. Pourrais-je, grand Dieu, vivre dans l'abondance, tandis que des malheureux, que mes frères, que les membres de Jésus-Christ votre Fils, languissent dans les horreurs de la faim et de l'indigence! Je veillerai, 6 mon Dieu! à leurs besoins; j'adoucirai leurs peines : ma nourriture la plus délicieuse sera celle
DE PSAUME XXL
que je me retrancherai pour les rassasier, j'essuierai leurs larmes : et dans la joie innocente qu'ils sentiront de se voir ainsi secourus , ils vous béniront , grand Dieu , de leur avoir ménagé dans la charité de ceux qui vous servent , des secours si favorables : loin de murmurer contre votre providence , ils en publieront les louanges ; ils se confieront en un Dieu qui est le père et le protecteur des pauvres et des orphelins; ils s'attacheront à vous; ils aimeront leur état de souffrance; ils le regarderont comme le gage assuré de votre prédilection et de leur salut ; et leur âme dégagée des misères de leur corps , vous en rendra d'éternelles actions de grâces dans le séjour de la vie et de la félicité.
t. 29. Rcmiuiscentur, et converlentur ad Dominum universi fuies terrœ.
t. 29. La terre dans toute son étendue se souviendra de ces choses , et se convertira au Seigneur.
Si tous les chrétiens, ô mon Dieu! comptaient pour un de leurs premiers devoirs, la compassion et les secours qu'ils doivent à leurs frères affligés ; si après avoir fourni aux besoins et aux bienséances de leur état, ils regardaient le reste de leurs biens comme le bien des pauvres; s'il ne s'élevait aucune misère parmi nous, qui ne fût à l'instant soulagée , quel spectacle honorable pour le christianisme, ô mon Dieu! les nations les plus éloignées et les plus infidèles , remplies d'admiration pour un culte qui sait unir les hommes par des liens si intimes et si indissolubles, viendraient en foule au pied de vos autels grossir le nombre des fidèles. Ils vous reconnaîtraient à ces traits comme le seul auteur d'une loi , qui porte tant de caractères de divinité : ils demanderaient avec empressement d'être incorporés dans une société sainte, où tous les malheurs de la vie humaine trouvent des consolations et des ressources si sûres; où l'on peut regarder comme à soi, dès qu'on en a besoin, les biens que les autres possèdent, et où la religion ne fait de tous les fidèles qu'une seule famille, où tout semble être commun, et où les liens seuls de la charité unissent les hommes mille fois plus étroitement que les liens de la chair et du sang, qui ne servent souvent qu'à les diviser.
+. 30. Et adorabunt in conspeclu ejus universœ familiœ gentiam.
*. 30. Et tous les peuples différents des nations seront dans l'adoration en sa présence.
C'est cette charité inaltérable, ô mon Dieu! qui unissait vos premiers fidèles : c'était le caractère, le plus marqué de cette Église naissante, comme il en était le premier devoir; c'était à ces traits
qu'on la distinguait parmi les peuples idolâtres; et ce fut l'attrait principal qui les appela à votre Église, et les rendit vos adorateurs. Nous aurions encore la même consolation , si nous avions la même vertu que nos pères : il ne resterait plus d'infidèles et d'incrédules sur la terre, si le christianisme était comme autrefois une société d'amour et de charité, et si les intérêts, les haines, les jalousies, l'ambition, l'avarice, et toutes les autres passions qui divisent le reste des hommes , et qui portent partout le trouble , la dissension et la guerre , n'avaient pas infecté votre héritage, divisé parmi nous le père de l'enfant , l'époux de l'épouse, armé les rois et les peuples les uns contre les autres , et gagné même votre sanctuaire, l'asile saint de la paix et de la charité.
t. 31. Qaoniam Domini est regnum ; et ipse dominàbitur gcntium.
t. 31. Parce que le règne et la souveraineté est au Seigneur, et que c'est lui qui régnera sur les nations.
Mais , grand Dieu , nos crimes ne sauraient empêcher l'effet de vos promesses : vous tenez le cœur des rois entre vos mains ; c'est vous seul qui disposez des royaumes et des empires, vous les avez tous promis à votre fils; vous les lui avez donnés comme son héritage. Cette promesse magnifique s'accomplit insensiblement : des ouvriers apostoliques portent la lumière de l'Évangile jusques aux extrémités les plus reculées de la terre; ils y établissent le royaume de votre Fils. Les temps marqués dans vos conseils éternels avancent tous les jours : et comme il est le Sauveur de tous les hommes , il en sera le Roi; et tous les hommes reconnaîtront sa souveraineté , et se soumettront enfin à son empire.
+. 32. Manducaverunt, et adoraverunt omnes pingues terrœ : in conspcctu ejas codent omnes qui descendant in tcrram.
t. 32. Les riches mêmes et les grands du monde viendront aussi l'adorer et goûter les délices de sa table : enfin tout ce qu'il y a de mortels sur la terre, fléchiront le genou devant lui.
Déjà, grand Dieu, les césars et les grands de la terre, qui avaient été d'abord les persécuteurs de sa doctrine, s'y sont soumis : ils ont mis à ses pieds leurs sceptres et leurs couronnes : ils se sont crus plus heureux d'enrichir leurs États de quelques restes précieux de sa croix , que s'ils y avaient ajouté des provinces et de nouveaux royaumes; ils se sont vus admis à sa table avec plus de joie qu'aux festins les plus somptueux; les mets les plus précieux et les plus exquis ne leur ont paru que de la boue au prix de cette viande céleste. Les rois des nations imiteront enfin leur exemple ; désabusés d'un culte impie et insensé , ils ouvriront les yeux à la lumière et à la vérité qu'ils n'avaient pas connue, et qu'on
PARAPHRASE MORALE
leur annoncera : frappés de son éclat , ils se prosterneront devant le Libérateur qui leur a envoyé la vie et le salut; leurs têtes orgueilleuses se courberont devant le signe humble et triste de la croix ; et tous les peuples de la terre, toujours imitateurs des vices et des vertus de leurs souverains, s'uniront avec eux dans la même foi et dans les devoirs d'un même culte.
*. 33. Et anima mea Mi vivet ; et semen meum serviet ip.ti. * . 33. Et mon àme vivra pour lui ; et ma race le servira.
Que ne puis-je, grand Dieu, avancer l'heureux moment de l'établissement de votre règne dans tout l'univers! que n'ai-je les lumières, les talents, les grâces , le zèle de ces hommes apostoliques qui vont annoncer votre nom à ces peuples sauvages qui ne vous connaissent pas! Mais du moins, Seigneur, je ne veux plus vivre que pour vous; et après vous avoir consacré ce qui me reste de vie, je tâcherai de laisser votre crainte à mes enfants , comme l'héritage le plus précieux qu'ils puissent attendre de moi : je ne reconnaîtrai pour mes descendants, que ceux qui vous serviront avec fidélité. Faites passer en' eux, ô mon Dieu! avec mon sang, les grâces dont vous m'avez favorisé : que vos bénédictions s'y perpétuent de génération en génération ; et faites plutôt tarir la source de ma race, que de permettre qu'elle s'écarte jamais de la voie de vos commandements.
*. 34. Annuntiabitur Domino generatio ventura; et annuntiabunt cœli j ustitiam ej us populo qui nascetur, quemfecit Dominus.
t. 34. La postérité à venir sera annoncée par le Seigneur : et les cieux annonceront sa justice au peuple qui doit naître dans la suite , au peuple que le Seigneur a fait.
Ce que je vous demande, grand Dieu, pour mes descendants, je vous le demande en même temps pour toutes les races futures des hommes. Avancez, ô mon Dieu! à leur égard , l'accomplissement de vos promesses : hâtez l'avènement de ces temps heureux, où de nouveaux cieux, je veux dire, des hommes apostoliques, iront annoncer votre nom et les merveilles de votre justice, aux nations les plus inconnues ,'et les soumettront au joug de votre doctrine : ne différez pas de faire paraître sur la terre ce siècle si désiré , et ces peuples à venir, que vous avez marqués dans vos conseils éternels, pour les rendre participants de ce bienfait signalé. Vous êtes, grand Dieu, le créateur et le père de tous les hommes : c'est vous seul qui avez établi dans l'univers la multitude de ces peuples et des nations ; il est de votre bonté de ne les pas laisser jusques à la fin ensevelis dans les ténèbres et dans les ombres de la
mort. Le sang de votre Fils qui les a rachetés , vous sollicite tous les jours pour eux : vous ferez luire enfin , 6 mon Dieu ! au milieu de ces régions infortunées , la lumière de la vérité ; et tous les peuples connaîtront qu'il n'y a point d'autre Dieu que vous , et point d'autre Sauveur que votre Fils que vous nous avez envoyé.
PSAUME XXII
Jetions de grâces qu'une âme revenue depuis longtemps des égarements du monde rend à Dieu pour le bienfait inestimable qui l'a appelée à la connaissance de la vérité.
t. I. Dominus régit me , et nihil mihi décrit : in loco pascuœ ibi me collocavit.
t. [. C'est le Seigneur qui me conduit : rien ne pourra me manquer : il m'a placé dans d'excellents pâturages.
Vous êtes , ô mon Dieu ! le seul père et le véritable pasteur de nos âmes. J'avais été longtemps une brebis égarée ; je n'entendais point votre voix, quoique vous ne cessassiez point de me parler au fond du cœur : le monde parlait plus haut que vous ; il parlait à mes sens, et je n'avais des oreilles que pour lui : il me fascinait les yeux , et me faisait voir vos pâturages, et les devoirs de votre loi, comme des pâturages tristes, arides, couverts de ronces et d'épines; il me montrait les siens au contraire comme des lieux semés de fleurs, et où les plaisirs naissent sous nos pas. Cependant , ô mon divin pasteur! j'y errais dans l'aridité, et dans la disette : sous ces fleurs trompeuses je trouvais à chaque pas le serpent qui faisait sur moi des morsures cruelles ; les plaisirs qui s'offraient , allumaient ma soif pour de nouveaux plaisirs, loin de l'éteindre ; les passions qu'ils faisaient naître successivement dans mon cœur, étaient autant de tyrans qui le déchiraient tour à tour. Je ne me lassais point de chercher ce que je croyais devoir le satisfaire et soulager son inquiétude : quand je me flattais de l'avoir trouvé , je sentais un moment après ma méprise; je changeais d'objet, et ma tristesse secrète ne changeait point, et rien ne remplissait le vide de mon cœur. Mais , ô mon Pasteur adorable! depuis que j'ai quitté ces pâturages tristes et empestés, et que je suis revenu dans votre bercail , que ma destinée est différente ! tranquille sous votre conduite, libre de ces soucis et de ces agitations qui suivent les passions criminelles, il me semble que mon cœur est à sa place, qu'il ne lui manque plus rien , et qu'il n'a plus d'autre désir que celui de vous suivre et de vous serviravecplusd'amouretde fidélité. Quede délices,
DU PSAUME XXII
que de consolations abondantes", ô bon et tendre Pasteur ! nu trouve-t-on pas dans vos pâturages , et dans les voies où vous conduisez vosbrebis! Cène sont pas là de ces plaisirs que l'usage empoisonne et rend insipides : plus on les goûte, plus on les trouve délicieux; pinson vous suit, plus le goût de vous suivre augmente. Le monde promet des plaisirs, et il ne donne que des croix et des chagrins : vous , Seigneur, vous ne nous annoncez que des croix , et ces croix sont la source de mille consolations ineffables.
*. 2. Super aquam refectionis educavit me, antmam meam convertit.
+. 2. Il m'a élevé auprès d'une eau fortifiante , et il a fait revenir mon âme.
Le monde, ô mon Dieu! me conduisait sur le bord des eaux empoisonnées, pour désaltérer ma soif criminelle des plaisirs, mais plus j'en buvais, plus ma soif devenait ardente. C'étaient des charbons brûlants que je mettais sur mon cœur; et plus je cherchais à me rafraîchir, plus je me trouvais embrasée. Mais l'eau dont vous m'avez désaltérée, ô mon Dieu! est cette eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle : on n'a plus la soif du monde et des plaisirs quand une fois on en a bu. Une seule goutte de cette eau céleste rafraîchit, soulage plus le cœur, que tous les fleuves de Babylone : c'est une eau claire et paisible, qui n'entraîne avec elle ni houe ni tristes débris ; au lieu que l'eau de Babylone n'est qu'un limon puant , et , semblable à un torrent furieux , elle entraîne dans le gouffre tous ceux qui se courbent pour en boire , et n'est fameuse que par les cadavres et les débris lugubres des fortunes qu'elle traîne toujours après elle. O mon Dieu ! vous m'avez sauvée de ce naufrage ; vous m'avez tendu la main pour me retirer du milieu de ces eaux, sur le point qu'elles étaient de m'engloutir ; et mon âme n'a bien connu le danger qui la menaçait, qu'après que votre miséricorde l'en a eu délivrée.
*.3. Veduxitme super semitas justiliœ propter nomensuuni.
+.3.11 m'a conduit par les sentiers de la justice pour la gloire de son nom .
Souffrez , ô mon Dieu ! que je rappelle ici en votre présence toutes vos miséricordes sur mon âme. Ce n'a pas été assez pour vous de me retirer du gouffre, lorsque j'allais enfoncer: souvent en sortant des périls du monde, on tombe dans de nouveaux périls : on s'éloigne de ses voies, mais on n'entre pas comme il faut dans les vôtres; on s'égare dans le chemin même de la vertu , et on veut aller à vous
par des sentiers qui ne sont pas ceux par où vous nous vouliez conduire. Et voilà, ô mon Dieu! un nouveau bienfait dont mon âme vous est redevable : vous m'avez appris que les devoirs de mon état étaient la seule voie de mon salut ; qu'en les remplissant avec fidélité, on accomplissait toute justice, que les œuvres les plus saintes incompatibles avec ces devoirs , étaient les œuvres de l'homme , et non de la grâce ; que c'était une illusion de préférer ce qu'un faux zèle nous inspire, à ce que vous demandez de nous; et que votre ordre est clairement marqué dans les devoirs de notre état au lieu que dans toutes les pratiques prétendues de piété qui nous en éloignent , nous n'y voyons de clair et de sûr que notre volonté propre. Vous me l'avez appris, ô mon Dieu ! par une miséricorde bien gratuite : je ne vous offrais alors que de faibles commencements de bien, et une vie dont mes larmes ne pourront jamais effacer les souillures; mais vos dons ne vont jamais seuls, vous donnez encore à ceux à qui vous avez commencé de donner. C'est pour la gloire de votre nom, ô mon Dieu! que vous êtes si riche en miséricordes : vous ne voulez pas que ceux qui se disent vos serviteurs , le déshonorent par des singularités, et les abus d'une piété malentendue. Le monde, ô mon Dieu! est assez disposé à décrier la vertu, sans que ceux qui en font une profession publique lui fournissent par un zèle bizarre et à contre-temps, de nouvelles censures contre elle.
t. 4. Nam et si ambulavero m mcdio umbrœ mortis; non timebo mala, quoniam lu mecum es.
t. 4. Car quand même je marcherais au milieu de l'ombre de la mort , je ne craindrais aucuns maux , parce que vous èles avec moi.
Après tous les dangers dont vous m'avez sauvé, ô divin Pasteur de mon âme! que pourrais-je craindre tant que je marcherai dans vos voies? Quand même vous m'y laisseriez dans ces états de dégoût, d'aridité , de ténèbres qu'éprouvent quelquefois les âmes les plus fidèles, votre main même qui me frapperait , me rassurerait : je sentirais que c'est vous , vous , ô mon Dieu ! qui créez quand il vous plaît, la lumière et les ténèbres; vous qui vous montrez à une âme avec tout ce que votre présence a de consolant, ou qui vous cachez à ses yeux dans un nuage pour éprouver sa foi : je vous sentirais toujours au dedans de moi, grand Dieu, opérant ces consolations ou ces peines, et ma confiance serait toujours égale, et ces ténèbres où vous me laisseriez , qui semblent annoncer à une âme votre abandon, et les ombres de la mort et du péché, me privant de vos consolations, n'ébranleraient pas ma
PARAPHRASE MORALE
fidélité, parce que je saurais que vous êtes toujours avec moi.
*. 5. Virga tua et baculus luus ipsa me consolata sunt.
*. 5. Votre verge et votre bâton ont été le sujet d'une grande consolation pour moi.
Je sais, ô mon Pasteur adorable! que dans vos pâturages mêmes le loup entre souvent pour y chercher sa proie; mais votre houlette seule suffit pour nous défendre, et le mettre en fuite : il n'est à craindre que pour les brebis imprudentes qui s'écartent du troupeau, et qui vont errer dans des voies que vous ne leur avez pas marquées. Je sais, grand Dieu, qu'on éprouve des lassitudes et des défaillances en marchant dans les sentiers de vos commandements, mais vous ne laissez pas périr les brebis que le Père vous a données : une force secrète les soutient et les console ; vous les mettez même sur vos épaules, quand elles paraissent sur le point de succomber, et hors d'état de continuer leur route. Ce n'est pas vous , ô mon Dieu ! qui leur manquez ; tous vos secours sont pour elles : c'est leur infidélité seule qui les éloigne, ces secours, ou qui les rend inutiles : je l'ai éprouvé mille fois ; mes langueurs et mes lassitudes dans votre service ont toujours pris leur source dans mon peu de fidélité : à mesure que j'ai cherché plus de consolations du côté des sens, de l'orgueil , ou de l'amour-propre , vous m'avez soustrait celles de la grâce; dès que j'ai voulu m'adoucir votre joug, vous me l'avez rendu plus pesant. Non, ce ne sont pas vos voies, ô mon Dieu! qui sont dures et pénibles; c'est nous seuls qui y portons avec nous les épines et les dégoûts : tout y console un cœur fidèle , et tout y rebute un cœur tiède et sensuel.
*. G. Parasti in conspectu mco mensam adversùs cas qui tributant me.
*. 6. Vous avez préparé une table devant moi contre ceux qui me persécutent.
Le monde, ô Père miséricordieux! est une terre maudite, féconde en chagrins, mais qui ne fournit point de ressources : ses plaisirs , ou usés , ou hors de saison , ne consolant pas les pertes et les afflictions d'un mondain qui porte la douleur et l'amertune dans le cœur; tout ce qui ne parle qu'aux sens, ne porte aucun remède dans l'âme où résident tous les maux- et toutes les inquiétudes du pécheur : environné de consolations extérieures, il sent qu'elles ne passent pas la surface, et que l'aiguillon reste toujours au dedans de lui ; aussi le monde est un maître ingrat et trompeur qui rit de nos maux , et qui , en faisant semblant de les soula-
ger, ne cherche encore qu'à les aggraver et à nous séduire. Mais pour vous, ô mon Dieu! vous avez pourvu avec une bonté de père à toutes les infirmités de vos enfants ; votre table sainte est toujours ouverte , et toujours prête à les recevoir : vous vous y donnez vous-même à eux; et dans cette nourriture divine ils trouvent un remède assuré à toutes les faiblesses , et une consolation réelle contre toutes les tribulations que le monde leur suscite. En descendant vous-même dans leur cœur, sous les enveloppes des bénédictions mystiques, vous y portez la source intarissable de la paix et de la joie : vous en réparez les ruines légères; vous «n fortifiez ce qui commençait à s'affaiblir, et ils marchent avec un nouveau courage vers les montagnes éternelles dans la force de cette viande céleste. Que les âmes mondaines sont à plaindre, ô mon Dieu! de se priver d'un si puissant secours, de faire si peu d'usage de vos bienfaits ; de ne venir à votre table , que lorsque la loi de votre Église les y contraint; et de regarder la participation à la plus grande et à la plus singulière de toutes vos grâces, comme un devoir onéreux et pénible!
* .7. Impiiiffiiasli in oleo capul meum; et calix meus inebrians, quàm prœclurus est!
f. 7. Vous avez oint ma tète d'une huile de parfum; que mon calice qui a la force d'enivrer, est admirable !
Oui, Seigneur, c'est dans ce festin d'amour que vous répandez avec effusion dans nos âmes des consolations ineffables , et que votre calice les enivre d'une joie toute divine. Les parfums de l'Egypte amollissent le cœur en fortifiant le corps ; ils préservent nos cadavres d'une corruption passagère, et leur assurentlongue unedurée dans la triste demeure du tombeau : mais l'huile du parfum précieux que vous versez dans nos âmes avec les saints mystères, les purifie, les embellit, les rend plus vigoureuses et plus fortes dans la pratique de vos commandements; met en elles un germe d'immortalité, qui non-seulement les garantit d'une corruption passagère, mais qui leur assure au sortir de leur maison de boue, une éternelle durée dans votre sein. Que vos enfants rebelles, ô divin père de famille! trouvent votre table dégoûtante, et votre calice amer; je n'en suis pas étonnée ; ils n'y portent qu'un goût dépravé, et infecté par l'amour des objets sensibles et terrestres. Comment pourraient-ils éprouver la sainte ivresse de ce vin délicieux qui enfante les vierges : eux qui le reçoivent ivres encore , et comme abrutis par l'usage continuel qu'ils font du calice des prostitutions de Babylone? Il n'est que les cœurs purifiés par la grâce et vides de l'amour du
DU PSAUME AXIir.
monde , qui puissent goûter tout ce que votre calice a de doux et de consolant : eux seuls en sortent enivrés d'un plaisir si céleste, si vif et si touchant, que tout le reste leur devient fade et insipide ; ils ne s'en éloignent qu'à regret, et regardent comme la plus douloureuse de toutes leurs peines, de n'être pas quelquefois trouvés dignes d'être admis à la table de vos enfants, et d'être privés pour peu de temps de cette nourriture divine.
t. 8. Et misericordia tua subsequetur me omnibus diebus vltœ mcœ.
t. 8. Et votre miséricorde me suivra dans tous les jours de ma vie.
Pour moi , ô mon Dieu! j'espère que votre miséricorde ne permettra pas que je vive jamais privée de cette manne adorable, et de la plus grande consolation que vous nous ayez laissée dans cet exil : s'il m'arrive de m'en éloigner quelquefois , ce sera par un respect d'amour pour vous; ce sera pour me punir d'y avoir porté trop souvent les mêmes faiblesses qui vous déplaisent, et de ne m'y être pas présentée avec toute la foi et toute la ferveur que vous demandez de moi; et d'être venue, sans vous vouloir sacrifier mille attachements légers et humains, participer à un mystère où vous semblez sacrifier sous de viles apparences votre gloire et votre majesté , et qui nous renouvelle le grand sacrifice que vous avez consommé pour nous sur la croix. Mais je ne soutiendrai pas longtemps, ômon Dieu! ces privations douloureuses : je laverai mes pieds; je purifierai mon cœur, aidé de votre grâce, pour être trouvée moins indigne de paraître devant vous ; et ce pain de tous les jours sera , ou mon unique désir, ou ma plus consolante nourriture tout le reste de ma vie.
*. 9. Et ut inhabitem in domo Domini in longitudinem dierum.
*. 9. Afin que j'habite très-longtemps dans la maison du Seigueur.
Voilà, grand Dieu, ma plus douce espérance pendant les jours de mon pèlerinage , et dans cette terre étrangère, où vous ne vous communiquez à nous que sous un voile qui vous cache : voilà, 6 mon Dieu! ce qui me fera attendre avec moins de tristesse le moment que vous avez marqué pour nous ouvrir enfin les portes éternelles du temple céleste, de cette maison paternelle d'où nous sommes sortis, oi! nous vous verrons à découvert , où vous avez préparé différentes demeures et différents degrés de bonheur, pour ne pas ôter toute espérance aux faibles et aux imparfaits ; et où une fois admis , nous
MASSILI.ON. — TOML II.
y habiterons pendant toute la durée des jours de l'éternité.
PSAUME XXIII
Prière d'une âme chrétienne au pied des autels, qui admire et remercie la bonté de Dieu d'avoir choisi sa demeure et renfermé sa gloire et sa majesté dans un temple matériel; qui se représente les dispositions qu'exige la présence d'un Dieu si grand et si terrible de ceux qui viennent y paraître devant lui , et qui gémit des irrévér enc.es et des scandales qui profanent tous les jours ce temple saint.
t. I. Domini est terra, et plenitudo cjus orbis Urrarum, et universi qui habitant in eo.
t. I. La terre et tout ce qu'elle renferme, est au Seigneur; toute la terre habitable, et tous ceux qiSS l'habitent sont à lui
*. 2. Quia ipse super maria fundavit eum, et super flumina prœparavit eum.
t. 2. Parce que c'est lui qui l'a fondée au-dessus des mers , et établie au-dessus des fleuves.
Grand Dieu ! la terre entière est l'ouvrage de vos mains , et n'appartient qu'à vous seul ; c'est le temple que vous remplissez de votre immensité : vous y donnez l'accroissement aux plantes, vous y nourrissez les oiseaux du ciel , les poissons qui nagent dans les mers , et les animaux qui rampent sur la terre : vous y multipliez la race des hommes , et vous soufflez sans cesse en eux, comme au commencement, cet esprit de vie qui anime leur boue; vous êtes l'âme de tout ce qui respire dans l'univers. N'était-ce pas assez aux hommes , pour y sentir partout votre présence , et vous y rendre partout le culte et les hommages dus à votre grandeur et à votre empire souverain sur cet univers , et sur tout ce qu'il renferme ? Cependant comme cette variété d'objets qui concouraient tous à nous rendre votre présence ici-bas plus sensible, n'avaient réussi qu'à nous en distraire et nous la faire oublier ; comme vos ouvrages qui ne se soutiennent que par la même main qui les a formés , nous faisaient perdre de vue l'ouvrier tout-puissant : vous avez souffert, vous, ô mon Dieu! qui êtes présent partout, que l'on vous consacrât des lieux que vous avez promis d'honorer d'une présence spéciale : les patriarches vous élevèrent des autels; la montagne de Sion devint ensuite le temple seul où il était permis de vous offrir des victimes et la fumée des encensements : vous ne vous y montriez pas vous-même ; c'était votre ange qui y descendait enveloppé d'une nuée : enfin depuis que votre Fils s'est montré lui-même sur la