DE L'EGLISE
sans force et sans secours humain, et triomphât cependant de toutes les doctrines humaines, répandues sur la surface de l'univers , pour persuader aux hommes que c'était là l'ouvrage de Dieu seul ; que le crédit , la force , l'éloquence; l'intérêt , c'est-a-dire un bras de chair, ne l'avait point établie.
Rappelons-nous tout ce que le bras de Dieu a opéré d'éclatant et de merveilleux pour soutenir les commencements faibles et timides de son Église naissante. L'univers n'était peuplé que de nations fières et idolâtres , ennemies de son nom et de son culte ; l'empire , la puissance , les richesses , la force , tout était entre leurs mains. Les fidèles ne formaient sur la terre qu'un petit troupeau de brebis dispersées au milieu de ces loups furieux, sans cesse exposées à leurrage , et qui ne pouvaient s'assouvir de leur sang : et cependant le Seigneur a dissipé comme de la poussière toutes ces nations idolâtres , si nombreuses et si puissantes ; il n'en reste plus de vestiges; il en a éteint et effacé jusqu'au nom de dessus la terre. L'impie persécuteur, un Néron , un Dioclétien, qui avaient rougi toutes les contrées de l'empire du sang des martyrs, ont péri, et expié, par une mort funeste et tragique , par des guerres et des calamités qui ont enfin renversé leur empire , les maux dont ils avaient affligé l'Église.
Toutes ces nations qui ne semblaient subsister que pour s'efforcer d'abolir la sainteté du culte du Seigneur et la gloire de son nom , ont été exterminées , et il leur a substitué un peuple nouveau , qui l'adore en esprit et en vérité. Le monde, universellement plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie et des dissolutions les plus monstrueuses, eut beau s'élever contre ce peuple nouveau; en vain, proscrits de tous les lieux, les terres , les mers , leurs proches, leur patrie , tout semblait leur refuser un asile , le Seigneur devint le refuge de ces pauvres opprimés. Us étaient abjects aux yeux du monde, sans crédit, sans appui , sans richesses ; il attendit que tout parût déchaîné contre eux ; et, lorsqu'il ne paraissait pour eux plus de ressource, que la persécution était plus générale, que leurs tribulations semblaient ne devoir finir qu'avec eux, ce fut alors que Dieu rendit à son Église la paix et la tranquillité. Il suscita un prince qui purgea la terre des tyrans : la pourpre des césars, jusque-là rougie du sang de ses serviteurs, devint leur bouclier et leur asile; le signe sacré de la croix parut à la tête de ces mêmes troupes qui avaient encore les mains souillées du sang et du carnage des martyrs; le Seigneur redevint le Dieu des armées, les lois de l'empire s'unirent avec celles de l'Évangile, auxquelles elles avaient été jusque-là si contraires ; les démons furent chassés des temples
superbes et profanes que la superstition leur avait élevés , et Dieu rentra dans tous ses droits : son culte saint sortit de l'obscurité et des ténèbres où la fureur des persécuteurs l'avait retenu ; l'Église de la terre parut revêtue de gloire et de magnificence, et devint une image de celle du ciel ; et l'univers entier fut étonné de se trouver chrétien.
La protection visible dont Dieu favorise son Église, la met à couvert de toute variation. Comme Dieu , elle ne connaît point de changement. Des monstres d'erreur y peuvent naître; mais à peine lesa-t-elle découverts, que, comme une mer irritée, elle s'élève, s'enfle, et les rejette tôt ou tard hors de son sein. Dépositaire de l'ancienne doctrine, tout ce qui est nouveau lui est étranger. La nouveauté a beau se couvrir des apparences de la piété ou d'une austère régularité , elle lui arrache tôt ou tard le masque; et à mesure qu'elle en approche le flambeau de la vérité qui préside à tous ses jugements, l'illusion tombe et s'évanouit : elle peut , pour quelque temps , suspendre ses censures contre l'erreur ; mais elle ne peut jamais lui donner son suffrage. (Paraphrase du ps. IX.)
Les évêques sont les sujets des rois; mais ils sont leurs pères selon la foi. Leur naissance les soumet à l'autorité du trône, mais sur les mystères de la foi l'autorité du trône fait gloire de se soumettre à celle de l'Église. Les princes n'en sont que les premiers enfants; et nos rois ont toujours regardé le titre de ses fils aînés, comme le plus beau titre de leur couronne. Ils n'ont point d'autres droits que de faire exécuter ses décrets, et en s'y soumettant les premiers, de donner l'exemple de la soumission aux autres fidèles. (Petit Carême , sermon du dimanche des Rameaux.)
En vain chaque siècle a enfanté des docteurs de l'erreur et du mensonge , des esprits rebelles et audacieux qui ont conspiré contre l'Église; en vain les siècles à venir en verront encore naître : tous leurs efforts se briseront contre la pierre qui lie et qui soutient cet édifice saint. Ils pourront faire quelques progrès; car l'erreur offre d'abord les charmes de la nouveauté qui flatte l'orgueil , et qui lui forme des sectateurs ; mais ils perdront tôt ou tard ce vain avantage. La première séduction se dissipera peu à peu; la nouveauté perdra ses charmes, et ne paraîtra plus qu'avec les vaines couleurs de l'erreur et de la rébellion; les hommes rentreront dans le sentier d'où ils s'étaient égarés ,• et l'on verra ses partisans les plus célèbres et les plus outrés qui resteront encore, languir dans l'obscurité, oubliés ou méprisés, et disparaître enfin de la face de la terre, avec la douleur déplorable de voir périr avec eux le dogme
DE LA FOI
réprouvé , cet enfantde ténèbres, ce fils de l'orgueil et de la fausse science de leurs maîtres. {Paraphrase dups. IX.)
Dès que les princes de la terre ont voulu usurper sur la doctrine un droit réservé au sacerdoce , ils ont aigri les maux de l'Église, loin d'y remédier. Leurs tempéraments ont été de nouvelles plaies, et ont enfanté de nouveaux excès. Toutes les conciliations inventées pour calmer les esprits rebelles, et les ramener à l'unité, les ont autorisés dans leur séparation et leur révolte ; et leur autorité a toujours perpétué les erreurs , quand elle a voulu se mêler toute seule de les rapprocher de la vérité. Le trône est élevé pour être l'appui et l'asile de la doctrine sainte ; mais il ne doit jamais en être la règle , ni le tribunal d'où partentses décisions. {Petit Carême, sermon du dimanche des Rameaux.)
Le glaive que les ennemis de Dieu avaient tenu si longtemps élevé sur la tête de ses saints , s'est tourné enfin contre eux-mêmes; lassés d'immoler ces saintes victimes, et leurs mains encore sanglantes , ils ont vengé sur eux-mêmes la mort de ses serviteurs. La justice divine a soufflé au milieu d'eux 7a division et la guerre; les fidèles n'ont pas eu besoin de s'assembler pour les détruire. La foi et la patience étaient le seul glaive que le Seigneur leur avait mis entre les mains , et les seules armes aussi qu'ils opposaient à la fureur des tyrans. Dieunes'est servi que d'eux-mêmes pour les exterminer. Le monde devint un théâtre d'horreur, où les rois et les nations conjurés les uns contre les autres, ne semblaient conspirer, en se détruisant tour à tour qu'à purger l'univers de cette race impie et idolâtre , qui couvrait alors la surface delà terre. C'était un nouveau déluge de sang, dont la justice de Dieu se servait pour la punir et la purifier encore.
Ces villes si célèbres autrefois par leur magnificence, parleur force, et encore plus par leurs crimes et leurs dissolutions, ne furent plus que des monceaux de ruiDes. Ces asiles fameux de l'idolâtrie et de la volupté furent renversés de fond en comble ; ces statues si renommées qui les embellissaient, que l'antiquité avait tant vantées, la faiblesse de leurs dieux ne put les mettre à couvert, et elles furent ensevelies dans les débris de leurs villes et de leurs temples. 11 ne reste donc plus rien de tous ces superbes monuments de l'impiété! Que sont devenus ces césars, qui faisaient mouvoir l'univers à leur gré; ces protecteurs d'un culte profane et insensé; ces oppresseurs barbares des saints et de l'Église? A peine en reste-t-il quelque souvenir sur la terre. Leur nom même ne s'est conservé jusqu'à nous , qu'à la faveur du nom , etdes martyrs qu'ils ont immolés
que les fêtes de l'Église font passer d'âge en âge jusques à la fin des siècles. La gloire et la puissance de ces tyrans s'est évanouie avec le bruit que leur ambition, leur cruauté, leurs entreprises insensées avaient fait sur la terre : semblables au tonnerre qui se forme sur nos têtes, il n'est resté, de l'éclat et du bruit passager qu'ils ont fait dans le monde, que l'infection et la puanteur. {Paraphrase dups. IX.)