PSAUME XXV
Prière d'un ministre des autels , obligé de vivre au milieu du monde, qui demande à Dieu de s'y soutenir dans l'innocence qu'exige la sainteté de ses fonctions, et de le préserver de la contagion des mauvais exemples.
+. I. Judica me , Domine , quoniam ego in innocentai meû ingressus sum ; et in Domino sperans , non infirmabor.
*. I. Jugez-moi, Seigneur, parce que j'ai marché dans mon innocence; et ayant mis mon espérance au Seigneur, je ne serai point affaibli.
Vous connaissez, grand Dieu, les motifs innocents qui m'ont ouvert l'entrée de votre sanctuaire. L'ambition, des intérêts humains, des vues d'élévation et de fortune, n'ont pas souillé le choix que j'ai fait en me consacrant à vos autels , et vous prenant pour mon partage. C'est la pureté de cette
première démarche, ô mon Dieu, qui décide toujours de notre conduite dans le saint ministère; j'ose vous prendre à témoin que je ne m'y suis proposé que votre gloire, et d'assurer mon salut, en travaillant à celui de mes frères. C'est cette pureté d'intention , grand'Dieu , qui me rassure contre ma propre faiblesse, quand je considère la sublimité des fonctions où je me suis engagé : je me flatte que c'est vous seul qui m'en avez inspiré le désir; que ma vocation au sacerdoce est l'ouvrage de votre Esprit saint; que je ne me suis pas appelé moimême à cet honneur, et que vous m'aiderez à porter le fardeau redoutable que vous avez mis vousmême sur mes épaules.
t. 2. Probame, Domine, et tenta me ; ure renés mcos-retcor meum.
*. 2. Éprouvez-moi , Seigneur, et sondez-moi : brûlez mes reins et mon cœur.
Cependant, grand Dieu, comme nous nous faisons presque toujours illusion à nous-mêmes, et que vous seul développez dans nos cœurs ce que l'amour-propre nous y cache; sondez-y, ô mon Dieu! mes sentiments les plus secrets, et peut-être inconnus à moi-même; et si vous y trouvez que la chair et le sang aient eu quelque part à ma vocation nu saint ministère, purifiez, grand Dieu, ces motifs humains par le feu sacré de votre amour; embrasez mon cœur du pur zèle de votre gloire; consumez cette rouille secrète qui s'était attachée à mon insu à mes premiers désirs ; ne permettez pas que rien d'impur et de terrestre souille la sainteté de mes fonctions, et faites que la pureté de mon cœur réponde toujours à celle de l'état que j'ai embrassé.
+. 3. Quoniam misericordia tua ante oculos mcos est: et' complacui in veritate tuâ.
*. 3. Parce que votre miséricorde est devant mes yeux, et que je trouve ma joie dans votre vérité.
Il me semble, grand Dieu, que le seul objet et le seul modèle que je me propose dans les fonctions saintes, est votre miséricorde et votre charité pour les hommes. Vous ne m'avez établi ministre que pour eux : leur salut est l'œuvre principale dont vous m'avez chargé; mes soins, mes veilles, mes talents, ma vie, ma mort, tout est à eux ; leurs afflic~ tions sont devenues les miennes; leurs besoins mes besoins propres; leurs chutes font ma douleur; leur fidélité, toute ma consolation et toute ma gloire : je dois comme vous, grand Dieu, ne pasme rebuter de leurs faiblesses, attendre avec patience leur repentir, ne pas me lasser de heurter à la porte de leur cœur, verser des larmes sur leur impénitence, les recevoir avec une bonté paternelle
DU PSAUME XXV
quand ils reviennent; et sentir plus de joie du retour d'un seul pécheur, que de la persévérance d'un grand nombre de justes. Il me semble , ô mon Dieu , que mon unique plaisir est de leur annoncer vos vérités éternelles, de les affermir dans la doctrine sainte que votre Fils a laissée, à son Église, et de les préserver des erreurs qui l'ont affligée dans chaque siècle.
*. 4. Non sedi cum concilio vanitalis ; et cum iniqua gerentibus non introïbo.
t. 4. Je ne me suis point assis dans les assemblées de la vanité; et je n'entrerai point dans le lieu où sont ceux qui commettent l'iniquité.
C'est ce zèle pour le salut des âmes , et cet amour de la vérité, qui caractérisent les ministres fidèles, et les distinguent des voleurs et des mercenaires. Les ministres fidèles se regardent comme les docteurs , les pères et les médecins des âmes : docteurs , pour les instruire de la pure doctrine du salut; pères, pour pourvoir à tous leurs besoins; médecins, pour guérir leurs maux ou pour les prévenir. Mais qu'ils sont rares, ces ministres fidèles! où les chercher? où les trouver, ô mon Dieu? Combien y en a-t-il, qui entrés dans le sanctuaire, sans autre vocation que le rang qu'ils tenaient dans leur famille, ou l'insuffisance de leurs talents pour s'avancer dans le siècle, osent entreprendre d'être la lumière des aveugles et les conducteurs des ignorants , étant ignorants et aveugles eux-mêmes, et incapables de discerner la vérité de l'erreur? combien à qui les revenus du sanctuaire, que la charité de nos ancêtres y avait mis en dépôt pour être le patrimoine des pauvres , ne servent qu'à entretenir leur luxe et leur mollesse? on les voit traîner leur oisiveté dans les assemblées du siècle les plus profanes; se mêler aux entretiens vains, frivoles, souvent licencieux, qui amusent le loisir des mondains; et d'ordinaire s'y distinguer par l'indécence de leurs discours et des manières plus libres : ils ne travaillent pas, non parce qu'ils ne sauraient trouver où exercer leur zèle (hélas! des milliers d'âmes périssent chaque jour faute d'instructions et de soins); niais parce que le travail ne leur est pas nécessaire pour fournir à leur subsistance; comme si, ô mon Dieu, un vil intérêt, un profit mercenaire pouvait être la fin des fonctions sublimes du sacerdoce; et au lieu de se plaindre eux-mêmes, ils plaignent le sort de ces ouvriers laborieux, qui portent le poids du jour et de la chaleur. Combien d'autres qui font un honteux trafic du ministère ; qui n'ayant d'autre Dieu que l'argent, courent après les occasions de s'enrichir avec plus d'ardeur que les enfants du siècle? ils ne font cas de leurs fonctions que par le
profit terrestre qui leur en revient : le salut des âmes ne les touche et ne les remue, qu'autant qu'une récompense temporelle y est attachée; et le noble désintéressement de ces ministres, qui, dédaignant une fortune de boue, ne cherchent que vous seul , ô mon Dieu , et ne veulent gagner que vous par tous leurs travaux , est l'objet de leur mépris et de leurs dérisions indécentes. Combien enfin qui , plus criminels encore, ajoutent à l'ignorance, à l'avarice et à l'oisiveté, des désordres infâmes, cachant sous un habit saint les mœurs les plus corrompues? ils sont destinés à être le sel de la terre , et ils en deviennent en quelque sorte les corrupteurs, parce qu'ils portent partout la puanteur et l'infection de leurs vices, au lieu de la bonne odeur de Jésus-Christ qu'ils devraient répandre.
Grand Dieu, ces maux sî dignes de larmes ne sont malheureusement que trop communs dans votre sanctuaire, et y font chaque jour des progrès étonnants. J'aurais pu, hélas! (car ma faiblesse et la corruption de mon eœur me rendent capable de tout); j'aurais pu être du nombre de ces ministres infidèles : votre grâce m'en a préservé jusques iei ; mais ce n'a été qu'en me faisant fuir la société de ceux qui déshonorent la sainteté de leur caractère par une conduite si peu sacerdotale : que je continue, ô mon Dieu, à n'avoir aucun commerce avec eux : mon exemple ne les convertirait pas (car quoi de plus rare que la conversion d'un mauvais prêtre!) et le leur pourrait me pervertir, du moins affaiblir la résolution où je suis de consacrer uniquement mes soins et mes veilles à l'instruction et à la sanctification de vos enfants.
t. r>. Odivi ecclesiam malignantium ; et cum impiis non sedebo.
*. 5. Je hais l'assemblée des personnes remplies de malignité; et je ne m'asseyerai point avec les impies.
Je ne puis pas, ô mon Dieu, rompre également tout commerce avec les mondains : mon ministère leur est souvent nécessaire, et il ne m'est pas libre de le leur refuser; car ce n'est pas pour moi, c'est pour eux , que votre Église m'a honorédu sacerdoce. Mais, ô mon Dieu, vous savez avec quelle attention je fuis la société des gens du monde, dès qu'il n'est question que de prendre part à leurs amusements et à leurs joies insensées : je ne me trouve guère au milieu d'eux , que lorsque mes fonctions m'y appellent; et si je n'ai pu éviter de me lier avec quelques personnes du siècle, du moins n'est-ce qu'avec ceux qui honorent la religion par leurs discours et par leur conduite : mais pour ces assemblées d'impiété que le mépris de votre doctrine,
PARAPHRASE MORALE
6 mon Dieu , rend aujourd'hui si communes, je les ai toujours détestées, et j'aurais honte de moimême si je m'y trouvais engagé : qu'y ferais-je? comment pourrais-je y soutenir la sainteté et la dignité de mon caractère? écouter leurs blasphèmes dans le silence, c'est en quelque sorte les autoriser, et prendre part à leur impiété; entrer en dispute avec eux, c'est d'ordinaire les endurcir encore davantage ; ils sont trop fiers et trop remplis de cette vaine science qui enfle, pour se défier de leurs lumières, et croire qu'ils puissent se tromper; je me contente donc de gémir en secret sur leur aveuglement, d'attendre que le moment de vos miséricordes sur eux arrive, et de vous conjurer de venir au secours de la religion. En effet, la foi s'altère et s'affaiblit tous les jours parmi les hommes; à force de vouloir que tout soit clair dans la religion, tout y devient douteux : le monde est plein de ces hommes insensés, à qui tout ce qu'ils ne peuvent comprendre , paraît suspect ; ils se font au dedans d'euxmêmes un tribunal impie auquel ils appellent de votre autorité même , des oracles de vos prophètes , des merveilles que vous avez opérées pour délivrer l'ancien peuple, ou pour appeler le nouveau à la connaissance de. l'Évangile par le ministère de douze pauvres, et enfin de tout ce qu'il y a de mieux établi et de plus hors d'atteinte à l'incrédulité sur la terre. Ils forment au milieu du monde une affreuse société, où ils vomissent en secret leurs blasphèmes contre la majesté de votre culte et la piété de vos serviteurs : rien n'est sacré pour leurs langues impures : le joug respectable de la foi leur paraît une servitude puérile , que la faiblesse et la superstition du genre humain s'est imposée; ils veulent eux seuls être les arbitres de leur religion et de leurs devoirs; comme de leur destinée. Hommes dignes de l'exécration de l'univers, et cependant honorés souvent comme des sages et des génies sublimes : esprits faibles et extravagants, trouvant encore moins de fonds et de solidité dans les ténèbres et les abîmes incompréhensibles de l'impiété, que dans les vérités de la foi ; et cependant sacrifiant leur salut éternel à des doutes frivoles, et à une incrédulité dont les contradictions révoltent encore plus la raison, que les mystères ineffables de votre doctrine. Et qu'y a-t-il , en effet , 6 mon Dieu , de plus insensé , que de croire, ou que le hasard seul ait produit toute la race des hommes sur la terre, et que la structure si admirable de leur corps ne doit son arrangement qu'à un assemblage fortuit et bizarre de la matière; ou qui si vous les avez vous-même tirés du néant, et animé leur boue d'un souffle d'immortalité que les rend capables d'aimer et de connaî-
tre, vous les ayez jetés sur la terre comme des ouvrages de rebut, sans vouloir vous mêler de ce qui les regarde , sans leur prescrire , ni les hommages qu'ils vous doivent, ni les devoirs qui les lient aux autres hommes ; les laissant errer ici-bas sans destination , sans loi, san> espérance, guidés parla seule impétuosité de leurs passions; et n'ayant point d'autre frein, comme les animaux , qu'un instinct brutal , et la liberté universelle de le satisfaire, quand ils n'y trouvent aucun obstacle.
+. 6. Lavabo inlcr innocentes manu» tneas, et circumdubo allure tu uni, Domine.
t. 6. Je laverai mes mains dans la compagnie des innocents ; et je me tiendrai, Seigneur, autour de votre autel.
Pour moi, Seigneur, à la vue de ces tristes égarements où votre justice livre les esprits superbes et les cœurs corrompus, je cherche à m'en consoler dans la société des âmes innocentes, qui rendent à la majesté de la religion , par la simplicité de leur foi, et par la pureté de leurs mœurs, la gloire et l'honneur que les blasphèmes et les dissolutions des impies tâchent de lui ravir. C'est là, grand Dieu , où je goûterai une joie sainte, où je me purifierai de toutes ces souillures inévitables que l'on contracte dans le commerce du reste des hommes; c'est de là que je sortirai plus pénétré que jamais de la sainteté de mes fonctions, de la pureté et de l'innocence de vie qu'elles exigent : c'est au sortir de leur sainte conversation, que je me sentirai embrasé d'un nouveau zèle pour le salut de mes frères, d'un nouveau désir de me consacrer tout entier à la conversion des pécheurs, à l'agrandissement de votre royaume sur la terre; et que j'irai avec plus de confiance me présenter à l'autel saint, et vous offrir la victime de propitiation.
t. 7. Ut audiam vocem lundis, et enarrem universa mirait lia tua.
+. 7. Afin que j'entende la voix de vos louanges, et que je raconte moi-même toutes vos merveilles.
Que les mains, grand Dieu, qui traitent ces mystères adorables, et qui vous offrent le sang de votre Fils , doivent être pures et saintes ! il n'y a que cette eau qui rejaillit à la vie éternelle, qui puisse les laver, et les rendre dignes d'un ministère si divin ; mais ce n'est pas la seule fonction qui impose à vos ministres l'obligation d'une vie exempte de la plus légère souillure. Comment pourrai-je, grand Dieu , avec un cœur appesanti ou souillé par des affections terrestres, venir unir ma voix dans le temple avec les anges du ciel, pour y célébrer vos louanges? Comment pourrai-je goûter, en les entendant, ces chastes délices réservées à ceux qui ne trouvent du
DU PSAUME XXV
plaisir que dans la méditation de votre loi sainte? Comment pourrai-je en raconter moi-même les merveilles, et embraser les cœurs de ceux qui m'écouteront de l'amour de cette loi céleste, si mon cœur tiède, languissant , et encore occupé du monde et de ses vaines espérances, n'en goûte pas lui-même les divines vérités? Vous voyez, grand Dieu , ce qu'il y a encore d'humain et de terrestre dans mon cœur; purifiez-en de plus en plus les désirs et les affections : ne souffrez pas que le monde, que la chair et le sang, que des vues humaines viennent y partager avec vous mes veilles et les travaux de mon ministère. N'est-on pas trop honoré, grand Dieu, d'avoir la dernière place dans votre maison? et quel est le titre d'honneur qui distingue à vos yeux vos ministres? est-ce la dignité des fonctions, ou le zèle qui les remplit?
+. 8. Domine, dilexi décorent domûs tuœ , et locum habitation is gloriœ luœ.
*. 8. Seigneur, j'ai aimé uniquement la beauté de votre maison , et le lieu où habite votre gloire.
Grand Dieu, cène sont ni les richesses, ni les honneurs, ni les dignités de votre Église que j'aime et que je cherche en lui consacrant mes soins et mes peines : je n'en aime que la beauté, la sainteté de sa morale, la pureté de sa doctrine, la majesté de son culte , l'ordre et la décence de ses fonctions , la solennité de ses mystères, la sainte harmonie de ses cantiques , l'accroissement de sa foi sur la terre. Ce n'est pas ce qui brille au dehors , qui fait la gloire de cette divine fille de Sion ; ce ne sont pas les royaumes et les empires soumis à son joug ; ce n'est pas la magnilicence de ses autels, ni la structure superbe de ses temples; ce qui l'honore, ce qui fait tout son éclat, c'est la piété de ses enfants, c'est la fermeté de la foi qui les soumet, la charité qui les lie , la ferveur qui les anime , l'innocence des mœurs qui les distingue : voilà, grand Dieu, ce qui la rend digne d'être la dépositaire de vos oracles et la demeure de votre gloire. Augmentez en moi , Seigneur, le zèle et l'amour que je sens pour elle : l'onction sainte m'a consacré à son service , et marqué du caractère ineffaçable de ses ministres; tout ce que j'ai, tout ce que je suis, lui appartient désormais; et il faut bien que je ne vive plus que pour la servir, puisqueje dois toujours être prêt à mourir même pour elle.
*. 9. Ne perdas cvm impiis, Deus , animant meam , et cum viris sanguinum vitam meam.
t. 9. Ne perciez pas, 6 mon Dieu, mon àme avec les impies, ni ma vie avec les hommes sanguinaires.
Je sais, grand Dieu, que ces dispositions si di-
gnes de la sainteté du sacerdoce s'affaiblissent, et semblent s'effacer même quelquefois de mon cœur : le monde, les dissipations inévitables dans le commerce des hommes, le poids et la continuité des fonctions saintes, ma propre faiblesse; tout conspire à me dégoûter en certains moments des devoirs de mon ministère, à m'en rendre le joug triste et rebutant, et à me faire chercher des délassements peu convenables au sérieux et à la sainteté de mon état. Ces faiblesses, grand Dieu, toujours criminelles dans ceux qui doivent être la force des faibles et le modèle de leurs frères, me font tout craindre de la sévérité de vos jugements, et que vous ne me confondiez un jour avec ces ministres impies, qui ont mille fois profané vos mystères saints , et déshonoré le sacerdoce, ou par l'éclat de leurs dissolutions, ou par les horreurs secrètes d'une hypocrisie sacrilège : que mon sort , grand Dieu , ne soit point semblable au leur! que mon âme n'ait jamais rien de commun avec ces hommes de sang, dont la vie n'a été qu'une profanation continuelle du sang adorable de votre Fils , et qui se sont de plus rendus coupables du sang et du salut de leurs frères, par le scandale de leurs mœurs, toujours plus funeste et plus contagieux dans ceux de qui votre peuple ne devait attendre que des exemples de vertu et d'innocence! Si je n'honore pas mon ministère par une vie irréprochable à vos yeux ; du moins , Seigneur, il me semble que je ne voudrais pas le déshonorer par des actions dignes de blâme devant les hommes : si je ne contribue point par mon zèle, ou par mes talents, ni à la joie, ni à la gloire de votre Église; du moins, grand Dieu, que je n'achève pas de la couvrir de tristesse et de confusion avec les ministres indignes , qui font blasphémer votre nom au milieu du monde , et qui n'y paraissent revêtus d'un caractère saint, que pour la honte de la religion, et le malheur des peuples avec qui ils vivent!
*. 10. In quorum manibus iniquitates sunl, dexlera eorum rcpleta est muncribus.
t. io. De qui les mains sont toutes souillées d'iniquité, et dont la droite est remplie de présents.
Leurs mains, ô mon Dieu! qu'ils auraient dû lever vers vous pour apaiser votre colère sur les peuples, l'attirent elles-mêmes par les crimes dont elles sont souillées; leurs mains destinées à vous offrir la victime de propitiation, qui efface les iniquités publiques, vous en offrent elles-mêmes de plus monstrueuses que celles du reste des hommes. Aussi, grand Dieu, ce n'est pas vous qui leur avez ouvert la porte du sanctuaire: ce n'est pas votre main qui les a élevés aux dignités sain-
iGO
PARAPHRASE MORALE
tes qu'ils déshonorent; ce sont leurs brigues, leurs sollicitations, leur nom, leur crédit, les présents qu'ils ont employés pour se rendre les hommes favorables : voilà, grand Dieu, ce qui les a donnés à votre Église; c'est l'ambition qui lésa élevés : ce sont des idoles que les hommes tout seuls ont placées dans le lieu saint; elles en sont le scandale et l'opprobre : c'est la chair et le sang qui les a faits ministres; leur ministère rendra au sang et à la chair ce qu'il ne tient que d'elle seule.
*. II. Ego autem in innocenlid med ingressus sum : redime me, et miserere mei.
*. II. Car pour moi j'ai marché dans mon innocence : daignez donc me racheter, et ayez pitié de moi.
Pour moi, grand Dieu, vous savez que les motifs qui m'ont conduit dans votre sanctuaire, ont été purs et innocents. Je n'y suis pas venu chercher les richesses de l'autel , mais le Dieu qu'on y adore; les dignités du ministère, mais ses fonctions et ses travaux; les places qui m'élèvent au-dessus du peuple, mais celles qui me dévouent à leurs besoins et à leur salut. Ne souffrez pas, grand Dieu, que je souille jamais la pureté de cette première démarche , et qu'ayant commencé par l'esprit, je finisse par la chair : délivrez-moi des pièges que le monde, que la force des usages, que les exemples des ministres infidèles me tendent sans cesse ; délivrez-moi encore plus de ce fonds de faiblesse et de corruption qui fait que j'aime ces pièges, et que je cherche à m'y laisser surprendre. Quand je suis à vos pieds, ô mon Dieu, je crois que tout va être facile au zèle qui alors m'enflamme, et méfait former mille résolutions saintes ; il me sembleque je ne vais plus compter pour rien le monde, et tout ce qu'il renferme; et à peine y suis-je rentré, que la complaisance, le respect humain, la faiblesse, le goût peut-être, m'engage à mille démarches, dont la sainteté et la décence de mon ministère souffre, et que les promesses seules que je venais de vous renouveler, devaient m'interdire, quand tout ce que je dois à mon état, ne me le défendrait pas. Ayez pitié, grand Dieu, de ces misères que je hais toujours, et dont je ne me saurais jamais dépouiller comme il faut :je crois être changé quand j'en gémis devant vous; et au sortir de là, je me retrouve le même.
■*■. 12. Pesmeus stelit in directo; in ecclesiis benedicam te, Domine.
*. 12. Mon pied est demeuré ferme dans la droiture; je vous bénirai, Seigneur, dans les assemblées.
Aussi, grand Dieu , l'avenir ne se présente-t-il à moi qu'avec frayeur. Jusqu'à présent , si je n'ai pas marché avec assez de zèle dans la voie de la vérité ,
au moins ne m'en suis-je jamais entièrement écarté : c'est un effet de votre grâce , que je ne saurais jamais assez reconnaître. Mais avec ce fonds d'inconstance , de légèreté, de faiblesse , que je porte au dedans de moi, que n'ai-je point à craindre, si cette même grâce qui m'a soutenu jusqu'à ce jour, ne m'affermit de plus en plus dans l'amour de mes devoirs; si elle ne me fortifie contre l'ennui et les degoûts inséparables de la continuité et de l'uniformité des fonctions, surtout contre le torrent des exemples que j'ai à toute heure sous les yeux? Armez-moi donc de force, ô mon Dieu, contre ma propre faiblesse : vous m'avez associé, malgré mon indignité, au sacerdoce de votre fils , votre prêtre éternel : vous m'avez rendu le coopérateur de vos miséricordes sur les hommes; que je sente tout ce qu'un état si saint exige de moi; que je n'aie point de plus grande joie que de voir vos enfants marcher dans la voie de la vérité, et de les y soutenir par mes soins et par mes prières; que les fonctions saintes du ministère fassent tout mon plaisir, comme elles font toute ma gloire ; que tout ce qui me tire de l'exercice de ces fonctions, me soit insupportable; et que je porte partout jusque dans les actions les plus indifférentes, et dans les délassements mêmes dont la nature ne peut se passer, ce caractère sacerdotal de décence et de modestie, qui rend vos ministres si vénérables, et qui donne tant de poids et d'efficace à leurs instructions. Exaucez, ô mon Dieu, ces vœux sincères que mon cœur forme en votre présence; faites de moi un ministre zélé et fidèle, qui soit selon votre cœur : bénissez mes travaux, rendez-les utiles aux âmes que vous m'avez confiées, afin qu'environné de la multitude de ceux que vous aurez sauvés par mon ministère, je chante au milieu d'eux les louanges de votre grâce dans toute l'éternité!
PSAUME XXVI
Prière et actions de grâces d'une âme fidèle, qui malgré tous les obstacles de la chair et du sang , et toutes les contradictions qu'elle a eues à essuyer de la part de ses proches , a renoncé au monde , et s'est consacrée à Dieu dans une maison religieuse.
t. I. Dominas illuminatio mea et salus mea; quem timebo ?
*. I. Le Seigneur est ma lumière et mon salut; qu'ai-je à craindre ?
C'est votre lumière seule, grand Dieu, qui m'a éclairée sur les périls où j'allais m'exposer dans le monde, et qui m'a inspiré le dessein généreux de m'en séparer pour toujours. Vous avez ouvert de bonne
DU PSAUME XXVI
heure mes yeux à l'erreur, et à la vanité de ses promesses; vous n'avez pas permis qu'il s'offrît à moi avec tout ce faux éclat, qui séduit tant d'âmes innocentes : votre lumière a dissipé ce nuage dangereux : dès que ma raison a été capable de discernement , j'ai connu que mon salut ne pouvait être en sûreté que dans le secret de votre tabernacle, et loin du commerce des hommes. Que pourrais-je donc craindre, grand Dieu, en suivant la voie que vous m'avez vous-même montrée, et vous prenant vous seul pour mon guide? Non, Seigneur, que les âmes qui dans leur choix , n'ont consulté que les ténèbres de la sagesse humaine, et les penchants de la chair et du sang, craignent ; qu'elles éprouvent par les chutes funestes où leur état les précipite tous les jours , que ce n'est pas votre main qui les y a placées : pour moi, grand Dieu, qui n'ai consulté, en me déterminant, que les lumières que vous aviez répandues dans mon âme, on a beau vouloir m'effrayer et me décourager par les rigueurs de l'état que j'embrasse; c'est vous, Seigneur, qui m'en avez inspiré le choix , j'y persévérerai sans crainte. Qu'on est tranquille, grand Dieu , que l'on marche avec confiance , quand on a votre lumière pour guide , et vous-même pour soutien et pour défenseur!