DU CULTE EXTERIEUR
des errpires, tout enfm doit coopérer à sa formation et à son accroissement. Les tyrans l'ont purifiée par les persécutions; les incrédules et les libertins l'éprouvent et l'affermissent par leurs scandales; les justes sont les témoins de sa foi ; les pasteurs , les dépositaires de sa doctrine; les princes et les puissances, les protecteurs de sa vérité. (Petit Carême, sermon du deuxième dimanche.)
L'histoire de la naissance de la religion des chrétiens est l'histoire de la naissance du monde même. Les autres religions, qui se sont vantées d'une origine plus ancienne , ne nous ont donné pour garants de leur antiquité, que des récits fabuleux qui tombaient d'eux-mêmes. Ils ont défiguré l'histoire du monde par un chaos de siècles innombrables et imaginaires, dont il n'est resté aucun événement à la postérité, et que l'histoire du monde n'a jamais connus. Les auteurs de ces grossières fictions n'ont écrit, que plusieurs siècles après, les faits qu'ils nous racontent; et c'est tout dire que d'ajouter que cette théologie fut le fruit de la poésie, et les inventions de cet art , le plus solide fondement de leur religion. (Carême, sermon du jeudi après les Cendres.)
Ce serait dégrader l'Évangile et adopter les anciens blasphèmes de ses ennemis, de le regarder comme la religion du peuple, et une secte de gens obscurs. 11 est vrai que les césars et les puissants du siècle n'y crurent pas d'abord; mais ce n'est pas que sa doctrine réprouvât leur état, elle ne réprouvait que leurs vices. Il fallait même montrer au monde que la puissance de Dieu n'avait pas besoin de celle des hommes; que le crédit et l'autorité du siècle étaient inutiles à une doctrine descendue du ciel ; qu'elle se suffisait à elle-même pour s'établir dans l'univers; que toutes les puissances du siècle, en se déclarant contre elle, et en la persécutant, devaient l'affermir; et que, si elle n'eût pas eu d'abord les grands pour ennemis, elle eût manqué du principal caractère qui les rendit ensuite ses disciples. ( Petit Carême, sermon du deuxième dimanche.)
S'il y a une véritable religion sur la terre, elle doit être la plus ancienne de toutes : elle doit être le premier et le plus essentiel devoir de l'homme envers le Dieu qui veut être honoré : il faut que ce devoir soit aussi ancien que l'homme ; et , comme il est attaché à sa nature, il doit, pour ainsi dire, être né avec lui : et voilà le caractère qui distingue la religion des chrétiens , des superstitions et des sectes. C'est la plus ancienne religion qui soit au monde. Les premiers hommes , avant qu'un culte impie se fût taillé des divinités de bois , de pierre ,
adorèrent le même Dieu que nous adorons, lui dressèrent des autels , lui offrirent des sacrifices , attendirent de sa libéralité la récompense de leur vertu, et de sa justice le châtiment de leur désobéissance.
Suivons l'histoire des superstitions de chaque peuple et de chaque pays ; elles ont duré un certain nombre d'années, et tombé ensuite avec la puissance de leurs sectateurs. Rappelons-nous l'histoire de ces premiers conquérants : ils vainquaient les dieux des peuples en vainquant les peuples eux-mêmes, et abolissaient leur culte en renversant leur domination. La religion de nos pères, toute seule, se maintint dès le commencement, survécut à toutes les sectes ; et malgré les diverses fortunes de ceux qui en ont fait profession, passa toujours du père aux enfants, et ne put jamais être effacée du souvenir des hommes.
Le peuple fidèle a presque toujours été faible, opprimé, persécuté. Tantôt esclave, tantôt fugitif, tantôt tributaire, il vit mille fois la Chaldée, l'Assyrie, Babylone, les puissances les plus formidables de la terre, tout l'univers, conjurer sa ruine et l'extinction entière de son culte. Mais ce peuple si faible, opprimé en Egypte, errant dans un désert, transporté depuis etcaptif dans des provinces étrangères , n'a jamais pu être exterminé ; tandis que tant d'autres plus puissants ont suivi la destinée des choses humaines; et son culte a toujours subsisté avec lui malgré tous les efforts que- chaque siècle a faits presque pour le détruire. ( Carême, sermon du jeudi après les Cendres. )