‹ Œuvres de Massillon, évêque de ClermontChapitre 149 sur 235 · DE L'EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

DE L'EXISTENCE DE DIEU

Quel lieu de la terre pourrions-nous parcourir, où nous ne trouvions partout sur nos pas les marques sensibles de l'existence de Dieu, et de quoi admirer la grandeur et la magnificence de son nom? Si des peuples sauvages ont pu laisser effacer l'idée que Dieu en avait gravée dans leur âme, toutes les créatures qu'ils ont sous les yeux la portent écrite en caractères si ineffaçables et si éclatants, qu'ils sont inexcusables de ne pas l'y reconnaître.

L'impie a beau se vanter qu'il ne connaît pas Dieu , et qu'il ne trouve en lui-même aucune notion de son essence infinie : c'est qu'il le cherche dans son cœur dépravé et dans ses passions , plutôt que dans sa raison. Mais qu'il regarde du moins autour d-e lui , il trouvera son Dieu partout ; toute la terre le lui annoncera. 11 verra les traces de sa grandeur, de sa puissance et de sa sagesse, imprimées sur toutes les créatures; et son cœur se trouvera seul dans l'univers , qui n'annonce et ne reconnaisse pas l'Auteur de son être.

Dieu a gravé si visiblement, dans tous les ouvrages de ses mains , la magnificence de son nom , que les plus simples même ne sauraient l'y méconnaître. 11 ne faut pour cela ni des lumières sublimes , ni une science orgueilleuse : les premières impressions de la raison et de la nature suffisent. 11 ne faut qu'une âme qui porte encore en elle ces traits primitifs de lumière que Dieu a mis en elle en la créant, et qui ne les a pas encore obscurcis ou éteints par les ténèbres des passions , et par les fausses lueurs d'une abstruse et insensée philosophie.

Qu'est-il besoin de nouvelles recherches et de spéculations pénibles, pour connaître ce qu'est Dieu? Nous n'avons qu'à lever les yeux en haut : nous voyons l'immensité des cieux qui sont l'ouvrage de ses mains; ces grands corps de lumière qui roulent si régulièrement et si majestueusement sur nos têtes, et auprès desquels la terre n'est qu'un atome imperceptible. Quelle magnificence! Qui a dit au soleil : Sortez du néant, et présidez au jour? et à la lune : Paraissez, et soyez le flambeau de la nuit?

Qui a donné i'êlre et le nom à cette multitude d'étoiles qui décorent avec tant de splendeur le firmament; et qui sont autant de soleils immenses, attachés chacun à une espèce de monde nouveau qu'ils éclairent? Quel est l'ouvrier dont la toute-puissance a pu opérer ces merveilles, où tout l'orgueil de la raison éblouie se perd et se confond? Quel autre que le souverain Créateur de l'univers pourrait les avoir opérées? Seraient-elles sorties d'elles-mêmes du sein du hasard et du néant? et l'impie sera-t-il assez désespéré pour attribuer à ce qui n'est pas, une toute-puissance qu'il ose refuser à celui qui est essentiellement, et par qui tout a été fait? {Paraph. dups. FUI.)

Les peuples les plus grossiers et les plus barbares entendent le langage des cieux. Dieu lésa établis sur nos têtes comme des hérauts célestes , qui ne cessent d'annoncer à tout l'univers sa grandeur : leur silence majestueux parle la langue de tous les hommes et de toutes les nations; c'est une voix entendue partout où la terre nourrit des habitants. Qu'on parcoure jusques aux extrémités les plus reculées de la terre et les plus désertes; nul lieu dans l'univers, quelque caché qu'il soit au reste des hommes, ne peut se dérober à l'éclat de cette puissance qui brille au-dessus de nous dans les globes lumineux qui décorent le firmament. Voilà le premier livre que Dieu a montré aux hommes pour leur apprendre ce qu'il était : c'est là où ils étudièrent d'abord ce qu'il voulait leur manifester de ses perfections infinies : c'est à la vue de ces grands objets, que frappés d'admiration et d'une crainte respectueuse, ils se prosternaient pour en adorer l'Auteur tout-puissant. Il ne leur fallait pas des prophètes pour les instruire de ce qu'ils devaient à sa majesté suprême; la structure admirable des cieux et de l'univers le leur apprenait assez. Ils laissèrent cette religion simpleet pure à leurs enfants; mais ce précieux dépôt se corrompit entre leurs mains. A force d'admirer la beauté et l'éclat des ouvrages de Dieu, ils les prirent pour Dieu même: les astres, qui ne paraissaient que pour annoncer sa gloire aux hommes, devinrent eux-mêmes leurs divinités. Insensés, ils offrirent des vœux et des hommages au soleil et

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