DE LA PROVIDENCE
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à la lune, et à toute la milice du ciel, qui ne pouvaient ni les entendre, ni les recevoir. Telle fut la naissance d'un culte impie et superstitieux qui infecta tout l'univers. La beauté de ses ouvrages fit oublier aux hommes ce qu'ils devaient à leur Auteur. Ce sont toujours les dons de Dieu eux-mêmes, répandus dans la nature, qui nous éloignent de lui : nous y fixons notre cœur, et nous le refusons à celui dont la main bienfaisante répand sur nous ses largesses. Ses ouvrages et ses bienfaits , les biens , les talents du corps et de l'esprit, sont nos dieux ; c'est à eux seuls que se bornent tous nos hommages. Us n'étaient destinés qu'à élever nos cœurs jusques à Dieu, par les sentiments continuels de l'amour et de la reconnaissance: et l'unique usage que nous en faisons, et de les mettre à sa place, et de les employer contre lui-même.
Que les impies qui se piquent de supériorité d'esprit et de raison , sont méprisables de ne pas reconnaître la grandeur de Dieu dans la structure magnifique de ses ouvrages! ils sont frappés de la gloire des princes et des conquérants qui subjuguent les peuples et fondent des empires, et ils ne sentent pas la toute-puissance de la main du Seigneur, qui seul a pu jeter les fondements de l'univers. Ils admirent l'industrie et l'excellence d'un ouvrier qui a élevé des palais superbes, que le temps va dégrader et détruire; et ils font honneur au hasard de la magnificence des cieux; et ils ne veulent pas reconnaître un Dieu dans l'harmonie si constante et si régulière de cet ouvrage immense et superbe, que la révolution des temps et des années a toujours respecté et respectera jusques à la fin. Les hommes de tous les siècles et de toutes les nations , instruits par la seule nature, y ont reconnu sa divinité et sa puissance; et l'impie aime mieux démentir tout le genre humain , taxer de crédulité le sentiment universel , et ses premières lumières nées avec lui , de préjugés de l'enfance, que de se départir d'une opinion monstrueuse et incompréhensible, à laquelle ses crimes seuls, ces enfants de ténèbres, ont forcé sa raison d'acquiescer, et que ses crimes seuls ont pu rendre vraisemblable.
Si le Seigneur n'avait montré qu'une fois aux hommes le spectacle magnifique des astres et des cieux, l'impie pourrait y soupçonner du prestige : il pourrait se persuader que ce sont là de ces jeux du hasard et de la nature, de ces phénomènes passagers qui doivent leur naissance à un concours fortuit de la matière, et qui, formés d'eux-mêmes, et sans le secours d'aucun être intelligent, nous dispensent de chercher les raisons et les motifs de leur formation et de leur usage. Mais ce grand spec-
tacle s'offre à nos yeux depuis l'origine des siècles : la succession des jours et des nuits n'a jamais été interrompue, et a toujours eu un cours égal et majestueux , depuis qu'elle a été établie pour la décoration de l'univers et l'utilité des hommes ; le premier jour qui éclaira le monde, publia la grandeur de Dieu, par la magnificence de ce corps immense de lumière qui commença à y présider, et il transmit avec son éclat , à tous les jours qui devaient suivre, ce langage muet, mais si frappant, qui annonce aux hommes la gloire du Seigneur et la puissance de son nom ; les astres qui présidèrent à la première nuit , ont reparu et présidé depuis à toutes les autres , et. font passer sans cesse avec eux , par la régularité perpétuelle de leurs mouvements , la connaissance de la sagesse et de la majesté de l'Ouvrier souverain qui les a tirés du néant. {Paraph. dups. XVlîl.)