‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 147 sur 235 · V. 2. Dominus protector vitds mœ : à quo trepidabo · texte numérisé non relu

V. 2. Dominus protector vitds mœ : à quo trepidabo

*. 2. Le Seigneur est le protecteur de ma vie : qui pourra me faire trembler ?

Oui, Seigneur, j'avoue que le genre de vie auquel je m'engage, est dur, et rebutant à la nature ; il faudra m'y faire une violence continuelle à moi-même, et m'interdire tout ce qui flatte les sens ou la vanité : si je ne comptais que sur moi-même, je connais ma faiblesse , et sans doute une entreprise si fort audessus de mes forces , devrait me faire trembler : mais, ô mon divin protecteur, c'est sur votre secours que je me confie ; qu'y a-t-il de difficile à votre grâce ? les peines et la pesanteur d'un joug en deviennent les attraits, quand vous le portez avec nous.

*. 3. Dùm appropiant super me noccntcs , ut edant carnes meas.

*. 3. Lorsque ceux qui me veulent perdre, sont prêts à fondre sur moi , comme pour me manger tout vivant.

Aussi, grand Dieu, ce ne sont pas les difficultés et les renoncements de la vie religieuse, qui m'alarment ; elles font le plus doux objet de mes vœux : en quoi j'ai besoin d'une protection plus puissante, c'est pour me défendre de la fureur des poursuites de mes proches, qui s'opposent à vos desseins sur moi, et qui par une amitié cruelle paraissent acharnés à me perdre , en s'efforçant de me séparer de vous , ô mon

MASSIU.ON. — TOME !'.

Dieu, pour me conserver auprès d'eux au milieu de la dépravation et des dangers du monde.

+. 4. Qui tribulant me inimiei mei , ipsi infirmait sunt, et ceciderunt.

*. 4. Ces mêmes ennemis qui me persécutent le plus ont été affaiblis , et sont tombés.

Faut-il , grand Dieu , que ceux qui ont le bonheur de vouloir se consacrer à vous , ne trouvent des contradictions que dans leurs proebes selon la chair, et que nos plus dangereux ennemis soient presque toujours ceux de qui nous tenons la vie? J'avoue que» leurs oppositions me troublent et m'attristent; l'affection et le respect que la nature met dans nos cœurs pour eux, et dont votre loi nous fait un précepte si juste et si inviolable, ne me permet pas de voir sans douleur la peine que je leur cause. Je voudrais pouvoir leur concilier les égards que je leur dois avec la soumission que vous demandez de moi : mais dès qu'il n'est pas possible de leur plaire qu'en vous désobéissant, vous êtes, ô mon Dieu, mon premier père : c'est de vous que je tiens cette âme immortelle destinée à vous glorifier dans l'éternité ; c'est à vous seul à qui j'en dois rendre compte. Ainsi , grand Dieu , tous les efforts que mes proches feront pour vous la ravir et la sacrifier à leurs vues humaines , seront inutiles ; ils échoueront dans leurs entreprises injustes : la puissance que la nature leur donne sur moi , ne l'emportera jamais sur l'obéissance que je vous dois. C'est vous, grand Dieu, qui me les avez donnés pour pères ; c'est à vous seul à régler les droits que ce titre sacré leur donne sur ma destinée.

t. 5. Si consistant advcrsùm me castra, non limebit cor meum.

v. 5. Quand des armées seraient campées contre moi , mon cœur n'en serait point effrayé.

Non, Seigneur, quand ils se rassembleraient tous pour m'ébranler par leur grand nombre, mon cœur n'en serait point effrayé; quand je les verrais tous conjurés contre moi , et sur le point d'user de violence pour m'arracher du pied de vos autels, que peuvent les hommes, grand Dieu, contre l'immutabilité de vos desseins? ma faiblesse serait plus forte que toute leur puissance.

t. 6. Si exsurgat adversùm me prœlium , in hoc ego sperabo.

fr. 6. Quand on me livrerait un combat, je ne laisserais pas encore de mettre en lui toute mon espérance.

J'ose même, Seigneur, vous promettre que s'ils en venaient à des extrémités dont je ne les crois pas capables; s'ils employaient contre moi la force et les mauvais traitements; s'ils se servaient du créas

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dit qu'ils ont ici-bas pour armer contre moi toutes les puissances du siècle, la confiance quej'aienvous me ferait regarder d'un œil tranquille toutes ces attaques. Je craindrais plus, grand Dieu, les combats secrets que j'aurais à me livrer moi-même; cette voix de la nature qui plaiderait encore dans mon cœur en faveur de mes proches; la douleur de leur déplaire, malgré les sentiments de tendresse et de respect que je conserve pour eux. Mais, ô mon Dieu, la nature doit se taire, quand votre grâce se fait entendre; et vous pouvez, quand il vous plaît, endurcir les cœurs les plus tendres à toutes les affections humaines , comme vous pouvez rendre 'sensibles les plus endurcis aux inspirations saintes de votre grâce.

*. 7. Unam petii à Domino, hanc requiram : ut inliabitem in domo Domini omnibus dicbus vilœ meœ.

*. 7. J'ai demandé au Seigneur une seule chose, et je la rechercherai uniquement : c'est d'habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie.

Non, Seigneur, en vain on méfait espérerde grands établissements dans le monde : en vain on fait briller à mes yeux tout l'éclat des grandeurs que la naissance et l'élévation de mes proches semble me promettre ; en vain on cherche à m'éblouir par l'exemple de celles démon rang, qui par des alliances éclatantes jouissent dans le monde de tous les honneurs et de toutes les prospérités que le monde peut donner : je connais l'illusion et la fumée de tous ces vains avantages : ils ne m'ont jamais paru dignes d'un cœur qui n'est fait que pour vous , et dont vous seul pouvez remplir tous les désirs. Aussi, grand Dieu, la seule chose que j'ai toujours désirée, ce que mes prières et mes larmes ont toujours uniquement sollicité auprès de vous , c'est que je puisse me cacher dans le secret de votre maison pour le reste de ma vie : c'est que je mérite d'y trouver un asile sûr qui me mette à couvert de la contagion et des périls inévitables dans le monde. Voilà , grand Dieu , l'unique bonheur auquel j'aspire : ouvrez-moi les portes de votre sanctuaire; trouvez-moi digne d'y occuper une place parmi les vierges saintes qui vous y servent avec une foi si pure et si fervente : je préfère, grand Dieu, la pauvreté et l'obscurité de cette innocente demeure à toute la magnificence des palais que l'orgueil a élevés, et qui cachent souvent les passions les plus honteuses , et presque toujours les plus noirs chagrins. Oui, Seigneur, les inquiétudes les plus cruelles naissent dans le sein même de la prospérité : et les faveurs du monde, en allumant l'ambition et les autres passions mondaines, rendent toujours malheureux ceux que le monde favorise.

t. 8. Ulvideam voluptatem Domini, etvisitem tcmplum ejttx.

*. 8. Alin que je connaisse les délices du Seigneur, et que je visite son temple.

Mais les délices que l'on goûte dans votre maison , ô mon Dieu ! sont pures et sans mélange. Quels plaisirs ineffables n'y répandez-vous pas sur les âmes qui n'aiment que vous, et qui ne connaissent que vous d'aimable ? Ces âmes heureuses qui n'ont jamais ni éprouvé, ni même connu la corruption du monde; dont aucun attachement criminel n'a jamais souillé le cœur; qui vous aiment depuis qu'elles sont capables d'aimer; dont jamais rien ne vous a disputé la possession; qui conservent avec l'innocence cette candeur, cette joie douce, cette paix qui en sont inséparables, et au milieu desquelles vous habitez avec tous les charmes et toutes les richesses de votre grâce : quelle consolation pour elles de n'y être sans cesse occupées que de l'objet divin de leur amour, de vous en donner tous les jours de nouvelles marques par les sacrifices de la vie religieuse, d'y chanter les louanges de leur époux, de ne bouger presque du pied de ses autels , de faire du pain des anges leur nourriture ordinaire et leur pain de tous les jours , et d'ignorer même s'il y a sur la terre d'autres délices que celles qui font tout le bonheur de leur état !

t. 9. Quoniam àbscondit me in tabernaculo suo ; in die malorum protexit me in abscondilo tabernaculi sui.

t. 9. Car il m'a caché dans son tabernacle ; il m'a protégé au jour de l'affliction , en me mettant dans le secret de son tabernacle.

J'espère, grand Dieu, malgré tous les obstacles de la chair et du sang, que vous m'introduirez vousmême dans ce lieu saint ; vous m'y cacherez pour toujours dans le secret de votre tabernacle , à toutes les illusions qu'on fait sans cesse briller à mes yeux , et qui à la fin pourraient me séduire et l'emporter sur les lumières dont vous éclairez mon âme : vous m'y mettrez à couvert pendant les jours mauvais et rapides de cette vie, de toutes les abominations de Babylone, et de tous les malheurs que vous préparez aux sectateurs de ses impiétés et de ses crimes ; vous m'y protégerez contre les écueils mêmes qui ne se trouvent que trop souvent dans la sûreté de ce saint asile, surtout lorsque des intérêts humains et non les impulsions de votre grâce nous y ont conduits.

t. 10. Inpctrâ cxaltavit me; ctnunc exaltavit caput meum super inimicos meos.

*. 10. Il m'a élevé sur la pierre; et dès maintenant il a élevé nia tète au-dessus de mes ennemis.

Oui , Seigneur, vous me placerez dans ce lieu

DU PSAUME XXVI

saint , comme dans un fort élevé , et inaccessible à toutes les séductions humaines , à tous les traits de l'ennemi , et le joug heureux que vous m'imposerez, loin de m'accabler sous son poids , fera toute la dou^ ceur et toute la consolation de ma vie; j'en lèverai la tête avec plus de confiance, quand je l'aurai assujettie à ce joug sacré ; je me trouverai bien plus libre, 6 mon Dieu ! quand des liens indissolubles m'auront attaché à vous seul ; cet état de servitude et d'obéissance m'élèvera au-dessus des trônes, et de tout ce qu'on appelle grand sur la terre. Eh ! qu'y a-t-il de grand en effet, ô mon Dieu ! que l'innocence et la piété qui nous assurent une couronne immortelle ? tout ce qui doit périr, ne doit-il pas paraître à nos yeux comme s'il n'était déjà plus ; et n'y a-t-il de bien réel et véritable, que celui qui demeure éternellement ?

♦. U. Circuivi etimmolaviin tabernaculo ejus hostiam vociferationis ; cantabo et psalmum dicam Domino.

♦.II. J'ai tourné autour de son autel , et j'ai immolé dans son tabernacle une hostie avec des cris et des cantiques de joie : je chanterai et je ferai retentir des hymnes à la gloire du Seigneur.

Il y a si longtemps , grand Dieu , que je soupire après le bonheur de me consqcrer à vous , que je fais toutes les démarches que vous demandez de moi pour l'obtenir, et que je tourne autour de votre tabernacle saint pour trouver le moment heureux qui m'en ouvrira la porte : mes cris , mes supplications , mes désirs , que chaque jour rend encore plus vifs et plus ardents; voilà, grand Dieu, l'hostie que je vous immole d'avance, en attendant que je puisse m'offrir réellement aux pieds de vos autels, comme une victime que vous vous êtes de tout temps réservée : acceptez , grand Dieu , ce sacrifice anticipé ; qu'il monte en odeur de suavité jusques au pied de votre trône; et donnez, en écartant tous les obstacles qui en diffèrent la consommation, une marque éclatante qu'il vous est agréable. C'est alors, grand Dieu, que la tristesse de mes clameurs se changera en des chants de joie et d'allégresse : c'est alors que ma langue et mon cœur pourront à peine suffire pour célébrer les louanges de mon libérateur, et que ma vie ne sera pas assez longue pour publier les merveilles de sa puissance et de sa grâce. Quel bonheur, grand Dieu , pour une âme qui vous aime , de n'avoir plus d'autre occupation dans le secret de votre sanctuaire, que celle des anges qui sont autour de votre trône; et de ne faire plus d'autre usage de sa langue, que de chanter les hymnes et les cantiques que l'Église a consacrés à voire gloire !

♦. 12. Exaudi, Domine, voeem meam, quâ clamavi ad te ; miserere mei, et exaudi me.

♦. 12. Exaucez, Seigneur, la voix par laquelle j'ai crié vers vous; ayez pitié de moi, et exaucez-moi.

Quand pourrai-je , grand Dieu , remplir un devoir si consolant au milieu de vos vierges saintes ? Quand exaucerez-vous enfin la voix de mon cœur, qui ne cesse de crier pour obtenir une faveur si signalée ? Ayez pitié de mes peines, divin Époux : ne différez pas plus longtemps de m'admettre au nombre de ces chastes épouses que vous avez introduites dans la chambre nuptiale. Je sais qu'avant que d'accorder cette faveur, vous exigez de celles que vous en voulez favoriser, des épreuves douloureuses, pour vous assurer de plus en plus de leur fidélité : mais, Seigneur, n'y a-t-il pas assez longtemps que je souffre ? la chair et le sang n'ont-ils pas mis en œuvre assez de pièges et assez de contradictions pour me séduire ? la tendresse naturelle n'a-t-elle pas eu assez d'assauts à soutenir de la part de ceux à qui je dois la vie ? Qu'attendez-vous , grand Dieu? et s'il vous faut encore d'autres preuves de ma fidélité, multipliezles, grand Dieu ; rassemblez les plus dures et les plus rigoureuses : retranchez seulement de la durée ce que vous ajouterez à leur rigueur.

♦. 13. Tibi dixitcor meum; exqnisivil te faciès mea, faciem tuant, Domine, requiram.

♦. 13. Mon cœur vous a dit, mes yeux vous ont cherché : je chercherai , Seigneur, votre visage.

Mon cœur depuis longtemps ne vous tient plus que ce seul langage, divin Époux ; je ne cherche qu'à jouir de votre présence dans le secret de votre tabernacle ; il ne se forme plus de crainte , d'espérance , de joie et de chagrin dans mon cœur, qui ne naisse de ce sentiment ; tout mon cœur n'est plus lui-même que cet unique désir. En vain , Seigneur, vous différez de l'exaucer : vos délais, loin de le ralentir, l'irritent et l'enflamment : plus le jour de mon sacrifice semble s'éloigner, plus je le hâte par mes empressements et mon impatience : plus le monde s'offre à moi avec tout ce qu'il a de plus éclatant et de plus propre à séduire, plus il me paraît vil et haïssable ; et plus, grand Dieu, il me tarde de fermer les yeux à tous ses vains spectacles, pour ne les ouvrir plus qu'aux objets saints qui vont me rappeler incessamment votre présence adorable.

♦. 14. Ne averias faciem tuam à me, ne déclines in ira à servo tuo.

*. 14. Ne détournez point de moi votre face , et ne vous retirez point de votre serviteur dans votre colère.

Ainsi , grand Dieu , ne différez plus ce moment heureux qui doit m'unir à vous pour toujours. Pourquoi détourneriez- vous votre visage, de peur d'être attendri de l'excès de ma peine et de mon impatience ?

PARAPHRASE MORALE

pourquoi vous éloigneriez-vous à mesure que je cours après vous, comme si mes désirs et mes empressements vous importunaient jusqu'à m'attirer les marques les plus affligeantes de votre refroidissement à mon égard?

*. 15. Adjutor meus esio , ne derelinquas me : neque despicias me, Deus salutaris meus.

*. 15. Soyez mon aide, ô Tout-Puissant! ne m'abandonnez point, et ne me méprisez point, ô Dieu mon Sauveur!

Que deviendrais-je , ô mon Dieu ! si au milieu des contradictions que j'ai à essuyer de la part des hommes , vous vous déclariez encore contre moi ; si vous paraissiez vous joindre à eux pour achever de m'accabler?mais vous nous assurez vous-même que votre conseil n'est pas avec les méchants. Venez donc à mon secours, ô protecteur tout-puissant des âmes qui vous cherchent! ne me livrez plus à toute l'amertume des incertitudes et des délais qui m'éloignent depuis si longtemps de votre maison sainte. Si des motifs humains m'y appelaient, vous pourriez, grand Dieu, mépriser mes empressements, et ras" sembler tous les obstacles les plus capables de me fermer l'entrée d'un asile dont j'irais souiller la sainteté par des vues de chair et de sang ; mais vous savez, ô mon Sauveur! qu'en vous cherchant , je ne cherche que mon salut.

*. 16. Quoniam pater meus et mater mea dereliqueruntme : Vominus aulem assumpsit me.

*. 16. Parce que mon père et ma mère m'ont abandonné; mais le Seigneur s'est chargé de moi pour en avoir soin.

C'est même pour vous posséder sans partage , ô mon divin Époux! que j'ai révolté contre moi tout ce que j'avais de plus cher sur la terre : ceux de qui je tiens la vie ne pouvant vaincre l'opposition que je ne cesse de mettre aux vues qu'ils avaient sur moi, ont changé en haine l'excès de leur tendresse; je ne suis plus qu'un objet de rebut à leurs yeux; mon père et ma mère ne me connaissent plus; ils ne retrouvent plus en moi ces traits ineffaçables que le sang et la nature gravent sur les enfants , et montrent sans cesse à ceux à qui ils doivent la naissance. Mais vous êtes , ô mon Dieu ! le père des pupilles ; j'ai plus de droit de réclamer le père que j'ai dans le ciel , depuis que je n'en ai plus sur la terre : mon sort, grand Dieu, n'en est devenu que plus consolant et plus souhaitable. Mes pères selon la chair ne m'aimaient quepour le monde ; vous ne nous aimez, 6 Père céleste! que pour nous unir avec vous dans le ciel : toute leur tendresse ne se bornait qu'à me promettre une fortune périssable; la vôtre me prépare un royaume éternel : ils voulaient me perdre en me ménageant tout ce qui

flatte les passions; et vous voulez me sauver en me montrant un asile où tout les réprime : ils ne cherchaient qu'à satisfaire leur vanité par mon élévation , et ne comptaient pour rien mes propres périls; et vous n'êtes attentif qu'à ma sûreté, et ne comptez pour rien tout ce qui pourrait m'élever ici-bas pour me précipiter dans une mort éternelle.

+. 17. Leqem pone mihi, Domine, in via tuâ : et dirige me in semitam rectam proptcr inimicos mcos.

*. 17. Prescrivez-moi, Seigneur, la loi que je dois suivre dans votre voie ; et daignez , à cause de mes ennemis , me conduire dans le droit sentier.

Ainsi, Seigneur, c'est votre volonté seule que je dois consulter; c'est vous seul , comme mon véritable et unique Père, qui avez droit de m'imposer la loi que je dois suivre : les ordres de mes pères selon la chair ne sont respectables pour moi , qu'autant qu'ils sont conformes aux vôtres ; c'est de vous qu'ils tiennent l'autorité qu'ils ont sur moi ; c'est avec vous et dépendamment de vous qu'ils doivent l'exercer : ils sont déchus de leur puissance, dès qu'ils veulent en faire un usage que vous condamnez, et se soustraire à la vôtre. N'ayez donc point d'égard, ô mon Dieu! aux desseins injustes qu'ils forment sur ma destinée : décidez-en vousmême, ô mon Dieu! entre les mains de qui mon sort sera toujours : continuez à me montrer la route que je dois suivre; ce sera pour moi une loi inviolable à laquelle je serai éternellement soumise. Vous voyez les différents sentiers que les ennemis de mon salut me montrent; ils sont tous semés de fleurs, mais ils conduisent à la mort : soutenez-moi , grand Dieu, dans te choix que j'ai fait du sentier de la justice et de l'innocence que vous m'avez montré; et faites que j'y marche avec toute la fidélité, toute la ferveur, et toute la reconnaissance qu'exige la grâce que vous m'avez faite de m'en inspirer le choix!

t. 18. Ne tradideris me in animas tribulantium me ; quoniam insurrexerunt in me testes iniqui, et mentita est iniquitas sibi.

*. 13. Ne me livrez pas à la volonté de ceux qui m'affligent; parce que des témoins d'iniquité se sont élevés contre moi , et que l'iniquité a menti contre elle-même.

Ne me laissez donc pas plus longtemps, grand Dieu, livrée à la puissance de ceux qui n'usent de leur autorité sur moi, que pour m'affliger en supposant à une résolution sainte. Lassés de faire des efforts inutiles pour m'en détourner, ils ont cru que les apparences de la piété réussiraient mieux à me séduire; ils ont cherché parmi vos ministres même des hommes qui n'ont pas rougi de prêter leur ministère à la chair et au sang, qui sont venus, comme s'ils étaient envoyés de votre part, pour

DU PSAUME XXVlf.

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m'annoneer que résister à ceux qui m'ont donné la vie, c'était résister à vous-même. Ils se sont élevés contre moi , comme si je sortais de l'ordre de votre providence, en sortant d'un lieu de perdition et de scandale; ils se sont rendus caution que vous n'exigiez pas de moi le sacrifice que je désire de vous offrir; ils ont confirmé par leur suffrage inique l'accusation de légèreté et d'imprudence dont on taxe la démarche que je vais faire ; ils se sont joints à mes proches pour m'ébranler, eux de qui je devais attendre du secours et de la consolation dans les troubles qu'on me suscite. Mais enfin l'iniquité s'est confondue elle-même : vaincus par la fermeté que votre grâce m'inspire, 6 mon Dieu! l'esprit de mensonge a été forcé de céder à l'esprit de vérité ; ils ont enfin rendu témoignage eux-mêmes à la voix du ciel qui se fait entendre dans mon cœur, et ont été obligés malgré eux d'avouer qu'il y avait quelque chose de divin dans une résolution si persévérante , et si peu conforme aux sentiments de la faiblesse humaine.

t.. 19. Credo videre bona Domini in terra vivcntium.

*. 19. Je crois fermement voir un jour les biens du Seigneur dans la terre des vivants.

Oui, grand Dieu, victorieuse jusques ici parle secours de votre bras, de tant de pièges et de combats, je ne puis me persuader que vous ne couronniez pas enfin vos propres dons ; toute défiance est désormais bannie de mon cœur; le temps de ma délivrance approche; vous avez assez, grand Dieu, éprouvé la faiblesse de votre créature; je ne doute plus que je n'aie bientôt la consolation de voir les biens et les richesses ineffables que vous versez sur cet asile saint, sur cette terre des vivants , où vous m'appelez, et où tant d'âmes innocentes jouissent des douceurs secrètes de la grâce dont vous ne cessez de les combler. La terre que j'habite encore malgré moi, est une terre de mort et de perdition; les hommes qui l'habitent, sont des cadavres vivants, en qui la vie de la foi et de la grâce est éteinte , qui n'exhalent plus à vos yeux que la puanteur et l'infection , et dont le commerce et le souffle seul est contagieux à ceux qui vivent au milieu d'eux ? l'air qu'on y respire est empesté; et il n'est qu'un miracle de votre toute-puissance qui puisse sauver une âme de cette contagion générale. Mais la terre sainte où tout me presse d'entrer, mais la retraite religieuse où je veux finir les jours de mon pèlerinage, est une terre de vie et de salut; elle est l'image de cette terre des vivants, de cette cité céleste où tous les cœurs sont réunis pour n'aimer que vous seul; où il n'y a plus ni deuil, ni tristesse, ni travail., ni danger: où vous

êtes le seul bien qu'on désire et qu'on possède, 1* seule vérité que l'on connaît et que l'on aime; le seul bonheur qui nous attend , et que rien ne pourra plus nous ravir.

+. 20. Expecta Dominum, viril iter âge; confortât ur cor tuum, et sustine Dominum.

*". 20. Attendez le Seigneur, agissez avec courage; que votre cœur prenne une nouvelle force , et soyez ferme dans l'attente du Seigneur.

Ainsi, ô mon âme, dépouillez-vous de toutes vos craintes et de toutes vos inquiétudes passées; que la paix et la sérénité succèdent aux troubles et aux orages dont vous avez été jusques ici agitée : laissez élever les flots de cette mer irritée, qui semblent devoir nous engloutir; ils ne viendront que jusques au terme immuable que votre Époux leur a marqué , et vous les verrez se briser à vos pieds. Attendez avec joie et avec confiance le moment du Seigneur; donnez-lui tous les jours de nouvelles preuves de votre persévérance et de votre courage; que votre cœur trouve de nouvelles forces dans les contradictions mêmes qu'on lui suscite pour l'affaiblir; soutenez encore un peu ce temps d'épreuve et de tribulation, que le Seigneur a marqué pour purifier sa victime, et la rendre plus digne de lui : attendez-le encore un moment; le voilà qui arrive la courronne dans la main, pour vous ouvrir les portes du lieu saint, vous introduire au milieu de ses épouses, et vous mettre. sur la tête la couronne de la sainte virginité qui va vous consacrer tout entière à lui, et du martyre, pour vous récompenser de la victoire que vous avez remportée au milieu de tant d'attaques dangereuses, que le monde et l'enfer n'ont cessé de vous livrer pour vous forcer de renoncer à votre Époux céleste.

DU PSAUME XXVII

Prière d'une âme fidèle au milieu du monde, qui gémit devant Dieu sur les dérisions impies que ceux avec qui elle est obligée de vivre , font sans cesse de sa piété; et qui demande le secours d'en haut, pour demeurer ferme au milieu de toutes les tentations et les contradictions dont elle est environnée.

*. I. Ad te Domine , clamabo ; Dons meus, ne sileas à me : nequando taceas à me, et assimilabor dcscendentibus in lacum.

ir. i. Je crierai vers vous; ne gardez pas le silence à mon égard , ô mon Dieu ! de peur que si vous refusez de me répondre , je ne devienne semblable à ceux qui descendent dans la fosse.

Vous voyez, grand Dieu, la triste situation où

PARAPHRASE MORALE

je me trouve; je ne connais de grand et de souhaitable sur la terre , que le bonheur de vous servir; et cependant le malheur de ma destinée et les devoirs de mon état m'attachent à un certain nombre de personnes , qui ne connaissent la piété que comme digne de leurs dérisions et de leurs censures ; je les entends tous les jours avec une secrète horreur blasphémer les dons ineffables de votre grâce, et traiter de faiblesse , d'imbécillité et de travers d'esprit , la ferveur et la fidélité de vos serviteurs. Vous ne sauriez répandre comme autrefois les dons de votre grâce et de votre esprit sur vos disciples , que le monde ne les regarde comme des hommes d'une raison peu saine : la conversion des pécheurs, ces miracles de votre miséricorde envers les hommes, si capables de les rappeler à vous, leur fournissent eux-mêmes de nouveaux blasphèmes contre votre saint nom; et le spectacle d'une piété sincère , seul digne ici-bas d'admiration, devient le seul objet de leur mépris et de leur risée. Témoin tous les jours d'un égarement si déplorable, et exposé sanscesse moi-même à ces discoursde blasphème et d'impiété, toute ma consolation, ô mon Dieu ! est de m'adresser à vous, et de faire monter jusques au pied de votre trône les cris de ma douleur. Quoique ces dérisions sacrilèges ne fassent sur moi que des impressions d'horreur et de piété, je crains qu'en" On elles ne m'affaiblissent, et ne m'engagent à des ménagements , àdes dissimulations indignes de votre gloire, et de la reconnaissance que je dois à vos miséricordes infinies : je crains qu'insensiblement je ne sois assez lâche pour rougir de votre nom ; pour me refuser aux impulsions de votre grâce , dans les occasions où il faut rendre un témoignage éclatant à la majesté de la foi contre les dérisions qui la déshonorent : je crains qu'une timidité criminelle ne me déguise sous le nom de la prudence , un silence et une circonspection de respect humain. L'amourpropre, qui cherche toujours à éloigner ce qui le blesse , ne nous persuade que trop qu'il faut ménager les préjugés de ceux avec qui l'ona à vivre ; qu'on rend la piété odieuse à force de n'en vouloir rien relâcher devant ceux qui ne la goûtent pas; et que c'est lui attirer de nouveaux outrages, que d'en vouloir faire à contre-temps une profession publique. Je sens, grand Dieu , que ce poison s'insinue peu à peu dans mon cœur : je ne voudrais pas que ma conduite ressemblât à celle des pécheurs auxquels les devoirs de mon état me lient; mais je ne voudrais pas aussi qu'elle leur déplût : je serais fâché de les imiter; mais je le suis aussi de les soulever contre moi : je me dis bien à moi-même, qu'il est impossible de vous servir et de plaire au monde corrompu ;

mais cette vérité s'éclipse dans les occasions; et tout ce qui m'en reste, sert moins à me soutenir, qu'à me rendre plus inexcusable. Grand Dieu , quelle ressource peut-il me rester dans la vicissitude de ces pensées qui m'agitent, que d'implorer votre secours? affermissez-moi , Seigneur, contre ces égards humains auxquels on ne se livre jamais qu'aux dépens de votre gloire, et de la fidélité qui vous est due : faites entendre à mon cœur cette voix de force et de courage, qui rendit autrefois vos disciples supérieurs , non-seulement aux censures et aux dérisions du monde, mais encore à toute la barbarie des tyrans. Si vous me laissez à moi-même , ô mon Dieu ! si la voix de votre grâce ne se fait pas entendre au dedans de moi, et que son cri puissant ne ranime pas ma faible timidité, je sens que je n'ai plus qu'un pas à faire pour tomber dans le découragement; je me vois à tout moment sur le bord du précipice, et prêt à devenir semblable, par une criminelle complaisance, à ceux qui voudraient m'y entraîner avec eux.

v. 2. Exaudi, Domine , vocem deprecationis meas; dùm oro ad te, dùm extollo manus meas ad templum sanctum luum.

*. 2. Exaucez, Seigneur, la voix de mon humble supplication ; lorsque je vous prie, et que je lève mes mains vers votre saint temple.

La prière, ô mon Dieu, est la seule ressource de ceux qu'un danger évident menace ; et vous venez toujours au secours de ceux qui vous réclament : faites-moi sentir de plus en plus, ô mon Dieu ! la folie et le déplorable égarement des jugements du monde. Comment pourrais-je me laisser ébranler par des discours que l'ivresse seule des passions, et le renversement total de la raison , font retentir sans cesse à mes oreilles? les railleries d'un frénétique ou d'un insensé me paraîtraient-elles assez sérieuses pour décider de ma conduite ? et que sont les hommes, ô mon Dieu ! qui préfèrent un instant de vie sensuelle à vos éternelles promesses, que des insensés, dont le délire devrait nous faire horreur , si leur malheur n'était encore plus digne de nos larmes? Nourrissez ma foi , grand Dieu, de ces vérités immuables; c'est ce que je ne cesserai de vous demander : ce sont là les vœux que mes mains levées vers ce temple éternel , où vos oreilles sont toujours ouvertes à nos supplications, ne cesseront de porter au pied de votre trône.

*. 3 Ne simul trahas mecum peccatoribus ; et cum operantibus iniquitatem ne perdas me.

*. 3. Ne m'entraînez pas avec les pécheurs; et ne me perdez pas avec ceux qui commettent l'iniquité.

Ne permettez pas , grand Dieu , que l'exemple de

DU PSAUME XXVII

ces hommes insensés, qui se font une gloire de se livrer au crime et de mépriser la vertu , m'affaiblisse enfin , ou m'entraîne par une funeste complaisance dans le malheur de vous déplaire et de vous perdre. Vous m'avez rappelé par une miséricorde singulière des voies de la perdition ; vous m'avez arraché de ces sociétés de plaisir et de débauche, où je courais avec tant d'insensibilité à ma perte éternelle : si les devoirs de mon état me lient encore à ces hommes corrompus , mon cœur, mes inclinations, mes sentiments, mes nouvelles lumières m'en séparent : que rien ne soit plus capable , ô mon Dieu ! de m'en rapprocher ! ma perte serait encore plus assurée que la leur, si après les grâces dont vous m'avez favorisé, je rentrais dans leurs voies , et j'attirais sur moi l'abandon et les jugements terribles que vous exercez sur les âmes inconstantes. Vous avez eu pitié de mes premiers égarements , où l'âge , les passions et une profonde ignorance de vos vérités saintes m'avaient précipité : mais dois-je me flatter que vous en auriez encore de mes nouvelles chutes, que mes lumières et vos bienfaits rendraient désormais indignes de tout pardon ?

*. 4. Qui loquuntur pacem cum proximo suo , mala autem in cordibus eorum.

*. 4. Qui parlent de paix avec leur prochain, et qui dans leur cœur ne pensent qu'à faire du mal.

En vain, ô mon Dieu! ces hommes livrés à leurs passions s'efforcent de m'attirer par les vaines apparences de la douceur et de l'amitié; en vain leur langage à mon égard , n'est qu'un langage de paix , de cordialité et de tendresse; ils ont beau se plaindre que la dissemblance seule de ma conduite paraît altérer l'union qui doit être entre nous ; et qu'ils m'aiment trop, pour ne pas souhaiter que je ne fasse point bande à part et que je rentre dans leur société : cette douceur apparente ne cache que les desseins les plus criminels ; ils ne cherchent , avec ces discours emmiellés, qu'à me souffler le venin dont leur cœur est depuis longtemps infecté.

*. 5. Va 'Mis secundùm opéra eorum: et secundùm nequiliam adinventionum ipsorum.

*. 5. Rendez-leur selon leurs œuvres, et selon la malignité de leurs desseins.

Peu contents de vous outrager, ô mon Dieu ! ils ne paraissent occupés qu'à se faire des complices à leurs crimes : votre miséricorde, grand Dieu! peut trouver dans les faiblesses d'un pécheur et dans le malheur des occasions qui l'entraînent, des motifs pour être touché de ses égarements , et lui en inspirer un repentir salutaire; mais pour les hommes dévoués au crime, qui voudraient en infecter tous

ceux qui les approchent, et éteindre, s'ils le pouvaient, toute vertu sur la terre; mais pour ces apologistes du dérèglement et de la licence, qui vous déclarent une guerre ouverte, et qui s'applaudissent commed'une victoirehonorable, quand ils ontréussi à séduire une âme innocente : Dieu juste, Dieu vengeur, vous leur rendrez selon leurs œuvres. Oui , grand Dieu, vous , qui dès le commencement n'êtes occupé qu'à sauver les hommes, vous frapperez d'une malédiction éternelle ces enfants d'iniquité qui ne paraissaient nés que pour les perdre; et votre bonté même pour les hommes sollicitera vos foudres et votre, indignation contre ces corrupteurs de la société : plus vous avez fait pour nous; plus votre justice déploiera toute sa sévérité contre ces impies, qui ne s'étudient qu'à rendre inutiles toutes les démarches de votre bonté envers les hommes.

*. C. Secundùm opéra mairuum eorum tribue illis : relributionetn eorum ipsis.

reddc

t. 6. Traitez-les selon que les œuvres de leurs mains le méritent; et donnez-leur la récompense qui leur est due.

Ils mettent tout en œuvre pour éloigner les hommes de votre culte, ô mon Dieu! railleries, discours impies , ostentation de licence et de débauche , mépris public de la vertu : la corruption de tous ceux qui les approchent, est l'ouvrage funeste et infaillible de leurs mains : vous prendrez à leur égard, ô mon Dieu, les mêmes sentiments qu'ils ont eus pour leurs frères ;vous ne serez occupé qu'à les éloigner de vous pour toujours. Ils ont regardé comme un gain affreux pour eux de vous faire des ennemis; ils auront la consolation désespérante de l'être eux-mêmes dans toute l'éternité : c'est la funeste récompense qui les attend ; et quelle plus juste punition pour des impies qui auraient voulu révolter tous les cœurs contre votre majesté adorable , que de les mettre eux-mêmes dans l'éternelle et l'affreuse nécessité de vous haïr?

*. 7. Quoniam non intellexerunl opéra Domini, et in opéra manuum ejus deslrues illos, et non tedijicabis eos.

t. 7. Parce qu'ils ne sont point entres dans l'intelligence des ouvrages du Seigneur, et des œuvres de ses mains, vous les détruirez et ne les rétablirez pas.

Aveuglés par les passions auxquelles ils se livrent sans mesure; la sagesse admirable de vos ouvrages dans l'univers , et les prodiges que vous avez opères dans tous les temps pour le salut des hommes leur sont, ô mon Dieu! absolument inconnus. L'Etre suprême et invisible qui règle tout ici-bas, qui, par des voies adorables , dispose de tous les événements, et fait servir à ses desseins éternels de miséricorde les passions et les vices mêmes des méchants, est

PARAPHRASE MORALE

pour eux comme s'il n'était pas. En vain, ô mon Dieu , votre puissance, votre justice, et votre sagesse infinicéclate tous les jours ici-bas dans les diverses révolutions qui agitent la terre : ils ferment les yeux pour ne pas la voir; ils vivent comme s'ils n'étaient faits que pour un monde auquel ils ne tiennent que pour un instant, et que tout dût finir avec eux; ils attribuent au concours aveugle et fortuit des parties d'une matière informe, l'arrangement admirable de l'univers, et les effets les plus surprenants de votre toute -puissance : hommes abrutis et corrompus dans l'esprit et dans le cœur, ils font honneur à des êtres grossiers et inanimés, aux mouvements d'une vile matière agitée; ils lui font honneur d'un ordre, d'une harmonie admirable, d'une vicissitude constante et toujours égale de productions, dont ils n'oseraient faire honneur aux lumières des créatures les plus intelligentes. Vous rappelez tous les jours, ô mon Dieu! des pécheurs que l'âge, les passions, la fragilité inséparable de notre corruption , avaient éloignés de vous; vous réparez en eux ce que le dérèglement avait altéré ou corrompu ; vous y rétablissez tous les dons et tous les avantages qu'ils avaient perdus parleur révolte criminelle; vous y créez de nouveau cet homme céleste, cette vie de la grâce éteinte depuis longtemps dans leur cœur : cette régénération, ce renouvellement, le fruit de leurs larmes et de vos miséricordes, les élève souvent à un état plus sublime, que ne l'était celui dont ils étaient déchus par leur infidélité. Mais pour ces hommes impies , qui, en se livrant à la plus infâme débauche , se font une gloire affreuse de vous insulter ; qui ne trouvent dans le crime rien de plus agréable que le plaisir impie de vous outrager; qui, peu contents de blasphémer votre majesté adorable, necherchent qu'à vous enlever vos adorateurs , qu'à corrompre et à infecter de leur impiété tout ce qui les approche, et voudraient, s'il était possible, anéantir votre être éternel , et votre nom dans l'esprit de tous les hommes : votre justice , grand Dieu , et votre gloire demandent une vengeance éclatante contre ces monstres , dont la nature seule a horreur. Après les avoir livrés à tout ce que les passions ont de plus honteux ; après avoir permis que tout ce qui était en eux l'ouvrage de votre grâce , fut détruit ; que la justice , la foi, les premiers principes même de la probité, de l'humanité, y fussent renversés : vous les laisserez jusques à la fin dans cet état affreux ; ils ne se relèveront jamais de cette destruction totale de tout bien où ils sont ensevelis; ils demeureront écrasés sous ces tristes ruines : vous n'y retrouverez plus rien sur quoi vous puissiez y réédifier un nouvel édifice; plus de germe que vous puissiez ranimer dans votre

esprit, et qui soit capable de vivifier tout le reste. Vous devez à l'univers ces terribles exemples , ô mon Dieu! ils mourront détestés des hommes qu'ils avaient scandalisés, et abandonnés du Dieu qu'ils avaient publiquement rejeté; ils mourront la honte de l'humanité, l'opprobre de la religion, l'anathème du ciel et de la terre; et si leur nom subsiste après leur mort, ce ne sera que pour salir nos histoires, et être un monument perpétuel de votre justice sur les impies.

*. 8. Benedictus Dominas : quoniam exaudivit vocem deprecationis meœ.

*. 8. Que le Seigneur soit béni , parce qu'il a exaucé la voix de mon humble supplication.

Pourrais-je assez, ô mon Dieu! bénir votre saint nom ! Quelle abondance de miséricordes ne répandez-vous pas tous les jours sur votre faible créature ! après m'avoir retiré du fond de l'abîme, et du gouffre de dissolution où le premier âge m'avait précipité, vous m'armez encore contre ma propre faiblesse et contre les séductions qui m'environnent; vous ôtez aux discours du libertinage et de l'impiété, qui retentissent sans cesse à mes oreilles , tout ce qu'ils pourraient avoir de spécieux et de frappant, ou pour m'affaiblir ou pour me corrompre; vous m'en faites sentir toute l'extravaganceet toute l'horreur. Je vous réclame au milieu de mes peines et des périls qui m'entourent, et vous venez à mon secours; et je me sens rempli d'une nouvelle force, et tous les brouillards se dissipent; et la lumière de votre vérité me rend la paix et le courage, que mille nuages assemblés autour de mon cœur m'avaient êtes.

+. 9 et 10. Domiuus adjiitor meus et protector meus : in ipso speravit cor meum, et adjutus sum ; et rejloruit caro mea, et ex voluntate mèâ confilebor ei .

t. 9 et 10. Le Seigneur est mon asile et mon protecteur; mon coeur a mis en lui son espérance, et j'ai été secouru : ma chair a pris une nouvelle vigueur, et j'en rendrai grâces à mon Dieu du fond du cœur.

Oui , grand Dieu , ce n'est pas vous qui manquez à nos besoins ; ce sont nos infidélités , et notre peu de confiance, qui vous obligent de suspendre vos secours : vous n'êtes l'auteur et le père des créatures formées à votre image que pour en être l'asile et le protecteur : vous ne nous avez tirés du néant et envoyé votre Fils unique pour nous relever de nos chutes, que pour nous conduire, et nous aider à parvenir à la fin que vos desseins éternels nous ont préparée ; vous prévoyiez le malheur de notre nature déchue de son excellence, un moment après qu'elle fut sortie de vos mains; et malgré sa dépravation, que vous voyiez devoir succéder à l'instant aux bienfaits dont vous l'aviez comblée en la créant , vous lui

DU PSAUME XXVIII

prépariez un remède , un réparateur qui devait l'élever encore à un état plus sublime que n'était celui dont elle allait déchoir. Dans ces vérités consolantes, quelle source inépuisable de confiance pour vos créatures! aussi l'espérance en vos miséricordes infinies est le bouclier le plus ferme que mon cœur oppose à tous les assauts de l'ennemi; je me sens plus fort à mesure que mon espérance augmente; le poids de la chair se fait moins sentir; ses révoltes contre l'esprit sont moins vives et moins fréquentes ; il semble qu'elle commence à jouir de ce renouvellement dont elle ne sera revêtue qu'au jour de sa résurrection. Mais ce calme n'endort pas ma vigilance : je sais trop, ô mon Dieu! qu'il ne nous est pas promis pour longtemps ici-bas; et tout l'usage que j'en fais pour les moments heureux que je le goûte , c'est de recueillir toutes les puissances de mon âme pour vous louer, et célébrer les merveilles de votre bonté et de votre puissance.

*. il. Dominus fortitudo plebissuœ, et protector salvationum Christi sui est.

*. il. Le Seigneur est la force de son peuple, et le protecteur qui sauve son oint et son Christ en tant de rencontres.

Oui, grand Dieu, tout ce qui est en nous, n'est que faiblesse; vous seul êtes la force des âmes qui vous servent, de ce peuple choisi qui vous bénira éternellement : nous n'avons de nous-mêmes que cette pente malheureuse qui nous éloigne sans cesse de l'ordre de la justice; voilà tout ce que vous trouvez en nous : si vous vous retirez un moment, si vous nous laissez entre les mains de notre infirmité, chaque pas devient une chute : ce ne serait rien de nous retirer du désordre, et de répandre sur nos oints l'abondance de vos grâces; il faut que vous soyez le protecteur continuel de votre ouvrage, du salut que vous avez opéré dans nos cœurs. Mais cette dépendance de tous les moments , loin de nous être à charge, fait toute notre consolation, comme notre sûreté. Qu'il est doux, grand Dieu, de vivre toujours sous votre main , de ne pouvoir agir et nous mouvoir que sous les regards et par les soins de votre bonté paternelle! que ce joug est doux et léger! et de quel supplice plus affreux pouvez-vous punir les pécheurs, que de les livrer à eux-mêmes, à leurs passions, à leurs remords, à leurs agitations secrètes, aux terreurs de leur propre conscience? c'est le malheur dont vous leur faites sentir ici-bas les tristes commencements, et qui sera fixé et consommé dans l'éternité, s'ils persévèrent jusqu'à la fin dans leur endurcissement.

t. 12. Salvumfuc populum tuum , Domine, et benedic hercditali tuœ; et rcrje eos, et cxtolle itlos usquè in œternum.

*. 12. Seigneur, sauvez votre peuple, et bénissez votre héritage; soyez leur pasteur, et soutenez-les jusque dans l'éternité.

O Dieu ! continuez donc à sauver le peuple que vous avez choisi ; ne cessez pas un moment de répandre sur lui les secours et les bénédictions de votre grâce; défendez votre héritage, ne le laissez pas un moment exposé tout seul à l'ennemi qui veille pour vous l'enlever : c'est le sang de votre Fils qui vous l'a acquis; qu'un prix si estimable vous le rende encore plus cher : purifiez-le de plus en plus, enrichissez-le tous les jours de nouveaux dons de votre esprit, afin que vous le trouviez digne de devenir le royaume glorieux et éternel que vous avez préparé à votre Fils.

PSAUME XXVIII

Jetions de grâces que rend un pécheur jusque-là endurci au Seigneur, qui lui a fait entendre sa voix puissante , et l'a retiré miraculeusement de ses désordres.

V. I. AJJerte Domino , filii Dei ; offerte Domino filios arie~ tu/m.

t. I. Apportez au Seigneur vos offrandes , enfants de Dieu : apportez au Seigneur les petits des béliers.

Ames justes, enfants de Dieu, vous qui avez le bonheur de servir un si bon maître, unissez-vous à moi; unissez vos actions de grâces aux miennes; offrez-lui, non le sang des victimes, mais vos louanges pures et vos hommages fervents : suppléez par la grandeur et la vivacité de votre reconnaissance, ce qui manque à celle dont mon cœur est pénétré; venez au secours de mon insuffisance, et aidez-moi à témoigner au père miséricordieux, qui a rappelé son enfant depuis si longtemps rebelle, toute la douleur et toute la gratitude que m'inspirent en ce moment mes crimes et ses bienfaits.

t. 2. offerte Domino gloriam et honorem, offerte Domino gloriam nomini ejus; adorate Dominum in atrio sanclo ejus.

*. 2. Rendez au Seigneur la gloire et l'honneur qui lui sont dus ; rendez au Seigneur la gloire que vous devez à son nom ; adorez le Seigneur à l'entrée de son tabernacle.

Rendez au Seigneur l'honneur et la gloire qui est due à lui seul, pour le changement admirable qu'il a opéré dans mon cœur; il n'a trouvé dans mon fonds qu'un endurcissement impie et des désordres invétérés; c'est dans eet état où tout paraissait en moi sans ressource, qu'il m'a changé en un homme nouveau , pour faire éclater avec plus de magnificence la gloire de son nom et la puissance de sa grâce; à lui seul il appartient d'opérer de semblables prodiges;

PARAPHRASE MORALE

les impies qui refusent de le reconnaître dans la structure de l'univers , et dans tous les autres ouvrages de ses mains, devraient du moins sentir ici le doigt de Dieu. Oui , grand Dieu , le néant ne sait pas vous résister ; il entend votre voix : mais un cœur endurci vous résiste ; et votre voix puissante l'appelle souvent en vain : vous n'êtes pas si grand et si admirable, lorsque vous commandez au néant, et que vous en faites sortir la terre et les cieux, que lorsque vous ordonnez à un cœur rebelle de sortir de l'abîme, de rentrer dans vos voies, et que vous créez en lui un cœur nouveau : ce chaos de crimes et de ténèbres que vous débrouillez par la force de votre parole, sur lequel vous répandez la lumière, et votre Esprit saint qui y rétablit l'ordre de l'harmonie, annonce bien plus aux hommes votre toute-puissance, que l'ordre magnifique et lumineux de l'univers que vous fîtes sortir des ténèbres du premier chaos. A la vue d'un spectacle si nouveau, vous qui doutez s'il y a au-dessus de nous un Être suprême dont la sagesse et la puissance font mouvoir tout ce vaste univers; allez dans son temple saint , vous anéantir devant la terreur de sa majesté : mettez au pied de ses autels vos doutes insensés, ces fruits impies, non de vos réflexions, mais de vos crimes; et confessez que votre incrédulité est plutôt un désir affreux qu'il n'y ait point de Dieu , et de juste juge de vos désordres, qu'un doute réel et sérieux, s'il existe.

*. 3. Fox Domini super tiquas ; Dcus majeslalis intonuit : Dominus super aquas militas.

t. 3. La voix du Seigneur a retenti sur les eaux; le Dieu de majesté a tonné : le Seigneur s'est fait entendre sur une grande abondance d'eaux.

Oui , grand Dieu, ces torrents de larmes qui coulent de mes yeux, annoncent votre présence divine dans mon âme : mon cœur auparavant si sec , si aride, si dur; ce rocher que vous avez frappé comme autrefois, et dont vous venez défaire sortir des eaux si salutaires et si abondantes, ne vous résiste plus : j'entends cette voix puissante qui ébranle les montagnes, cette voix qui tonne, qui frappe, qui éclaire, et qui ouvre les cieux sur un pécheur; qui commande aux nuées de verser sur lui leurs eaux bienfaisantes, et qui change le désert aride de son âme en une terre qui produit au centuple.

t. 4. Fox Domini in virtute , vox Domini in magniflcentiâ.

3.4. La voix du Seigneur est accompagnée de force, la voix du Seigneur est pleine de magnificence et d'éclat

C'est cette voix , ô mon Dieu! qui dit, et tout est fait; qui commande, et tout obéit ; elle dont la force, l'éclat et la magnificence remplissent tout l'univers,

et pénètrent les abîmes; c'est elle seule qui a pu se faire entendre au fond de mon cœur. En vain les ministres envoyés de votre part m'avaient fait souvent entendre leur voix, en m'annonçant vos volontés saintes , et les malheurs que je me préparais par mes crimes : cette voix frappait mes oreilles, et n'allait pas jusqu'à mon cœur; j'écoutais les vérités les plus terribles avec une insensibilité accompagnée d'un mépris impie; mon orgueil ne trouvait que de la faiblesse, et de la petitesse d'esprit , dans le zèle respectable de ceux qui voulaient me retirer de mes voies égarées : je me faisais une supériorité de raison de l'excès même des désordres qui la dégradaient.

*. 5. Fox Domini confringenlis cedros, et confringet Dominus cedros Libani.

*. 5. C'est la voix du Seigneur qui brise les cèdres ; car le Seigneur brisera les cèdres du Liban.

Mais votre voix , ô mon Dieu ! cette voix qui abat toute hauteur qui veut s'élever contre votre doctrine sainte; cette voix qui renverse les cèdres du Liban , et ces cœurs orgueilleux qui veulent porter jusqu'au-dessus des nuées et dans le secret des cieux, leur raison superbe et leurs vaines réflexions : cette voix a terrassé mon orgueil et humilié ma faible raison , m'en a fait sentir la folie et l'insuffisance , et ne m'a laissé que la honte d'avoir été assez téméraire pour prétendre approfondir vos conseils incompréhensibles, et les mystèresles plus relevés de la foi; moi qui ne me connaissais pas moi-même, ni les effets les plus communs et les plus journaliers de la nature.

t. 6. Et comminuet eas tanquàm vitulum Libani, et dilcctus quemadmodùm Jilius iinicorniitm.

ir. 6. Il les brisera et les mettra en pièces aussi facilement que si c'étaient de jeunes taureaux du Liban , ou les petits des licornes cbéris de leurs mères.

Aussi, grand Dieu, abattu devant votre majesté redoutable, loin de porter des regards curieux jusque dans les ténèbres respectables qui environnent votre trône, je me suis trouvé devant vous comme une bête sans raison, m'étant livré comme elle à toute la bassesse de mes penchants; n'ayant jamais fait aucun usage des facultés spirituelles dont vous aviez embelli mon âme; n'ayant vécu que pour mon corps, comme si le corps avait été tout mon être; et ne me restant plus rien qui ne me confondit avec les bêtes , que le crime d'avoir avili et abruti tout ce qui devait me distinguer d'elles.

t. 7. Fox Domini intercidentis Jlamman ignis; vox Domini concutientis désertion : et commovcbit Dominus desertum Cades.

DU PSAUME XXVIII

♦ . 7. Cest la voix du Seigneur qui divise les flammes et les feux qui sortent des nuées; c'est la voix du Seigneur qui ébranle le désert : il fera trembler Je désert de Cadès.

Oui , grand Dieu, c'est votre voix seule qui a pu percer l'abîme où mes désordres m'avaient précipité, et lancer dans mon cœur les premières étincelles de ce feu divin qui l'a purifié de ses souillures; c'est cette voix seule qui m'est venue chercher, et abattre à vos pieds dans le désert affreux où, comme un autre prodigue , je vivais éloigné de vous. J'avais eu beau vous fuir, et chercher un asile contre mes remords dans des lieux où rien ne semblait pouvoir plus me rappeler à vous : éloigné de tous les secours de la religion, de toutes les sources d'où coulent sur nous les eaux de la grâce, de tous les témoins qui auraient pu gêner mes passions; c'est là, grand Dieu, où je croyais avoir trouvé un asile inaccessible à vos miséricordes éternelles, et où je comptais jouir tranquillement de mes crimes; c'est là où votre voix m'est venue frapper, et abattre à vos pieds! Les prodiges que votre voix opère tous les jours dans la nature en ouvrant les nuées , et répandant les eaux du ciel sur les terres les plus arides; en faisant briller les éclairs , et ébranlant les montagnes et les déserts les plus reculés par l'éclat de votre tonnerre; en rendant tout à coup fécondes les terres qu'une sécheresse affreuse et une longue stérilité avaient changées en de tristes solitudes : voilà, grand Dieu, les merveilles que vous avez opérées dans mon cœur.

+. 8. Fox Domini prœparantis cervos , et revelabit condensa ; et in templo ejus omnes dicent gloriam.

*. 8. C'est la voix du Seigneur qui prépare les cerfs , et découvre les lieux sombres et épais ; et dans sou temple tous publieront sa gloire.

Frappé de l'énormité de mes désordres, une honte criminelle me retenait encore; je frémissais dans la seule pensée d'aller révéler à vos ministres Hps infamies dont je n'avais pas craint, ô mon Dieu! de me souiller à vos yeux : pécheur sans pudeur et sans retenue aucune, je me trouvais un pénitent timide et craintif; j'avais fait ostentation de mes crimes, et je rougissais d'avoir des témoins de mon repentir! Mais votre voix, Seigneur, cette voix qui tonne dans les airs , qui fait sortir du fond des forêts les animaux les plus timides, qui les force d'abandonner les lieux les plus sombres et les bois les plus épais, de se manifester dans les plaines ; cette voix a été plus forte que ma honteuse timidité; elle m'a fait sortir de ces ténèbres où mon cœur voulait se cacher ; elle a découvert ces réduits obscurs et inaccessibles où je m'étais renfermée avec mes crimes ; je n'ai plus craint le grand jour ; je n'ai plus

rougi que de vous avoir été si longtemps infidèle ; j'aurais souhaité que tous ceux qui avaient été témoins de mes crimes , le lussent de mon repentir et de vos miséricordes sur mon âme , et ne pouvant suffire seul à toutes les actions de grâces qu'exigeait la grandeur de votre bienfait , j'aurais voulu , ô mon Dieu! que tous les hommes eussent pu courir avec moi dans votre temple saint et au pied de vos autels , pour y célébrer la gloire de votre nom et chanter les louanges de votre grâce.

*. 9. Dominus diluvium inhahitarefacit ; et sedebit Dominus Rex in cctermim.

t. 9. Le Seigneur répand un déluge d'eaux sur la terre; le Seigneur sera assis comme le Roi souverain dans toute l'éternité.

Ces larmes abondantes, grand Dieu, que vous avez fait sortir de la dureté de mon cœur, ne tariront plus. Le déluge dont vous inondâtes autrefois la terre, fut un miracle passager que votre justice opéra pour punir les crimes des hommes; mais les eaux salutaires de la pénitence que vous avez fait fondre dans mon cœur, couleront toujours de mes yeux, et effaceront les souillures dont j'étais couvert : ce ne sera pas ici un prodige passager; ma pénitence égalera la durée de mes jours. Vous n'avez pas touché mon cœur, ô mon Dieu ! pour l'abandonner un moment après, et ne lui laisser que le crime d'avoir abusé de vos saintes impulsions : vous y établirez pour toujours votre demeure; vous y régnerez éternellement comme un souverain, et rien ne pourra plus vous disputer la possession d'une conquête qui vous appartient par tant de titres.

*. 10. Dominus virtulem populo suo dabil, Dominus betiedicet populo suo in pace.

t. lo. Le Seigneur donnera la force à son peuple, le Seigneur bénira son peuple en le comblant d'une paix parfaite.

Multipliez, grand Dieu, ces prodiges de pénitence parmi votre peuple; répandez-y sur les pécheurs ces bénédictions efficaces , qui les changent en de nouveaux hommes : étendez au milieu d'une nation que le sang de votre Fils vous a acquise, l'empire de votre grâce ; soutenez-y la faiblesse de ces âmes criminelles qui font des efforts pour retourner à vous , mais que le poids de leurs passions rentraîne toujours dans le désordre. Vous avez rendu autrefois votre peuple vainqueur de toutes les nations chananéennes qui avaient conjuré sa ruine : les ennemis qui l'attaquent aujourd'hui, sont d'autant plus à craindre, qu'ils sont plus invisibles; le luxe, la volupté, l'ambition, la haine, l'impiété ont succédé aux Philistins et aux Moabites. Revêtez-nous, grand Dieu, de cette force à

laquelle rien ne résiste; pour nous défendre de ces ennemis qui ravagent tous les jours votre héritage, et qui en défigurent toute la beauté : rétablissez parmi nous cette paix sainte que votre Fils nous a laissée, et au milieu de laquelle vous vous plaisez si fort d'habiter. Faites, grand Dieu, que nous ayons la paix avec nous-mêmes, et nous l'aurons bientôt avec tous les hommes : détruisez les passions qui sont l'unique source des guerres et des crimes : bénissez un royaume que le sang de tant de martyrs a consacré, et que la foi non interrompue dans la succession de ses souverains doit vous rendre cher. La fureur des guerres l'a épuisé ; les délices de la paix l'ont corrompu : relevez-le , grand Dieu, de ses disgrâces et de ses dissolutions; inspirez la concorde aux nations jalouses de sa gloire ; et en désarmant ses ennemis, purifiez-le des crimes qui l'affaiblissent plus que des défaites : renouvelez en lui, non le premier esprit de valeur qui l'a toujours distingué, mais la première ferveur de sa foi ; continuez à lui donner des rois pacifiques, comme celui qui règne aujourd'hui, et que votre miséricorde lui a réservé des débris de toute la race royale ; et que les fruits de la paix ne soient plus la mollesse , les plaisirs et le luxe, mais le rétablissement de la foi et de la piété, de l'éclat de la religion, de la magnificence du culte, et de la pureté de la doctrine parmi ses peuples.

PSAUME XXIX

Actions de grâces d'une âme que Dieu par sa miséricorde vient de retirer d'une longue habitude du crime.

*■. I. Exaltabo te, Domine , quoniam suscepisti me : nec dcleclasti inimicos meos super me.

*. I. Je publierai vos grandeurs, Seigneur, parce que vous m'avez tiré du danger; et que vous n'avez pas donné lieu à mes ennemis de se réjouir sur mon sujet.

Que vous êtes grand , ô mon Dieu ! quand vous retirez du désordre une âme aussi indigne de vos miséricordes que la mienne ! vous oubliez sa révolte et ses outrages; ce n'est pas assez, vous la prévenez de vos bienfaits : vous faites éclater votre gloire, non en vous vengeant de vos ennemis, mais en rappelant à vous ceux qui l'avaient le plus outragée : votre puissance ne paraîtrait point tout ce qu'elle est en punissant les rebelles; où elle paraît dans son plus beau jour, c'est lorsque vous les changez tout d'un coup en des enfants soumis et pénitents. Quand vous m'avez tiré du néant, ô mon Dieu ! une parole a suffi ; et il n'en aurait pas fallu

davantage, pour en tirer mille mondes aussi magnifiques et aussi parfaits que l'est celui que nous voyons : mais quand il a fallu vaincre ma volonté rebelle , et la tirer , pour ainsi dire , de ce néant de tout bien, où elle était tombée, vous lui avez dit plus d'une fois : Sortez de ce tombeau; vous l'avez longtemps appelée en vain : ce néanta résisté à votre puissance, ô mon Dieu! et votre clémence ne s'est point rebutée, et votre gloire a dissimulé le nouvel outrage que je lui faisais par mes résistances. Vous n'aviez pas besoin de moi, grand Dieu; et malgré mes fuites ; vous n'avez pas cessé de me rappeler : je ne pouvais vivre heureux sans vous ; et je ne voulais point de vous, et je m'obstinais à vivre éloigné de vous, et déclaré contre vous! Mais enfin votre longanimité a triomphé de mes évasions et de mes délais; vous m'avez retiré de l'abîme, et remis sous les ailes de votre miséricorde; vous m'avez rétabli dans tous les droits de vos enfants ; dont j'étais déchu depuis si longtemps; et vous n'avez pas souffert que vos ennemis , que les anges des ténèbres triomphassent jusqu'à la fin de la honteuse captivité où ils tenaient enchaînée une âme destinée à régner avec votre Fils et à célébrer éternellement vos louanges dans la sainte Jérusalem.

*. 2. Domine Deus, clamavi ad te, et sanasti me.

*. 2. Seigneur mon Dieu , j'ai crié vers vous , et vous m'avez guéri.

A peine, grand Dieu, ai-je commencé à sentir la. profondeurde ma misère; àpeinemoncoeur éclairé, sollicité depuis longtemps, enfin, par les secrètes impulsions de votre grâce, s'est tourné vers vous, et, du fond de l'abîme où il était plongé, a-t-il fait monter les faibles cris de sa douleur jusqu'au pied de votre trône, que vous avez jeté sur lui un regard de miséricorde : une lumière soudaine a lui dans ses ténèbres ; une nouvelle force a réveillé sa langueur ; un souffle de vie a ranimé sa boue; toutes les puissances de mon âme ont repris cette intégrité , cette vigueur que mille plaies dont elle était défigurée lui. avaient fait perdre : mes maux paraissaient désespérés , et vous m'avez guéri ; et il ne m'en reste plus que la honte et la douleur de les avoir aimés!

+. 3. Domine , eduxisti ab inferno animam meam; salvasti vie à desce.ndentibus in lacum.

v. 3. Vous avez , Seigneur, retiré mon âme de l'enfer , vous m'avez sauvé du milieu de ceux qui descendent dans la fosse.

De quel gouffre m'avez-vous retiré, grand Dieu! et puis-je assez, le reste de mes jours, publier vos miséricordes éternelles? Mon âme était devenue la proie de l'enfer; on y avait déjà marqué ma place,

DU PSAUME XXIX

j'appartenais d'avance à ce peuple réprouvé qui doit être éternellement la victime de votre justice; mon nom paraissait écrit en caractères affreux dans ce livrede mort, parmi tous ces infortunés que votre vengeance précipite depuis le commencement dans le séjour de l'horreur et du désespoir. Quel prodige de clémence, ô mon Dieu ! L'abîme a entendu votre voix, et vous m'en avez arraché. Je reposais tranquillement dans ces ombres de la mort et du crime; j'enfonçais chaque jour de plus en plus dans la boue, je m'y endormais mollement : je ne sentais pas tout le danger et toute l'horreur de mon état. Vous m'avez réveillé, grand Dieu! toute mon âme a frémi à la vue de son avilissement et de son malheur : tout couvert de confusion et d'opprobre, je n'osais pas lever les yeux vers vous ; mais mon cœur pénétré vous aparléparsa douleur profonde; et vous m'avez rendu à la vie et à la liberté que j'avais perdue, et dont je ne méritais plus de jouir.

t. 4. Psallite Domino, Sancli ejus , et confttemini mcmoriw sanctification is ejus. ,

*. 4. Chantez des cantiques au Seigneur, vous qui êtes ses saints, et célébrez par vos louanges sa mémoire qui est sainte et sacrée.

Ministres saints qui m'avez aidé de vos prières et de vos conseils pour sortir de cet état déplorable, sacrés dépositaires de mes iniquités et de mon repentir, vous qui connaissez l'excès affreux de mes maux , bénissez avec moi le Seigneur tout-puissant et miséricordieux qui m'en a délivré. Que ce prodige dont vous avez été spectateurs , vous serve à ranimer la confiance des pécheurs que Pénormité de leurs crimes décourage : faites entrer sans cesse dans le récit des merveilles du Dieu saint le souvenir de ma délivrance; que de nouveaux cantiques en conservent la mémoire aux siècles les plus reculés, et que ce trait miraculeux soit inscrit et célébré jusqu'à la fin dans l'histoire de ses miséricordes sur sr>n peuple.

*. 5. Quoniam ira in indignations ejus, et vila m volunlatc ejus.

*. 5. Car il nous frappe dans sa colère, et il nous rend la vie dans sa bonne volonté.

C'est malgré lui qu'il nous châtie, et qu'il nous livre à toute la dépravation de nos désirs ; sa colère est la colère d'un père tendre, plus touché du malheur que des outrages ou de la révolte de ses enfants. Les coups dont vous nous frappez, ô mon Dieu! dans votre indignation , sont plutôt des remèdes que des châtiments; vous cherchez plus en nous affligeant, à nous rappeler à vous, qu'à nous punir : les calamités, les humiliations, les disgrâces, dont

vous châtiez ici-bas les pécheurs , sont des fléaux que vous tirez toujours du trésor de vos miséricordes: vous répandez des amertumes salutaires sur nos passions; mais c'est moins pour en punir le désordre, que pour en inspirer le dégoût et le repentir. Vous seriez un Dieu cruel , Seigneur , si vous nous laissiezjouir tranquillement de nos crimes, et si rien n'en troublait les injustes plaisirs; ee seraient là les marques les plus terribles de votre colère : ce faux bonheur dont vous nous laisseriez en possession au milieu de nos dissolutions serait pour nous un attrait funeste , qui nous rendrait jusqu'à la fin notre servitude aimable. Mais vous semez d'épines ce chemin que nous croyions tout couvert de fleurs; les dégoûts, les chagrins, les contre-temps, les infirmités s'y multiplient à mesure que nous avançons : nous fuyons la vertu comme une voie pénible et difficile; et nous trouvons dans le chemin du vice les peines, les contraintes, les contradictions , les ennuis que nous nous figurions dans celui de la vertu : et si quelquefois vous frappez les justes mêmes; si vous leur ménagez ici-bas des afflictions et des disgrâces, ou pour purifier leur vertu , ou pour éprouver leur foi , ou pour punir leurs infidélités légères : ces maux rapides et d'un moment qu'ils éprouvent pendant la vie présente, que vous adoucissez toujours par des consolations secrètes, ne servent qu'à les rendre plus dignes de cette vie heureuse et éternelle que votre bonne volonté leur a préparée.

*. 6. Ad vespcritm demorabilur Jlelus ; et ad matutinum , lœtitia.

+. 6. Le soir on est dans les pleurs ; et le matin , dans la joie.

La vie présente , où éloignés de vous , ô mon Dieu ! nous sommes sans cesse à la veille de vous perdre par les pièges et les tentations qui nous environnent, est pour les âmes qui vous aiment une nuit obscure , le séjour du deuil , des larmes et des craintes : malheur à ceux qui ne sentent pas les peines , les ennuis et les dangers de cet exil , et qui se font du lieu de leur captivité et de leur pèlerinage un lieu de délices! ils sont punis de leurs méprises en courant après un bonheur qu'ils ne trouvent jamais, et en cherchant par mille inquiétudes pénibles le malheur affreux et perpétuel qui doit les terminer; ils rassemblent tous les plaisirs , ils se livrent à tout ce que les sens et les passions leur offrent d'agréable; et en le goûtant même, ils en sentent le vide et l'insuffisance ; plus ils boivent de ces eaux empoisonnées de Babylone , plus leur amertume secrète les dégoûte , et les rend tristes et inquiets : ils essaient de tout, et tout les lasse et les ennuie : ils n'osent en convenir ; et par une affectation déplorable , ils

PARAPHRASE MORALE

se vantent d'une félicité qu'ils ne goûtent pas , et leur bouche rend au monde et à ses plaisirs un témoignage de bonheur que leur cœur dément sans cesse en secret. Se peut-il , ô mon Dieu ! qu'ils s'obstinent à périr par la voie même du dégoût et de l'ennui ; et qu'une expérience si longue, si générale et si journalière , ne les rappelle pas au partage des justes? Qu'ils 'es interrogent, qu'ils leur demandent si cette vie qu'ils leur voient mener si sérieuse, si mortifiée, si triste en apparence; si cet éloignement des plaisirs après lesquels les hommes insensés courent, leur fait couler ici-bas des jours malheureux ; s'ils envient cette montre de félicité que le monde offre à ses partisans ; s'ils sont à plaindre de vivre sevrés de tout ce qui fait l'empressement des sectateurs du siècle! Hélas! ils leur répondront que les larmes qu'ils répandent devant vous, ô mon Dieu! laissent une joie pure dans leur cœur; que les vains plaisirs qu'ils vous sacrifient, ne méritent pas que vous leur teniez compte de leur sacrifice; et qu'un moment de paix et de consolation d'une conscience pure, laisse dans le cœur plus de plaisirs réels , qu'une vie entière de volupté criminelle n'en fait goûter aux pécheurs. Les peines des justes, ô mon Dieu ! ressemblent aux songes d'une nuit passagère: dès que le jourde l'éternité commencée luire sur eux , et que , dégagés des ténèbres de la mortalité, ils voient le matin , cette naissance delà lumière éternelle où ils sont sur le point d'entrer, leurs afflictions, leurs souffrances passées ne leur paraissent plus qu'un songe : les délices saintes dont ils se trouvent enivrés àleurréveil, leur laissent à peine le souvenir de ces images affligeantes et passagères qui les avaient occupés durant le moment rapide de la nuit du siècle ; ou s'ils le rappellent encore , c'est pour rendre de nouvelles actions de grâces à leur Rémunérateur qui a payé un instant de tribulation légère par un poids éternel de joie, de gloire et de félicité.

*. 7. Ego aulem, dixi in abundantid mcâ : Non moveborin œternum.

*. 7. Pour moi, j'ai dit étant dans l'abondance : Je ne déchoirai jamais de cet état.

Vous aviez permis, ô mon Dieu! que tout favorisât mes passions, la faveur des grands , des prospérités auxquelles je n'aurais pas dû m'attendre, l'abondance au milieu de laquelle j'étais né; rien ne paraissait troubler au dehors l'injuste félicité que je cherchais loin de vous. Insensé ! ce fantôme de bonheur me séduisait; je faisais mille vains projets, comme s'rl avait dû être éternel : je médisais à moimême, que ma situation ne me promettait qu'un avenir agréable, et que je ne prévoyais rien désor-

mais qui pût la déranger, ou même l'ébranler; je ne voyais devant moi que des jours heureux : je ne comptais pour rien les vicissitudes éternelles des choses humaines, ni les secrets adorables de votre justice , ô mon Dieu! qui punissent presque toujours ici-bas les passions par les dérangements funestes des passions mêmes.

*. 8. Domine, in voluntate tuâ prœstitisti decori meo virlutem.

*. 8. C'était, Seigneur, par un pur effet de votre volonté, que vous m'aviez affermi dans l'état florissant où j'étais.

Je ne sentais pas, ô mon Dieu! que je tenais de vous seul cette abondance et cet état de prospérité où je me trouvais : je ne pensais pas que la même main qui m'avait élevé , pouvait m'abattre en un instant : je ne remontais pas à la source de tous les dons , à cette volonté éternelle qui répand ses largesses ou ses châtiments sur les créatures, et fait servir les biens et les maux qu'elle distribue dans l'univers , à l'accomplissement de ses desseins impénétrables sur nos destinées. Loin de vous aimer, ô mon Dieu! comme l'auteur de tous les biens dont je jouissais, je tournais contre vous vos propres bienfaits ; je me servais de l'abondance au milieu de laquelle vous m'aviez fait naître , pour satisfaire mes passions criminelles; plus vous m'aviez favorisé, plus je vous outrageais, ô mon Dieu! et tandis que dans la profondeur de ses conseils votre providence toujours inaccessible à nos faibles lumières, livrait à la faim, à la nudité, à la misère tant d'âmes innocentes qui vous invoquaient dans leur délaissement, vous me combliez de biens, moi qui ne cessait d'insulter à votre bonté suprême ; et vos bienfaits étaient comme des armes entre les mains d'un furieux, je les tournais brutalement contre le Bienfaiteur de qui je les tenais!

*. 9. Avcrtisti facicm luam à me, etfactussumconturbalus

t. 9. Aussitôt que vous avez détourné votre visage de moi, j'ai été rempli de trouble.

Mais l'horreur de mon ingratitude n'a pu rebuter votre clémence, ô mon Dieu! Voyant que j'abusais de la santé, de la prospérité , et que les dons temporels dont vous me combliez tous les jours , devenaient de nouveaux attraits pour mes passions; vous les avez suspendus; vous m'avez ménagé dans votre miséricorde des infirmités et des disgrâces : vous m'avez paru comme un Dieu courroucé, qui ne méjugeait plus digne de ses regards : mais cette colère a été mille fois plus heureuse pour moi que les faveurs qui l'avaient précédée. J'avais abusé de vos bienfaits; et vos châtiments m'ont rappelé à moi-même : je vivais tranquille dans mes crimes au

DU PSAUME XXIX

milieu de mon abondance; et mille réflexions tristes, et les remords cuisants sur mes désordres passés, se sont élevés dans mon cœur au milieu des maux dont vous m'affligiez : en troublant la tranquillité de mes passions, vous avez troublé la paix dangereuse de mon âme. Frappé dans mes biens et dans ma personne, je me suis éveillé du sommeil profond où j'étais enseveli ; j'ai ouvert les yeux sur l'état déplorable de ma conscience; j'ai commencé à sentir ces premières agitations d'un cœur qui revient à vous : ô mon Dieu ! vous m'aviez favorisé dans votre colère; vous me châtiez dans votre grande miséricorde.

*. 10. Ad te, Domine, clamabo , et ad Deum tncum deprecabor

*. 10. Je crierai vers vous, Seigneur, et j'adresserai mes prières à mon Dieu.

J'ai commencé à sentir que tous ces faux biens qui m'environnaient, que tout cet amas de boue sur lequel je m'appuyais, n'avait rien de solide; qu'on ne tenait à rien de réel et de durable, quand on ne tenait pas à vous, 6 mon Dieu ! et qu'un pécheur, quelque heureuse que parût sa situation, ressemblait à un homme condamné à la mort, et qui marchait au supplice par un chemin couvert de roses et de fleurs. Effrayé de voir enfin où m'avaient conduit ces vaines prospérités, résolu de ne plus courir après des chimères que j'avais vues s'évanouir en un instant, et qui me menaient à grands pas au précipice, j'ai levé ma voix vers vous, ô mon Dieu! vous que l'énormité de nos crimes rend encore plus attentif à nos cris, quand un repentir sincère les fait monter jusques au trône de votre miséricorde. J'ai reconnu que les grands de la terre dont j'avais si constamment brigué la faveur, ne méritaient pas les soins et les hommages que je leur avais prostitués; qu'ils ne cherchaient qu'à nous faire servir à leur bonheur, plutôt qu'à nous rendre heureux nousmêmes ; que l'ingratitude était le seul prix dont ils payaient nos empressements et nos services; et que nous leur étions à charge , dès que nous commencions à devenir inutiles à leurs passions. Vous seul , grand Dieu , m'avez paru un maître , qui seul mérite d'être servi : nos prières n'importunent pas votre grandeur : vous les exigez vous-même de vos créatures ; vous aimez à être pressé, sollicité, importuné ; et on peut toujours compter sur votre tendresse et sur vos bienfaits , tandis qu'on vous conserve la fidélité qu'on vous a jurée. On ne doit point craindre avec vous, ô mon Dieu! comme avec les grands de la terre, ces revers et ces disgrâces dont leurs caprices et leur inconstance payent tous les jours ceux qui leur avaient été le plus fidèlement attachés;

nous ne devons craindre avec vous que nous-mêmes : vous ne changez point ; et si vous n'êtes pas toujours le même à notre égard , c'est que nous cessons les premiers d'être ce que nous devrions être envers vous.

t. il. Quœ utilitas in sanguine meo, dùm descendu in corruptionem ?

*. II. Quelle utilité retirerez-vous de ma mort, lorsque je descendrai dans la pourriture du tombeau?

Avec quelle bonté, grand Dieu , êtes-vous revenu à moi , dès que touché de mes crimes j'ai imploré votre miséricorde! mes excès passés semblaient m'ôter toute espérance de pardon, mais un cœur brisé de repentir désarme toujours votre colère; et il faut bien que vous aimiez à pardonner, puisque la componction elle-même est un don de votre grâce, et que c'est de vous seul que nous tenons ces sentiments de pénitence auxquels vous ne refusez jamais le pardon de nos infidélités. Oui, grand Dieu , vous êtes l'offensé; et c'est aux bienfaits seuls dont vous nous prévenez , que nous devons les larmes et les regrets qui vous font oublier nos offenses ! Et en effet, grand Dieu, que reviendrait-il à votre gloire de frapper de mort un pécheur dans le temps qu'il a les armes à la main contre vous? serait-ce un triomphe pour votre puissance , si vous m'aviez précipité dans l'abîme, chargé des souillures d'une vie criminelle? mon sang corrompu , dont vous auriez souillé la terre en m'écrasant, eût-il été pour vous un spectacle capable de satisfaire votre justice, ou de faire redouter votre puissance? Un seul de vos regards ferait disparaître l'univers, et le précipiterait dans son premier néant : serait-ce un prodige bien étonnant, que vous eussiez paru déployer la force de votre bras, pour écraser un ver de terre? Que d'occasions n'auriez-vous pas, grand Dieu, de faire éclater votre justice sur les hommes, si vous aimiez à punir! que de crimes montent tous les jours vers vous de cette région de ténèbres , et vont solliciter votre vengeance ! Vous les voyez, grand Dieu ; mais ce n'est pas ici le temps de vos vengeances : et s'il vous échappe quelques traits de colère, c'est moins pour punir les coupables que vous frappez, que pour rappeler par ces grands exemples les spectateurs de leur punition, ou les complices de leurs crimes.

*. 12. Numqnid conjitebitur tibi pnlvis, aut annuntiabit verilatem tuamP

*. 1-2. Est-ce qu'une poussière vous pourra louer, ou publierat-elle votre vérité?

Oui, grand Dieu, ce ne sont pas les intérêts de votre gloire ou de votre félicité que vous consultez, en punissant les coupables, ou en les rappelant à

PAPAPHRASE MORALE

la pénitence; vous vous suffisez à vous-même, et vous n'avez pas besoin de l'homme : cendre et poussière, que peut-il contribuer à votre gloire ou à votre bonheur? ses louanges et ses hommages ajoutent-ils quelque chose à votre grandeur suprême? est-il digne même de vous les offrir? et les souffririez-vous, si unis aux hommages de votre fils, ils ne devenaient par là dignes de vous être offerts ?

*. 13. Audivit Dominus, ctmisertus estmei; Dominusfactus est adjutor meus.

*. 13. Le Seigneur m'a entendu, et il a eu pitié de moi; le Seigneur s'est déclaré mou protecteur.

C'est donc dans les trésors infinis tout seuls de vos miséricordes éternelles, grand Dieu, que je dois chercher les motifs des grâces et des bienfaits dont vous m'avez prévenu. Tout ce que vous voyiez en moi sollicitait votre justice, et arrachait de vos mains la foudre prête depuis longtemps à tomber sur ma tête : c'est l'excès affreux de ma misère qui vous a touché; c'est un état indigne de toute grâce, qui a excité votre pitié. Vous m'avez montré à moimême; vous m'avez ouvert les yeux sur l'abîme de désordres où j'étais plongé : vous n'avez pas permis que frappé delà multitude et de Pénormitéde mes crimes, j'y ajoutasse, comme tant d'autres pécheurs, le désespoir d'en obtenir jamais le pardon ; et que je me fisse d'une vie trop criminelle pour espérer d'en revenir jamais, une raison impie et insensée de la continuer tranquillement. En me découvrant mes maux, vous m'en avez montré le remède : j'ai été frappé de l'excès de mes dissolutions ; mais je n'en ai pas été découragé : mon cœur pénétré de la plus vive douleur, humilié, consterné, vous a fait entendre le premier cri de sa componction ; vous deveniez sa seule ressource ; et c'est dans votre sein paternel , qu'il s'est d'abord jeté. Vous l'avez écouté , puisque c'était vous seul qui formiez en lui cette voix de repentir qui implorait votre clémence : vous avez eu pitié d'un enfant rebelle, qui après de longs égarements revenait à vous : vos entrailles paternelles se sont attendries; plus vous l'avez vu déchiré , sale , hideux , plus votre tendresse pour lui s'est réveillée. C'était peu pour vous de pardonner et d'oublier sa rébellion et ses outrages , vous l'avez pris sous votre protection , vous l'avez rétabli dans tous ses droits; et plus ses besoins s'étaient multipliés dans l'éloignement où il avait si longtemps vécu de votre présence, plus vous lui avez prodigué vos secours et vos faveurs.

*. 14. Convertisti planctum meum in gaudium mihi ; conscidisli saccum meum, et circumdedisti me lœlitid.

*. 14. Vous avez changé mes gémissements en réjouissance;

vous avez déchiré le sac dont je m'étais revêtu , °.\ vous m'avez tout environné de joie.

Pourrai-je, grand Dieu, en répandant ici mon cœur en votre présence, pourrai-je assez rappeler toutes vos miséricordes en faveur d'un criminel sur qui toute la sévérité de votre justice n'aurait jamais pu exercer des châtiments assez rigoureux? Le souvenir de mes crimes m'accablait et me plongeait dans une tristesse profonde; de quelque côté que je tournasse les yeux, je ne voyais que des abîmes ouverts sous mes pieds : toute mon âme pouvait à peine suffire à l'amertume de sa douleur. Mais de peur que ma faiblesse ne succombât enfin à cet excès de peine, et que je ne vinsse à me lasser de la violence et de la continuité de mes gémissements, vous les changeâtes pour moi, ô mon Dieu ! en de saints plaisirs : les larmes de ma pénitence devinrent des larmes de joie et d'allégresse; elles faisaient goûter à mon cœur des délices mille fois plus vives et plus pures que je n'en avais jamais goûté dans mes passions insensées : ma douleur tendre et sincère faisait elle-même devant vous, ô mon Dieu! ma plus douce consolation; les marques austères de repentir que je portais sur mon corps, étaient pour moi des signes éclatants de joie et de victoires ; ce sac , ces cendres dont je me couvrais devant vous, me paraissaient mille fois plus glorieuses et plus magnifiques que l'or et la pourpre des souverains : tout ce qui vous marquait mon amour, tout ce que je croyais propre à expier mes crimes, et à désarmer votre colère, quelque pénible qu'il parût aux yeux des sens , répandait une nouvelle joie et une consolation nouvelle dans mon cœur : j'étais heureux au milieu de mes larmes et de mes macérations, et je ne l'avais jamais été au milieu des plaisirs et des amusements du siècle.

+. 15. L't cantet tibi gloria mea , et non compungar ; Domine Deus meus, in celer num confitebor tibi.

*. 15. Afin qu'au milieu de ma gloire je chante vos louanges, et que je ne sente plus les pointes de la tristesse; Seigneur mon Dieu , je vous louerai et je vous rendrai grâces éternellement.

Vous l'avez ainsi permis, ô mon Dieu! afin que convaincu par ma propre expérience du bonheur de ceux qui, revenus des égarements des passions, vous servent avec un cœur sincère, je puisse publier la paix, la gloire, les chastes plaisirs inséparables d'une vie sainte et nouvelle. Vous avez voulu que je fusse un témoin public des richesses de votre miséricorde sur les âmes qui reviennent à vous. Non, Seigneur, je n'éprouverai point sous la douceur de votre joug les amertumes, les chagrins piquants que j'avais mille fois éprouvés sous le joug honteux

DU PSAUME XXX

des passions. Le monde est le tyran de ceux qui se livrent à lui ; la piqûre cuisante de l'aspic est toujours cachée sous les fleurs qu'il jette sur nos voies : on s'embarque en apparence sur une eau claire et tranquille, dont les bords retentissent de toutes parts de chants de joie et de volupté; on se laisse aller d'abord mollement au cours fatal et paisible de ce fleuve de Babylone : mais les orages et les tempêtes ne tardent pas de s'y élever : on y est battu des flots les plus violents et les plus tristes ; on s'obstine à y périr , et on y dévore ses agitations et ses peines. Grand Dieu! la voie qui nous mène à vous est plus douce et plus unie ; vous nous y donnez vous-même la main pour nous adoucir tout ce qui pourrait s'y trouver de pénible : et cependant on la craint, on la fuit , on la regarde comme la voie de l'ennui et de la tristesse. O mon Dieu ! que ma langue soit consacrée à jamais à détromper mes frères d'une illusion si grossière; et à publier les merveilles de votre grâce, et les consolations ineffables dont vous comblez les âmes qui marchent dans vos voies saintes !

PSAUME XXX

Prière d'un juste exposé à une tentation où il faut désobéir à Dieu, ou s'attirer la haine et la disgrâce des hommes.

*. I. In te Domine , speravi; non confundar in œternum ; in juslitia tua libéra me.

*. I. C'est en vous , Seigneur, que j'ai espéré; ne permettez pas que je sois confondu pour jamais : délivrez-moi selon votre justice.

Dans la triste situation où je me trouve, grand Dieu, obligé de vous déplaire, ou de m'attirer la haine et le mépris des hommes; si je ne consultais que ma faiblesse , je sens que la vue du péril ébranlerait bientôt ma fidélité : mais, Seigneur, j'ai mis en vous toute mon espérance : ce sont les ordres secrets et éternels de votre sagesse qui ont préparé de loin le péril qui me menace; c'est à vous , grand Dieu , à m'y soutenir : ce ne sont pas des pièges ; ce sont des épreuves que vous ménagez à vos serviteurs : et vous ne les permettez qu'afin qu'ils vous y donnent de nouveaux témoignages de leur fidélité et de leur confiance.

*. 2. Inclina ad me aurem tuant; accéléra ut eruas me.

*. 2. Prêtez l'oreille à ma voix; hâtez-vous de me tirer du péril.

Oui, grand Dieu, vous ne m'abandonnerez pas, de peur que la lâcheté et l'opprobre de ma chute ne retombe sur la religion même : ce serait peu qu'elle

MASSILLON. — TOMK II.

me couvrît pour toujours de confusion ; il n'est pas dû autre chose à un pécheur tel que moi : mais je déshonorerais encore votre loi sainte : c'est pour l'intérêt de votre gloire que je vous sollicite. O mon Dieu! vous êtes juste; vous voyez que mon imprudence ou mon orgueil n'ont aucune part à l'orage qui s'est élevé contre moi : commandez donc aux vents et aux flots irrités de se taire, et délivrez-moi de l'abîme qui semble tout prêt à m'engloutir : mais hâtez-vous, Seigneur; le danger est pressant : vous m'avez assez fait sentir ma faiblesse; ma perte, hélas! est certaine, si vous ne venez promptement à mon secours.

t. 3. Esto mihi in Deum protectorem , etin domum refurjii , utsalvutn mefacias.

v. 3. Que je trouve en vous un Dieu qui soit mon protecteur, et un asile où je puisse être en sûreté.

Je vois d'un côté toutes les langues prêtes à me diffamer, à m'accuser d'orgueil, d'obstination, d'hypocrisie, et à répandre même les traits les plus noirs et les plus honteux sur ma conduite ; le monde entier presque soulevé ; mes biens , ma fortune , mon repos en proie incessamment à la fureur et à la haine: mais que peuvent les hommes, ô mon Dieu! si vous êtes pour moi? Que je trouve donc en vous un Dieu qui me protège; que votre sein soit pour moi un asile inaccessible à tous les traits de la malice et de la haine : le monde a beau vouloir me perdre, ô mon Dieu! tandis que vous voudrez me défendre et me sauver.

*. 4. Quoniam fortiludo mea, et refugium meum es tu, et propter nomen tuum deduces me et enutries me.

t. 4. Parce que vous êtes ma force et mon refuge; et h cause de votre nom , vous me conduirez et vous me nourrirez.

Oui, grand Dieu, je suis le plus faible des hommes, et le plus aisé à me laisser ébranler par des vues humaines : mais c'est dans ma faiblesse que vous ferez éclater votre force et votre puissance; ce sont les instruments les plus faibles et les plus vils, que vous avez toujours choisis pour opérer les plus grandes choses , afin que l'homme ne s'attribuât rien à lui-même, et que toute la gloire en fût rendue à votre grâce. Ce n'est donc pas sur moi que je compte, et sur la ferme résolution où je suis de vous être fidèle aux dépens de tout; je ne compte que sur vous, ô mon Dieu! vous qui êtes ma force, mon soutien et mon asile; vous qui tenez lieu de tout à ceux à qui tout paraît manquer; vous dont la main secourable se fait sentir avec plus d'éclat, lorsque tous les secours humains disparaissent. Ce sera une nouvelle gloire pour votre nom, quand ma faiblesse triomphera du monde, de ses terreurs

PARAPHRASE MORALE

et de ses promesses : vous ne permettrez pas que les impies , témoins de ma chute , insultent à la piété , et la traitent de superstition et d'hypocrisie. Vous me conduirez, grand Dieu, et vous me soutiendrez au milieu des écueils qui m'environnent; et si ma fidélité pour vous m'attire la perte de mes biens ou de ma fortune, vous qui nourrissez les oiseaux du ciel et les plus vils reptiles de la terre; vous qui êtes le père des pupilles et des orphelins, vous pourvoirez à ma nourriture : vous promettez le centuple icibas même à ceux qui se dépouillent de tout pour l'amour de vous; votre promesse est une ressource plus sûre pour moi , que tous les biens et toutes les fortunes de la terre.

*. 5. Educes me de laquco hoc quem absconderunt mihi, quoniam tu es prolector meus.

V. 5. Vous me tirerez de ce piège qu'ils m'avaient caché, parce que vous êtes mon protecteur.

Outre les malheurs certains dont je suis menacé, ô mon Dieu! si je persiste à vous demeurer fidèle, on me prépare encore mille pièges secrets, plus funestes peut-être encore à mon innocence que les maux visibles que je crains. Mais, grand Dieu, vous qui les voyez à découvert, ces pièges secrets; vous aux yeux de qui les ténèbres où s'enveloppent la fraude et la malice, n'ont rien de caché; vous éclairerez mon ignorance, vous me découvrirez le secret fatal de ces embûches dressées pour me séduire et pour me perdre; votre lumière me précédera; mes ennemis et les vôtres seront pris euxmêmes dans les pièges qu'ils me tendent, et ils éprouveront que votre protection et votre sagesse est plus sage et plus éclairée que tout l'artifice et toute la fausse sagesse des enfants du siècle.

*. 6. In manus tuas commendo spiritum meum; redemisti me, Domine, Deus veritatis.

*. 6. J* remets mon âme entre vos mains; vous m'avez déjà racheté, Dieu de vérité.

C'est de vous, grand Dieu, que j'ai reçu cette âme capable de vous connaître et de vous aimer, et destinée à vous posséder éternellement : le monde et le démon mettent tout en œuvre pour vous l'enlever; mais, grand Dieu, où puis-je la mettre plus en sûreté que dans les mêmes mains de qui je la tiens? souffrirez-vous , grand Dieu, qu'on l'enlève jusque sous les ailes de votre protection, et qu'elle devienne la proie du lion rugissant qui est autour de moi tout prêt à la dévorer? Est-ce pour un monde qui va finir demain, que vous avez créé à votre image une âme immortelle? quel droit a-t-il sur un cœur et sur un esprit qui ne sont faits que pour vous , et que vous seul pouvez rendre heureux ? Les terreurs et les menaces qu'il emploie pour m'at-

tirer à lui , montrent assez que je ne lui appartiens pas, et que la ruse et la violence seules peuvent le mettre en possession d'un bien qui vous appartient partant de titres. Oui, grand Dieu, c'est à vous seul que je dois mon être, ma vie, ma volonté, mes désirs et mes pensées : j'étais sorti de vos mains en la personne de mes premiers pères , pur et innocent; j'ai depuis mille fois souillé la beauté de votre ouvrage; je me suis livré à l'ange des ténèbres votre ennemi; vous avez rompu les fers qui me retenaient sous ce dur esclavage; vous m'en avez délivré, vous m'avez rendu la liberté et la vie de la grâce que j'avais perdue : que de droits, grand Dieu , n'avez-vous pas sur moi ! pourriez-vous les céder à votre ennemi , en permettant qu'il m'arrache d'entre vos mains? ou pourrai-je moi-même me rengager sous les lois et la servitude d'un tyran dont j'ai éprouvé la dureté et la perfidie, et d'où un miracle seul de votre grâce et de votre puissance a pu nie retirer?

+. 7. Odisti observantes vanilates supervacuè.

*. 7. Vous haïssez ceux qui ohservent les choses vaines et sans aucun fruit.

t. 8. Ego uittem in Domino speravi , exultabo et lœtabor in misericordià tué.

*. 8. Mais pour moi je n'ai espéré que dans le Seigneur ; je me réjouirai , et je serai ravi de joie dans votre miséricorde.

Des amis trop humains, qui ne connaissent pas, ô mon Dieu! les ressources admirables que votre providence sait mettre en œuvre pour secourir vos serviteurs fidèles dans leurs besoins, s'irritent contre moi de ce que je ne cherche dé l'appui et de la consolation qu'en vous seul : mais ne serait-ce pas, ô mon Dieu! me rendre indigne de vos miséricordes et de votre protection, et en tarir la source, que d'implorer le secours d'un bras de chair contre mes oppresseurs? cette défiance que je montrerais de votre bonne volonté pour moi ne peut que vous déplaire; elle outrage ce fonds inépuisable de tendresse que vous avez pour tous ceux qui recourent à vous , et qui n'a jamais trompé ceux dont vous êtes l'unique espérance. D'ailleurs, quel besoin avez-vous des hommes, ô mon Dieu! pour me tirer du péril où je me trouve ? Mais les hommes sans vous ne peuvent m'être d'aucun seeours : ils me plaindront; mais sans vous leur compassion sera toujours vaine et infructueuse. C'est donc en vous seul que j'espère, ô mon Dieu! et je suis assuré que mon espérance ne sera pas confondue ; tôt ou tard vous me ferez ressentir les effets de votre miséricorde; et quand même vous permettriez que je succombe icibas sous les efforts de mes persécuteurs , je ne croi-

DU PSAUME XXXI

rai pas pour cela que vous m'ayez abandonné; je me persuaderai que vous avez jugé mon oppression plus utile pour mon salut éternel, que ma délivrance; et je me réjouirai, de ce que vous m'aurez jugé digne de participer ici-bas aux opprobres et aux souffrances de votre Fils, dans la confiance qu'elles seront pour moi le gage et la semence d'une gloire et d'un bonheur éternel.

*. 9. Qvoniam rcspexisti humilitatem meam , salvasti de necessitatibus animant meam.

*. 9. Parce que vous avez regardé mon état si humilié , vous avez sauvé mon âme des nécessités fâcheuses qui l'accablaient.

Laissez-vous toucher, ô mon Dieu ! à l'état d'humiliation où je me trouve; et que l'abandon universel où je suis réduit du côté des hommes, attire sur moi les regards de votre miséricorde : mon âme n'est dans la détresse et dans l'angoisse , que parce qu'elle veut demeurer inviolablement attachée à votre sainte loi. Mes ennemis se réconcilieraient bientôt avec moi, et deviendraient mes amis et mes protecteurs, si je voulais renoncer à la fidélité que je vous ai vouée : c'est le refus que je fais de vous désobéir, qui fait tout mon crime à leurs yeux. Ma cause par là devient la vôtre : il est de l'intérêt de votre gloire, que vous vous déclariez en ma faveur, de peur que les impies ne prennent occasion de mes malheurs pour blasphémer votre saint nom; comme si vous n'aviez pas le pouvoir de délivrer ceux qui renonçant à tout secours humain, ont mis toute leur espérance en vous, ou que vous n'eussiez que de l'indifférence pour eux.

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